CHAPITRE IX
s'exécutera certainement au temps marqué, à la fin des soixantedix semaines, qui commenceront au temps d'un édit autorisant une reconstruction de la ville de Jérusalem, et qui se termineront à la mort du Messie et à l'abolition des sacrifices ou du culte mosaïque.
On s'est demandé quel était le sujet de ce verbe, et la plupart des interprètes répondent : les soixante-dix semaines; et il est vrai qu'elles ont pu être envisagées comme formant une période, une somme d'années. Hengstenberg pense que l'Ange avait en vue un substantif tel que het (temps) qui est au masculin (ch. IX, 14). Hitzig et Lengerke regardent ce verbe comme impersonnel et le construisent avec l'accusatif de l'objet. Wieseler veut que le sujet soit la parole (dabar) divine qui est mentionnée au verset 23 : Das Wort ist abgeschniten als 70 wochen u. s. w. Cette dernière traduction est tout à fait en dehors du texte. Il est si simple de comprendre que nêhtaq est au singulier , parce que les soixante-dix semaines sont considérées comme formant un tout, un total de semaines. Ce tout est « coupé, tranché, détaché, » et mis en relief dans la série des années du monde : ces soixante-dix ans sont détachés de l'ensemble des siècles pour former l'objet de la prophétie.
c Sur ta ville sainte . Jérusalem est la ville de Daniel, parce qu'il s'est identifié patriotiquement avec elle dans sa prière. L'expression du texte (Tjunp VV) semblerait signifier « la ville de ta sainteté. » Mais il faut observer que Jérusalem était appelée « ville de sainteté » ou « ville sainte, » et que le suffixe se rapporte non pas au dernier mot du composé, mais à tout l'objet qui est ainsi spécifié. Il faut donc traduire : « la ville de sainteté tienne, ta ville sainte » (Théodotion : l%\ -ùjv rcôXiv aou xr]V ày(av ; Super urbem sanctam tuam). Quoique détruite, Jérusalem est toujours appelée la ville sainte, parce que Dieu l'avait sanctifiée par sa présence et parce qu'il devait y apparaître encore dans la personne de l'Homme-Dieu. Ainsi l'Ange parle à Daniel de « son peuple, » du peuple dont le prophète fait partie, et de la cité sainte qui sont l'objet de sa prière, de son affection et pour lesquels il vient de plaider. Il est, du reste, évident que l'expression «ville sainte» a trait à la ville qui a existé et à celle qui sera rebâtie. La préposition ^y signifie « sur, à l'égard de; en faveur de», et elle se prend aussi en mauvaise part avec le sens de « contre. » Quelques juifs se sont efforcés de changer en menaces les promesses faites à leurs pères par l'entremise de Daniel. Mais il n'en est pas moins vrai que le contexte offre
des bénédictions et que, ici môme, l'Ange annonce la reconstruction de Jérusalem. Comme le substantif ^y signifie joug, Lengerke a pensé que dans la préposition du texte il y avait une allusion à un état pénible (In dem ^j liegt der Nebenbegriff des Lastigen), car, ajoute- t-il, les soixante -dix semaines de Jérémie sont un temps d'oppression et de souffrances. Cette observation prouve que Lengerke avait une prodigieuse perspicacité. Il remplace une préposition par un substantif qui n'a qu'un rapport de son avec elle et il obtient un rapprochement, aussi absurde que son procédé philologique, entre les soixante-dix ans de Jérémie et les soixante-dix semaines du décret de Daniel.
d Pour refréner, arrêter, réprimer le crime. Le texte nous offre le verbe k^dS (infinitif piel de ^2, H a enfermé, retenu, empêché, fermé; piel, il a empêché, arrêté) qui indique l'acte de clore (cfr. grec x)iiio, je ferme ; et xoAuw, j'arrête, j'entrave) ou d'arrêter le crime, la transgression (Ch. B. Michaelis : ad coercendum, ad cohibendum delictum). Quelques critiques (Dereser, Scholl) font remarquer que ce verbe n'est pas employé au piel. Mais rien ne prouve que le piel j$Sp n'était pas usité du temps de Daniel. Nous ne le trouvons, il est vrai, que dans ce passage. Mais c'est le cas de beaucoup d'autres mots hébreux qui n'apparaissent qu'une fois dans la Bible : les écrivains sacrés n'ont pas eu l'occasion d'employer toutes les formes des verbes usitées dans leur langue. Le verbe nSs a un sens transitif et
un sens intransitif : il a dû avoir un piel d'intensité ou d'action habituelle. C'est sa vraie signification dans le passage que nous examinons. Gesenius donne à kald! le sens de clausit, cohibuit, retinuit. inclusif (exemple : clausi sunt cœli, ut rorem non dimittant). On peut conclure de là que, d'après le texte, à l'époque indiquée, le péché sera clos, contenu, retenu, réprimé, empêché (Ps. LXXIV, 10 : Cohibe i. e. remove), enfermé. Lengerke maintient à ce verbe les deux sens d'enfermer (occludere qui signifie ici removere e conspectu, oblivioni dare, abolere) et d'empêcher ; mais il traduit par : Um einzuschliessen (den) Abfall; et il trouve que le sens d'enfermer est préférable, à cause des verbes suivants : « sceller » et « couvrir. » Hengstenberg remarque de plus que l'acte de sceller suppose l'acte d'enfermer, et il explique ce passage en disant qu'il s'agit d'enfermer l'iniquité, de la mettre sous clé, de sorte qu'elle ne puisse plus être vue (Jérém., XXXII, 2 ), qu'elle ne se présente plus. Mais on enferme tout aussi bien un objet pour le conserver; et c'est dans ce sens que Job disait : Tu as mis mes péchés en réserve comme dans un sac cacheté, et tu les observe pour les