‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 89 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

tile. Stuart et d'autres critiques prétendent que l'auteur aurait dû dire : « Après les soixante-neuf semaines ». Ils ne comprennent pas, disent-ils, que voulant indiquer le terme de cette période de soixante-neuf semaines, l'Ange se soit servi de ces mots : « Au bout de soixante-deux semaines ». Mais on aurait dû voir que Gabriel a fixé le terminus ad quem du cycle des sept premières semaines, et, par là même aussi, le tei minus a quo des soixante-deux semaines suivantes. Il n'avait donc pas à revenir sur les premières, et il devait se contenter d'exprimer le terminus ad quem de la période des soixante-deux semaines. Pour bien saisir la pensée de l'Ange, il suffît de tenir compte de l'article. La Vulgate ne l'a pas indiqué, parce que le latin n'en l'ait pas usage (et post hebdomades sexaginta duas) ; il eût été mieux de dire : et post hebdomades illas sexaginta duas. Théodotion l'a très bien traduit : xa\ [jlstoc iàç 16oo[j.àoaç tocç I^xcvtoc 5jo. Lengerke a également tenu compte de l'article démonstratif : Nach den 62 Wochen... Mais Stuart est trop resté dans le vague : And after sixty ant two weeks. Le texte ne nous permet pas de supposer qu'il s'agit de soixante-deux semaines prises au hasard, mais des soixante-deux semaines qui s'ajoutent aux sept premières semaines, dont le point de départ est fixé à l'édit relatif à la reconstruction de Jérusalem. Dans un but facile à comprendre, le juif Cahen a traduit ainsi : « Et parmi ces soixantedeux semaines un oint sera retranché. » Nous nous contentons de faire observer que 'aharëy signifie « après, ensuite », et que ce mot n'a jamais le sens de « parmi ». L'Ange ne dit pas non plus que l'événement dont il va parler, la mort du Messie, doive arriver immédiatement après les soixante-deux semaines, au commencement de la semaine qui suit les soixante-deux semaines. Il dit seulement que cette mort aura lieu après l'expiration de la soixante-deuxième semaine. Ainsi Lengerke prétend à tort que ve* aharëy signifie « pendant la soixante-neuvième semaine » (namlich in der 69 sten Jahrwoche). Le texte ne dit pas : la dernière année comprise dans les soixante-deux semaines. Il ne dit pas non plus, comme Stuart veut le lui faire dire, que l'Oint sera retranché au commencement de la soixante-dixième semaine -, et ce critique n'est pas fondé à reprocher aux exégètes qui voient, dans cet oracle, une prophétie messianique, de reporter ce retranchement trois ans et demi plus tard. Nous pouvons même le reporter à la fin de cette semaine. L'Ange dit seulement que cet événement eut lieu « après » les soix-antedeux semaines ; et au verset suivant, il nous montre que la

soixante-dixième semaine est consacrée à confirmer l'alliance" de ce même Christ avec les fidèles.

r Christ sera exterminé. L'Oint ou le Christ mentionné ici est évidemment celui dont l'apparition a été indiquée au verset 25 comme devant se produire à la clôture des 7+62 semaines. Ainsi « les sept et soixante-deux semaines vont jusqu'à Christ- Chef... et après les soixante-deux semaines, Christ sera retranché. » On a vu que le mot Masiah a été déjà présenté sans article et que l'Ange l'emploie comme nom propre. C'est donc fort inutilement que les rationalistes s'escriment pour établir, à propos de cette absence de l'article, qu'il s'agit d'un oint tout différent du premier. Il est vrai que Masiah est usité pour qualifier des prêtres, des prophètes et des rois. Ce mot est employé comme adjectif : il s'applique au « prêtre oint », au « roi oint », et Dieu déclare qu'il a fait de Cjrus, comme il avait fait de Saùl et de David, « son oint». Mais ici Masiah est employé comme substantif et désigne un individu nommé Oint par antonomase. Il n'est pas possible de le regarder comme indiquant un oint en général, un oint indéterminé, et Vitringa dit fort bien à ce sujet : non facile tamen nobis patientur pèrsuaderi, eosdem illos et à^Xw; antonomastice designari posse nomine tWQ Uncti, ubi hoc epitheton in orationis contextu ad ipsa hsec Ô7coxe(p.eva, non referetur. (Observ. Sacrée, II, p. 268). Le contexte exclut, en effet, un oint ordinaire, roi ou prêtre, et il n'y a aucun motif de distinguer deux Messies dans l'Oracle de l'ange Gabriel.

Identité du Masiah Nagîd et du Masiah tout court. — Les rationalistes pi étendent donc vainement que le texte parle de deux Messies différents, et qu'il faut distinguer le Masiah Nagîd du verset 25 et le Masiah tout court du verset 26. Nous avons vu qu'on n'a pu dénaturer le sens du verset 25 de manière à séparer, par une division arbitraire, sept semaines pour le Masiah Nagid, et 62 semaines au bout desquelles viendrait un autre Masiah. Le Messie-Conducteur, du verset 25, est le terme des 70 semaines ( : usque ad Christum Principem) et le Masiah du verset 26 vient aussi après les 7 -J- 62 semaines, c'est-à-dire à la même époque. D'un autre côté, le Masiah Nagid est « Justice éternelle, Saint des Saints, qui doit venir à la fin des 70 semaines (vs. 24). C'est le même Oint, le même Christ qui effacera l'iniquité, expiera le péché et sera violemment mis à mort. Isaïe, qui l'a appelé (IX, 6) « Admirable, Conseiller, Dieu, Fort, Père du siècle futur, Prince de la paix, » déclare qu'il sera « frappé de Dieu, blessé à cause de nos iniquités, brisé à cause de nos crimes, conduit à la mort

comme une brebis à la boucherie, et retranché de la terre des vivants » (LUI, 4-7). Ainsi, l'identité du Messie-Chef etdu Messie tout court se déduit parfaitement du contexte. Seulement, au verset 26 les deux noms propres, qui étaient réunis au verset 25, sont séparés au verset suivant, dans un but facile à comprendre. Ces deux noms propres indiquent deux fonctions différentes du même personnage : comme Messie c'était surtout le roi des Juifs ; comme Nagîd, il est tout particulièrement ici le Chef, le Conducteur du peuple qui détruira Jérusalem et son sanctuaire. La mort violente du Messie est ici très catégoriquement indiquée. Le verbe îkkarêt (rn3* , 3e personne fut. niphal, de j-|1D il a coupé, taillé en pièces, abattu, exterminé ; il a retranché, il a mis à mort), employé seul, sans addition, désigne toujours une mort violente (Genèse, IX, et non occidetur omnis caro ultra... ab aquis ; III, Rois, XVIII : et il arriva lorsque Jézabel tuait les prophètes...; cfr. I, Rois, XI, Zach., XIII, 8, 9) ou une exécution faite au nom de la loi (Genèse XVII, 14). Cette mort violente du Messie avait été prédite par Isaïe en termes analogues (LUI, 8) et elle le fut aussi plus tard par Zacharie (XII, 10). Jésus-Christ faisait évidemment allusion aux paroles de ces prophètes et à celles de l'oracle de Daniel, lorsqu'il disait à ses apôtres « qu'il fallait que le Christ souffrit, » et lorsqu'il « leur ouvrait l'esprit afin qu'ils entendissent les Ecritures » (Luc, XXIV, 46, 47). L'interprétation littérale de ce membre de phrase a été très bien exposé par d'anciens traducteurs : Aquila : lEoXoÔpeuO^astai 7)Xsi[i.;jivoç (Oint sera exterminé) ; Symmaque : Ixx.oxfozt&i Xptarôç (Oint sera exterminé, Vulgate); occidetur Christus. Il s'agit, en effet, ici d'une mort violente. C'est ce que reconnaissent Bleek, Ewald, Lengerke, Rosemmûller, Hitzig, Maurer, Wieseler, Keil, Pusey et les commentateurs catholiques et protestants. Rosenmùller : excindelur unçtus-, Lengerke :... Wird ausgerottet ein Gesalbter iverden (un Oint sera extirpé, exterminé, détruit) ; Stuart : an anointed Oneshall be eut off. Ces deux derniers traducteurs introduisent ici un article indéfini qui n'est pas indiqué par le texte, lequel nous montre, au contraire, que le mot masiah doit être considéré comme un nom propre. Mais toutes ces leçons sont conformes a l'hébreu, en ce qui concerne la traduction du mot masiah. Il n'en est pas de même de deux traductions grecques que nous allons citer. Le grec des LXX et de Théodotion nous offre l'abstrait pour le concret, Ponction pour l'oint ; Théodotion : IÇoXo6peu(hî«Tai Xpfop.a (l'onction sera exterminée). La version des LXX affaiblit même et modifie sans que rien l'y auto-

rise le sens du verbe ikkarêt : àrcoaTaOïfasTai Xpî<7[xa (l'onction cessera). Il est à remarquer, toutefois, que Théodotion entend ce passage d'une personne, puisqu'il ajoute : «Et jugement n'est pas en lui. » On sait du reste que masiah signifie toujours « oint. » Rosenmûller dit, en effet, à ce sujet : Sed rron constanti linguse usu unctum, sive sacerdotem sive regem dénotât. Il est seulement fâcheux que ce critique ajoute à ces paroles une explication équivoque (et hoc quidem loco regem, ut versu praecedente, significare, vix dubium), qui pourra lui permettre d'appliquer cette prophétie à un roi quelconque, à un roi de son choix, comme d'autres l'attribueront tout aussi arbitrairement à un prêtre. Il n'a pas compris que l'absence de l'article n'implique pas l'indétermination et que le texte emploie ici le mot Masiah /ax' sÊcr/^v et met en relief l'Oint dont l'avènement était le grand objet des espérances du peuple élu. Mais, enfin, nous devons retenir de ces observations qu'il s'agit d'un Oint et non pas d'une « onction. » 11 peut se faire que les LXX et Théodotion aient lu rîUD| mais cette leçon est contredite par les versions d'Aquila et de Symmaque, comme aussi par le texte hébreu massorétique.

Un rapprochement s'impose aussi entre le verset 26 et le verset 27 au sujet du retranchement du Messie et de l'Alliance qu'il constitue. Le verbe îkkaret désigne l'immolation des victimes en vue d'une alliance (cfr. Josué, IX, 6 ; I, Rois, XVIII, 13). L'expression Karat berit (abattre une alliance, percutere fœdus) fait allusion aux victimes qu'on abattait en contractant une alliance. C'est pourquoi, après avoir parlé de la mort du Messie, l'Ange indique le résultat de cette mort : la confirmation de la nouvelle alliance de Dieu avec le peuple messianique ; le Messie est, en effet, la parfaite Victime expiatoire et le vrai sacrifice par lequel la nouvelle Alliance est fortifiée, confirmée et constituée. Pour comprendre cette révélation, Daniel n'avait qu'à lire le ch. LUI de la prophétie d'Isaïe.

9 Et non à lui... Cette expression offre un sens suspendu et incomplet. Littéralement, ve-eyn signifie : « et n'est pas » (pN. non, point, ne pas). Cet adverbe implique un temps du verbe être, qui est souvent sous-entendu (cfr. VIII, 5 : Et n'était pas touchant la terre). Là (iS) signifie « à lui ». Nous obtenons ainsi ce membre de phrase : « et n'est pas à lui. » Cette locution, trop abrégée pour avoir une signification précise, requiert un sujet exprimé ou sous-entendu. Ce sujet a disparu du texte hébreu actuel et il avait sans doute disparu de bonne heure pour une

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