Supra, t. I, p
3. Ap. C.-M. Savart, le Monument de Ferdinand Fabre : le Magasin pittoresque , 15 mai 1903, p. 222.
grands écrivains que la France ait produits *? Qui, à cette heure, lit Proudhon ? qui l'achète ?
N*avez-vous pas aussi ouï dire, comme moi, que les romans de George Sand (1804-1876), si goûtés jadis, ne se lisent plus à présent, pas plus que ceux de Zola (1840-1902), qui, il y a quelques années, cinq ou six ans à peine, se vendaient d'emblée à 100000, 150000 exemplaires? Et croyez-vous que la postérité, à qui la gloriole humaine en appelle si volontiers, sur qui nous nous déchargeons si allègrement, l'omnipotente et complaisante postérité', aura le loisir ol le courage de lire des volumes, trente ou quarante
1. « Notre grand discuteur [Proudhon], cet homme de bras fort et terrible, qui, secouant le pour et le contre, fait partout jaillir Tétincelle. » (Michelet, la Femme, p. 271 ; Paris, Hachette, 4860.) « ... Proudhon a de lui-même une bonne langue, forte et saine, puisée aux meilleures sources ; il sait bien le latin ; il écrit avec analogie et propriété dans le sens direct de Tétyniologie et de la racine. Toutes ses acceptions des mots sont exactes et justes.... Dans les corps à corps de la lutte et de la polémique, il a des expressions trouvées et de la plus neuve vigueur.... » (Sainte-Beuve, P.-J. Proudhon, pp. 89-90.) « Le xx* siècle, espérons-le, ne s'écoulera pas sans reconnaître que Proudhon est, avec Renan et Michelet, Tun des plus grands prosateurs et des plus profonds penseurs de la France. » (Jules Levallois, De la Restauration à nos jours, p. 669.) « Proudhon... nous voyons en lui un des plus grands travailleurs, un des plus grands écrivains. » (Larousse, Grand Dictionnaire, t. XIII, p. 519, col. 4.)
'2. Juste postérité, à tcsmoin je t'appelle,
Toy qui sans passion maintiens l'œuvre immorlelle, Etc....
(Régnier, Satires^ II, vers 487-188.)
volumes, renfermant chacun, comme Lourdes, RomCy Parisy Travail^ de sept à huit cents pages compactes?*
Et combien d'autres noms nous pourrions rappeler encore ! Combien d'écrivains qui ont eu leur temps de vogue, leurs années de splendeur et de gloire même, qui ont pu s'imaginer, eux aussi, assurés de l'immortalité, et aujourd'hui, un demi-siècle ou un quart de siècle à peine après leur mort, ne sont plus connus que des littérateurs et spécialistes, — et encore!
Maurice de Guérin (1810-1839), V « immortel » auteur — jadis — de 1' « immortel » Centaure^ de qui Jules Levallois, le critique si influent et si autorisé de V Opinion nationale^ disait, en soulignant sa phrase : « Maurice de Guérin a pris rang parmi l'élite des écrivains de ce siècle; il est de ceux qui resteront^ »; — Charles de Bernard (1804-1850),
1. « On ne va point à la postérité avec un si gros bagage », disait Voltaire (Mémoires de Voltaire, in fine ; et Satires, Dialogues de Pégase et du Vieillard: Voltaire, Œuvres complètes j t. VI, pp. 55 et 6'25; Paris, édit. du journal le Siècle, 1809). « Une dos premières conditions du succès est d'avoir écril en tout un petit volume, >» opinait Théodore de Banville (ap. Paul Stapfer, op. cit., t. I, pp. 122 et 145). Et l'on cite, à l'appui de ce dire, la Princesse de Clèves, Manon Lescaut (bien que l'abbé Prévost ait produit quantité d'autres volumes), Paul et Virginie, Adolphe, etc. Mais M. Paul Stapfer {ibid.) démontre que cette assertion est inexacte et qu'ici comme ailleurs il n'y a rien d'absolu.