L-argenl en honnête homme érige un scùlérat; Etc. etc
(BoiLEAU, Ëpitres, V, vers 85-87.)
Et quelle affaire ne fait point Ce bienheureux mêlai, l'argent, maître du mande ?
(La Fontaine, Coules, la Coupe enchantée, vers 319-313.)
-, op. cit., Belphégor, Ters 08-100.) L'argSnt est le premier mobile des afTalres de c«
pelles de la renommée, faire résonner de loutes paris el à saliélé les mille voix de la presse, — si blasé
monde.» (Voltaire, r/n^cnM,chap.vni : Œuvres complèleSf i.W, p. 222.) « Pour moi, ouvrant les yeux autour de moi, au sortir de Tenfance, je vis que Targeut et Tintriguc sont presque la seule voie pour aller à tout. » (André Chénier, ap, Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. IV, p. 146.)
L'argent, mon cher, l'argent, c'est la seule puissance. (François Ponsard, V Honneur et i Argent, acte IV, se. v.)
Il n'existe Qu'un mérite ici-bas, c'est d'être riche ; il n'est Qu'un esprit, et qui rend charmant le plus benêt. C'est d'être riche; il n'est, et ce siècle l'affiche, Qu'une beauté, toujours, partout, c'est d'être riche ; Etc.
(Victor IIuGO, VAne, THomme vis-à-vis de lui-même, p. 150; Paris, Hetzel-Quantin, s. d.; in-i6.)
« Rien ne déconsidère, fors la pauvreté. » (Paul Adam, le.^ Cœurs utiles, p. 526.) « En tous pays, on arrive avec de l'argent, des protections et du savoir-faire. Cela est naturel; il n'y a pas là de quoi s'indigner ni s'étonner. » (Albert Colli- <;non, Notes et Réflexions d'un lecteur, p. 40.)
« Comme il [Sylla] se vanta et glorifia, à son retour de la guerre d'Afrique, il y eut un personnage de bien et d'honneur qui lui dit : « Et comment serait-il possible que tu « fusses honnête homme, ayant si bien de quoi comme tu as « [ayant tant d'argent aujourd'hui], vu que ton père ne t'a « rien laissé? » (Plutarque, Vie de Sylla : Œuvres, trad. Amyot, t. IV, p. 68; Paris, Bastien, 1784.) Omnis divea aut iniquus est, aut hxres iniqui : « Tout homme riche est un malhonnête homme ou l'héritier d'un malhonnête homme ». (Saint JÉRÔME, cité dans l' Intermédiaire des chercheurs et curieux^ 10 mars 1907, col. 356.) Le janséniste Domat, — qui « était infatigable au travail, ennemi de toute distraction et de tout relâche : « Travaillons, disait-il, nous nous reposerons « dans le Paradis-», — appréciait un jour en ces termes l'argent et les puissants de la terre : « Cinq ou six pendards partagent la meilleure partie du monde et la plusricK^. Ow
que soit le public sur roulrecuidance et les mensonges de la réclame ; enfin, les relations de Tauest assez pour nous faire juger quel bien c'est devant Dieu que les richesses. » (Sainte-Beuve, Por^/îoî/a/, livre VI, t. V, p. 522; et P.-J. Proudhon, De la Justice dans la Révolution et dans r£'(//îsc, troisième étude, chap.ii, t. I, p. 247; Bruxelles, 1868.) « 11 y a si peu de grandes fortunes innocentes, que je pardonne à vos pères de ne vous en avoir point laissé. » (Mme DE Lambert à son fils, ap. Sainte-Beuve, Causeries du lundis t. IV, p. 222.) « ... Le peuple n'estime et ne loue plus que ceux qui font fortune. S'il porte encore (juclque respect aux talents et aux vertus, c'est qu'il les regarde comme des moyens de s'enrichir. Ce qu'on appelle même la bonne compagnie ne pense guère autrement. Mais je voudrais bien savoir s'il y a qucl<iue moyen honnête de faire fortune, pour un homme sans argent, dans un pays où tout est vénal. Il faut au moins intriguer, plaire à un parti, se faire des protecteurs et des prôneurs; et, pour cela, il faut être de mauvaise foi, corrompre, flatter, tromper, épouser les passions d'autrui, bonnes ou mauvaises, se dévoyer enfin par quelque endroit. J'ai vu des gens parvenir dans toutes sortes d'états; mais, j'ose le dire publiquement, quelques louanges qu'on ait données à leur mérite, et quoique plusieurs d'entre eux en eussent en effet, je n'ai vu les plus honnêtes s'élever et se maintenir qu'aux dépens de quelques vertus. » (Bernardin de Saint-Pierre, fUia/es de la nature^ Réponses aux objections..., p. 91; Paris, Didot, 1868; in-18.) « Si je ne vous paraissais pas trop outrée, je vous dirais que je hais, que j'abhorre l'argent, quand je viens à penser qu'il est le prix de tout. Fi! » (Mlle de Lespinasse, Lettres, cxlii, 27 octobre 1775; t. II, p. 155; édition annotée par Gustave Isambert : Paris, collection Jaimet- Picard, 1876.)
Sachez que, dans un temps si funeste au devoir, Où rien n'enrichit mieux que le crime et le vice, La pauvreté souvent est un heureux indice.
(Fadre d*É(îlantine, le Philinte de Molière ou la iSuitc du Misanthrope, acte I, se. vi.)
leur, sa situation et sa notoriété : tels sont, comme nous l'expliquions tout à Theure, les plus sûrs éléments du succès *.
Le talent, qu'on est si désireux et qu'on serait si tenté de considérer comme le souverain promoteur, Tunique artisan de la réussite, n\ a souvent qu'une part très minime, souvent même aucune part. Supposez encore une fois un livre de génie publié dans une de ces maisons d'édition appelées caves^ qui ira le déterrer, là 1 Comment le découvrir ? Par quelle grâce du Ciel s'apercevra-t-on de son existence'? Un
1. « Paris reste bien la grande Tibrique centrale des réputations littéraires, et c'est à Paris que doit se rendre tout écrivain français qui veut parvenir. Qu'il fasse sa cour aux dames, comme autrefois ; aux puissances et aux hommes en place, comme de tout temps; mais surtout à Sa Majesté la Presse, reine des reines, impératrice du monde! C'est elle qui désormais est le seul grand organe des autorités qui mènent le public... •(PaulSTAPFEH, op. cit., t. II, pp. 120-121.)
2. « ... Plus ma confiance diminue dans les réponses prudhommesques de la sagesse officielle : Le monde n'a pas d'i longues injustices! — Le temps remet enfin chaque chose à sa place! O sainte candeur que celle qui se repose sur ces sentences pompeuses! Bon jeune homme, laisse-moi tVmbrasserî Alors, tu crois que, du seul fait que ton œuvre est bonne, elle est assurée de la vie future? Mais vivre, malheureux, c'est sonner dans la mémoire des hommes, et, pour sonner, il faut bien que quelqu'un attache le grelot. Comment peux-tu donc être si sur de trouver un jour cet officieux ami de ta gloire? Pour qu'il ne surgisse jamais, il n*est point nécessaire de supposer la noire envie cl je ne sais quelle horrible conspiration du silence : l'ignorance et la paresse suffisent. » (Paul Stapfer, op. cit., t. II, pp. 188-189.)
chef-d'œuvre de peinture ou de sculpture a la chance de pouvoir être remarqué du premier coup, d'un clin d'oeil; mais, un livre, il faut « prendre la peine » de l'ouvrir, « prendre la peine » de le lire. Aussi est-ce très justement et tout à fait exactement cfu' Alfred de Vigny a comparé le sort d'un livre à celui d'une bouteille jetée à la mer, avec cette étiquette : « Attrape qui peut! * »
Quant à la gloire littéraire, pour revenir à elle, rien, encore une fois, de plus inconsistant et de plus fuyant, de plus aléatoire, de plus aveugle et de plus trompeur.
« Le royaume de la gloire est aux violents et aux habiles d'abord ; il appartient aussi à quelques heureux, que choisit le hasard, pour se moquer de nous.
« Qu'on le sache bien : l'histoire des réputations littéraires et de toutes les autres réputations n'est qu'un long répertoire d'erreurs, de méprises, de jugements ignares, injustes et faux, toujours sujets
à revision*. »
1. Alfred de Vigny, Journal d'un poète, p. 183. (Paiis, Charpentier, 1882.) Voir aussi, dans le môme livre de ce noble poète et de ce sage, pages 94 et 99, de remarquables considérations sur les succès de la inédiocriU : • ... J'ai peu d'eslime pour une pièce qui réussit, c'est signe de médiocrité ; il faut au public quehjue chose d'un peu grossier; » etc.
2. Paul Stapfer, op, cit., t. II, p. 50. •« La gloire,... déesse plus aveugle que la fortune, que le destin et que l'amour ! »
Nous avons parlé des anciens, cité nombre de noms jadis illustres, retentissants entre tous, et qui ne nous disent plus rien du tout aujourd'hui, Panyasis, Variua, Philetas, Gallus, Parthenius, Euphorion, etc.; passons aux modernes, et parlons du plus célèbre de nos contemporains, de Victor Hugo, dont nous admirons tous le génie, et dont vous avez peut-être vu les grandioses funérailles, qui se déroulèrent, durant toute une journée, le lundi l^** juin 1885, de TArc de Triomphe au Panthéon. Eh bien, les funérailles de Delille, qui eurent lieu en i815, furent bien plus pompeuses encore et oifrirent mieux encore Faspect d'une antique apothéose : «... Son corps resta exposé plusieurs jours au Collège de France, sur un lit de parade, la tête couronnée de laurier et. le visage légèrement peint. Tous ceux qui habitaient Paris à cette époque ont mémoire de son convoi*.... » Delille eut, de son vivant, une renommée
(Leopardi, Poésies, XIX, Au comte Carlo Pepoli, p. 201, Irad. Eugène Carré; Paris, Charpentier, 1887.) « La postérité est une grande indifférente, qui prend son bien et son plaisir partout où elle le trouve, qui cueille çà et là à son gré.... » (Sainte-Beuve, Correspondance , t. II, p. 232, lettre à M. Jules Claretie, 18 novembre 1867.) « La prétendue justice de la postérité est une chimère. » (Henry Maret, le Journal, 7 novembre 1900.)
1. Sainte-Heuve, Portraits littéraires, t. II, p. 105. Et plus loin (p. lOi) : « L'abbé Delille, dans un voyage qu'il fit. en 1786, à Metz, à Pont-à-Mousson, à Strasbourg, fut reçu dans chaque ville parles gouverneurs, par les colonels à la télé de leurs régiments, par les maréchaux de Stainville et de Gontades au sein de leurs états -majora, ^V. coYcvavaocwi^i.
aussi bruyante, sinon plus, que celle de Victor Hugo. OnTavait surnommé « le* prince des poètes » ; on le portait en triomphe, comme Voltaire à IrèneK Que reste-t-il aujourd'hui de Delille? Un nom, un nom qui est l'expression d'un genre littéraire, l'étiquette ou le symbole de l'école descriptive du xviii® siècle, — et c'est tout. Encore est-ce quelque chose, tandis que de quantité d'autres écrivains, non moins glorieux, non moins vantés, adulés et prônés de leur vivant, il ne reste — en dehors des érudits et spécialistes — absolument rien.
« Aucune gloire éteinte n'a surpassé en durée ni en étendue celle de Jean de Meung et du Roman de la Rose. Au commencement du xvi*' siècle, « Monseigneur Crétin » était considéré comme « souverain poète français, surpassant Homère, Virgile et Dante par l'excellence de son style* ».... « Au temps de Henri H, c'est-à-dire alors que Ronsard et ses amis brillaient dans toute leur splendeur, François Habert était surnommé le Poète royal, faisait échec à la gloire de la Pléiade et l'emportait sur elle^. » Qui se souvient aujourd'hui d'Habert, de Guillaume Crétin, de Jean de Meung?
lui-môme les petites guerres. » Jamais, in.rrats (juo nous sommes, jamais nous n'en avons fait aulanl jiour Mclor llui^o.