FAUX POINT DE VUE DES MASSORÉTISTES ET DES ASSYRIOLOGUES
On s'est imaginé que la ponctuation des Massorètes donne la vraie forme des noms propres hébreux. Mais la vocalisation que ces critiques ont adoptée montre seulement de quelle façon quelques rabbins, dans le vnr3 ou dans le ixe siècle, lisaient ces noms. La transcription des LXX vaut souvent mieux que celle des rabbins du moyen-âge. Nous ne voyons aucun inconvénient à nous en tenir à la prononciation de saint Jérôme, qui a adopté tantôt celle des rabbins de son temps et tantôt celle des LXX. En adoptant la phonétique des Massorètes, on n'est pas d'ordinaire plus avancé et on produit la confusion dans les livres et dans les esprits. Il est évident que la généralité des lecteurs ne sera pas plus dans la couleur locale, en lisant avec les Massorètes, Bileam, Naomi ou Noomi, que lorsqu'ils prononceront ces noms Balaam, Nohémie, avec les Septante. D'abord, les premières transcriptions sont aussi inexactes que les autres, puisqu'elles n'indiquent pas les sons aspirés ou gutturaux (il faudrait Bileyam, etc.). D'ailleurs, on n'aboutit de la sorte qu'à produire la confusion. L'un écrit Jèsaiah et Hiskiah et un autre Eschaya et Iehlsqia pour Isai'e et Ézéchias (il faudrait Iesahyahû et Hizqiyyahû). D'un autre côté, on ne voit pas ce qu'on gagne à tout cela. On ne fait quev substituer un arbitraire à un autre, qui a l'avantage d'être aussi satisfaisant et de ne pas déranger nos habitudes françaises. Ces réformes autour desquelles certains écrivains font un grand tapage sont inutiles, même pour la généralité des érudits.
Puis, il conviendrait d'examiner sur quel fondement reposent les points voyelles des Massorètes ? Que prouve, par exemple, leur ponctuation du mot Nebukadnetzar?
Il est, en effet, facile de voir, en ce qui concerne ce nom, que la vocalisation des Massorètes s'éloigne beaucoup plus de la forme originale que celle des LXX. Les protestants allemands, anglais et français ont répudié l'orthographe habituelle des noms' propres de l'Ancien Testament, et ils ont dit et écrit : Neboukadnetsar, Nebuchadnezzar. Mais on a pu voir de nos jours que la prononciation massorétique ne repose pas sur une tradition ancienne et réelle. Il est évident que la terminaison osor, de la Vuîgate et des LXX, se rapproche plus de celle des écrivains grecs (Na6uxo8poaopoç) et des inscriptions nouvellement découvertes [- aàtir]. Les Massorètes ont donc mal ponctué ce nom (1). Du reste, pour les noms propres ba-
(1) Il est vrai que les Septante nous donnent le nom de Balthasar comme étant le nom du fils de Nabuchdonosor, tandis que d'après le texte hébreu, ce nom est Blchatzar. Ainsi les Alexandrins ne s'éloignent pas seulement, dans