‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 68 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

l'huile (l'huile de l'onction de sainteté), dont la composition est décrite au ch. XXX de l'Exode.

Saint des Saints. L'expression qodes qodasim tottHp ^*7.P) s*~ gnifie Saint des Saints. Mais il convient de l'examiner plus avant et de la comprendre. L'hébreu ponctué lit qodês qodasim, que l'on croit devoir traduire par sanctum sanctorum (le sanctuaire), tandis que saint Jérôme aurait lu Qados Qedosîm qu'il a traduit par sanctus sanctorum. Mais quelle qu'en soit la ponctuation, cette expression n'en indique pas moins le Messie, comme les rabbins eux-mêmes l'ont reconnu. Qodês signifie « sainteté » et, pris adjectivement, ce mot a le sens de « saint. » Il se rapporte tantôt à une personne et tantôt à un lieu (le tabernacle, le sanctuaire) ou à une chose consacrée à Dieu (terre de sainteté ou terre sainte, montagne de sainteté, c'est-à-dire consacré à Dieu, etc.). On ne peut soutenir que ce mot ne s'applique qu'aux choses, car on le trouve employé dans les locutions suivantes : rûah qodseka (ton saint esprit. — Ps , LI, 13), rûah qodsô (l'esprit de son saint. — Is., LXIII, 10, 11). Gesenius reconnaît aussi que ce mot rtribuitur omnibus, quse quocunque modo Dei sint... metaph. de nobilioribus populi (sarëy qodês, principes sacri), de sacerdotibus nobilioribus. Le peuple d'Israël est aussi appelé ham qodês 'peuple saint). Qados, d'autre part, est un adjectif qui signifie « saint. » Cette épithète est attribuée à Dieu (Ps., XXII, 4; Is., VI, 3). Dans le livre de Job (VI, 10), Dieu est appelé U7Ï7p (xax' ^°xMv)- On dit que cette appellation est pour UH*Tpn • mais nous croyons plutôt que l'article est omis parce que Qados est ici employé comme nom propre (cfr. Is., XL, 25). Jéhovah se donne lui-même le nom de Qados Israël (Lév., XI, 44, 45; XIX, 2 ; XX, 7, 26 ; XXI, 8 ; Is., XLIX, 7 : « Car je suis Jéhovah, ton Dieu, (le) Saint d'Israël, ton Libérateur»). Le pluriel Qedosîm se dit aussi de Jéhovah (Osée, XII, 1 -, Prov., IX, 10; XXX, 3; Josué : « Parce que 'Elohîm Qedosîm Lui »). C'est, en effet, un des noms divins ; et il est au pluriel, comme 'Elohîm, pour des raisons dogmatiques, que les Juifs ont remplacé par des fantaisies grammaticales : on n'a voulu voir dans Qedosîm qu'un plurale majestatis qui se traduisait au singulier par sanctissimus. II est vrai que le pluriel de quelques noms divins a amené, chez les Hébreux, un emploi du pluriel comme forme superlative (cfr. sîr hassirîm == Canticum canticorum, cantique par excellence; vanitas vanitatum, extrême vanité). On a pu ainsi traduire Qodes Qodasim (saint des saints) par « Très saint » et se servir de ce superlatif pour indiquer Celui qui posssède la sainteté par es-

sence et auquel cet attribut convient xax' iijo^v. Mais Daniel nous a déjà indiqué ce que nous devons entendre par les expressions Qados et Qadosim, et il faut avoir égard à la manière d'écrire d'un auteur pour le bien comprendre. Il nous a déjà parlé des 'Elahîn Saints ,voy. p. 382, 383) et nous avons pu constater qu'il admet une pluralité de Faces ou de Personnes divines connues sous le nom d' 'Elahîn (p. 302 et ss.). Au ch. VIII, 13, il nous a montré deux personnes divines désignées l'une et l'autre par le nom de Qados (Saint. — Voy. p. 806). Nous voyons ainsi que le contexte et la langue de Daniel donne à l'expression Qodes Qodasim des nuances importantes qu'il faut mettre à profit. Cette expression signifie, en effet, très bien « Saint des Saints ('Elohîm) » On comprend alors comment Aaron a pu être appelé Qodes Qodasim (I, Paroi., XVIII, 4 3). Il était ainsi désigné, non pas comme « très saint, » ainsi qu'on l'a supposé, mais comme « le saint, l'oint, le consacré des Saints. » C'est d'après cette même manière de voir, que doit s'interpréter l'expression « saint de Jéhovah » (qodes Yehovah) pour désigner un objet consacré à l'Eternel : le génitif est ici employé pour le datif (la- Yehovah. — Cfr. Lév., XIX. 8; Exod., XXXIII, 3b; XXXIX, 30). Il en est de même de l'expression keley qodes ha 'Elohîm (« vases sacrés de Dieu. » — Parai , XXII, 19). C'est aussi ce sens qu'il faut donner au mot qodasim dans l'expression D^TpH EHp, par laquelle on désignait le Saint des Saints, le lieu du Temple où se trouvait l'arche. Cet endroit était le lieu des Saints, des 'Elohîm, le lieu qui était sanctifié par leur présence. Ainsi, l'expression Qodes Qodasim se rend très bien par « Saint des Saints » et désigne admirablement le personnage central, celui que tout le livre met en lumière; le « Saint » qui vient d'être mentionné comme étant la « Justice éternelle, » et qui va être désigné au verset suivant par le nom de Messie ou Oint.

Les versions grecques rapportent cette expression au Messie. Les LXX traduisent : xai eùcppdcvou Syiov àyfwv (et pour réjouir Saint des Saints) et Théodotion : xa\ trou xP^aat ^Y10^ àyi^v (et pour oindre Saint de Saints) ; la Vulgate : et ungatur Sanctus Sanctorum (et que Saint des Saints soit oint). Il est possible que le traducteur alexandrin ait lu nDuS 9U ^eu de nurcb» niais on a justement trouvé plus probable que, en employant le mot sù^pavai (de eiKppaîvto, je réjouis), il avait en vue le ps. XLIV, 9 [unxit te Deus, Deus tuus oleo lœtitiœ), où il est question d'oindre avec de l'huile un roi que la paraphrase chaldaïque, saint Paul (Héb., I, 8, 9) et des rabbins (Kimchi, etc.) reconnaissent être le Messie.

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