CHAPITRE IX
tles « cinq cents et cinquante » qui les suivent et à former deux groupes distincts et séparés. Une réflexion analogue nous est suggérée par le verset 18 du ch. VIII de la Genèse : Yaiïè'zV Noah ubanaîu veHstô ûnsey-banaiû 'ittô (Et Noé sortit avec ses fils, sa femme et les femmes de ces fils). Dans ce verset, Yathnach est placé sous le nom de Noé, et il ne peut indiquer, évidemment, qu'une distinction mineure. On ne peut prononcer la phrase tout d'un trait, et c'est pourquoi, même avant la création des accents, l'auteur de la Vulgafe a traduit ainsi ce passage : Egressus est ergo Noe, et filii ejus, uxor iilus, et uxores filiorum ejust •cum eo.
Le livre de Daniel nous indique, du reste, lui-même, dans les deux passages suivants, le rôle insignifiant que joue Yathnach au point de vue de la ponctuation. Au verset 2 du ch. IX il séparerait le verbe de son régime. On y lit : « J'ai considéré dans les Écritures le nombre.... » Uathnach est placé sous le mot bassefarîm (Ecritures) : de sorte que, en suivant le système de ponctuation informe et sans critique des rationalistes, il faudrait ponctuer ainsi ce passage : « J'ai considéré dans les Écritures ; le nombre.... » Dans ce passage, évidemment, l'accent ne saurait •être exprimé par un point et virgule. Lengerke n'a pu y introduire qu'une virgule et encore sa traduction a-t-elle réclamé une préposition (in der Zahl) qui ne se trouve pas dans le texte. C'est de la même manière que Reuss a ait : « Je dirigeai mon attention dans les livres, sur le nombre » (au lieu de : J'ai considéré dans les Écritures le nombre). Il est donc à remarquer que ce critique ne rend ici Yathnach que par une virgule, et Ton ne pourra que trouver étrange que, au verset 25, il impose à la place de ce même accent un point et virgule. Pourquoi veut-il qu'il en soit ainsi? Uniquement pour embrouiller le texte et parce qu'il le traduit non d'après l'hébreu, mais d'après Lengerke et les rationalistes de son école. Ailleurs, ch. VIII, 20, le texte de Daniel accentué par les Massorètes, nous apprend luimême que Yathnach n'indique pas une phrase complète : «Le bélier que tu as vu ayant deux cornes (est) les rois des Mèdes et des Perses. » L'accent, placé ici sous haqqeranaîm, indique un temps de respiration et il ne sépare pas, dans ce verset, ce qui précède de ce qui suit. Stuart, qui veut un point et virgule au verset 25, ne met ici qu'une virgule (The ram which thou sawest liaving two horns, is the kings of Media...). Mais il est bien plus naturel de croire que cet accent est motivé, ici, par le désir d'indiquer les deux points que le texte suggère et que nous avons mis
da'ns notre traduction, sans nous être préoccupé de l'accent. C'est ainsi que, au ch. V, 27 (p. 449), Yathnach sous teqel (pesé) porte l'attention sur ce mot et indique qu'il se relie avec ce qui suit. Cet accent n'indique pas, dans ce passage, que la phrase est coupée et en quelque sorte teniinée : il sert plutôt de trait d'union et rattache ce verbe à l'explication que Daniel en donne.
Il ne sera donc pas inutile de reconnaître aussi que les accents, marquant des nuances de la voix, ont pour but quelquefois d'attirer l'attention sur certains mots. Les critiques savent très bien que Yathnach est souvent employé pour faire ressortir le sujet de la proposition ou un mot important que l'on veut signaler à l'attention du lecteur. Ainsi, au premier verset de la Genèse, cet accent, placé sous le mot 'Elohîm, indique que cepluriel offre quelque chose de mystérieux. Au verset 2 du ch. IX de Daniel, l'accent et l'article qui mettent en relief l'expression bassefarim nous apprennent que les Écritures et la mention qui en est faite dont il s'agit méritent la plus hauts considération. Au verset 25, dont nous nous occupons, Yathnachpeut avoir pour but de porter notre attention sur les sept premières semaines signalées par l'Ange, afin que nous comprenions que cet espace de temps fut plein d'événements importants pour la nation juive. C'est pendant ces sept semaines d'années que cette nation fut reconstituée. Auberlen a dit à ce sujet : « Il se pourrait que Yathnach du verset 25 dût la placeinusitée qu'il y occupe à l'intention d'accentuer davantage la différence qu'il y a entre les sept et les soixante-deux semaines. Il invite le lecteur à s'arrêter un instant aux sept semainesavant de passer aux suivantes. » L'accent serait déplacé en cet endroit s'il avait, au point de vue de l'accentuation, l'importance factice que les rationalistes s'efforcent de lui donner. Mais il peut très bien indiquer que l'Ange a voulu mettre les sept semaines hors de pair, afin qu'on comprit qu'elles se distingueraient par une action extraordinaire du Très-Haut. De sorte que les juifs, pénétrés de sentiments de piété, devaient bénir cette époque signalée par les bienfaits de Dieu.
Les observations qui précèdent nous montrent donc que Yathnach a un tout autre but que celui de couper la phrase de l'Ange en deux parties. C'est sans fondement que l'on voudrait séparer les « sept» semaines des «soixante-deux semaines. » Il est certain que, dans diverses occasions, Yathnach ne doit avoir aucune valeur de ponctuation. D'un autre côté, lorsqu'il indiqua