CHAPITRE IX
arrivé, il est survenu, il a assailli) indique quelquefois une expédition militaire (Dan., i, 2; Jérém., XXXVI, 29). Mais il ne suit pas de là que ce mot désigne par lui-même que le conducteur de l'armée indiqué ici soit Antiocbus Epiphane -, il ne s'en déduit même pas essentiellement que ce chef, ce guide, ce directeur, cet inspirateur soit un militaire. Le Conducteur de l'armée peut fort bien être le Messie qui, en tant que Dieu et sous le nom de Providence, a le gouvernement de toutes choses. C'est, en effet, avec juste raison que le Nouveau-Testament attribue à Jésus-Christ la destruction de Jérusalem. Ainsi, rien ne s'oppose à ce que habbo1 indique ici le Venant, l'Entraînant qui amènera et dirigera le dévastateur (mesomëm) de la ville et du temple, dont il va être question.
L'expression « le peuple » de Chef-le-Venant est aussi très remarquable. Ce qui apparaissait, en effet, dans le quatrième empire, même sous les empereurs, c'était le peuple romain. C'est pour ce motif qu'il est mentionné ici expressément. Quand il s'agit des autres Etats, le peuple ne compte pas : c'est Nabuchodonosor, c'est Cjrus, c'est Alexandre, ce sont les rois séleucides ou lagides (cfr. ch. VIII et XI). A l'égard des troupes d'Antiochus Epiphane, le prophète n'aurait pas dit « le peuple d'un chef qui viendra, » mais bien plutôt « le chef d'un peuple ; » ou même, s'il se fût agi de ce roi, il n'aurait pas été question du a peuple ; » et si l'oracle avait voulu dire : un chef viendra avec son armée, le mot zaba' aurait été employé (cfr. ch. VIII, 4 2). Mais 6u' a le sens général de « venir, arriver, » et le participe de ce verbe désigne tout simplement « le Venant. » On voit très bien, dans les paroles de l'Ange, que ce nom désigne très parfaitement le Messie, dont la venue était attendue et que le titre de Nagîd présente comme ayant le commandement suprême du peuple qu'il poussa contre Jérusalem : c'est le Messie qui, d'après la marche de la pensée et. l'enchaînement du texte, reparaît comme grand roi et juge suprême. Il y a là une prédiction qui se rapporte à la parousie de Jésus-Christ, qui eut lieu lorsque Jérusalem et le temple furent détruits, et que l'état politique et religieux des Juifs fut anéanti.
Vaines imaginations des criticistcs au sujet du tondueteur-le-Venant. — Divers rationalistes se sont évertués à obscurcir le sens de habbo' ou à lui ôter toute signification ; Rosenmùller : populus principis qui veniens erit ; Lengerke : Volk eines Fiïrsten, yvelker kommt (peuple d'un prince qui vient) ; Cahen : « un prince futur, n et comprenant que cette épithète, telle
qu'il la traduit, ne veut rien dire, il ajoute : « Même incertitude sur la personne que le prophète a en vue. » En effet, dire : un « prince qui vient, » c'est ne rien dire : le mot habbo', ainsi entendu, ne caractérise pas du tout le Nagid. Il y avait tant de princes « qui venaient. » Lengerke ne veut pas qu'on tienne compte de l'article et il en fait un pronom relatif, parla raison que l'article ne saurait se mettre devant 60' qui est un adjectif, et que, après un substantif indéterminé, l'adjectif ne prend pas l'article. Mais Lengerke ne tient pas assez compte du caractère spécial du livre de Daniel. Il a cependant compris que Nagid du verset précédent était un substantif associé au substantif Masiah. Mais il n'a pas eu assez de flair pour comprendre que ces deux substantifs étaient deux noms propres du même personnage. S'il avait compris ainsi le texte, il n'aurait pas eu de peine à conclure ensuite, de la règle de la grammaire, que l'article pouvait fort bien se mettre devant le participe qui affecte un nom propre (cfr. David hammesîah).
D'un autre côté, Lengerke désapprouve, avec raison, les traductions d'Hitzig (der nachkommU et de Rôsch f'das Volk des nachkommenden Fûrsten) qui introduisent là l'idée de « succession » et modifient le sens de îon- H trouve qu'elle rendrait ce mot fort inutile, car « il est suffisamment clair en soi que le Nagid est le successeur du Messie. » Comprenant, cependant, qu'il est plus facile de dire que c'est clair que de le prouver, le critique ajoute : « Nous sommes forcés de reconnaître, par la suite du récit où il est question d'une inondation qui est en rapport avec NHH) qu'il s'agit ici d'une expédition militaire. » Il se croit donc autorisé à traduire 6(5' par eindringen (faire irruption, assaillir), hereinbrechen (entrer en brisant, envahir), de sorte que hbah signifie : der eidringt (celui qui fait irruption ou qui envahit). Puis, le critique prussien voit là une allusion à une expédition d'Antiochus en Perse, dans laquelle il trouva la mort. Mais il est facile de constater que Lengerke voit tout cela uniquement dans son imagination, et qu'on peut le défier de rien trouver dans le texte qui motive l'adaptation de ce qui est dit ici avec une expédition d'un roi grec en Orient. Il est vrai qu'il compte sur cette trouvaille que, au 2e livre des Maccabées (I, 43), Antiochus Epiphane est qualifié de rq^ûv (chef, commandant), et qu'il est représenté comme étant à la tête d'une nombreuse armée. Mais ce rapprochement, que rien n'autorise, entre ce chef d'armée et le Nagid, ne suffit pas pour permettre de traduire habbo' par invasurus et en faire l'épithête d'un roi qui en-