CHAPITRE IX
de Théodoret qui pense que le péché arriva à son comble par le déicide et par le rejet du Sauveur. Il est très vrai que, en crucirîant Jésus-Christ, les juifs comblèrent la mesure de leur iniquité et achevèrent l'œuvre de leur réprobation : en faisant mourir l'Homme-Dieu, ils portèrent leur rébellion à son paroxisme. Mais, d'un autre côté, le texte indique plutôt l'acte d'arrêter ou de mettre fin au péché. Les formules parallèles (mettre fin au péché et expier le péché) excluent le sens de « combler la mesure. » Le passage tout entier a trait à des bénédictions et non à des malédictions : ce sont des effets de la faveur divine. Ainsi, même en adoptant le verbe hSd. il faut lui donner le sens de « mettre fin, détruire. » #
d Et pour sceller le péché, velahtom (nrinSl, et ad obsignandum : de nnn il a cacheté, il a scellé), ad sigillandum peccata. C'est le sens que nous offre le qetîb du texte. Théodotion : -/.ou xou acppaytaai à[i.ap-r(aç, et obsignentur peccata. A proprement parler, le verbe sceller a le sens de mettre le sceau et, par suite, de clore et de terminer {sigillo clausit) (Voyez, à ce sujet, p. 84?). On mettait ainsi un sceau ou un cachet sur un édit, sur un décret, sur un acte public, sur une prophétie, pour deux raisons : l'une pour marquer que ces écrits étaient terminés ; et pour faire voir qu'ils étaient approuvés, confirmés, ratifiés. Le verbe hatam a pris aussi le sens de « fermer, cacher, » parce que l'on mettait quelquefois un sceau sur un rouleau, afin qu'on ne pût modifier ce qu'il contenait : par suite, le contenu était fermé, caché. En prenant ici ce verbe dans ce dernier sens, on a dit qu'un péché est scellé lorsqu'on l'a rendu incapable de se produire (cfr. la porte scellée, afin que Daniel ne puisse sortir de la fosse, VI, 12), lorsqu'il a été dérobé à la vue, lorsqu'il a été expié par le repentir et que Dieu l'a pardonné. Dieu « scelle » les péchés lorsqu'il les pardonne en vue des mérites de son Fils, Mais cette interprétation ne ressort pas précisément de ce sens du verbe « sceller. » D'après le contexte, il faut prendre ce verbe dans le sens de « mettre fin, clore. » Le sceau indiquant la fin d'un écrit, et sceller signifiant « finir, terminer, clore, » on comprend que « sceller le péché » ait eu le sens de mettre fin au péché, au règne du péché. Rosenmùller a très correctement rendu ce passage : Ad obsignandum, id est absolvendum, finiendum, propterea quod epistolae ad finem perductae sigillum imprimi solet. Il résume ensuite son exégèse de ce texte en disant : Sensus igitur est : ut peccatorum pœna finem habeat. C'est le sens que nous allons retrouver dans la version des Septante et dans la Vulgate.
Le Rédempteur devait sceller dans sa personne l'humanité pécheresse et, expiant le péché dans son sang, écraser la tête de l'ancien serpent, du prince de ce monde. On voit ainsi comment, dans notre texte, hatam signifie : mettre fin aux péchés.
C'est, du reste, le sens qu'indique une correction, un qeri qui nous propose de lire lehatem (nrinb pour finir, détruire, abolir les péchés), infin. hiphil de DOn, il a achevé, fini, consumé, détruit (synonyme de N^dS sous quelques rapports) Cette leçon que nous offrent les Massorètes est ancienne, puisqu'elle a été adoptée par d'anciens traducteurs. Les LXX : xal tocç àSixfôç oTiavîaat (et que les iniquités cessent) ; Aquila : xat tou xeXeicjaat àfjiap- -n'av ; et la Vulgate : finem accipiat peccatum (afin que le péché prenne fin). Aben-Esra et Saadias ont lu aussi lehatem. On a dit, avec raison, que cette leçon avait l'avantage d'éviter un double □pn dans ce verset. Ainsi, Hitzig (Studien und Crit., 1832, I, p. 176) a pensé qu'il n'est pas naturel que le même verbe soit répété deux fois dans des membres si rapprochés d'une même phrase ; et il trouve que cette observation suffit pour mettre en suspicion l'exactitude du ketîb. Ewald est du même avis. On a répondu, il est vrai, que la répétition du même mot est un trait caractéristique de Daniel. C'est ainsi que, dans les trois versets qui suivent, nous trouvons la triple répétition de y\f\ et de DQ^*. Ainsi, cette raison ne serait pas suffisante pour motiver le changement proposé. Mais les répétitions visées par ces critiques sont motivées par le texte, tandis qu'il n'en est pas de même pour le double emploi de hatam dans notre verset. Il est plus probable que lehatem offre Ja leçon primitive et vraie. On ne trouvera, du reste, aucun inconvénient à l'adopter, pourvu qu'on ne veuille pas donner à lehatem le sens de compléter (les péchés), car le texte n'autorise pas à se placer au faux point de vue de menaces que l'on cherche vainement dans ce verset. De sorte que, en adoptant le qeri, il ne nous est pas permis d'interpréter lehatem par « compléter » le péché, « combler » sa mesure. Comme nous l'avons vu (cfr. ch. VIII, 23, 839), ce verbe se traduit très bien par « détruire, consumer, mettre fin » au péché (par l'expiation, par le pardon). C'est ce sens qui va être mis en relief dans le membre de phrase suivant. — f Pour expier l'iniquité (iBzh pour expier : infin. piel, de "iD;> il a couvert; au pieL il a couvert le péché, il a pardonné ; il a expié, il a purifié), en le couvrant, en le faisant disparaître de la vue. Le verbe kafar (couvrira aussi le sens d'enduire (Gen., VI, 14\ passer un enduit, cou-