‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 92 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

mentionné au verset 24, le texte nous apprend que, après le meurtre de l'oint ou du grand-prêtre, le peuple fut privé d'un grand-prêtre légal qui pût le remplacer. Oe sont là des fantaisies qui ne reposent sur rien et qui sont réfutées par l'exorde de la prophétie (vs. 24) et par la bénédiction que devait apporter l'Oint dont il s'agit. Il est inutile aussi de réfuter longuement le motif allégué par Stuart pour enlever à ce passage son caractère messianique. Ce critique prétend que ce verset ne peut s'appliquer à Jésus-Christ, puisque sa mort l'introduisit dans l'éternelle souveraine prêtrise. Le texte ne dit pas que l'oint exterminé perdit par sa mort sa messianité : il dit simplement : «et pas à lui...» Il s'agit de ne pas introduire ici quelque expression qui jure avec le contexte. Du reste, en adoptant les procédés de la critique, il serait très facile de faire dire au texte que le Christ exterminé ne sera pas pour cela détruit et qu'il ressucitera ; il suffirait de compléter ainsi la phrase tronquée : et non ei (occisio).

A un autre point de vue, Hengstenberg, regardant comme sous-entendu un mot équivalant au mot « domination » (nicht wird ihm sein die Herrschaft), a supposé, et Keil a adopté cette opinion, que la prophétie avait en vue la disparition de ce qui caractérisait le Messie : « Ce qui n'est pas à lui, disent-ils, est ce qu'il devait avoir en qualité de Messie, le titre de roi d'Israël. » Il est très vrai, en effet, qu'un des caractères distinctifs du Messie était sa royauté sur le peuple juif, sur la nation sainte, sur le peuple des saints de l'ancienne Alliance. Mais Keil se trompe lorsqu'il dit que « cette interprétation a une grande importance parce qu'elle sert à corriger le sens de ikkarêt, en montrant que ce verbe n'indique pas le retranchement de l'existence ou la mort du Messie, mais seulement son annihilation comme Messie dans son peuple et dans son royaume. » Le Messie, en effet, ne perdit pas le pouvoir qu'il avait comme Oint et il ne fut pas dépouillé de son titre de Roi des Juifs. Par le déicide, cette royauté du Messie ne disparaît pas. Le Messie n'y perd rien ; il est quand même le Dominateur des juifs et il va leur apparaître bientôt avec le titre et les droits de « Nagid qui Vient. » Seulement les juifs cessent d'être son peuple privilégié. C'est ce sens qu'offrent les exégèses qui donnent, pour sujet à vé'ëyn lô, l'expression «la ville et le sanctuaire,» c'est-à-dire les substantifs qui suivent et qui auraient dû être répétés : le Messie n'aura pas la place qu'il aurait dû avoir chez son peuple, dans le sanctuaire ; il ne sera pas accepté comme roi par son peuple.

La version syriaque, qui rapporte le pronom à Jérusalem et non au Messie, peu être interprétée de la même manière. Saint Ephrem explique ainsi ce passage : « Jérusalem n'aura pas un autre Messie. » C'est aussi le sentiment de saint Augustin : Et non erit ejus id est ejus civitatis. D'autres critiques (Cahen, Scholl) ont suppléé le mot ham (peuple). Ainsi Pusey dit que c'est son «peuple qui ne sera plus à lui : le peuple dont il était le prince cessera d'être son peuple. » D'après Grotius, ce passage signifierait : « Ce peuple qu'il était venu racheter ne lui sera pas obéissant. » Sous entendant aussi le mot hammo (son peuple) d'autres ont cru que ce texte indiquait que ce peuple juif cesserait d'exister, ne serait plus un peuple.

Correction du texte par saint Jérôme expliquée et justifiée. — Quelques-unes de ces interprétations peuvent se rattacher à celle de la Vulgate. On sait que saint Jérôme entend ce passage du Messie qui devait cesser de regarder comme sien le peuple qui l'aurait renié et rejeté. Il semble, en effet, que le contexte indique une relation avec la nation juive, avec la ville sainte et avec son sanctuaire. Mais le sujet de la phrase qui nous a été conservé par saint Jérôme n'a pas dû être seulement suggéré par le contexte. Le saint docteur était trop attaché à la lettre du texte hébreu pour avoir eu la pensée de le modifier au point d'y introduire un membre de phrase qui ne s'y serait pas trouvé. Sa traduction offre une leçon qui a dû s'être conservée dans quelques manuscrits. Le texte devait être complété à peu près ainsi qu'il suit : ib U7rtD> "itETM DV ib pflfl (et le peuple qui le reniera (qui lui mentira) ne sera pas son peuple). De sorte que la Vulgate a dû être autorisée à nous transmettre du vrai texte hébreu la traduction suivante : Et non erit ejus populus, qui eum negaturus est (et le peuple qui doit le renier ne sera pas son peuple). Nous ne voyons aucun motif qui permette de supposer que saint Jérôme a introduit, dans sa traduction, à l'aide d'une paraphrase, une idée qui n'était pas exprimée dans l'original. Du temps de ce grand exégète, il a dû y avoir des manuscrits, plus scrupuleusement conservés, qui lui ont permis de combler la lacune laissée par l'inattention ou le manque de franchise (1).

(1) L'abbé Lamy ne parait pas avoir bien compris le rôle de saint Jérôme lorsqu'il dit : « La Vulgate a sous-entendu ici le mot «peuple» en le paraphrasant» (Controverse, VI, p. 220;. Le docte professeur de Louvain nous paraît être allé trop loin sur ce point; et nous ne croyons pas qu'il y ait aucune raison qui nous empêche

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