‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 76 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

signer le chef du peuple; et, sous ce rapport, nagid a pu être regardé comme synonyme du mot « roi » (mëlëk). Saûl, David, Salomon, Ézéchias sont appelés nagîd ; et au ch. XI, 22, du livre de Daniel, ce nom est donné à Ptolémée Philométor. Remarquons aussi que le nom de Nagid est expressément donné au Messie par Isaïe (LX, 4).

Maintenant il faut se rendre compte du sens que nous offre l'association de ces deux mots. Bertholdt, Rosenmùller, Gesenius, Hitzig, Rôsch et divers autres critiques traduisent Masiah Nagîd par « Prince oint » (Kranichfeld : bis zu gesalbtem Fûrsten). Mais Lengerke, Keil, etc., ont très bien réfuté cette version, en faisant observer que jamais, en hébreu, l'adjectif ne précède le nom auquel il sert d'épithète. Lengerke en particulier montre que les exemples allégués comme des exceptions à cette règle ont été mal compris et mal expliqués. Ainsi Masîah n'est pas un adjectif en rapport avec le mot nagîd. En faisant de Masîah un adjectif épithète du substantif nagîd il faudrait, d'après les règles de la grammaire : had nagîd mésiah (jusqu'au prince qui est oint). On a, dès lors, dû reconnaître qu'il y a là deux substantifs dont le second est en opposition avec le premier : le texte nous parle d'un « Oint qui est en même temps Conducteur. »

Il convient aussi de noter que ces deux substantifs juxtaposés sont dépourvus d'article : le texte ne dit pas « /'Oint, le Prince. » Rien ne nous autorise non plus à y introduire un article indéfini et à traduire cette expression par : « un Oint, un Prince. » C'est de cette façon, cependant, que l'ont traduite Lengerke, Hitzig, Wieseler et autres critiques : Bis auf einen Gesalbten, einen FUrsten (jusqu'à un oint, un prince). Stuart traduit de la même manière : Unfo an anointed one, a prince ; et Rosenmùller accentue encore le vague de ces traductions en disant : Usque ad unctum principem aliquem i. e. regem. On peut, dès lors, se demander ce que signifierait cette expression et on chercherait vainement ce que nous apprendrait cette parole de l'Ange. En s'exprimant ainsi, il aurait parlé pour ne rien dire. Les préfets, chefs ou rois qui ont pu passer pour oints ou envoyés de Dieu comme Cyrus, comme Darius d'Hystape, comme Artaxerxès, comme Zorobabel, comme Esdras, comme Néhémie, etc., etc., sont innombrables. Peut-on croire que l'Ange, en désignant ainsi tant de personnages à la fois n'a voulu désigner personne ? A-t-il simplement voulu parler d'un chef oint non défini ? alors à quoi pouvait servir sa prophétie ? Lengerke prétend que l'auteur a employé cette expression indéterminée parce qu'il ne

pouvait pas publier le nom du roi Cjrus, sans ôter à la prophétie ce qu'elle a d'obscur et de mystérieux. Mais est-ce qu'Isaïe n'avait pas désigné ce prince d'une façon expresse ? D'ailleurs, Daniel avait bien désigné déjà un Perse comme un des agents de destruction de l'empire chaldéen (ch. V, 28). Mais l'Ange n'a pas été envoyé pour rester dans cette généralité et il avait mission d'indiquer le terme d'une période dont il avait déjà décrit les bienfaits, au verset 24, et dont il venait de bien fixer le commencement. Il a voulu désigner non un «oint» en général ou un «prince» inconnu. Mais l'Oint, le Messie, le Conducteur ou le Guide qu'Israël attendait. Les rationalistes croient, il est vrai, faire delà science en remarquant que, s'il s'agissait de ce Messie et non pas d'un oint indéterminé, le mot Masîah serait précédé de l'article. Mais où ont-ils vu que, en hébreu ou en grec, l'article soit exprimé lorsqu'il s'agit d'une personne très connue ou qui a une excellence toute particulière? Dans ce cas, le nom de cette personne — nous l'avons montré plus haut (p. 909) — n'est plus un simple appellatif, mais un nom propre.

L'absence de l'article n'indique donc pas toujours qu'un substantif est pris dans un sens indéterminé. D'après les règles de la grammaire hébraïque, le nom propre ne prend pas l'article. Aussi est-ce avec raison que Hengstenberg a soutenu que l'article est omis ici devant masiah, parce que ce mot est pris pour un nom propre. Masîah ou Messie est, en effet, le nom propre du Sauveur. C'est ainsi que l'entendait la Samaritaine, lorsqu'elle disait : « Je sais que Messie vient » (oîSa 8ti Meaafaç ïpyBxca. — Jean, IV, 25). Le mot Messie était ainsi regardé comme nom propre du Messie, et il désigna tout spécialement Notre-Seigneur dans le cours de sa vie publique. Ce nom était employé tantôt sans article : « Jésus, qui est appelé Christ » (Xpi<rc6ç. — Matth., I. 16). L'article précède d'ordinaire ce nom, comme devant l'expression « Fils de l'homme, » pour indiquer que ce nom propre s'applique au personnage que l'on a en vue. Ainsi, Hérode cherche à savoir « où devait naître le Christ » (6 Xpiaxàç). De son côté, Pierre donne à Jésus le titre qui le caractérise, en lui disant : « Tu es le Christ » (6 Xpicrrôç. — Marc, VIII, 20) (4).

(1) L'érudit orientaliste Vitringa a, du reste, très bien exposé, dans les passages suivants (II vol., pp. 268, 269), la vraie signification du mot Masiali considéré comme nom propre : Epitheton hoc Unctù ita tribuitur illi Personae, de qua apud Daniel agitur, ut non

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