PREFACE V
pierre sur pierre. Nous ferons voir aisément, en effet, que le livre de Daniel résiste aux objections les plus ingénieusement combinées, les plus savamment proposées. Les adversaires viendront avec nous en tâter les côtés qui paraissent faibles, et l'épreuve de la critique négative par laquelle nous le ferons passer, nous fournira une occasion de prouver sa force et sa solidité : il ne nous sera pas difficile de venger ce livre des injures et des inculpations mensongères dont on a voulu le flétrir.
Sans doute, un livre comme celui-ci se présente sous tant de faces, soulève tant de questions, fait naître tant d'idées, embrasse tant d'espace dans l'esprit, qu'il ne peut manquer de soulever des contradictions nombreuses de la part de ceux qui veulent le juger sans s'être mis en état de le comprendre. Il offre des questions d'histoire, de chronologie, de théologie, d'archéologie, de géographie, d'ethnographie, de philologie : il implique, dès lors, nécessairement une œuvre de discussion et de critique. Mais au fond, ce livre divin n'offre de difficultés que parce qu'on l'étouffé d'exégèses tout à fait impertinentes. Il s'est, en effet, trouvé des érudits qui ont introduit le gâchis dans l'interprétation de ce document, et ils ont cru pouvoir dire alors qu'il présente des confusions qui compromettent son autorité intrinsèque. C'est l'inintelligence de ces critiques que nous aurons à combattre.
De nombreux exégètes ont, du reste, repoussé déjà les hypothèses du rationalisme. Mais bien des points n'ont pas encore été suffisamment éclaircis et bien des faits restent inexpliqués.
Du moins, les commentaires publiés jusqu'à ce jour n'ont pas fait pleine lumière sur certains côtés du livre, et la réponse à certaines objections ne, paraît pas toujours se dégager nettement d'un faisceau d'informations souvent contradictoires.
Une étude consciencieuse des matériaux accumulés jusqu'à ce jour et des travaux qu'ils ont suscités, nous ont donné la conviction que cet ordre de recherches n'avait pas encore porté tous les fruits qu'on en pouvait espérer, et qu'il convenait de reprendre quelques-unes des questions de philologie, d'histoire et de prophétisme que le texte permet de soulever. Bref, nous croyons que certaines parties de l'apologétique de ce livre doivent être renouvelées.