‹ Le livre: Historique--fabrication--achat--classement--usage et entretienChapitre 23 sur 156 · Si livor olïtrcclarc curam voluerit · texte numérisé non relu

Si livor olïtrcclarc curam voluerit

Non tainen cripict laudis coiisricntiam....

l'iitalc oxitiuin corde «lurulo f<'mni, Douée fortunam criniinis piideat sui.

« S'il plaît à l'envie de critiquer mon ouvrage, elle ne saurait détruire en moi le juste sentiment de son prix.... Je

disparaît totalement pendant quinze siècles. En 1562, un hasard, le pillage d'une abbaye catholique par une bande de protestants, fait choir le manuscrit de ses fables, manuscrit perdu dans la poussière d'une bibliothèque, entre les mains du jurisconsulte François Pithôu. Celui-ci le communique à son frère Pierre, un des auteurs de la Ménippée^ qui le fait imprimer, en 1596. Et voilà Phèdre ressuscité; on le traduit et on le commente dans toutes les langues et dans tous les collèges: P/iœdri fahxdarum Ubn quinque! Il devient le rival d'Ésope et l'un des fournisseurs attitrés de La Fontaine*.

Pro captu lectoris habent sua fata libelli.

Le mot de Terentianus Maurus* est toujours de circonstance, éternellement vrai : les livres ont leur destinée, \q\xt fatum ^ « leur fatalité ».

Que de fois j'ai entendu des éditeurs, et des plus habiles, des plus experts, déclarer qu'il leur était de toute impossibilité de connaître d'avance le sort d'un livre, — du livre qu'ils allaient lancer; et que

supporterai d'un cœur ferme une si cruelle destinée, jusqu'à ce que la fortune rougisse de ses torts. »

(Phèdre, Fables, livre II, Épilogue; trad. Nisard, p. 724.)

1. Cf. Notice sur Phèdre^ pp. 687 et suiv., dans la collection des auteurs latins, trad. Nisard; — Gustave Merlet, Études littéraires^ t. II, La Fontaine, p. 179, note 1 ; — Alexis PiKRRON, Histoire de la littérature romaine^ pp. 402-470.

2. Ap. II. GÉRAUD, Essai sur les livres dans l'antiquité, épigraphe.

c'était cela même, cette incertitude et ces émotions, comparables à celles du joueur, qui faisaient le charme de leur métier!

Un sujcl en vogue et tout à fait bien choisi pour piquer et exciter la curiosité des lecteurs, un scandale du moment, par exemple.'; puis de l'argent, la forte somme', pour acheter toutes les trom-

1. Cf. supra, p. 83, les Irois conditions qu'un livre doit remplir, d'après Stendhal, pour bien se vendre- ■ Le goût public se compose d'un élément passager, qui est )a mode, et d'un élément stable, qui est la médiocrité. Par ce dernier mot, j'enlcnds que le public aime et qu'il aimera toujours les choses et les qualités moyennes : des idées claires, généralement rci^ues ; un style aisé, banal ;l'artince d'une intrigue Taisant régulièrement jouer les cordes dé la pitié et de la crainte, sans déconcerter ni la morale, chère au cœur, ni la logique voulue par l'caprit; • etc. (Paul Stapfeu, o;*. eil., l, I, p. 101.) En d'autres termes, ce qu'on pourrait appeler une médiocrité de premier ordre.

2. • L'argent, l'argenl, on ne saurait dire combien il est vraiment le nerf et le dieu de la littérature d'aujourd'hui. ■ (Saote-Bel-ve, Portraits contemporains, t. III, p *3I.)

Page 1