CHAPITRE IX
punir» (XIV, 17). La même comparaison se trouve aussi dans le ch. XIII, 12, du prophète Osée : « L'iniquité d'Ephraïm a été liée ; son péché est caché, » conservé pour le châtiment. Ainsi, par lui-même, le verbe « enfermer » n'indique pas que les péchés seraient emprisonnés afin qu'ils n'apparussent plus et qu'ils prennent fin. Stuart remarque, d'ailleurs, que la préférence donnée par Lengerke au sens de « enfermer» sur celui de « restreindre, » parla raison qu'enfermer a le sens de «cacher» et par suite de pardonner, « n'a aucun fondement dans Vusus loquendi de ce mot, » et que « lorsqu'un Hébreu veut exprimer l'idée de « couvrir » le péché, il emploie les verbes kissah et kafar. » Ici le verbe kala' a très bien, du reste, le sens d'arrêter, de refréner. Nous verrons que cette signification est justifiée par l'emploi des deux verbes qui suivent et qui offrent un sens analogue.
C'est sans doute pour faire ressortir ce sens que l'on a introduit la leçon h^dS {pour finir, consumer la transgression). En effet, les anciennes versions rattachent le verbe de notre texte à hSd (achever, finir, consumer, consommer, disparaître, périr;
au piel : il a terminé, achevé, mené à fin, consumé , exterminé) (1). C'est le sens adopté par les LXX et par Théodotion : auvTsXsaOrjvcc. -rjv à[i.apx(av, que La Vulgate traduit ainsi : Ut consummetur prœvaricatio (afin que la prévarication sont consommée, achevée, finie). Cette traduction est confirmée par les parallèles qui suivent : Et finem accipiat peccatum et deleatur iniquitas (afin que le péché soit fini, c'est-à-dire : ait un terme, une fin ; afin qu'il soit détruit et qu'il ne règne plus dans le monde. Du reste, se fondant sur ce que kalà1 n'est pas usité au piel, Bertholdt, Gesenius, Rosenmûller, Winer, Hitzig ont adopté la leçon nSsS, et ils disent que les verbes terminés par un n prennent parfois la forme des verbes dont la troisième radicale est un n (par ex. ch. II, 4 4 X)2r\ au lieu de non) et <lue> de plus» cette leçon est appuyée par 39 manuscrits (Kennikott, de Rossi) (2).
(1) D'après Gesenius, kalah (absolutus est, perfectus est) s'explique de la façon suivante : pcractus, Jinitus est, pr. de tempore alicujus rei ; et il cite : et peracti erant septem anni abundantiœ (Gen. XLI, 53); ubi peracta est oendemia (Ruth., II, 23; Is. XXIV, 13); p'racta est pœna, peractum est tempus pœnae (X, 25 ; XVI, 4, etc.1). Le même lexicographe reconnaît à kalah le sens de consu/nptus est, ecanuit ; au piel, fin'wlt, consumpsit.
(2) Il est vrai qu'on ne trouve pas d'exemple, surtout dans ce
Remarquons aussi que, dans quelques manuscrits de Théodotion, on lit 7raXaito8^vat (pour vieillir). Cette leçon provient de ce qu'on a lu balah au lieu de kalah. D'où il suivrait que quelques anciens manuscrits portaient kalah. Tertullien, Africain, Eusèbe, Théodoret, Chrysostôme ont suivi cette leçon.
Quoiqu'il en soit, que l'on maintienne le kelîb ou que Ton adopte le qerl, que l'on garde ialeph ou le hé, on aboutit à une idée qui caractérise l'œuvre du salut : le péché sera arrêté, le péché sera consumé. Les deux verbes ont le sens de contenir, consumer, détruire; et nous en trouvons une troisième forme dans le verbe Sd^ (manger, consumer, détruire), avec un ^
initial : manger, s'est consommer en consumant, en finissant et détruisant. Ajoutons un argument qui milite en faveur du ketib et du qerî pris dans ce sens : l'argument tiré du parallélisme. L'effacement du péché est indiqué par les deux autres membres qui suivent.
Il faut reconnaître, d'ailleurs, que la même racine a deux sens différents (le péché sera arrêté, détruit ; et le péché arrivera à son comble), et que lekallêh qui signifie «mettre fin au péché, » peut avoir aussi le sens « de remplir la mesure du péché. » Ce dernier sens a été adopté par divers critiques qui ont traduit ainsi : « pour consommer, combler (la mesure de) l'iniquité m (Cahen : « pour compléter le péché). » Ils ont, dès lors, conclu de là que, d'après la prophétie, à un moment donné de la période des soixante-dix semaines, » le péché arriverait à son comble » et que « \ô crime serait consommé. » C'est le sentiment
livre, de l'échange de ,-^3 pour ^SlD • partout le premier verbe retient son n final (cfr. Dan., IX, 27: XI, 36). On a conclu delà que ce changement est contraire aux règles de la critique Stuart trouve que cette modification est à la fois unnecessary and uncrL tical. Nous croyons, en effet, que le changement proposé est inutile. On pourrait même admettre que les voyelles indiquées n'offrent pas la vraie manière de lire ce verbe. Ici, les Massorètes, selon leur habitude, voulant émettre une de leurs conjectures exégétiques et indiquer que ^Ss se trouve ici pour nbs» ou cLxie nSs a ici le sens de (-|Sd> ou que ce dernier verbe a emprunté une forme aux verbes ^b? ont écrit ^^Z>S et n'ont placé aucun signe particulier parce que supposant que nS-> était inusité au piol, il devenait évident que la ponctuation actuelle n'est pas la véritable ponctuation du kotîb. En somme,, rien n'empêche de conserver ce ketib et de lire nS?S (inn>- constr. kal.) ou même lekalle' (infin. constr. piel, qui a fort bien pu être usité jadis).