Nous relisons ces vers
Où brille en se jouant ta muse familière, Qu'eût enviés Térencc et qu'eût signés Molière.
(Lamartine, Épitre à M. Casimir Delavigne, Nouvelles Méditations poétiques, p. 246.)
3. « ...Je Tavoue, je ne puis i)arler froidement de Casimir Delavigne, tant son nom se lie pour moi aux i)lus cliers souvenirs de ma jeunesse, tant l'àine et le talent, l'homme et le poète, formaient en lui un rare assemblage. C'était vraiment une nature exquise. La simplicité va bien avec la gloire.... S'il vivait de notre temps, un seul de ses succès
iiK^rite pas le discrédit et l'oubli où il est tombé. Et Théodore Leclercq (1777-1851), dont les Proverbes ont eu tant de succès, il y a moins d'un siècle, Théodore Leclercq qui t a sa place... dans cette liste brillante qui, depuis et avant la Satire Ménippée^ se continue jusqu'à Beaumarchais et audelà. Il a été Tun des plus remarquables de cette élite*, » etc.
Et Lefèvre-Deumier (1797-1857), l'auteur des Martyrs (TArezzo et de Sir Lionel cV Arquenay , « un roman qui pourrait, à bon droit, figurer parmi les meilleurs et les plus profonds de ce siècle, et que je placerai, à mon sentiment, au premier rang des ouvrages de psychologie publiés depuis soixante ans.... Sir Lionel d'Arquenay! Connaît-on, à cette heure, le titre seul de ce livre singulier?... J'ignorerais, certes, moi-même, ce roman hors ligne,... si un esprit d'élite, M. Barbey d'Aurevilly, ne me l'avait maintes fois signalé comme une œuvre réservée aux plus fins gourmets littéraires.... Lefèvre eut du génie dans ce roman, proclamait Barbey d'Aurevilly*. »
d'autrefois suffirait à le rendre riche; vingt ans de triomphe lui assurèrent à peine une modique aisance... {Op. cit., t. I, pp. 57-58.)
i. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. III, p. 544.
2. Octave Uzanne, Nos amia lea livides ^ p. 250 . « Lefèvre- Deumier... bel exemple du naufrage complet d'une grande réputation littéraire, » écrit, de son côté, M. Gustave Laxson {op. rit.^ p. 927, note 2).
Et Théophile Gautier (1811-1875) : « Pourquoi de ce beau talent partout si égal à lui-même, si correct, si éclatant, si pur, semble-t-il ne devoir rester qu'un très petit nombre de monuments, quelques vers, conservés dans les anthologies, et, de sa splendide prose, peut-être encore moins? Pourquoi Toeuvre si amusante du romancier... est-elle déjà presque toute oubliée?* »
Et Ferdinand Fabre (1830-1898), dont nous vous avons déjà parlé", ce profond observateur des mœurs ecclésiastiques, ce probe et magistral écrivain, est-ce que tout le monde n'est pas d'accord pour reconnaître qu'il méritait plus de renom de son vivant, et moins d'oubli depuis sa mort? Lui-même ne semblet-il pas avoir protesté, dans l'aveu suivant, contre ce déni de justice? « J'avais révéla vie littéraire ainsi que la réalisèrent nos ancêtres des deux derniers siècles, pleine de convenance et de dignité.... Aujourd'hui, la notoriété, la réputation, la gloire ne viennent pas à celui qui, dans la retraite, mûrit son œuvre, et, par la lenteur qu'il met à la produire, prouve le respect de son art^. »
Qui se doute que le polémiste. socialiste Proudhon (1809-1865) est un des plus puissants et des plus