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L'ACCOMPAGNEMENT OU DE LA PROVIDENCE

Nul esprit ne peut se dater de luimême, nul être se subslanler de soi ; on date d'un exemple et on se substante de chefs d 'œuvre.

L'amour devrait être la forme la plug vive de la charité, parce qu'il correspond à la plus grande détresse d'àme.

Chaque fois qu'on approuve un acte ou une idée on s'y associe et on participe, dès lors.au jugement éternel que mérite cet acte ou cette idée.

Ou bien l'homme a changé sa nature, ou ce qui fut vrai depuis sept mille ans l'est encore aujourd'hui.

Les passions, la sensibilité des vieux poèmes

cycliques diffèrent-elles si fort des passions et de la sensibilité moderne ? l'homme de la Bible, l'homme de Manou, l'homme d'Homère ne sontils pas identiques à l'individu de nos jours?

Ne trouvons-nous pas, aux textes les plus anciens, notre âme exprimée? ne nous reconnaissons nous pas dans les personnages aggadiques et les noms qui nous servent à désigner des caractères ne sont-ils pas pris des antiques symboles ? enfin, l'âme de l'homme ne s'est-elle pas perpétuée telle que la concevaient les fondateurs de religions, les égrégores de race ?

Eh bien ! si l'homme demeure le même qu'il fut, ses besoins n'ont pas varié, les conditions de sa vie intime et publique s'imposent, semblables. Ah ! un mot nous arrête, le Progrès ! L'humanité serait donc en marche depuis sa naissance et en évolution de croissance. Voyons cela?

Ouvrons Hérodote, et vérifions-le d'après les plus récentes découvertes. Paris représente à peine un huitième deBabylone et l'antiquité entière garde cette proportion, par rapport au monde moderne.

Un enfant de cinq ans à qui on raconterait l'histoire, comprendrait que l'humanité n'évolue pas d'ensemble. D'époque en époque, une race se civilise, croît, resplendit et s'éteint dans le rayonnement d'une autre race jeune et croissante.

Il y a pour les peuples, une aube, un midi, un couchant et la vie se déplace mais ne meut pas également toute l'espèce.

Une poignée d'Anglais tient l'Inde innombrable en servitude et la race Gangétique vit certes en indéniable décadence. La Hongrie, qui sauva l'Europe de l'Islam, n'est plus qu'une province autrichienne. Il y a un siècle, qu'était donc l'Amérique du Nord? Le progrès est donc un phénomène ethnique, local, essentiellement circonscrit et non pas une évolution de l'humanité.

Si nous établissons les conditions les plus symptomatiques du Progrès et de la décadence, n'aurions-nous pas l'embryon de la loi évolulrice?

Il est patent, que d'après un exposé exact de l'état religieux, dans une race, on peut diagnostiquer à quel point de sou évolution elle se trouve. Quand les augures de Rome ne purent se regarder sans rire, Rome était condamnée. Non seulement toutes les grandes périodes historiques présentent l'état théocratique, mais il n'y a pas eu de civilisation, sans religion d'Etat. Ce qui constitue le phénomène, c'est son identité à Iravers le temps et les modalités subsidiaires.

Mais sans énumérer les démonstrations déjà produites et m'inspirant d'une sollicitude à la mode parmi les politiques de maintenant, jepren-

drai deux faits : le vin naturel et pur coûtait cette année trois sous le litre au lieu de production : le vin falsifié et dangereux coûtait seize sous à Paris. Un autre détail, la plus petite lucarne coûte dix-sept sous par an, autant qu'une baie d'atelier. Quelle est la raison ou le prétexte de pareils impôts? la Patrie !

Il faut donc que la Patrie meure pour que l'individu vive, les faits le démontrent : tous les Français s'exténuent à entretenir un être de raison fictif qui est la France. Les treize sous que l'Etat prélève sur le litre devin, ce n'est pas la bourgeoisie qui les empoche, c'est l'anonyme Etat, c'est l'anonyme octroi. Puis il y a le milliard de la guerre ; Ja Patrie est un être de luxe qu'on entretient, quand on l'aime. Il faut ruiner l'individu pour conserver l'Etat tel quel, ceci est une question d'extériorité et non de castes.

La centralisation, qui achemine vers la donnée impériale, ne permet pas l'octroi qui est littéralement douane intérieure.

Dans un pays où un simple bureaucrate, incapable de professer un cours ou d'écrire un livre, est directeur des Beaux-Arts ou directeur des musées nationaux ; où on voit les achats officiels au salon et les statues dont on embarrasse les squares, la façon dont les musées sont tenus, il n'y a

qu'un vœu à émettre, la ruine de l'État. Rien de grand, rien de bon ne peut sortir de la bureaucratie et du suffrage universel.

Les monarchies seules ont une histoire : mais le peuple français me paraît avoir renoncé à la gloire, ce qui serait une sagesse, si ce n'était une faiblesse.

Le fédéralisme correspond au bien-être matériel réclamé par le peuple, il ne sacrifie rien à la parade, c'est une formule d'affaire. Mais ne pourrait-on pas combiner la nation impériale avec la fédérale. Gréer en Europe un Amphictyonnat occidental ! L'immoralité de ce parti serait de déchaîner sur l'Orient tous les ignominieux instincts de l'homicide et du vol. Toujours un infâme négociant rêvera d'une compagnie des Indes rançonnant l'Orient. Une des naïvetés de l'occultisme, et la fantaisie de d'Olivet bien singulière, c'est l'invention de l'âge d'or, du cycle de Ram et l'espoir de son retour. L'homme ne veut pas se convaincre de sa relative impuissance, il affirme l'aboutissement de sa volonté et l'attend des siècles. Il passe et les siècles, impassibles et mornes, le démentent sans que jamais son cerveau laisse fuir cet espoir qui resta dans l'urne de Pandore.

Dupe des formes renouvelées sur des réalités

immuables, l'homme ne reconnaît plus Croquemitaine, s'il quitte sa hotte.

Sans juger de la légitimité du fait, le constatant seulement, le latin de vingt à quarante-cinq ans appartient au pouvoir le plus absolu qui ait jamais existé : si un adjudant s'y oppose, même en temps de paix, il ne pourra pas suivre le cercueil de son père ; sa mère peut mourir, son épouse se prostituer, ses enfants râler la faim, il n'y a pas de miséricorde dans la religion nationale: et enfin Guillaume de Prusse, l'actuel régnant, a déclaré que le soldat allemand, sur l'ordre de son caporal, doit être prêt à tirer sur son père et sa mère. Voilà le progrès, sur le terrain de Vhabeas corpus.

Cherchez dans les annales despotiques de l'Orient, vous ne trouverez rien déplus ; au lieu d'être décollé sur l'heure d'un coup de cimeterre, le soldat paraîtra devant ses supérieurs, il y aura de la forme judiciaire mais le dénouement est le même, le plomb le crache au lieu de l'acier, et c'est toute la différence.

Ce qui explique l'optimisme de certaines gens c'est cette susceptibilité de la nature humaine devantle malheur imprévu. Le latin est accoutumé d'avance et partant résigné aux dangers qu'il court ; il prend la régularité pour la justice

et l'égalité pour le droit. Son indépendance ne dépasse pas l'envie et la haine du prochain ; il supporte mieux ses maux que l'heur d'autrui.

La vraie différence de l'antique au moderne n'est pas le traitement, mais son uniformité apparente ; comme le pouvoir démocratique identique au pouvoir monarchique, est régularisé en ses modes. Tout paraît prévu dans la civilisation actuelle et les choses prévues n'effrayent pas. L'homme plus que l'animal s'avoue d'essence domestique, il s'agit de le dresser ; or, la France et l'Europe eurent dans l'adjudant Bonaparte la botte la plus intolérante qu'on ait vu ; et, assoupli par ces traitements, l'Occident ne réclame qu'une grâce, la légalité dans l'exaction et la généralité dans le malheur.

L'injustice par arrêt, la corvée ordonnée générale, trouvent toujours résignation, sinon enthousiasme : un pays militarisé n'a plus de notion sur la dignité et la justice.

Il faut avoir vu l'attitude de nègre battu du soldat bavarois, son tremblement effaré devant le gradé, pour mesurer la domesticité des races aryennes ; elle ressemble au fatalisme de l'Arabe. On crie que le latin est difficile à gouverner : oui, si on le traite en créature raisonnable, mais en le bâtonnant suivant un rythme déjà connu par lui,

on peut frapper sans crainte, sans merci. Il ne s'agit que de bien s'entendre et de convenir à l'avance des règles de la bâtonnade.

L'obéissance n'est ni une qualité, ni un élément facultatif, c'est une nécessité : l'homme primitif qui n'obéissait pas aux lois de la caléfaction nécessaire, mourait, comme celui qui aurait voulu passer une rivière avec un poids trop lourd. L'homme social a la liberté de parler, de crier comme un fou ; mais dès qu'il veut agir, il obéit à des lois mal formulées et cependant indéniables. Avant queLavoisier formulât que la combustion est ce phénomène qui résulte de la combinaison d'un corps combustible avec l'oxygène, l'humanité avait allumé bien des feux et brûlé bien des torches et des chandelles.

Quand la science d'un ordre donné n'est pas constitué, il faut se guider sur l'expérience et l'analogie.

J'entends par expérience, les constatations phénoméniques de l'humanité, et par analogie une méthode allant du connu à l'inconnu. En voici un exemple.

La matière se présente à nous, sous quatre états : le solide, le liquide, le gazeux et le fluide.

La vie doit se présenter à nous sous quatre états, physique, inoral, intellectuel) pneumatique.

On divise les corps en simples et composés; on divise d'abord les hommes en simples, ou ne pouvant pas se modifier et évoluer, et en complexes, ou ceux dont on peut obtenir des activités variées. Je pourrais montrer les analogies sociales avec la cristallisation.

Par la théorie de l'analogue nous avons trouvé trois clés vitales dans la société comme dans l'homme : les lois organiques, les lois animiques et leslois intellectuelles, informulées quant à l'homme collectif, et parfaitement connues pour l'individu.

La vie domestique nous donne les trois termes sociaux, le père roi, la femme ministre et l'enfant sujet ; de Bonald et d'Olivet nous ont montré la Providence, la Volonté et le Destin.

Or, l'enfant et le jeune peuple régi par le Destin ne lui échappe et ne s'émancipe que par sa volonté ; mais cette volonté elle-même sera brisée par le Destin, si elle ne s'oriente pas vers la Providence.

Le Destin ou nécessité agit d'une façon immédiate et permanente, en l'absence de la Providence qui est l'harmonie générale et abstraite et n'intervient que sur la sollicitation humaine. On peut comparer la Providence à une puissance surnaturelle et miraculante qui ordonne la police du monde, sans la faire ; le Destin, au contraire, rai-

son collective, sorte d'abstrait recteur du concret, se comporte en maréchaussée implacable, punit, réprime les écarts de la volonté et la brise quand elle s'obstine.

Pour me rapprocher de la terminologie actuelle je dirai que le destin est la cause seconde immédiate ou la loi sérielle ; et la Providence la cause première ou médiate ou la loi universelle, mais dans le sens Spinosiste ou Joannique. La volonté ou libre arbitre peut se mouvoir selon le Destin, tel Bonaparte ; mais la volonté ou la liberté a des bornes infranchissables, et quiconque les veut franchir cesse d'être. Si l'homme adhère au Logos, à la Providence, il élude par cela même la nécessité, comme le mystique s'affranchit de sa corporéité, et les plus beaux événements se produisent.

Or, la loi universelle ne peut être que Fexaltation de la loi sérielle ; il y a parallélisme de la série à l'archétype ; mais ici le formulaire scientifique serait un pur décor et, même exprimée, la vérité ne paraîtrait' pas. Dire avec Eliphas que l'harmonie résulte de l'analogie des contraires, c'est dire beaucoup et, à certains yeux, c'est ne rien dire.

Il y a un sublime domaine où l'explication obscurcit, où l'exemple embrouille, où la formule

égare. Tout métaphysicien a éprouvé qu'après un point atteint de tension cérébrale il n'y a plus d'idée, mais des impressions.

L'extase, qui est la plus forte tension dont l'être humain soit capable, ne se résout jamais en idée. L'erreur des occultistes a été de prendre et de réunir dans le Mage la matière et l'auteur du grand œuvre, c'est-à-dire d'apporter la conscience dans l'inconscient. Jamais l'homme n'a pu pousser sa pensée au paroxysme en l'isolant de l'animisme.

Saint Thomas d'Aquin, sorti de ses ravissements, déclarait que tout ce qu'il pouvait exprimer n'était qu'un fétu de paille, auprès de ce qu'il avait vu. En magie comme en mystique, des mirages incessants se produisent, qui n'ont pas leur équivalent en idée et en mots. Nous avons la raison et l'enthousiasme, c'est-à-dire la faculté comparative sous sa forme pondérée et sous sa forme fiévreuse, et c'est tout.

Ne cédons pas aux intuitions, aux illuminations quand il s'agit d'autrui et de l'autrui humain.

Attentifs et penchés sur la science acquise, tirons de sages parallèles, avec la règle de l'expérience : ainsi, on ne peut s'égarer.

Quelle est l'idée essentielle ? Dieu. L'adaptation de l'idée de Dieu ? La religion. Mais voyons-la

dans son essence et non dans ces détails disparates dont l'infirmité humaine l'affuble.

La religion n'est ni l'auto-da-fé, ni l'index, ni l'intolérance, ni la multiplicité des pratiques, ni la morale égalitaire ; la religion est la présence de Dieu dans les desseins de l'homme.

Il ne s'agit pas de dépouiller une nation étrangère pour orner un autel, ni d'égorger ceux qui ne prient pas avec nos rites :il s'agit, si nous sommes forts d'être bons, et si nous sommes pieux d'être humains d'abord.

La bonne volonté, voilà la désignation de ceux qui sont et seront éternellement bénis : mais elle n'est pas l'outrecuidante formule du démagogue non plus que l'égoïsme du podestat : la volonté n'est bonne que par l'observance de la raison en tout et toujours. Savonarole était un saint, mais c'était aussi un désordre : et le pape qui l'a brûlé, aurait pu le canoniser en même temps, s'il n'avait pas craint de scandaliser cet éternel public, qui ne comprendrait pas, même aujourd'hui, que l'ordre, la hiérarchie et l'universalité des vues, a le droit du Sceptre sur la liberté, sur l'égalité et sur la nation, termes imparfaits de la vraie société.

CONCORDANCE CATHOLIQUE

ARCANES NONODÉNAIRES

CXXVT

V homme psychique des plus anciens poèmes reproduit V homme contemporain. Il ne diffère pas de celui qui est exprimé dans la Bible, dans Manou, dans Homère.

Si F âme de V homme n'a pas change, les règles de sa vie sociale restent semblables.

GXXVIl

Deux erreurs à extirper de la cervelle latine : la prétendue supériorité de V Occident sur F Orient, et de notre civilisation sur les anciennes.

77 n'y a pas progrès dans V humanité, il y a déplacement de lumière et de protagonisme : les peuples se succèdent, pour ainsi dire, sur la scène du monde, se

forment, croissent et meurent : ils évoluent comme un individu, ils ne progressent pas.

Il y a une notion aussi fausse que le Progrès, cest la croyance à l'âge d'or ou au fantastique cycle de Ram.

L'homme social supporte des maux mais non par llieur d' autrui : il est plus envieux qu'avide et plus ègalitaire qu indépendant.

GXXXI

Quand une science n'est pas constituée, il faut se guider sur V expérience et V analogie et on trouvera aisément, par une succession de syllogismes irréfragables, que la formule sociale s'écrit ainsi :

L'ordre s'obtient par la hiérarchie et la Paix par l'universalité providentielle dans les desseins.

LIYRE TROISIÈME

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