‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 88 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

truction pendant 434 ans se dénonce par des faits significatifs et probants qui la renversent, quelques rationalistes ont cru bien faire de prendre la tangente. Le texte ne signifie plus que la ville sera rebâtie pendant soixante-deux semaines ou au bout de soixante-deux semaines. Kuenen fait suivre sa traduction par cette note : « Les soixante-deux semaines représentent la période pendant laquelle Jérusalem continuera de se trouver dans un état précaire. » Reuss traduit et commente le même passage de la façon suivante : « Jérusalem sera rebâtie pendant soixantedeux semaines dans l'angoisse des temps : cela dit que les temps malheureux pour la ville rebâtie dureront aussi longtemps » (p. 266).

D'autres critiques prétendent encore que le texte demande que la reconstruction de la ville ait dû se faire pendantles 62 semaines, car, disent-ils, pourquoi diviser la somme de 69 semaines en deux sections, si une de ces parties n'a aucune signification et n'a rien qui lui soit assigné spécialement. Mais c'est mal apprécier le but indiqué par le texte que de lui prêter l'intention de décrire ce qui se passera pendant ces deux périodes d'années. L'indication qu'il donne au sujet du rétablissement de la ville dans son ancien état, a bien sans doute pour but d'attester que, dans les quarante-neuf années signalées, la nationalité juive aura repris son rôle dans le monde ; mais cette révélation se propose aussi d'indiquer que cette renaissance aura eu lieu au bout des quarante-neuf ans. Le terminus ad quem de cette période est fixé et il est présenté comme étant tout à la fois le terminus a quo de la seconde période. Aussi, après avoir indiqué cette caractéristique des sept premières semaines, l'Ange s'empresset-il de signaler celle des soixante-deux semaines. C'est ce qu'il fait au verset suivant qui se lie au verset 25 et qui ne doit pas être considéré comme en étant séparé pour le sens. On suppose à tort, en effet, que le sens d'une phrase finit à la clôture du verset. Cependant, il est reconnu que quelquefois ce sens n'est complet que par le verset suivant (cfr. VIII, 18, 19 ; Genèse, XIV, 1). Les versets 26 et 26 doivent être liés ainsi qu'il suit : a Depuis la promulgation de l'édit... jusqu'au Christ- Chef, sept semaines et soixante-deux semaines : les places et les murs seront rebâtis... ; et après les soixante-deux semaines le Christ sera mis à mort... » Ainsi, ce qui distingue les soixantedeux semaines, c'est qu'elles aboutissent à la semaine ou l'Oint, le Messie, sera retranché; c'est, en un mot, qu'elles ont pour

terminus ad quem l'apparition du Messie (1). L'Ange ne s'occupe pas des événements qui devaient se passer à Jérusalem pendant cette période. Déjà Daniel savait que, après la chute de l'empire chaldéen, le peuple élu se trouverait en rapport avec trois autres empires (ch. II et VII) ; la révélation du ch. VIII avait signalé le règne d'Antiochus Epiphane ; et Daniel devait recevoir plus tard (ch. XI) une autre révélation qui devait faire connaître plus en détail les faits du troisième empire. Aussi, se contentant d'indiquer le point d'arrivée des soixante-deux semaines, Gabriel se hâte-t-il d'arriver à la description de la dernière semaine, de la semaine messianique.

Nous en avons donc dit assez pour réduire en poussière la légende de Vathnach, la fiction sur laquelle s'appuie le découpage absurde de ce verset par les rationalistes. Ils ne peuvent tabler sur cet accent pour faire apparaître le Messie-Nagîd au bout des sept premières semaines mentionnées dans la prophétie. Le texte s'oppose d'ailleurs formellement, au point de vue de la chronologie et de l'histoire qu'il renferme, à ce que l'on prenne Cjrus pour le Messie, la Justice éternelle, le Saint des Saints, etc.

26. Et après ces soixante-deux semaines**. Christ sera exterminé'; et non à lui...8; et (un) peuple de Chef le Venant* détruira la ville et le sanctuaire11 ; et leur fin sera dans l'inondation*; et jusqu'à la fin (sera) guerre1; décrets des (lieux) dévastés*.

q Le mot sabuhim (semaines) est précédé du n {hé) qui est à la fois article et pronom démonstratif. Dès lors, on voit qu'il s'agit ici de semaines déterminées et mentionnées au verset 25. C'est comme si l'Ange disait expressément : « Après les soixante-deux semaines que j'ai énumérées à la suite des sept semaines » ; ou : « Après ces soixante-deux semaines que j'ai distinguées des sept premières... ». Ainsi, la mention de ces sept semaines était inu-

(1) Les deux points d'arrivée sont parfaitement définis., et il n'est pas besoin d'intervertir les énoncés de ce verset, comme le fait Houbigant dans la traduction que voici : Ab edicto, quod promulgabitur, ut redeatur, et ut Jérusalem instauretur, erunt hebdomades septem. Tum hœc sursum late sedificabitur in sollicitudine et in difficultate temporum; deinde usque ad Messiam ducem erunt hebdomades sexaginta duœ. Le texte hébreu s'explique très bien, sans qu'on ait besoin de suposer que les copistes y ont introduit des transpositions.

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