‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 70 sur 318 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Messie lui-même ne peut être maintenue. Ainsi Lengerke n'a qu'un mot à dire pour les renverser. «Cette exposition, dit-il, est inadmissible car jamais qodes qodasim n'est employé pour des personnes (Dièse ErklUrung ist schon desshalb unstatthaft, weil 'n'p niemals von Personen gebraacht wird. Stuart répète tout simplement cette assertion {The phrase never désignâtes person.). Keil est du même avis. Hitzig dit que « qodes est un nom de choses» (ein sachliches Wort) ; et, avec Wieseler, il veut qu'il s'agisse ici de l'autel des holocaustes. Nous avons vu le contraire et nous savons qu'Aaron est dit « consacré Saint des S;iints. » Le verset 25, qui va nous montrer Y Oint ou le Messie, fait voir parfaitement que l'onction du verset 24 ne s'applique pas à une chose inanimée.

Ces critiques disent, du reste, que l'expression de notre texte ne désigne pas des personnes, parce que, lorsqu'elle en désigne, ils ont recours à des hypothèses grammaticales que rien ne justifie. D'un autre côté, on n'a pas songé à tenir compte de la langue dogmatique de Daniel : nous avons vu que qados et qedosîm et nous pouvons dire aussi qodasim (au pluriel) désignent Dieu.

En soutenant que cette expression ne désigne jamais des personnes, certains critiques ont surtout pour but de lui donner le sens de «sanctuaire. » Mais ils auraient dû voir que, dans ce cas, il aurait fallu qodes haqqodasîm (Exod., XXVI, 33, etc.). Pour désigner le sanctuaire, on n'emploie jamais cette expression sans y introduire l'article. 11 est vrai que Daniel omet l'article devant «Justice éternelle» parce qu'il en fait un nom propre, et devant uV;sion et Prophète, » expression qui comprend l'idée générale du prophétisme. Il omet aussi l'article en dédésignant «Saint des Saints, » parce que c'est pour lui un nom propre comme le sera le mot Masiah, au verset suivant. S'il avait voulu désigner le sanctuaire du Temple, Daniel ne se serait pas éloigné du langage des écrivains sacrés, et il n'aurait pas abandonné la formule habituelle. Telle qu'elle est employée ici, l'expression de Daniel ne pouvait pas indiquer pour un juif le Sanctuaire ou la partie la plus secrète et la plus vénérée du Temple. C'est ce que l'abbé Lamy montre très bien dans le passage suivant «à propos de qodês qodasim. «L'expression hébraïque employée ici, ne désigne nulle part la partie du tabernacle ou du temple appelée « le Saint des Saints. » J'ai examiné attentivement tous les passages de l'ancien Testament où cette enpression se trouve : nulle part elle ne désigne le sanctuaire du temple. Le lecteur pourra s'en convaincre, en lisant dans le

texte hébreu les passages que j'indique en note (1). Ce sont les seuls où j'aie rencontré ces mots. Dans ces passages, l'expression hébraïque vaut notre superlatif « très saint » (2). Lorsqu'on veut désigner la partie du temple appelée « le saint des saints,» on ajoute en hébreu l'article devant le second mot. Ainsi, l'expression hébraïque «pour oindre saint des saints,» signifie « pour oindre le très saint » ou « pour oindre ce qui est très saint.» De quelque façon qu'on l'entende, on ne peut appliquer cette expression qu'au Messie, dont il est immédiatement question, et qui est « l'oint du Seigneur » par excellence. La Vulgate a donc rendu le sens exactement en mettant : «Ungatur sanctus sanctorum » (Controverse, an. 1887, p. 217).

Cette observation est tellement vraie qne Lengerke lui-même se voit contraint de reconnaître que l'expression qodës qodasim de notre passage peut signifier «un très saint,» mais jamais « le saint des saints du temple. » (bedeutet ein Allerheiligstes, niemals das Allerheiligste des Tempels , qui est, au contraire, toujours déterminé par l'article (durch den Artikel bestimmt). Mais ce critique qui traduit qudës qodasim par « un très saint, » croit pouvoir repousser l'interprétation messianique de ce terme, en disant — sans jamais le prouver — qu'il n'est jamais employé pour désigner des personnes (weil niemals xp'n von Personeu gebrancht wird). Il ne s'appuie, en effet , que sur un passage d'Ezéchiel mal traduit et mal compris pour prétendre que le « très saint signifie le Temple tout entier. » (Unter q. q. ein Allerheiligstes ist aber der ganze Tempel selbst gemeint, nach Ez., 48, 3) Mais Ezéchiel dit simplement : « Et dans cette place sera le temple saint ou sanctifié des saints» (hammaqdas qodës qodasim) ; » il ne dit pas comme le lui fait dire la Vulgate : Templum sanctumque sanctorum (le temple et le saint des saints;, mais : «le temple saint ou sacré des Saints. » C'est ainsi que le verset suivant commence par le mot qodës avec le sens de « étant sanctifié » (ce qui sera sanctifié de ce pays sera

(1) « Voir Exod., XXIX. 37; XXX, 10, 16. Léo., 11,3, 10; VI, 25; VII, 1, 6; X, 12, 17; XIV, 13; XXVII, 28. Num., IV, 4 ; XVIII, 9. II Par., XXIII, 13; Eséch., XLII, 12 ; XLV, 3; XLVIII, «2.»

(2) «Ainsi Exod., XXIX, 37 : « Pendant sept jours oous expierez l'autel et cous le sanctifierez, ci l'autel sera très saint D'TZHp UTD » Exod, XXX, 10, 16, a L'autel sera très saint pour le Seigneur.» Ce gui restera du sacrifice sera saints des saints des oblations du Seigneur, c'est-à-dire sera très saint. » Nous avons vu que cette expression a aussi un autre sens.

Page 1