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LA. FORMALITÉ OU DU SACRIFICE

La magie réside à voir et à vouloir au-delà de l'horizon sériel.

Nos douleurs, filles de la contingence, se multiplient en raison de notre égoïsmc : elles se raréfient dans la proportion où nous adhérons à l'abstrait qui est le divin.

Il faut obéir au sens commun, ou au sens divin.

La fille de Jephté comme celle d'Agamemnon personnifie ces fatalités de la justice sociale qui désolent la sensibilité.

L'intérêt d'un grand nombre pèse plus que le sort de l'idée, aux balances du fait ; et on ne peut pas dire qu'il y ait eu de grands peuples, il n'y a

eu que des nations qui ont écouté ou non leurs grands hommes.

A cette heure, en France, aucune voix de vrai commandement ne se fait entendre, aucune, du reste, ne serait entendue.

Le péché originel, qu'il faut traduire par l'imperfection originelle, condamne l'humanité à Terreur instinctive d'abord, à l'erreur intellectuelle après.

J'ai fait intervenir le moins que j'ai pu les décisions catholiques : mais le moment approche où la théologie envahira mon discours, dès lors moins convaincant pour la pluralité. Je préfère ruiner la philosophie comtemporaine et quand mon lecteur verra détruites les fausses notions par lesquelles il me résiste, il faudra bien qu'il s'appuye à une doctrine, il n'aura plus le choix, il sera le convaincu de la nécessité.

Entre mes thèses traditionnelles et mon lecteur, il y a un entassement inextricable de sophistique allemande. Je vais déblayer.

Emmanuel liant, de Kœnigsberg, a cru prouver la vanité de tous les principes, puis il a montré la nécessité d'en avoir : ridicule facétie, car l'utilité d'un principe implique sa valeur, même en dehors de la certitude. On appelle ce jeu antique le jeu « de la raison pure ou négative et critique et de la raison pratique ou affirmative. »

Pour tout esprit philosophique, la pensée a un double mouvement, elle va tantôt du connu, de l'empirisme, de Va posteriori, à l'inconnu, à l'abstraction, à Yapriori ; et vice versa. Je vois un cadavre et je songe à la fatalité de la mort pour tous les êtres, je suis allé du fait à l'idée ; au contraire, la pensée de la mort m'étreint et je crois sentir les symptômes d'une maladie mortelle, je suis venu de l'idée au fait, de Va priori à Va posteriori. La conscience de soi de Descartes se divise chez Kant en soi abstrait ou transcendenlal et en soi concret ou a posteriori.

Cet étrange philosophe, reprenant une idée alexandrine et la déformant, distingue dans le phénomène la matière et la forme : dualisme des connaissances, dualisme du jugement, dualisme du phénomène. Alors, comme un myslagogue, Kant est forcé, puisque nos connaissances abstraites ne sont pas les réflexes de l'empirisme, de donner pour mère, à nos abstractions, l'intuition.

Hegel trouva un singulier moyen d'investigation philosophique, un étrange critère de vérité, l'antinomie. Il faut se risquer dans l'Essai dune critique de toute révélation de Fichte, dans la Philosophie de V identité de Schelling, pour voir combien la raison diffère de l'intellectualité proprement dite et comme des gens

qui pensent peuvent obstinément mal penser.

Tout l'illogisme déchaîné par Kant se retrouve dans Hegel, an tinomies de Kœnigsberg, thèse et antithèse de Rammenau, identité de l'être et du non être dans le devenir de Léonberg ; et puis c'est le jeu de l'unité et du multiple synthétisé dans le nombre. Arrivé sur le terrain pratique, en face du fait, Hegel tombe au niveau d'un sous-off et il écrit : « Une bataille n'est pas autre chose que le combat de l'erreur contre la vérité, la victoire n'est pas autre chose que la vérité du jour, victorieuse sur la vérité de la veille, qui deviendra erreur demain. »

Le devenir de la vérité ! Oh ! oh ! si les principes deviennent, il n'y a plus ni morale, ni raison, ni philosophie, ni humanité : c'est le nihilisme.

Le paradoxe de Dantzick va aussi se manifester : l'absurdité éclate mieux, car l'écriture est très lucide et comme à la Diderot par rapport aux autres Kan listes.

« Il ne faut pas se demander tout d'abord si une vérité nouvellement reconnue s'accorde ou non avec la synthèse de nos autres concrétions, selon la méthode de Kant, intuition a priori. »

Dans la Quadruple Racine de la raison suffisante, il y a l'idée de Leibnilz, l'hypolhèse d'Aristote,

niais la raison suffisante a aussi un devenir comme la vérité de Hegel. Les causes premières restant inintelligibles; il les appelle occultes.

« Les concepts les plus élevés et les plus généraux sont aussi les plus vides et plus ils sont vides moins on pense par eux. » Mais place à la vérité mélaîorjiqiie, ensemble des jugements dont la vérité constitue la loi de pensée. « La raison de la vérité d'un jugement lui est étrangère ! »

« La conscience, non effet de notre intelligence mais de notre volonté » préluda bien au Monde comme représentation et comme volonté *.

« Mais le panthéisme de Fichte, l'être de Schelling, le devenir de Hegel, la volonté de Schopenhauer, se représentait au public sous les traits de l'inconscient, de Hartman2. »

M. Funck Brentano, le seul esprit qui ait fait pour la philosophie allemande ce que Taine accomplit sur la Révolution, a donné un modèle d'exécution philosophique sur le dos d'âne de Hartman.

1 Ce monde n'est qu'une perception de celai qui perçoit, l'affirmation de l'univers dépendait du premier œil qui s'est ouver. Toutes nos connaissances du monde extérieur sont des intuitions, et le monde une objectivation de la volonté dans l'espace le temps et la causalité qui est la matière.

2 Les Sophistes allemands et les nihiliste* russes, par Funck Brentano, in-8° chez Pion.

Un autre Hégélien, Strauss, découvrit que Dieu est un produit de notre esprit « noumene contradictoire avec lui-même. »

Fueurbach définit la vérité « l'anthropologie » et puis Stirner paraît :

«L'homme est souverain ! fantôme la morale, fantôme la raison. 11 faut donc détruire tout ce qui s'oppose à ma liberté ! »

Ignorant, Stirner attribue toute civilisation à la race caucasique, « il appelle croyances mongoles les idées abstraites » alors que la race jaune est la moins abstractive de toutes, puisqu'elle a de la religion sans Dieu...« Tant que tu croirasàla vérité, tu ne croiras pas en toi, tu seras un valet, un homme religieux. » Après Stirner, Karl Marx et enfin Bakounine.

« Le brigandage, dont le but serait la révolution, serait une révolution à la fois sociale, philosophique, économique. » M. Funck Brentano l'a dit.

« A cette longue chaîne, qui commence par la distinction première de Kant, continue par ses antinomies et se poursuit dans les synthèses de Fichte, Schelling, Hegel, pour aboutir au néant de Schopenhauer et de Hartman et arrive à l'application pratique par Strauss, Feuerbach, Bruno Bauer, Stirner, Marx, Herzen, jusqu'à Bakounine, il n'y manque pas un seul anneau. »

Lorsque j'écrivais, il y a quinze ans, au Finis latinorum de mon premier roman, ce passage, je disais juste et vrai, ce semble.

« Nul ne flétrit ces cabinets de philosophes allemands, latrines de l'idée, d'où est sortie la pestilence athée, qui, comme le crottin de loup de la goétie répandu dans Pair, a affolé la plèbe et l'a faite septembriseuse, communarde, nihiliste. Tout acte scélérat naît d'une idée scélérate, et la Révolution, cette anarchie physique, n'est que la réalisation de la philosophie du xvin0 siècle, cette anarchie métaphysique. Quant à la République, c/est l'anarchie organisée de 1793, 1871, et 1880 : il ne faut pas s'en prendre à la plèbe, cette envoûtée, mais aux sophistes, ces envoûteurs. Le matérialisme public est un attentat aux mœurs, car l'idée fait des plaies plus profondes que le fer et les idées allemandes nous ont plus abaissé que les armées allemandes. Nous sommes pestiférés d'Hégélisme, incapables de protéger nos frontières, nous n'avons pas même sauvé l'intégrité de nos concepts. Grâce aux Renan, l'idée allemande, qui n'est jamais qu'une stercorale éclosion de la Réforme protestante, l'idée allemande nous envahit d'heure en heure et nul ne songe à lui faire évacuer le livre et le cerveau français.

— « Cette corruption de l'idée, c'est bien le Vice Suprême ».

Jusqu'à cet exposé de l'état intellectuel du temps, nous avions supputé dans notre marche vers la réalisation de vérité, des passions et des intérêts, non pas des théories. Mais il est advenu ce phénomène de décadence que les intérêts et les passions ont trouvé des théoriciens, et devant que la force leur soit donnée d'imposer leurs vices, les contemporains les démontrent et'dès lors les légitiment.

Le communisme se réduit argotiquement à ceci : « il y a trop longtemps que ceux-là sont au buffet social, bousculons-les et prenons notre tour. »

L'ouvrier aspire à deux ménages comme le bourgeois, aux gros cigares et à la croix avec la municipalité. Le bourgeois enseigne que l'ordre est nécessaire et il a raison, mais il entend que l'ordre soit à son seul profit.

La religion endiguait les appétits, la philosophie, en se démocratisant, les a déchaînés.

La grande affaire de l'homme est de s'accomplir, dit l'initiation ; et l'illettré, lecteur de journaux et de brochures, rêvera aussi de son accomplissement, l'aspiration existe dans l'incapable, à l'animique comme à l'érotique, les impuissants de

l'esprit désirent aujourd'hui la spiritualité et ils souffrent, ils enragent ; et leur ame inférieure, mise en mouvement, produit comme seule expression, du désordre.

La Société doit dérouler devant l'exception une échelle de Jacob qui le mènera jusqu'à l'accomplissement de son génie, s'il en a; mais elle ne pose un niveau qu'en écrasant ses valeurs, et les abaissant : l'esprit de sa conservation suffirait à la dissuader. Il faut donc que le peuple reste peuple en tant que masse : pacem et ecclesiam, la paix et la religion, voilà tout son besoin ; et que lui offrirai-je de mieux que ce que j'ai adopté moi-même. Je crois, certes, différer en hauteur de l'archevêque de Paris, mais si je devais absolument choisir entre la religion et la métaphysique, je prendrais la religion. Car la religion contient une morale, une esthétique, et une éthique, elle est la forme même de la vie sociale et de la vie heureuse ; l'heure n'est pas encore assez épouvantable pour que les esprits veuillent se dédire de leurs inepties orgueilleuses, il faut encore un temps leur parler un langage d'apparence laïque, de terminologie scientifique : cela abaisse le discours et l'artiste n'y trouve pas son compte, mais la vérité nue paraît mieux encore.

La paix sociale ne provient que des harmonies

20 i AMPHITHEATRE DES SCIENCES MORTES

de castes ; il n'est pas du tout démontré que l'Etat et l'homme forment une antinomie.

Ce Dualisme n'existe que comme catégorie d'entendement ; en fait, la lumière finit et commence en pénombre.

Le point médian des antinomies est leur résolution, voilà pourquoi, entre la démocratie et l'oligarchie, entre le pauvre et le riche, il y a un médiateur, le monarque, dont l'intérêt ne peut être que la réconciliation des deux éléments qui l'enserrent.

Entre l'individu et l'Etat, il y a la justice, qui est faite de tempéraments et de proportions entre les objets.

CONCORDANCE CATHOLIQUE

ARCANES DUODÉNAIRES

LXL1

// n'y a pas eu de grands peuples, mais il y a eu des peuples qui ont écoulé leurs grands hommes.

Les antinomies sont des cogitations maladives comme les localités du ton en peinture ; liant est un tâchiste, un pointilliste de la pensée. Si les principes sont nécessaires, ils sont vrais : s'ils sont vrais, ils sont permanents ; admettre un devenir pour la vérité, cest être fou ou Hegel.

Accepter une apparente vérité contradictoire à celles les plus évidentes, cest être absurde ou Schopenhauer,

Luther, Calvin, Kant, Hegel, Schelling, Fichte,

Schopenhauer , Hartman, Strauss, Auerbach, Slirner, Karl Marx et Bruno Brauer, Herzen et Bakounine sont les seize degrés de la prochaine guillotine en permanence.

LXL1V

La bêtise des socialistes est immense, ils éveillent dans l'être social des convoitises, les plus nombreuses ; il est cependant historique, et partant scientifique, que la société n'existe qu'aux prix des renonciations de l'individu.

Par le laïcisme, l'Etat a renoncé à la répression morale, il a trop cm au gendarme.

L'antinomie suppose toujours un point médian, pénombre entre la lumière et l'ombre et qui est le point politique.

Mais la recherche du point médian ne peut être vue que d'un médiateur dont l'intérêt consiste à réconcilier les oppositions.

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