DU DESTIN OU DE LA FOI
L'homme a commencé la vie par une sensation ; quand il eut des sentiments il évoluait déjà, dès qu'il conçut des idées, il ù tait accompli.
La première Norme qu'il découvrit fut l'organique et l'ambiante, ou la loi sérielle. Nous avons vu commencer la sociabilité par l'attrait sexuel et le mariage baser la société initiale.
Vagues sont les considérations possibles sur les quatre races, d'après le pigment, des manuels.
Nous savons des noirs qu'ils sont dégénérés, le sauvage apparaît un homme qui a oublié et non pas un tard venu.
Fabre d'Olivet, en voyant des peuples enfants dans les Incas s'est trompé ; c'étaient des races stupéfaites depuis le cataclysme Atlante qui sépare l'histoire véritable de l'hypothèse. La plus grande partie de l'Afrique est un fond de mer exhaussé en
contre coup de l'engloutissement de l'Atlantide, vaste continent, le plus anciennement civilisé.
Il y a de fortes propensions pour que le Déluge de la Bible ne soit autre que ce cataclysme Atlantique ; la vallée du Nil, formée de huit mètres de terre végétale, repose sur un lit de sable marin.
La couche augmentant de 1 millimètre 26, annuellement donne la date de 6337.
Un caractère extraordinaire de l'Egypte, c'est que rien ne nous est venu qui témoignât d'une enfance ; cette race apparaît civilisée au plus grand lointain, et comme elle ne peut pas être autocthone et qu'à son apparition nul autre lieu du monde n'était civilisé, je crois que l'Égyptien est un Atlante.
En tête des quatre mille ans, qui finissent à Nectanébo, se trouve Ména, premier roi vainqueur du sacerdoce, qui déserta Théni, ville sainte, et fonda Memphis.
La restitution de la doctrine antérieure à Ména nous montre bien autre chose que la Bible. Dieu s'engendre de lui-même, il est un, absolu, parfait, « le père des pères]et la mère des mères» unique d'essence, il produit en lui-même d'autres lui-mêmes, il est le Père, la mère et le fils. C'est le Dieu unique et la Trinité du catholicisme : « il crée ses propres membres qui sont les dieux» et ces
dieux sont des sephirots, des aspects de l'unique : Ammon quand il se manifeste par la vie; Imhotep, analogue à l'Esprit Saint; Phtah, comme maître du monde, et Osiris comme médiateur et miséricordieux ; il ne faut pas plus s'étonner de l'Osiris de Théni et d'Abydos que du Jésu de Rome, de l'Ammonde Thèbesquede la Trinité de Paris, du Phtah de Mernphis que de sainte Sophie,
C'étaient des noms et des aspects de la Divinité analogues aux formules litaniques.
Râ, le soleil, était une création manifestalive de la Providence : je n'ai pas la place d'insister sur la physionomie Christique d'Osiris, et préfère indiquer la métaphysique du Nil.
Khou l'intelligence, la parcelle divine, descend dans une substance Baqiù, elle-même, s'enveloppe clans Niwou, le corps astral, et celui-ci dans le Khat ou corps organique.
Toute la magie est ici contenue mieux qu'au Zohar :
Khat le corps est le vêtement de Niwou le peresprit qui enferme l'âme Bâ, laquelle contient Khou l'intelligence. Voilà la théorie de l'involution. Logiquement, l'évolution aboutit à la seule existence finale de Khou, l'homme est devenu démon.
Autre merveille de l'ésotérisme, c'est l'âme, et
plus précisément le cœur, qui comparaît dans l'Amenti devant Osiris, enseignant que l'épreuve terrestre porte sur l'animisme et non sur la spiritualité.
Quel recueil de prières égale la ferveur du ch. GXXV du Rouleau des Morts, la confession négative si pleine d'humilité qui finit par ces trois cris de foi et de crainte :je suis pur ! je suis pur! je suis pur !
La dévotion anthropomorphisa Dieu partout et toujours : même la religion n'a pas d'autre but que de rendre Dieu sensible aux hommes, présent parmi les hommes et parce que c'est le but de toute religion, la seule qui l'ait atteint, l'emporte sur les autres, par le Calvaire et l'Eucharistie.
On apprend aux enfants que les Égyptiens adoraient des bêtes, comme on leur apprendra plus tard que les catholiques adoraient la colombe, l'agneau, le pélican, et les animaux attributs des saints. Certains évangéiiaires du xme siècle représentent saint Marc avec une tête de lion sur les épaules.
Les prêtres égyptiens enseignèrent d'abord que Dieu venait voir les actes humains sous les traits de Ra, Hor et Osiris ; puis ils crurent nécessaire de faire intervenir Dieu plus matériellement, et répugnant à montrer un homme comme
divin, ils dirent que Dieu prenait la forme animale pour mieux surveiller les hommes. L/épervier et l'hippopotame, le scarabée, l'ibis, le cynocéphale et le chacal n'étaient pas plus les dieux de l'Egypte, Hor, Set, Phtah, Thot, Anubis, que notre agneau Pascal et le poisson des catacombes n'est Jésus-Christ.
Ces quelques traits suffisent à montrer que la métaphysique d'il y a sept mille ans, dans la vallée du Nil, était supérieure à celle de nos jours.
Au xme siècle de notre ère, les ruines de Memphis occupaient encore une demi journée de chemin en tous sens : et Thèbes força les brutes que commandait Desaix à battre des mains.
On s'agenouille devant le Décalogue comme si Mosché avait inventé la morale. Chabas a traduit un papyrus où on lit : « Le fils qui reçoit la parole de son père deviendra vieux à cause décela ;Dieu aime l'obéissance : le rebelle voit la science dans l'ignorance, et les vertus dans les vices » et dans un rituel funéraire : « Je n'ai pas fait de commandement injuste, je n'ai pas été individuel, je n'ai pas médit d'autrui, je n'ai pas fait de mal à mon esclave en abusant de ma supériorité sur lui. »
Lepsius a dit qu'il pourrait rédiger un almanach de cour et d'état pour la quatrième dynastie. Le
premier ministre était celui des travaux publics, puis celui des mines. Après les ministres venaient les nomarques, gouverneurs des diocèses.
La corporation continuait la caste qui ne fut jamais fermée. Un tiers du sol appartenait à ses défenseurs, un autre tiers au sacerdoce qui était le corps juridique et intellectuel à la fois. Toute affaire se traitait par écrit pour prévenir l'entraînement des juges — celui qui ne secourait pas son semblable attaqué était puni de mort, comme l'homicide même sur un esclave — on ne tuait pas le déserteur, il n'y avait pas de contrainte par corps, l'intérêt ne pouvait jamais dépasser le capital. Les femmes étaient traitées de telle sorte que Diodore accuse leurs époux d'ê're leurs esclaves. Même sous les Ptolémée, l'Egypte continua sa vie sociale pendant trois siècles, et s'éteignit avec le souffle de Cléopâtre sous la pique des Barbares Romains. On oublie trop que l'école d'Alexandrie à côté de poéteraux comme Bion et Moschus, Callimaque et l'Anthologie, fut la capitale de la pensée, le confluent de toutes les idées orientales.
Ammonius Saccas et son disciple, le sublime Plotin, aussi grand que Platon et Porphyre et Jamblique, préparent le succès du Christianisme et peuvent en être considérés, malgré l'apparence,
comme les collaborateurs inestimables. — Clément d'Alexandrie, Tertullien, Origène, Lactance, S. Grégoire de Nazianze, S. Augustin, doiventplus qu'on imagine à leurs adversaires les plus dignes que la vérité nécessaire ait jamais rencontrés.
Ce qui meurt au sixième siècle sous les traits de Hiéroclès, d'Enée de Gaza, d'Olympiodore, d'Isidore et s'exhale sur les lèvres de la belle Hypalhie, c'est l'ensemble le plus grandiose de notions abstraites, c'est la totalité des idées métaphysiques.
Ni en mystique, ni en morale, ni en prospérité, ni surtout en longévité, il n'y a dans l'histoire le moindre progrès sur l'Egypte.
Sa constitution dès lors contient les bases normales de la prospérité et de la longévité, c'est-àdire : Théocratie, juridiction des intellectuels, propriété, famille, dévotion.
Sarru-Kinou, roi d'Agadé en 3800, Goudéa, roi de Sirtella deux cents ans plus tard, viennent en antiquité prouvée, immédiatement après Ména. Les origines égyptiennes de la Kaldée ressortent du caractère des monuments : nous sommes là en présence d'une exode de Miztraïm, bientôt subjugée par les scythes et mêlée à des Sémites; le Bereschit reproduit la tradition Kaldéenne, et non celle d'Egypte. Mais sans énoncer
des représentations historiques qui s'accommodent mal de la concision , les six statues du patesi Goudéa qui sont au Louvre le montrent les mains croisées, en signe d'initiation, et sur sesgenouxest un plan monumental avec un étalon des mesures et un stylet d'architecte.
Certes, quels attributs plus civilisés trouve-t-on par la suite ? Celui-là se glorifie d'avoir construit des temples pour ses dieux, il veut être un roi architecte devant les siècles à venir : il est à la fois homme de piété, de paix et de beauté, il écrit avec des proportions et des pierres, à une époque où le monument est le vrai livre durable, et certainement il n'est pas exceptionnel comme le Roi René : c'est moins un individu qu'un point de civilisation !
L'instinct, comme la conscience de l'homme collectif, s'unissent pour voir dans la société une simplification de la famille et dans le prêtre l'homme de Sceptre. Mais, le patési Goudéa pouvait tenir l'encensoir d'une main et le stylet architectural de l'autre, dans des autonomies restreintes comme Sirtella : cela ne s'entend plus d'un vaste empire !
Le commencement des sociétés accumule les fonctions sur l'individu : leur suite et leur apogée, au contraire, comme elles spécialisent en science,
particularisent en charges. Le Destin a deux termes, le Pape et l'Empereur, et malheur au hiérophante qui usurpe sur le temporel, mille fois malheur au monarque qui ose unir dans sa main le bâton pastoral et le glaive !
L'opposition de ces deux forces sociales empêche le petit et le faible d'être écrasé par l'un ou l'autre de ces colosses.
Dante a écrit sur la matière un admirable livre qu'on ne lit plus, qu'on ne cite pas même. Sa théorie, qu'il dit originale, est la conséquence rigoureuse du principe chrétien, mais aussi de la raison.
Tous les êtres identiques ont même destin et la série entière suivra donc la même voie pour arriver à la même fin, et plus ce mouvement unifiera les êtres, mieux ils s'accompliront et en personnalité et en série.
Jl y a deux lumières : la Foi et la Raison. L'Eglise, qui prépare le devenir de l'humanité, l'Empire, qui opère son bonheur ici-bas.
Gomme on lit l'histoire avec un même souci que les feuilletons, on ne peut différencier la notion abstraite de telle individuelle figure. Pour les uns, l'Empire c'est Bonaparte le soudard, ou Octave l'indécis, toujours l'aventurier ou le haut fonctionnaire. Incessamment ébloui de ces symboles
pompeux qui sont de la mascarade sans une grande pensée, l'historien énumère les indignités humaines des rois et, établissant une moyenne dans l'abominable, définit la royauté un mélange d'abus et d'éclat ; et l'empire, pour lui signifie, conquête. Certes, il est au pouvoir de l'homme de détourner les plus sublimes choses de leur véritable office. J'avoue que la matière politique révèle un Himalaya d'horreur accumulée par les siècles et les races et que la majeure part des crimes et des niaiseries de ce monde se sont produites en forme politique. Mais, parce que la Raison, l'Expérience, ont été employés contre la Foi, allons nous rejeter la logique, toujours dangereuse chez les esprits faux?
Supposez, non pas le désintéressement mais la dépersonnalisation d'un être lucide dans la recherche du bien général et vous aurez la définition de l'Empereur et de tout homme de Sceptre.
Cette dépersonnalisation vous ne la trouverez pas dans les figures classiques de la politique, parce que l'esprit humain est plus frappé parla force que par la vérité, et, même entrevue dans la pénombre du passé, la forêt de piques des légions hypnotise les Duruy. Mais tous les fondateurs de religion ont un caractère uniforme, ils disparaissent dans leur œuvre.
L'Empire et l'Église sont les deux hémisphères du pouvoir social, mais parce qu'ils sont immenses ils supposent au-dessous d'eux non pas des délégués mais des pouvoirs autonomes : le satrape, le gouverneur représente la tyrannie et non pas l'Empire. Pour le lecteur ordinaire, l'empire implique la féodalité, c'est-à-dire le bourg dépendant du burgrave, et la cité perpétuel objet de convoitises armées : et cela effraye à juste titre. Avignon, avant que la Papauté y vînt siéger, voyait s'ouvrir devant elle un destin magnifique : elle eût été Florence peut-être : il suffit qu'un imbécile, comte de Provence et Toulouse, l'entraînât dans la cause albigeoise. Certes, l'hérédité n'a plus de fanatiques,, mais l'élection s'est révélée pire encore. Dans une ville, même petite, où chacun pourrait confesser son voisin, ce n'est jamais le plusdigne qui est maire. La conscience populaire n'a pas même le sens de la justice, car, pour le peuple, son envie paraît le droit.
L'Empire est donc la forme sociale du destin, et faste, si l'Eglise, forme sociale de la Providence, se dresse en face de lui, égale.
Mais ce n'est pas assez de balancer la couronne par la mitre et il faut faire la part de la volonté.
Quelle plus logique forme de la volonté que l'auto-
nomie provinciale, non pas selon l'idiotie administrative, mais suivant la langue.
La Provence comme la Bretagne devraient décider de leurs propres affaires : or le fédéralisme qui n'existe qu'en pays républicain entre cependant dans le cadre impérial.
Il nous reste à étudier quel élément oligarchique se peut joindre au Saint Empire et à l'autonomie selon les lois du Fédéralisme. On méconnaît l'Empire et la monarchie, seule satisfaction au destin parce que l'empereur et le roi semblent d'après les mauvais types de l'histoire, des tyrans ou des incapables ; mais il s'agit simplement d'encadrer avec solidité le roi par l'empereur et l'empereur par le pape pour les empêcher de nuire.
Tl n'y a qu'un moyen de paix générale : imposer aux méchants la nécessité du bien, non par des théories et des exhortations mais par la Force, lorsque la raison ne peut être entendue.
ARCANES
DU