CHAPITRE IX
raison que nous indiquerons ci-après. Les anciens traducteurs ont suivi deux chemins différents. Quelques-uns se sont contentés d'exprimer la lettre sans se préoccuper du sens. Les LXX (Codex Chisianus) : xoù oùx IVcai (et ne sera pas) ; Aquila : /.a\ oùx &mv aura) (et n'est pas à lui,) Symmaque : xai eux ï>ïtâpijet aùxC» (et n'appartient pas à lui).
Interprétations inexactes ou non motivées de veëyn là. — Divers rabbins ont trouvé dans ce passage que l'Oint serait retranché « pour n'être plus. » Mais après avoir dit qu'il serait tué, il était inutile d'ajouter qu' « il ne serait plus, » si ce n'est pour outrer le texte. Munster traduit ainsi : Excidetur Unctus et nihil supererit de eo ; et C. B. Michaelis : « et le non-être sera son lot. » Cette exagération du texte est peut-être aussi dans la version des LXX du manuscrit Chigi : « et il ne sera pas. » Mais, pour exprimer cette pensée, il aurait du y avoir dans le texte siajm (non ipsi). D'autres identifient pa avec n'S (non, ne pas) — ce qui n'arrive jamais — et traduisent : « et non pour lui. » Ainsi, Rosenraùller offre cette interprétation : et non erit sibi, id est non amplius inter viventes reperietur. 11 veut que le pronom personnel de la troisième personne soit employé ici pour un pronom réciproque. Dans ce cas, ce passage ne serait qu'une répétition du verbe îkkarët. Vitringa et Haevernick traduisent de la même manière : et non sibi-, et non pro seipso (la version anglicane : and not for himseip. Ils ajoutent ainsi au texte une idée que d'autres indiquent plus expressément : et non sui causa. Il est très vrai que le Messie a été sacrifié non à son profit, mais à celui des autres ; non pour lui, mais pour tous les hommes ; non pour sa faute propre, mais pour les coupables. Seulement le texte ne le dit pas : 'êyn n'est pas une simple particule négative, mais une négation avec un temps du verbe substantif : non est (n'est pas). On a dit que 'êyn est peut-être ici pour j<S (non)» an*n d'éviter une cacophonie p#L) nS"M. Mais cette substitution eût modifié le sens de la phrase ; et, d'ailleurs, Daniel n'a pas reculé devant cette assonance au ch. XI, M (vélo' lô tiheyëh, et elle ne sera pas pour lui). Selon d'autres critiques, il faudrait traduire ainsi : «Et rien à lui;» il ne lui reste rien après sa mort. Mais 'êyn est à l'état construit, et il faudrais 'ayn. On a proposé aussi d'autres interprétations qui ne valent pas mieux : Et nemo est ei (qui eum adjuvet); personne pour lui, n'est à lui (Keiner ist ihm — Sack, Hitzig); Keiner istvorhanden der ihm angehôrt (De Wette); « nul ne sera à lui (qui lui succède. » — Kuenen) -, «et nul à à lui» (Reuss). Mais 'êyn ne saurait avoir ni le sens de « rien »
ni le sens de a personne. » Il faudrait qu'il y eut, par exemple, 'ëyn 'is. En tout cas le sujet devrait être indiqué, comme au ch. VI, 2, des Lamentations : Non est ei consolator.
De quelque façon que l'on s'y prenne, il faut, en effet, reconnaître que le sens est suspendu, et qu'il est nécessaire de suppléer quelque chose au texte bébreu actuel, pour le rendre intelligible. Il est reconnu que cette expression ne se trouve employée nulle part sans un mot qui en détermine la signification. C'est ainsi que nous la trouvons un peu plus loin, ch. XI, 45, complétée par le mot hôzêr, aide [vé'eyn hôzër là, et non secours à lui).
Pénétres de cette pensée et voyant très bien que ce passage offre une forte ellipse, quelques traducteurs ont essayé de suppléer un sujet qui n'est pas dans le texte, mais que l'état construit de 'ëyn réclame. Les versions des LXX et de Théodotion portent xoà xp([ia où* l'auv h aùrto (et jugement, cause de condamnation, n'est pas en lui ou à lui). Peut-être quelques copistes avaient-ils comblé la lacune en introduisant dans le texte le subst. i23U?p (jugement). Dathe suppose que les manuscrits portaient dîn (-p-j jugement, justice). Mais il n'est pas probable, que ce mot eut été intentionnellement supprimé ; et nous verrons tout à l'heure qu'il y a eu un motif pour tronquer ce passage : saint Jérôme nous apprendra que le texte offrait une révélation, qui n'a pu que paraître offensante à la partie de la nation juive qui fit périr le Messie. Le mot «jugement» est introduit ici arbitrairement ou du moins suggéré par des manuscrits qui avaient pour but de restreindre les menaces contenues dans les divins Oracles. L'interprétation des versions grecques se retrouve, du reste, chez ceux qui ont paraphrasé ce passage, de telle sorte qu'il signifie : « et non en lui » (péché quelconque). Ce serait, là une prédiction de l'aveu fait par Pilate (Luc, XXII, 44) et par Hérode qui avait envoyé Jésus-Christ au gouverneur romain. En traduisant : « et non pour soi, » on pourrait entendre, par cette expression, que le Messie serait mis à mort, non à cause de ses péchés, mais à cause des péchés du monde.
D'autres exégètes (Pagnino, Vatable : et non erit ei opem ferens) ont cru que l'on pouvait suppléer ici le mot « aide, secours, »> comme dans le psaume LXXII, 42 : et non à lui secours (iS l'ïVT^'O : l< ^e Christ sera mis à mort, et il n'aura aucun secours;» le peuple, les disciples, ceux qui auraient dû le défendre, tout le monde l'abandonnera. Au temps de sa passion,