CHAPITRE IX
les phrases courtes comprennent ordinairement deux hémistiches à peu près égaux en nombre de syllabes, l'accent athnach, par exemple, devient facilement un signe qui peut passer comme marquant des repos et comme signe de ponctuation. Il se rencontre, en effet, souvent, de la sorte que le besoin de respirer et de faire une pause coïncide avec la fin d'une sentence ou d'une de ses parties constitutives. On peut donc regarder les accents comme indiquant, dans ce cas, un certain arrêt. On a constaté ainsi que Vathnach partage souvent un verset ou une période en deux parties, comme l'observe très bien la grammaire de Gesenius que nous venons de citer (Meistens in der Mitte des Verses und diesen in zwei Hâlften theilend).
Mais, même à ce point de vue, l'accent athnach est surtout, comme son nom l'indique, un accent de 0 respiration. » Considéré comme signe de ponctuation, il n'a que la valeur indiquée par le sens du texte. Dans une phrase dont l'étendue excède la portée commune de la respiration, il sert à diviser la période en membres principaux et secondaires : il ne forme pas une incise indépendante ; il indique seulement un moment de respiration et souvent il ne sert à rien du tout qu'à la modulation et au chant. Aussi, à propos des incises ou membres d'une période, Buxtorf [Thés, gramm., lib. II, cap. 23) reconnaît-il que cet accent n'a pas un caractère complètement séparatif, qu'il ne sert souvent qu'à une légère distinction, et qu'il ne remplit même pas cette fonction : K&Xov sive membrum est quospiritus pleniori mora deponitur, et distinguitur sententia perfectaquidem in suo membro, sed alteri adhuc conjuncta, notaturque per Athnach. Videas tamen et hune sœpe minori distinctioni servire, ac proprio offioio non fungi, ut vel primus Bibliorum versus demonstrat. En effet, cet accent n'est pas toujours un accent de distinction. Il arrive même quelquefois que l'accent sof-pasûq ou sillûq qui est le plus fort des accents distinctifs et équivaut à un point, laisse cependant la phrase en suspens et ne représente même pas une simple virgule (cfr. Gen., XXIII, 17).
Par lui-même Vathnach n'indique donc pas une ponctuation qui ait la vertu de séparer l'un de l'autre les membres d'une phrase. Il peut se faire qu'il coïncide avec la fin d'une période ou avec des incises qui, d'après le sens, exigent une virgule, un point et virgule ou deux points. Mais très souvent le texte réduit le rôle de cet accent à indiquer la moindre des pauses, un repos insensible que l'on marque par une virgule. D'où il suit qu'il faut choisir la traduction qu'on en donne avec intelligence, c'est-à-dire d'après
les données du texte. C'est surtout d'après ces données et non pas d'après les accents qu'il faut expliquer la sainte Ecriture (1). Pour comprendre, du reste, que Vathnach ne détermine pas toujours correctement la coupe d'un verset, il n'y a qua jeter les yeux sur le passage du ch. XXIII, 23 des Proverbes qu'il faudrait traduire ainsi : « Achète la vérité et ne vend pas [v'eal timkor). La sagesse, la doctrine et l'intelligence. » Les versions qui ont tenu compte de cet accent ont ajouté au texte un pronom : « et ne la vend pas ; puis, ils ont laissé le reste de la phrase sans sujet et sans verbe. A ce point de vue, on a pu aussi trouver étrange que, au premier verset de la Genèse : Befesit bara' 'Elohîm 'et hassamaîm (Au commencement, Dieu créa les deuxcieux...), l'accent athnach soit placé au-dessous du mot 'Elohîm, Q»nbî* de sorte qu'il faudrait traduire et ponctuer ainsi : « Au commencement Dieu créa. Le ciel... ; » ou : «Au commencement Dieu créa ; le ciel et la terre. » Mais il est facile de voir que, dans ce passage, Y athnach ne sert pas à séparer le verset en deux parties distinctes et indépendantes l'une de l'autre : on ne saurait dans une phrase séparer ainsi le sujet et le verbe de leur régime. Aussi les LXX et la Vulgate n'ont-ils tenu aucun compte de cet accent, qui ne pouvait indiquer dans ce verset qu'une pause insensible, et non un découpage quelconque de la proposition totale en deux segments. Un autre exemple, qui est complètement analogue à celui de notre verset 25, nous est donné dans le Livre des Nombres (I, 46) : « Et ils (les enfants d'Israël) furent tous comptés six cent mille ('elaf), et trois mille Çalafîm). et cinq cents et cinquante. L'accent 'athnach est placé sous le mot 'alafîm, et il est bien évident qu'il ne sert pas à séparer les « trois mille »
("1) Il n'est, en effet, que sage de suivre cette règle de critique empruntée par J. Frischmuth à Franzius : Major ratio contextuum in rébus sacris ùwestigandis semper et regulariter habenda... Absurdum esset, a contextu ad accentus confugere et ex solo accentu cxplicatloiiem torquere velle (Dissert, de 70 Hebdom. Dan., § II). La même remarque judicieuse est exprimée par Vitringa, contre Marsham, en ces termes : Quod^ autem vir nobillissimus hic provocat ad accentum athnach nullius est momenti.' Athnach non semper penodos distinguit... : sed de potestate, quam in distinguindis sententiis obtinet, quibusdam in Locis potius ex ipsius illis sententiis, quam ex virtute hujus Accentus judicium ferendum est : ut Buxtorfius Parens (Thés, gram., lib. II, cap. 25) et post ipsum Glassius {Phil., I, lib. I, tract. I, p. 116), adversus Huntlseum disputans, ccrti Hebrasas Linguse Magistri, dudum observarunt, exemplis illustrarunt, etc. (Obsero. sac, II, p. 205j.