CHAPITRE IX
le Messie fut, en effet, abandonné de tous et il vit s'accomplir la plainte qu'il avait proférée par la bouche du Psalmiste (Ps., XXI, 14) ; « parce que n'est pas qui m'assiste » ( Vulgate : quoniam non est qui adjuvet, -nitf "TH""*?). Auberlen partage ce sentiment : il n'y aura pas un disciple.
Il ne doit pas, d'ailleurs, paraître étonnant que ce texte étant obscur et indéchiffrable, à cause du raccourcissement qu'il a subi, les rationalistes se soient efforcés de lui ôter ce qu'il a d'énigmatique, en y introduisant leurs rêveries. Bertholdt et Rosenmûller veulent y trouver qu' « Alexandre n'aura pas de successeur. » Bleek, Maurer, Lengerke, Rôsch, Ewald y découvrent que Séleucus Philopator n'aura pas de fils, d'héritier, ou d'oint qui lui succède. Eichhorn, Wieseler, Hitzig remplacent ces rois grecs par le grand prêtre Onias III. Quelques-uns de ces critiques ont donc interprété notre passage comme s'il y avait le pronom relatif »*) -rçjN (non erii ei quod ou is qui ad eum pertineat). Il est vrai que l'ellipse de ce pronom est fréquente, mais elle n'autorise pas à faire entrer à sa suite, dans le texte, des conclusions que le contexte repousse. N'oublions pas, du reste, que ye~yn ne comprend aucun sujet et que le pronom relatif 'asêr n'en désigne aucun. Cette observation suffit pour juger les traductions suivantes : «il n'y aura pas quelqu'un (appartenant) à lui; il n'aura point un descendant (Wieseler), un autre masiah, un autre oint. Maurer, par exemple, traduit ainsi vëëyn lô •. etnemo (unctus) erit ei, neque habebit imperii successorem et heredem legitimum (ungendo consecratum). Maurer prend pour sujet de ve^ëyn lo' le mot masiah qui précède. Le sens serait : le Christ n'aura pas de Christ (Christum non habere Christum). Et cependant, Antiochus Epiphane fut aussi bien un « oint » que son frère Séleucus IV; ou plutôt ni l'un ni l'autre ne furent des oints. Néanmoins, Lengerke a voulu suppléer ce dernier mot et il traduit ainsi : « A lui n'est présent un autre oint qui lui appartienne » und nicht ist vorhanden (ein Gesalbter), der ihm angehôrt) : un oint, un roi légitime sera exterminé; mais il ne se trouvera pas de membre de sa famille qui soit présent et qui monte après lui sur le trône. Lengerke prétend donc que l'oint mis à mort est Séleucus Philopator, qui eut pour successeur un prince, son frère qui n'était pas destiné à être roi. D'après le critique prussien, l'auteur du livre aurait écrit peu de temps après la mort d'Antiochus Epiphane, c'est-à-dire à un moment où il ne pouvait pas savoir que Démétrius Soter, fils de Séleucus Philopator, monterait un jour sur le trône. Il n'en coûte rien à
Lengerke d'attribuer des bévues à Daniel et de s'en servir ensuite contre son livre. Il eût été bon, ce nous semble, de commencer par prouver que la prophétie s'arrête à ces rois de l'empire grec. La même faute est aussi commise par Bertholdt et par Rôscli. Le premier, Bertholdt, trouve que l'oint qui sera retranché est Alexandre-le-Grand et il explique : et non erit ei par: et il n'aura pas un successeur parmi les siens, dans sa famille. Rôsch qui traduit par : « et nul n'était présent pour lui, » veut aussi voir là une allusion à la mort de Séleucus IV qui fut tué et qui n'avait auprès de lui ni son fils (Démétrius) ni son frère (Antiochus Epiphane). L'expression du texte ne signifie pas : nec aderit qui ei ; mais : nec erit qui ei. Ce qui est fort vague. Kuenen n'est pas mieux inspiré, lorsque, rapportant ce passage à Onias III, et ayant traduit ainsi : « il n'y aura personne pour lui, » il ajoute : « Que signifie "ib "PK"! ? L'auteur veut dire probablement qu'il n'y eut aucun successeur légitime « pour lui, » c'est-à dire pour le remplacer (ceci s'appliquerait déjà à Jason, mais surtout à Ménélas ; ainsi, après Onias, personne n'aurait plus été grand-prêtre dans le vrai sens du mot). ■pj< devrait donc être complété par rptl?G. D'autres interprètes suivent ici une autre exégèse » (p. 544]. Evidemment, on peut suivre une autre exégèse. Mais le professeur hollandais aurait pu se préoccuper d'abord de montrer qu'il s'agit ici d'Onias III. Il n'eut pas été inutile de montrer qu'après ce malheureux pontife, les grands prêtres qui lui ont succédé n'étaient pas aussi légitimes et aussi oints que lui. Ses frères étaient comme lui de la race d'Aaron, et lorsque Onias IV se fut réfugié en Egypte, Jason et Ménélas — tout scélérats qu'ils étaient — n'en étaient pas moins des souverains pontifes tout aussi légitimes -, pas plus « oints, » il est vrai, qu'Onias III. La grande sacrificature fut aussi possédée légitimement par Judas Machabée, que le roi Alexandre, fils d'Antiochus Epiphane, établit grand-prêtre et qui, sans être oint, se revêtit aussitôt de la robe sainte (I Mac, X, 20, 2i, 32). De son côté, Stuart qui opte pour cette interprétation : « Oint doit être retranché et oint ne sera pas à lui, » donne aussi bien arbitrairement le mot masiah pour sujet à veijn lo. Il pense, avec raison, que l'oint retranché ne saurait être un prince païen. Mais la constatation de ce fait ne suffit pas pour l'amener à conclure qu'il s'agit ici du grand prêtre Onias III qui eut ses deux frères pour successeurs, mais dont le fils, qui aurait dû lui succéder, préféra s'enfuir en Egypte. Il n'est pas vrai non plus que en rapportant, avec Stuart et Steudel, là (à lui) au peuple (ïp22?)