‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 7 sur 318 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

VII, p. 222); et plus loin : « Le roi chaldéen et les gens de sa cour n'avaient rien à faire dans la capitale de l'empire persan » (p. 258). C'est là une façon de se prononcer bien leste, mais nullement motivée. En admettant que Suse appartint alors aux rois de Perse, a-t-on quelque raison de croire que, même dans ce cas, le roi chaldéen n'aurait pas pu avoir à faire régler dans cette ville certaines affaires relatives à son peuple? L'ancien ministre de Nabuchodonosor pouvait avoir des motifs de venir dans cette localité, comme il aurait pu en avoir pour aller à Ecbatane, chez les Mèdes, auprès d'Àstjage, ou en Arménie, et aussi chez les Perses. Les rois de Babylone étaient en contact avec les nations aryennes, voisines de la Chaldée, et en supposant que Suse appartenait alors aux Perses, nul ne serait autorisé à dire qu'un roi de Babylone ne pouvait pas avoir à traiter des affaires dans un pays qui touchait à son empire. D'un autre côté, Reuss parle tout à fait au hasard et contrairement aux faits lorsqu'il suppose que Suse était alors « la capitale de l'empire persan. » Il ne saurait s'appuyer sur aucun fondement pour prouver que cette ville était, à cette époque, la capitale de la Perse \ il ne pourrait pas même affirmer sérieusement que cette ville appartint alors aux Perses. Lengerke n'en sait pas plus à ce sujet que Reuss, et il est encore plus répréhensible, car il prête à Daniel une opinion qui n'est certainement pas dans son livre. Parmi les prétendues inexactitudes historiques de ce prophète, Lengerke en mentionne donc une qui lui rend le livre très grandement suspect : « Daniel, dit-il, dans la vision du ch. VIII, sous le Mède Cyaxare II, regarde à tort Suse comme la résidence des rois de Perse. Car, quoique Suse fut déjà bâtie sous Darius (le Mède, dont le critique prussien fait un Cyaxare II, roi des Mèdes), cependant, elle ne devint résidence (royale) que sous Cyrus » (p. LXIV). Nous n'avons à nous occuper ici ni de Cyaxare II qui n'a jamais existé, ni de Darius le Mède qui n'a pas encore succédé à Balthasar. Nous reconnaîtrons, du reste, que Suse ne devint capitale de la Perse que sous Cyrus, après qu'il eut battu Darius-Nériglissor, gendre de Nabuchodonosor et qu'il eut ainsi conquis la Susiane. Mais nous sommes fondés à trouver fort étrange qu'on impute à Daniel une erreur qu'il n'a pas commise : il parle de Suse comme d'une forteresse ou d'un château qui a pu avoir aussi un palais, mais il se garde bien de dire, comme les rationalistes le supposent malgré lui, que, au moment où il écrivait, cette forterresse était la capitale

de la Perse : le Voyant ne dit môme pas un mot qui indique que, d'après lui, cette ville appartenait alors aux Perses.

Du temps de Balthasar la Susiane appartenait aux Chaidéens. — Remarquons d'abord qu'on n'apporte aucun fait pour établir que le pays d'Elam n'était pas alors sous la dépendance des rois de Babylone. Aben-Esra, dont on a invoqué, plus haut, le témoignage, n'était pas trop au courant de l'histoire ancienne de Suse. Il fait, à tort, de cette ville, au temps du roi Balthasar, la capitale de la Perse-, et il n'avait non plus aucune raison de supposer que Cyrus, dont l'armée prit Babylone; tua ce fils de Nabuchodonosofr, massacré vingt-quatre ans auparavant par des conjurés. Bertholdt, qui admet que Daniel se trouvait réellement à Suse, n'est donc en aucune façon autorisé à se servir de cette interprétation pour dire son fait à ce prophète, « lequel n'a pas compris que le pays d'Elam, sous Nabonid (le critique confond ce roi avec Balthasar), n'appartenait pas à Babylone, et que le palais de Suse n'existait pas encore. Evidemment, le palais, construit par Darius d'Hystaspe et reconstruit par Artaxerxès Mnémon, n'existait pas du temps du roi chaldéen Balthasar (1). Mais il serait difficile de faire admettre que Suse ne possédait pas un palais du temps des rois susiens et élamites. En tout cas, Daniel est très correct : il envisage Suse comme une forteresse; et en nous permettant de croire qu'il y aurait eu aussi un palais, il ne nous aurait induit aucunement en erreur. Nous allons toutefois plus loin, et nous soutenons, à l'encontre de quelques exégètes, que la Susiane était alors une province de l'empire chaldéen. Avec d'anciens commentateurs, Hengstenberg (Beitr., I, p. 42) a conclu des prophéties de Jérémie XLIX, 34, comparé avec XXV, 25 et avec Ezéchiel XXXII, 24, que Nabuchudonosor avait subjugué Suse.

(i; Sur les bases de marbre des quatre supports qui comprenaient le trône, ce roi fit graver une inscription commémorative qui donne à l'édifice une date certaine (404 av. J.-C). Voici cette inscription découverte tout récemment en réplique sur la frise des Lions, et traduite par Oppert : « Dit le roi Artaxerxès, fils du roi Xerxès fils du roi Darius, fils d'Hystaspes, Achéménide. Cet apadanâ, Darius mon trisaïeul, le fit construire ; plus tard, du temps d' Artaxerxès mon grand-père, le feu le détruisit. Par la grâce. d'Aouramazda, d'Anaïta et de Mitra, j'ai ordonné de reconstruire ce palais. Qu'Aouramazda, \ Anaïta et Mithra me protègent contre tout mal, moi et mes œuvres, qu'ils ne les atteignent point., qu'ils ne les détruisent point. »

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