‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 60 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

rusalem n'aurait pas dû être détruite, et surtout elle n'aurait pas dû être ruinée à l'époque où elle l'a été.

Le motif qui a porté quelques Juifs à supposer un genre de semaines, inconnu à leurs pères et à tous les peuples, n'est pas difficile à éventer. Mois que leur sert-il de reculer de plusieurs milliers d'années le temps marqué pour l'avènement du Messie? C'est bien le cas de dire que, pour éviter Charybde ils tombent dans Scylla. Il ne s'est évidemment pas écoulé un espace de temps semblable entre « une parole pour rebâtir Jérusalem » et la dernière destruction de cette ville juive par les Romains (quatrième empire). Laissons donc- aller au néant d'où elles sortent les chimères de ces rabbins. La plupart des docteurs du judaïsme les ont repoussées. Les Talmudistes, l'auteur du Seder- Olam et les Juifs en général (Saadias Gaon, Jarchi, Aben-Esra, Abravanel, Jachiades ou Iacliia, Manasses ben Israël, Orobio, etc.), avouent que les semaines de Daniel ne peuvent être que des semaines d'années. Plus récemment, le rabbin Cahen s'exprime ainsi à ce sujet : « Il s'agit ici, non de septaines de jours, mais d'années, comme Lévit., 25, 8, sept sabbathées d'années, sept fois sept années ; ainsi, soixante-, îix semaines d'années font quatre cent quatre-vingt-dix années. » Cette interprétation est incontestable, et malgré quelques fantaisies rationalistes que nous mentionnerons, data occasione, les savants s'accordent à entendre les semaines de Daniel de semaines d'années, et nous avons exposé suffisamment, croyons-nous, ce qui les engage à compter de cette manière. Nous nous contenterons de citer Lengerke à cause d'une conclusion erronée qu'il rattache à l'expression de « semaines d'années. » Il dit d'abord : « Nous voyons que le mot yi2U7 signifie ici une semaine d'années (dass

es aber hier eine Jahrwoche bedeute, ersehen ivir, wenn ).

Mais il n'est pas fondé à dire que, « en supputant les temps d'après les années sabbatiques l'auteur n'a pas été seulement guidé par le Lévitique, ch. XXV, 4, 8, et autres passages, mais aussi par cette considération que le comptait réellement de la sorte au temps des Machabées » (Unser Verf. wurde aber nicht bloss durch 3 Mos. a. a. 0., sonder n auch dadurch auf dièse Sabbahtsjahre geleitet, dass manwirklich im mahkabaischen Zeitalter nach Sabbathsjahren zcihlte, p. 432). Avant de supposer que l'auteur du livre de Daniel s'est appuyé sur un usage de l'époque des Machabées, le critique allemand aurait dû commencer par prouver que cet auteur vivait dans ce temps-là. C'est ce qu'il n'a pas fait. Il n'a pas d'ailleurs prouvé qu'on ne com-

mença à compter ainsi que dans une période si récente : il reconnaît que son pseudo-Daniel a pu être amené à l'idée de périodes d'années par des passages du Pentateuque.

b Ont été décrétées ; littéral, a été décrété (sous-entendu -i)21 ou n y temps) -, c'est-à-dire une durée de soixante-dix semaines a été décrétée. Le verbe est employé ici au singulier parce que l'esprit du prophète se porte sur la période entière qui compose les soixante-dix semaines. On remarque là une constructio ad sensum, non ad verbum. Le verbe nëhtak (Tinna) dont le sens est indiqué à la racine TIT)T] (il a coupé, il a tranché, secuit, abscidit; métaphor. decrevit, decidit, définivit), qui n'est usité qu'ici, en hébreu, mais qu'on trouve employé en araméen et en rabbinique, signifie au niphal, nëhtak, il a été décidé, défini, décrété, déterminé d'une manière précise. S'arrêtant au sens de « couper, trancher, » Théodotion a traduit ce verbe par auvsTijL^Grjaav (ont été abrégées : de auvripivio, je coupe, j'amoindris en coupant ou en retranchant ; au figuré, je diminue, je raccourcis, j'abrège). La Vulgate reproduit le grec de Théodotion : abbreviatœ sunt. Cette interprétation a donné lieu, à Jules Africain et à quelques autres, de prétendre que Daniel se sert de cette expression pour indiquer qu'il s'agit d'années lunaires et non pas d'années solaires. Mais il n'est pas vrai — comme le prétend Lengerke — que l'auteur de la Vulgate ait eu cette pensée. Du reste, cette opinion ne repose que sur une erreur de traduction. Le verbe nëhtak indique bien le sens de « couper, » mais il a aussi le sens de « décider » et de « déterminer. » Les Latins on dit dans le même sens decidere et secare : quo multœ magnœque secantur judice lites (Horace, lib. I, ép. 10) -, res eadem refertur istiusque more deciditur (Cic, contr. Verr., act. 4). Il n'est pas vrai non plus que ce verbe nëhtak signifie : le temps a été abrégé et fixé à soixante-dix semaines. Le texte dit tout simplement qu'une durée de soixante-dix semaines a été déterminée. Le temps de l'avènement du Messie et de l'accomplissement des mystères de la rédemption des hommes (abolition, expiation du péché, etc.) a pu être différé pendant longtemps , mais Dieu en a enfin fixé le terme, et le Rédempteur apparaîtra après une période de soixante-dix semaines d'années, dont l'Ange va faire connaître le commencement et la fin. Le temps est fixé, déterminé, arrêté d'une façon invariable. C'est comme si l'Ange disait à Daniel : Ce n'est pas là une prédiction conditionnelle, dont l'exécution dépende d'un futur contingent, par exemple de la fidélité ou de l'infidélité d'un peuple -, c'est une prophétie dont la réalisation

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