‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 65 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

•est le Messie lui même qui est appelé « Jéhovah notre Justice » par Jérémie (ch. XXIII, 6). C'est ce qui est très bien reconnu dans le Bereschit Rabba (au verset 18 du ch. XIV de la Genèse, où, à cette question : « Qu'est ce que la Justice des siècles? » il est répondu : « C'est le Roi-Messie. » La prédiction de l'avènement de cette Justice ou de ce Juste se trouve dans Isaïe (II, 5-8) : « Ma Justice (ou mon Juste : en prenant le concret pour l'abstrait) est proche... » La prophétie de l'Ange reproduit les oracles qui se rattachent au même objet en y ajoutant la fixation de l'époque de leur accomplissement. Saint Paul explique, du reste, divinement bien cette révélation, quand il dit : « C'est par lui (Dieu) que vous avez été établis en Jésus-Christ qui nous a été donné de Dieu pour être notre Sagesse, notre Justice, notre Sanctification et notre Rédemption (I, Cor., I, 30) ; et ailleurs : « Il (Jésus-Christ) est entré dans le sanctuaire non avec le sang des boucs et des veaux, mais avec son propre sang, nous ayant acquis une rédemption éternelle » (Héb., IX, 12). Jésus-Christ est, en effet, la Justice essentielle, la source de toute justice, la cause et la règle de toute droiture. Ce divin Sauveur est le Juste éternel qui, nous unissant à lui, nous a établis dans un état de Justice éternelle (cfr. Isaïe, LUI, 2; LI, 6, 8). Il communique à ceux qui adhèrent et s'unissent à lui une sainteté non pas passagère et imparfaite, mais une sainteté consommée qui durera autant que le royaume messianique. Aussi, l'avènement de cette Justice éternelle, prédite par Isaïe (XLVI, 13; LVI, 6), a-t-il été regardé comme la caractéristique du royaume du Messie. Cette Justice qui nous sera communiquée sera éternelle, parce que le royaume messianique durera toujours (cfr. Dan., II, 44: VII, 14, 18, 17; Isaïe, LI, 5, 8; Luc, I, 33). Elle portera le sceau d'immutabilité et de perpétuité, en opposition avec la justice passagère et transitoire de l'ancienne alliance. Ainsi, sous un rapport, le mot zedëq désigne la grâce par laquelle nous sommes rendus participants de la Justice éternelle, une communication de l'acte par lequel le Messie a satisfait à la justice divine, a expié les crimes de l'humanité et nous a ainsi obtenu l'état de justice éternelle ou le salut éternel. C'est ce don caractéristique des temps messianiques qu'Isaïe avait prédit en disant du Messie : Justificabit ipse multos (ch. LUI, 11).

Noms divers du Messie dépourvus d'arlicle : coup d'oeil sur l'onomatologie christologique des écrivains sacrés et de Daniel en particulier. — Ainsi que nous venons de le voir, l'expression « Justice éternelle » était un des noms dont se ser-

vaient les Juifs' pour désigner le Messie. Il est bon de remarquer que souvent les noms qu'on lui donnait étaient regardés comme des noms propres ; traités comme tels, ils étaient employés sans article. Cette manière de désigner le Sauveur par une expression, en apparence indéterminée, était très commune chez le peuple élu. Ces noms messianiques n'avaient pas, dès lors, pour ce peuple un sens indéfini : ils exprimaient au contraire que des attributs de celui qu'ils attendaient étaient de la sorte élevés à la plus haute puissance. C'est ainsi que le Messie avait été indiqué sous le nom de Schiloh : « Jusqu'à ce que vienne siloh » (Gènes., XLIX, 40); et les Targum expliquent ce nom par : « Jusqu'à la venue de Messie » (Mesihcï) ou : « Jusqu'au temps de la venue de Roi-Messie» (sans article). Dans le Deutéronome (ch. XVIII, 45, 18), il est dit que «le Seigneur suscitera Prophète, » (wnj) c'est-à-dire « le Prophète par excellence, xax' eio/ï)v, ou le Messie comme l'a entendu la tradition juive (cfr. Is., XLIX, L et LXI). C'est en reportant leur esprit sur ce Prophète que, à la vue des miracles de Jésus, les foules étonnées s'écriaient : 0 Celui-ci est véritablement le Prophète (ô 7ipocp^T7]ç. — Jean, VI, 14), et cette désignation s'appliquait au Messie, comme le prouve la suite du verset : « Il est véritablement le Prophète qui doit venir dans le monde » (ô ^pocp^xrjç, 6 !p^6(j.£vo; et; xbv x6s[j.ov). Le Messie est aussi désigné par les expressions «Ange de Jéhovah » {maVak Yehâvah. — Gènes , XXII, 11, etc.), «Ange delà Face» (Is., LXIII, 9), «Ange de l'alliance» (Mal., III, 1), Mêlëk on Roi (Ps. XLIV, 1 ; LXXI, 1), «Saint d'Israël» (Is., XLIX, 7). Admirable, Conseiller, Dieu, Héros, Père ou Possesseur de l'éternité, Prince de la paix» (/s., IX, 5). Zacharie (III, 8 -, VI, 12) de son côté désigne le Messie par l'expression « Orient » (zëmah, qui signifie aussi « Rejeton ») et Job espérait en lui en l'appelant son Go'ël (Rédempteur. — XIX, 25). Il faut accepter ce langage et comprendre que ces expressions dépourvues d'article ont néanmoins une signification relevée et parfaitement définie. Vouloir, à tout prix, en dépouiller la vérité biblique, c'est se condamner à ne la jamais comprendre et à s'emprisonner dans un rationalisme vulgaire qui ne saisit que l'ombre et laisse le corps.

Nous remarquons donc aussi que Daniel emploie des expressions analogues qui se ditinguent également par l'omission de l'article. Sa théologie messianique ajoute quelques traits au tableau tracé par les autres prophètes. Constantin L'Empereur dit très justement en parlant de Daniel : Varias etiam loquendi for-

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