‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 96 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

quatrième empire contre Jérusalem. Le « Fils d'homme » a reçu de Dieu la domination sur tous les peuples de la terre ; et dans les événements de ce monde, on a plus d'une fois pu constater la présence invisible mais réelle du Conducteur des peuples.

Ce n'est donc pas sans dessein que l'Ange a accolé au nom du Messie le nom suggestif de Nagîd. C'est ce Chef ou Conducteur de l'armée romaine que Titus (l'instrument de la destruction) avait en vue lorsque, étant entré à Jérusalem et admirant les fortifications de cette ville, il s'écria : « Nous avons combattu avec un Dieu (auv 0sG) yap È-oXs;j.7]'aav), et un dieu était celui quia chassé les Juifs des tours, car, ni les mains des hommes ni les machines n'étaient capables de les y forcer » (Josèphe, Guerre des Juifs, liv. VII, ch. 16). D'après Philostrate, les villes voisines de la Judée ayant offert à Titus des couronnes pour sa victoire sur les Juifs, ce prince leur répondit « qu'il ne méritait pas cet honneur, car ce ne n'était pas lui qui avait fait ces choses, et qu'il n'avait fait que servir d'instrument à la colère d'un dieu (pu) yàp aùxbç Taux' eipyaaOac, Oew ôè opyrjv «p^vavct iîîtôeSoxivai xàç èauxou ysipà;. Vie d'Apollonius, liv. VI, ch. 29). C'est donc à tort qu'on a supposé que le titre de Nagîd était donné au prince romain qui devait détruire Jérusalem. Titus, désigné au verset suivant sous le nom de Dévastateur (mesomëm) n'étant que le lieutenant du Messie, lequel, seul, est proprement le « Chef ou le Conducteur-le- Venant » du peuple romain. Celui qui a été établi chef des nations et qui a reçu les peuples comme un héritage qui lui revient de droit, s'est servi des Romains pour exercer ses châtiments sur un peuple qui n'avait pas voulu être son peuple. Il a conduit lui-même l'armée qui devait punir l'insolence et l'ingratitude des Juifs.

On a dit que, contrairement aux intentions et aux ordres du général païen, des soldats romains ont brûlé la ville des Juifs et renversé leur temple. Que Titus soit excusé ou non, au sujet de la conduite de ces soldats, le résultat n'en est pas moins le même et on n'a pu s'empêcher de voir la Main divine qui poussait les Romains contre les Juifs. Le « Nagîd-le-Venant » était là. Aussi Jésus-Chrit a-t-il pu justement représenter la destruction de Jérusalem comme « la venue du Fils de l'homme en son règne » (Matth., XVI, 28). Ebrard a, en effet, eu raison de soutenir que le Nagîd du verset 26 n'est pas Titus, mais le Christ lui-même. Auberlen, qui adopte cette interprétation, approuve justement ce critique d'avoir trouvé là « un contraste magnifique avec les mots '?,yn là. Il est retranché, personne n'est pour lui, et il est le Prince qui doit venir et à qui obéiront les

peuples delà terre » (p. 433). Ce fut, en effet, un peuple envoyé et conduit par le Nagîd qui détruisit la ville et le temple de Jérusalem. Sans doute, on ne vit pas Jésus -Christ à la tête d'une armée devant cette ville. Mais la destruction du peuple juif fut accompagnée de circonstances si extraordinaires et on y remarque des signes si visibles de la colère de Dieu contre cette nation, que l'Ecriture ne pouvait mieux qualifier cette guerre qu'en l'appelant « la venue de Jésus-Christ, » cette venue annoncée pour l'époque de la ruine de Jérusalem. Le Sauveur avait, en effet, prédit que plusieurs ne mourraient pas » avant d'avoir vu le Fils de l'homme venant dans son royaume » (Matth., XVI, 28; Marc, XI, 4 ; cfr. Jean, XXI, 22 : si eum volo manere donec veniam). A ce moment là, le peuple romain est appelé le peuple du iVa<?y-le-Venant, comme dans un événement semblable Dieu appelait les Assyriens « la verge et le bâton de son indignation » (Is., X, 5). Ce que le Messie n'a pas fait directement par lui-même, il l'a accompli par les instruments qui exécutèrent ses desseins. Aussi ceux qui ont lu la parabole des Noces (Matth., XXII, 7), qui offre une prédiction de la destruction de Jérusalem, ne trouveront pas étonnant que, antérieurement à la catastrophe, Jésus ait appelé l'armée qui ruina cette ville « les armées du roi » (aTpai£Û[jLata ccutou — BacnXscoç), faisant comprendre, dans cette parabole, que le roi (6aaiXeu;) est Dieu lui-même. C'est ainsi que saint Jacques, prophétisant cette parousie du Messie, disait que « l'avènement du Sauveur est proche ; déjà le juge est devant la porte » (V, 9). Les Juifs furent, en effet, bientôt vaincus par l'Homme-Dieu qu'ils avaient crucifié.

Quelques critiques (Hengstenberg, Stuart) ont pensé que le nagîd de la prophétie de Daniel désigne ici un prince païen. VVieseler veut que habbo' prédicat de nagîd distingue celui-ci du Messie déjà nommé. Il est dit que 6o' se prend dans le sens de « entrer par force, faire irruption, « de sorte que, par l'épithète habbo', le nagîd est désigné comme un prince ennemi, étranger, païen. Il lui faut un prince païen qui lui permette de le transformer en roi Antiochus Epiphane. Mais même en admettant que le Nagîd habbo doive être un chef purement politique, on ne serait pas autorisé par là à admettre une interprétation qui change du tout au tout le sens général de la prophétie. On peut traduire : « Le peuple d'un prince qui vient » (dans ce cas, « qui vient » est fort inutile), sans avoir établi que ce prince ist un roi macédonien. On peut dire que Na (il est venu, il est entré -, il est

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