CHAPITRE IX
rieux et qui mérite plus particulièrement d'attirer les méditations du lecteur. Wathnach peut fort bien indiquer ici que les « sept semaines, » qui ont trait à la reconstitution de Jérusalem, ont une grande importance. Il aurait pour but d'exciter chez les lecteurs un sentiment d'admiration et de reconnaissance pour cette grande grâce qui procura la résurrection de la nation juive, qui devait enfanter le Messie, et contribuer ainsi à la fondation du royaume de Dieu. Rien n'empêche toutefois, nous le répétons, de prendre cet acent pour une note de musique, pour un accent indiquant un repos que la respiration impose et qui se traduit par une simple virgule.
Il n'est donc pas vrai que la construction de la Vulgate soit fautive ; et l'on conçoit très bien l'emploi de 7 -\- 62, quoique après 7 il n'y ait pas un point d'arrêt, un point dénotant un sens complet; mais simplement l'indication d'une courte pause, pour reprendre haleine : Hebdomades septem, et hebdomades sexaginta duœerunt. Les versions grecques ne séparent pas davantage les 7 semaines des 62 semaines. Sébastien Munster qui ne les sépare même pas par une virgule, n'est pas non plus repréhensible. Ab egressu verbi (quod est) de reparanda et reœdificanda Jérusalem, usque ad Meschiam principem, hebdomades septem et hebdomades sexaginta duas : restituetur autem et reœdificabitur platea et fossa, sed in augustia temporum. Le docteur Pusey ne s'est pas cru tenu, non plus, à se laisser guider par Yathnach : Unto Messiah the Prince, shall be seven weeks and threescore and two weeks {Lectures on Daniel, p. 193). Il ajoute avec raison qu'on ne peut disjoindre ces semaines (cannot be disjoined), et cela, à cause soit du langage, soit du contenu de la prophétie (And this, on accounl bolh ofthe language and substance of the prophecy). De même aussi, au point de vue de Vathnach, la Bible annotée (par une société de théologiens et de pasteurs. — Neuchâtel, 1883) offre une traduction très correcte : « Depuis la sortie de (la) parole (ordonnant) de ramener et de rebâtir Jérusalem jusqu'à (un) oint-chef, il y a sept semaines, et soixante-deux semaines, elle reviendra et sera rebâtie, places et enceintes, et dans la détresse des temps. » Comme on le voit, Yathnach, après « sept semaines, » est compté à sa valeur réelle et traduit par une virgule (1).
(1) Il est difficile d'expliquer comment l'abbé Trochon a pu se laisser égarer par les assertions inexactes de critiques dont l'exégèse n'a d'autre but que de remplacer le texte par des combinaisons imaginaires et mal fondées. Il emprunte, dit-il, «en la modifiant un
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C'est donc au sens et à la suite du texte qu'il faut surtout avoir recours pour fixer la ponctuation. Or, d'après les observations qui précèdent, nous avons pu constater que les traductions rationalistes sont ici en contradiction ouverte avec les paroles mêmes de ce texte. L'Ange a divisé la période des 70 semaines de façon à porter l'attention de Daniel sur les 7 premières semaines, dont l'importance est incontestable. Il est, d'ailleurs, facile de comprendre que la lecture à haute voix, la psalmodie ou le chant aient dû donner à cette expression un relief singulier. Il y a là, d'ailleurs, une période de longue haleine, et il convenait de ne pas s'essouffler en la psalmodiant ou en la chantant d'un seul trait -, on trouve après les « mots 7 semaines, » la place d'un repos tout naturel qu'on a pu marquer par l'accent athnach, lequel n'indique pas un repos complet et n'interrompt pas la phrase.
Le motif qui a donné lieu à la mise en lumière des 7 semaines a trait à la prière de Daniel relative aux désolations de Jérusalem. Gabriel rassure le prophète au sujet de la résurrection de cette ville, dont le sort était lié à l'avènement du Messie. L'avenir d'Israël était donc très justement une des grandes préoccupations de Daniel, et l'éventualité annoncée du relèvement de Jérusalem offrait une perspective très consolante. Cette reconstruction n'était pas une besogne d'arrière-plan : il s'cgit d'un événement qui arrivera en premier lieu ; et comme la prophétie a précisément en vue des déterminations de temps, l'Ange a voulu marquer qu'une période de 47 ans suffirait pour qu'on eût bâti à Jérusalem des murailles et un nombre suffisant de maisons
peu, » la version protestante de Second, qu'il donne comme «la traduction ordinaire de cet endroit, qui pour l'apologétique chrétienne a une importance considérable. » (Le prophète Daniel, p. 63). Voici ce qu'il nous donne comme la traduction de ce passage : « Depuis le moment où la parole a annoncé que Jérusalem sera rebâtie jusqu'à un chef, un oint, il y a sept semaines; dans soixante-deux semaines les places et les fossés seront rétablis, mais en des temps fâcheux. Après les soixante-deux semaines un oint sera retranché et il n'aura pas de successeur. » Il serait fâcheux qu'on laissât des pcrcersions de ce genre s'implanter dans les écoles catholiques. En constatant des trahisons si graves, on ne saurait, du reste, trouver étonnant que l'abbé Trochon ait ajouté : « Ce texte, on ne peut le nier, est difficile à expliquer» (p. 70). S'il avait voulu le regarder déplus près, il aurait compris que le texte est loin d'être obscur, et que ce sont les mauvaises traductions et les quiproquos rationalistes .qui ne sont pas clairs.
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et d'édifices publics qui constituent une ville. Il ne sera pas inutile de remarquer aussi que nous sommes en présence de deux prophéties échelonnées : l'accomplissement de la première, dont le terme est le plus rapproché — la reconstruction de la ville — assurait la vérité de la prophétie relative à l'apparition du Messie après les 7 + 62 semaines.
En renforçant la pause et en rattachant aux 62 semaines ce qui est dit de la reconstruction de la ville, les rationalistes ont fait, d'un autre côte, de l'amalgame de ces membres de phrases une rêverie inintelligible. Ils font dire au texte quelque chose qui n'a pas le sens commun : Durant 62 semaines (Ewald : und Zweiundzwangig Wochen hindurch; Hitzig : Wahrend 62 Wochen, etc.) elle sera rebâtie ; pendant 62 semaines, elle reviendra, etc. Dans quel but l'Ange aurait-il dit que d'un bout à l'autre de 62 semaines on rebâtirait Jérusalem ? Aurait-il pu dire que cette ville mettrait 434 ans à devenir une ville ? Le Dr Pusey observe, avec raison, que cette proposition est ridicule (That Jérusalem should be 434 years in rebuilding, which would be senseless, p. 473). En joignant les 62 semaines avec ce qui suit, le sens est que la ville sera en construction pendant cette période de 434 ans. Il est reconnu que, dans ce cas, 62 semaines est à l'accusatif. Or, Ewald a établi cette règle générale : « En assignant des dates, l'accusatif est usité, si l'action appartient à toute la période., lorsque la période toute entière est employée à l'action dont on parle ; mais si Ton exprime que l'action tombe à un moment particulier, et défini d'une longue période, a est employé comme l'ablatif en latin. » Conséquent avec luimême, Ewald a interprété la reconstruction, comme devant avoir lieu « d'un bout à l'autre » (hindurch, à travers, pendant. — Die Proph., II, p. 568) des 62 semaines. Pusey remarque, du reste, fort bien (p. 194) que Lengerke a péché au point de vue grammatical, lorsqu'il a traduit ce passage par un nominatif absolu : « Et, 62 semaines — la rue sera rebâtie. »
D'autres critiques ont, d'ailleurs, vainement essayé de placer la reconstruction de la ville au bout des 62 semaines. Rôsch prétend [Studien u. [{rit., 1834, p. 288) que Jérusalem fut complétée par Séleucus IV Philopator. Maurer suppose aussi que ce Séleucus « paraît avoir de nouveau agrandi la ville assurément rebâtie depuis longtemps » (qui urbem dudum haud dubie restitutam denuo amplificasse videtur). Mais sans insister sur ce racontage, il propose d'admettre que la période des 62 ans prend fin à l'époque de Séleucus IV, non pas parce que ce roi constitue une fin
remarquable, mais parce qu'il a précédé Antiochus (nisi mavis existimare, finem capere secundam epocham cum Seleuco IV, non quod is ipse notabilem terminum fecerit, sed ea tanlum de causa, quod is eum, a quo tertia epocha debuit initium capere, antecesserit, Antiochum Epiphanen puta). Ainsi, l'expression « 62 semaines » se passeront à rebâtir — signifie que cette période aboutira à Seleucus IV. Il est difficile toutefois de savoir ce que pense Maurer au sujet de la reconstruction de la ville. Après avoir traduit par per hebdomades, etc., il ajoute que la ville ne fut pas bâtie continuellement, mais à divers intervalles (non continuo œdificatum est sed interjectis intervallis).
La liaison que Lengerke et d'autres criticistes veulent établir entre les soixante- deux semaines et la reconstruction de la ville est d'autant moins fondée, qu'il suivrait de leur interprétation que ce travail aurait commencé au moment de la destruction de la Jérusalem et qu'il se serait continué pendant le temps où elle était en ruines. D'après eux, en effet, le terminus a quo des soixante-deux semaines serait l'année 588, époque de la destruction de la capitale juive sous Nabuchodonosor (1).
D'un autre côté, nous ne devons pas oublier que les rationalistes qui tiennent cet oracle pour un vaticinium post eventum devraient expliquer comment leur pseudo-Daniel du temps des Machabées aurait pu supposer que la reconstruction de la ville devait prendre 434 ans et que, même de son temps, Jérusalem n'était pas encore une ville. Tout le monde aurait, en effet, compris, à cette époque, que cette opinion, introduite dans la prophétie, était culbutée par les textes (II, Esdr., H et ss.) et par les faits rattachés au temps d'Esdras et de Néhémie. Le pseudo- Daniel n'aurait pu ignorer que, du temps de ces deux grands hommes, c'est-à-dire dans une période d'une cinquantaine d'années, Jérusalem était redevenue ce qu'elle avait été jadis, une ville considérable, une des capitales de l'Orient.
Comprenant que l'anomalie de la prolongation de cette cons-
(1) C'est une remarque que Wieseler expose très bien dans le passage suivant : Denn da sie dies nun nothwendig als Accusatic zum Folgenden ziehen, mithin die Zeitdauer angeben lassen mùssen, durch die sich der vollkomen Aufbau Jérusalem erstecken soll, so miissten die, welche den terminus a quo der 62 Jahrwochen wenigstens ins J. 588 v. Ch., also vor den exile, setzen (Lengerke, Rôsch, Eichhorn), auch conséquent behaupten, das an dem Bau der Stadt Jérusalem wàhrend des Ezils oder wàhrend der Zeit ihrer Verwùstung gearbeitet vvàre. Die 70 Wochcn, p. 103.