‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 79 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

plus, après l'édit qui leur permit de travailler à relever leurs murailles et leurs maisons, les fils d'Israël devaient traverser un temps d'angoisse : ce serait une époque où l'on pourrait avoir encore sujet de se décourager. Pour les prémunir contre le découragement, l'Ange apprend aux juifs que, quoiqu'il arrive, la ville sera rebâtie; ce relèvement se fera dans un temps d'épreuves ; mais les difficultés annoncées n'empêcheront pas l'œuvre d'aboutir : à partir du décret, sept semaines d'années marqueront la période de la résurection de Jérusalem. Cette révélation avait donc pour but de soutenir le courage des juifs ; et Daniel la reçoit afin que les juifs pieux ne se laissassent pas troubler dans leur foi. Remarquons aussi que, malgré le temps d'angoisse qui était signalé pour cette époque, les sept semaines ne devaient pas moins être fausti tempori). Elles furent privilégiées et offrent encore un temps extraordinaire de grâces et de bénédictions. C'est la période d'Esdras, de Néhémie et de Malachie, qui a duré une cinquantaine d'années ; c'est la période de la restauration du peuple élu ; c'est l'époque de la Grande Synagogue qui canonisa les derniers écrits de l'Ancien Testament et, en particulier, le livre de Daniel, qui devait éclairer la nation juive jusqu'au moment où apparaîtrait la période du salut.

Les soixante-deux semaines. — Après avoir indiqué le caractère particulier des sept premières semaines, l'Ange se contente de mentionner les soixante-deux semaines suivantes. La fondation du nouvel état de choses devait persister jusqu'à la 70« semaine, c'est-à-dire jusqu'à la manifestation du Messie- Conducteur, et jusqu'à la consommation finale des événements rattachés à la prophétie de cette dernière semaine. Le terminus a quo de cette période est la fin des sept premières semaines et le terminus ad quem est indiqué par les versets 24 et 25, savoir la fondation de la nouvelle Alliance et la mise à mort du Messie. Il suffisait à l'Ange d'avoir dit que Jérusalem serait redevenue le foyer de la vraie religion. Aussi, sans s'arrêter à donner des détails sur ce qui devait se passer à Jérusalem pendant ces 434 ans, il va droit au but et porte le regard de Daniel sur la fin de cette période. La prophétie du ch VIII avait déjà décrit l'événement le plus tragique qui signale ces soixante deux semaines ; et les révélations du ch. XI devaient donner des explications suffisantes sur l'avenir de la nation pendant tout ce temps. Aussi l'Ange n'a-t-il eu mission d'indiquer ici, à propos des soixante-deux, que leur point d'arrivée.

Division absurde et traductions fantaisistes du verset £S imaginées par les critiques antimessianiques. — Voulant de force donner à ce passage un sens étranger à l'intention de Fauteur, les critiques d'im;igination ont recours à une manœuvre de découpage qui leur permet de ne lire qu'une moitié d'une phrase et de l'achever dans le rêve. Ils ont découvert la possibilité de séparer d'une façon bizarre les sept semaines des soixante-deux semaines, et de traduire les paroles de l'Ange de manière à en modifier radicalement la signification La division qu'ils préconisent n'a d'autre base qu'une interprétation fausse — nous le montrerons ci-après — des fonctions d'un accent athnach, d'un accent tonique, d'une note de musique ajoutée au texte par des rabbins du moyen-âge, pour les usages de la liturgie. Le procédé rationaliste consiste à faire de cet accent, transformé en accent de ponctuation, un point d'arrêt qui serait traduit tout au plus par une virgule, et dont ils font un point et virgule. Il suffit aux rationalistes d'introduire ici une différence de ponctuation appuyée sur un motif futile et que nous réduirons bientôt à sa juste valeur, c'est-à-dire à rien, pour qu'ils se croient autorisés à traduire le verset 25 de manière à en faire un texte nouveau en dehors de l'ancien. Le rabbin Cahen le traduit ainsi : « Depuis le prononcé de la parole de rebâtir Jérusalem jusqu'au prince oint, il y a sept semaines; dans soixante-deux semaines, la place et le fossé seront de nouveau bâtis, mais en temps d'angoisse. » Ne pouvant s'empêcher de se mettre à la mode en vogue chez les rationalistes, Kuenen a adopté la version suivante : « Depuis l'émission de la parole portant qu'on rétablisse et qu'on rebâtisse Jérusalem, jusqu'à l'oint, le prince, il y a sept semaines; et durant soixante-deux semaines, Jérusalem sera rétablie et rebâtie avec des rues et des fossés, et cela dans l'angoisse des temps. » La traduction de Reuss devait fatalement reproduire cette magnifique combinaison. Il l'exprime en ces termes : « Depuis qu'a été prononcée la parole de ramener et de rebâtir Jérusalem jusqu'à un oint, un prince, il y a sept semaines ; et pendant soixante-deux semaines elle sera ramenée et rebâtie, place et enceinte ; mais dans l'angoisse des temps. » Nous ne relevons pas les incorrections que présentent ces versions ; et, après avoir constaté qu'elles introduisent dans le texte les prépositions « dans, durant, pendant, » qui ne s'y trouvent pas, nous nous contenterons de faire remarque que les traducteurs séparent les sept années et les soixante-deux semaines, de telle sorte qu'ils font durer la reconstruction de Jérusalem pendant 432 ans.

Page 1