CHAPITRE IX
admettre comme exacte la traduction de la Vulgate, quoique différente du texte hébreu actuel. On ne peut objecter que ce texte, en circulation maintenant, s'éloigne de la leçon conservée par saint Jérôme. Ce texte ne devient intelligible qu'en admettant l'existence d'un texte différent de celui que nous possédons (*).
Migne, l'éditeur a mis la fin de ce membre de phrase entre parenthèses : Et non erit ejus (populus qui eum ncgaturus est) ; et iJ ajoute en note : Cette parenthèse est pour montrer que ces paroles ne se trouvent pas dans l'hébreu : Isthœc parenthesi inclusa verba in He~ brœo non sunt. On aurait pu cependant examiner de plus près le texte hébreu et on aurait compris que l'on ne peut pas, dans le cas présent, s'en rapporter à lui. Avant de se permettre de corriger la version de la Vulgate sur ce point, il eût été bon aussi de consulter saint Jérôme. Il eût été alors facile de voir que, dans ce même Commentaire où il n'expose pas les versets 24-27 en détail, il a cependant confirmé assez clairement ce que les éditeurs modernes se permettent de retrancher ou d'amoindrir en le donnant comme douteux. Voici ces paroles : Simile quid et in Exodo legimus, quando Deus loquitur ad Moysen : Descende, peccaoit enim populus tuus (Eœod., XXXII, 7), hoc est, non populus meus, quia me deseruit. Il y a donc dans notre texte, d'après saint Jérôme, une mention du péché du peuple juif et un rejet de ce peuple, motivé par son crime. Or, ces deux pensées ne sont exprimées que dans la partie du verset que nous venons d'étudier.
(1) Un homme qui n'est pas content de saint Jérôme., c'est Maurice Vernes qui, dans Y Encyclopédie (protestante) des sciences religieuses (tome III, p. 588), déclare « qu'il importe avant tout de restituer le texte, défiguré dans la plupart des tradition&usuelles (Osterwald, Vulgate) par des préjugés dogmatiques. » Il va sans dire que, aux yeux du pasteur Vernes, la version d'Osterwald a le tort de ne pas avoir tenu compte de Yathnach et d'avoir laissé entrevoir ainsi « la venue de Jésus-Christ après sept fois soixante-neuf ans. » On voit aussi dans cette version : « L'immolation du Messie à la place du genre humain, la ruine de Jérusalem par les armées romaines, etc. » Pour un rationaliste aussi infatué que Vernes des versions de Lengerke et des autres allemands de l'école négative, c'est un grand scandale. Que va, dès lors, devenir saint Jérôme? « La Vulgate, dit Vernes, est plus audacieuse encore ou plus naïve dans la falsification de ce texte : elle déclare, en effet, que ce seront les étrangers (des Romains) qui mettront le Christ à mort : occidetur Christus et non erit ejus populus qui eum necaturus est. » Ne nous occupons pas de l'évolution de ncgaturus en necaturus. Demandons seulement en quoi la Vulgate est-elle « audacieuse » ou « naïve » et en quoi elle a « falsifié » le texte. Le pseudo-libre penseur ne nous donnera aucune réponse : il suppose évidemment que
Ce passage ainsi reconstitué est très bien justifié par ce qui précède et par ce qui suit. La mort du Messie devait entraîner deux conséquences: la première serait l'abandon du peuple juif; Dieu le laisserait aller à sa perte ; le Messie renoncerait au peuple qui l'avait renoncé. La seconde, un peu plus éloignée dans son accomplissement, était la désolation de la ville et du sanctuaire. Le reniement et le crucifiement du Messie amenèrent la destruction de la ville et du temple, la dispersion de la nation juive.
Et (un) peuple de Chef- le -Venant détruira la ville et le sanctuaire. Ces paroles ouvrent une parenthèse insérée dans la prophétie afin d'indiquer, comme au verset suivant, la peine temporelle dont le crime des Juifs devait être puni. Cette parenthèse coupe en deux parties l'oracle relatif à la dernière des soixante-dix semaines. Aquila a très bien traduit ce passage : xai T7)v nôlw -/.al ib ayiov ôiacpOspsî Xabç t]you[jisvou ip/ofjiévoo. Les LXX ont donné à £7 le sens de « avec » : [xsia xou Xpfaxou ; et Théodotion, adoptant la
son affirmation purement gratuite doit suffire, et il se hâte d'ajouter :« Voici ces mêmes passages dans une traduction plus soucieuse de la vérité, telle que celle de Perret-Gentil : « Depuis l'émission de la parole annonçant que Jérusalem sera restaurée et rebâtie jusqu'à un Oint, un prince, il y a sept semaines ; et dans l'espace de soixante-deux semaines elle sera restaurée et rebâtie, avec places et fossés, mais au milieu des perplexités du temps. Et après les soixante-deux semaines un Oint sera retranché, et il n'aura personne, et la ville et le sanctuaire seront ravagés par le peuple d'un prince arrivant, et sa fin sera amenée par une inondation, et jusqu'à la fin il y aura guerre, arrêt des dévastations, et il donnera une alliance forte à plusieurs pendant une semaine, et la moitié d'une semaine il fera cesser le sacrifice et l'oblation, et cela jusqu'à ce que l'extermination et le décret tombent sur le dévastateur. » Ce qui fait le mérite de cette version, aux yeux de notre critique, c'est qu'elle y introduit les fantaisies dont nous avons montré le néant : « la parole... un Oint, un prince... sept semaines (avec, une grande révérence pour l'accent athnach)... dans l'espace de soixante-deux semaines, elle sera rebâtie.,. « un Oint sera retranché, et il n'aura personne... » Voilà, en effet, une traduction « soucieuse de la vérité ! » Et non à lui signifie : « Et il n'aura personne. » Mais quand le parti-pris aveugle, que n'admet-on pas ? Vernes trouve ainsi qu' « on voit immédiatement qu'il est question de deux Oints (ou Messie), l'un survenant au bout de sept semaines, etc. » On embrouille, de la sorte, tout ce passage, mais on a l'avantage — très peu enviable — de s'être aplati devant les Lengerke, les De Wette, les Ewald et autres im.aginatifs de la « Critique moderne. »