CHAPITRE VIII
Niebuhr (Gesch. Assurs, p. 2H1) a aussi essayé de prouver par ces passages que Nabuchodonosor, après la mort de Cyaxare, fit la guerre aux Mèdes et conquit la Susiane. Mais ce n'est pas aux Mèdes que Nabuchodonosor fit la guerre : il n'eut à ce sujet maille à partir qu'avec les Perses qui, après la destruction de Ninive ou même pendant les guerres qui précédèrent la chute de l'Assyrie, s'étaient adjugés la Susiane. Hsevernick objecte, il est vrai, que la conquête de cette contrée par Nabuchodonosor ne peut guère s'accorder avec le fait de la division de l'empire assyrien entre le roi des Mèdes et le roi des Chaldéens. D'après ce traité, Cyaxare obtint les provinces orientales et septentrionales de cet empire, et Nabopolassar les contrées occcidentales et méridionales. Mais il s'agit de savoir où était la ligne de partage. En admettant quelle fut fixée dans le nord par le Tigre, faut-il admettre qu'il en était de même dans le sud? Le roi de Babylone n'avait-il pas tenu à s'assurer les bouches de l'Euphrate grossi des eaux du Tigre ? La part du monarque chaldéen ne comprenait-elle pas le pays d'Elam ? En examinant les choses de près, on se convaincra aisément que, dans le partage de l'empire assyrien, la Susiane, le pays d'Elam, dut entrer dans le lot du roi de Babylone. Ce roi ne pouvait pas avoir laisssé libres et indépendantes, dans le voisinage de sa capitale, des peuplades, qui auraient été en état de surprendre cette ville et de ravager la Babylonie. Il avait dû se prémunir contre les invasions menaçantes des tribus pillardes de la Susiane, facilement excitées et poussées, vers les contrées riches de la Chaldée, par les tribus guerrières de la Perse. 11 paraît même, d'après des textes épigraphiques, récemment découverts, que la Susiane avait été envahie par les Perses, au temps des guerres de Cyaxare et de Nabopolassar contre Ninive. Sans doute, les chefs des tribus perses avaient ensuite essayé, contrairement au traité intervenu entre ces deux rois, de détenir cette province. Profitant des embarras suscités aux Chaldéens par le roi d'Egypte, par le roi de Jérusalem et par les chefs syriens, ^quelques ancêtres de Cyrus n'avaient pas hésité à se maintenir en possession d'un pays qui était fort à leur convenance et qui leur ouvrait le chemin sur les régions les plus convoitées de l'Asie occidentale. Mais après la victoire qu'il avait remportée à Carchémis sur le roi d'Egypte et sur ces alliés, Nabuchodonosor sut très bien réduire sous sa domination les basses côtes de la Chaldée et de la Susiane, et tout le pays d'Elam qu'il considérait justement comme une annexe de son
empire. Il s'est passé, en effet, dans la Susiane, des événements que nous ne devons pas négliger de constater.
Nous avons trop peu de renseignements sur les faits historiques du long règne de Nabuchodonosor pour ne pas tenir compte des textes de nos saints Livres. Les sources bibliques ne doivent pas être négligées. En tenant compte aussi de ce que nous apprend Cyrus de la possession de la Susiane par quelques-uns de ses ancêtres et en rapprochant ces traditions des passages de Jérémie, relatifs à deux conquêtes du pays d'Eiam par les Chaldéens, on voit que ces deux prophéties ont une grande valeur historique. Keil dit que ni au ch. XXV, ni au ch. XLIX, Jérémie ne prophétise une conquête d'Eiam par Nabuchodonosor, mais plutôt, dans ce dernier chapitre, une complète destruction de ce pays, dans un langage qui est trop fort et trop élevé pour ne désigner qu'une simple annexion et un assujettissement. En effet, Jérémie prédit d'abord une simple conquête qui fut suivie plus tard, sans doute après une nouvelle révolte, de la dévastation du pays et d'une déportation de quelques-uns de ses habitants. Reprenons toutefois les choses de plus haut.
La Susiane avait été conquise par Sennachérib et par Assurbanipal. Aussi ne sommes-nous pas étonnés qu'Isaïe (ch. XXTI, 6) ait vu, dans l'armée assyrienne, des Elamites qui marchaient avec Sennachérib contre Jérusalem. Plus tard, le pays d'Eiam nous apparaît comme indépendant de Babylone, car le même prophète (ch. XXI, 4 2) voit dans le lointain Elam fondre, avec les Mèdes, sur cette ville, pour la renverser. Les habitants de la Susiane étaient alors, en effet, sous la dépendance de Cyrus depuis dix-sept ans. Mais entre ces deux époques, il se passa, dans ce pays, des événements dont Jérémie nous donne la clef. Dans la quatrième année de Joachim, lorsque le prophète prédit le châtiment qui attend ce roi disposé à se tourner contre Nabuchodonosor, Jérémie (XXV, 25) prononça aussi un oracle spécial contre Elam, qui est au nombre des peuples auxquels il est chargé de faire boire du vin de la coupe de la fureur de Dieu : «Et ils en boiront, et ils en seront troublés, et ils sortiront comme hors d'eux-mêmes à la vue de l'épée que j'enverrai contre eux (vs. 46).» En voyant les Egyptiens sur les bords de TEuphrate, les Perses avaient sans doute trouvé le moment favorable pour envahir ou pour conserver la Susiane. Mais après la déroute de Nécho et de ses alliés, Nabuchodonosor fit la conquête de cette contrée , et la prophétie s'accomplit ainsi après