‹ Le Livre du prophète DanielChapitre 11 sur 27 · NÉCESSITÉ DE CONSERVER L'ORTHOGRAPHE USUELLE POUR LES NOMS PROPRES · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DE CONSERVER L'ORTHOGRAPHE USUELLE POUR LES NOMS PROPRES

Nous conservons d'ordinaire pour les noms propres les transcriptions généralement reçues dans les LXX et dans la Vulgate, lesquelles ont été adoptées dans notre langue. Nos historiens, nos commentateurs et nos lettrés sont habitués à ces formes ; il n'y a aucune utilité, mais simple perte de temps, à « froisser la routine et à déranger les habitudes établies, » chez les lecteurs de la Bible et des classiques français.

Il est vrai qu'il y a, parmi les lettrés, de nombreux naïfs qui s'imaginent qu'une traduction est « une vraie traduction, » lors qu'elle offre, d'après l'original, le nom des acteurs qui ont joué un rôle dans l'histoire. Ils croient que, par ce procédé, on rend mieux la physionomie de l'œuvre. Ce trompe-l'œil suffit à certains critiques pour dire qu'un livre où ils lisent Mosché (Moïse), Schelomoh (Salomon), est un livre écrit dans un milieu exactement et pittoresquement vrai. Ils admirent, dans ces modifications, ce qu'ils appellent la peinture du détail réel ; et en même temps, sans s'en douter, ils font bon marché de la vraisemblance des interprétations données aux textes et de la vérité des sentiments.

Nous ne voyons pas, du reste, que l'on soit bien avancé lorsqu'on a introduit dans des livres français les mots Ninos, Krœsos, Kyros (que d'autres écrivent Koresch, Kors' et, d'après les inscriptions, Qurus), Kambysès (ou mieux Kambujiya), Dariavesh (Dariawes', Dârayavus), Nabukadnetsar (Neboukadneççar, Nabu-kudurri-ussur), Iéhoyakim (Ioyakim et Iehoyaqîm), Antiokhos Épiphanès, etc. Que gagnons-nous à remplacer les Machabées par les Maqqabî et les Sadducéens par les Çadoqides, qu'un autre écrivain appelle Zaddouqites ? Quel intérêt puissant portera nos lettrés à écrire Caïn avec un kou avec un q, et Hhawah, Hkawa ou Heva au lieu de Eve? Quel profit trouveront les lecteurs à voir Tyr remplacé par Tsour ou par Zour et Suse par Schûschan? Quel avantage y aura-t-il pour nous à substituer le nom de Jehoudim à celui de Juifs? Que deviendront nos classiques à travers ces déguisements plus ou moins baroques? Lorsqu'on aura adopté ces fantaisies des réformateurs, on devra dire : YAthaliah, la Phaidra, YAndromakhê, le Mithradhâta de Racine, ou plutôt de Rat-cyne [ = cygne], car c'est ainsi que la famille du poète avait jadis orthographié son nom, etc. Vaut-il la peine de se livrer à une réforme orthographique pour arriver à de tels changements ?

Sans doute, dans un livre destiné à des érudits et au point de eue des recherches étymologiques, il est bon, il est même nécessaire de donner une transcription des noms propres aussi correcte que possible. Mais, en dehors de ce cas particulier, nous n'avons qu'à gagner sous tous les rapports à conserver la transcription phonétique traditionnelle.

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