‹ Le livre: Historique--fabrication--achat--classement--usage et entretienChapitre 7 sur 156 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

Op. cit., p

2. Parmi ces réclamations, je rappellerai celle du bibliographe A. -A. Renouard, dans cette description de sa propre bibliotIu''que, qu'il a publiée sous le titre de Catalogue de la Inbliolhèque d\m amateur : « Il faudrait destiner nos imprimeries à l'emploi qui de tous me semble le plus utile et aussi le plus honorable, la fabrication très soignée d'éditions presque de luxe, quoique d'un prix à peu près ordinaire, de livres à l'usage de ceux qui, sans être curieux amateurs, ni possédés du démon de la bibliomanie, savent cependant très bien distinguer et préférer l'édition la plus nette et la plus élégante. » (Renouard, ap. Gustave MouraviT, le Livre et la Petite Bibliothèque d'amateur, p. 181.) Voilà un programme excellent en tous points : malheureusement ce n'est qu'un programme. Déjà au xviir siècle, vers 1730, Voltaire écrivait : * Quel service l'Académie française ne rendrait-ellepasauxlettres, à la langueetàla nation, si... elle faisait imprimeries bons ouvrages du siècle de Louis XIV, épurés de toutes les fautes qui s'y sont glissées!... Les bons livres français, imprimés avec ce soin aux dépens du roi, seraient un des plus glorieux monuments de la nation. J'ai ouï dire que M. Despréaux avait fait autrefois cette proposition, et qu'elle a été renouvelée par un homme dont l'esprit, la sagesse et la saine critique sont connus; mais cette idée a eu le sort de beaucoup d'autres projets utiles, d'être approuvée et d'être négligée. >» (Voltaire, Lettres anglaises, xxiv ' Œuvres com})lètes, t. VI, p. 00; Paris, édit. du journal /e Siècle, 1869.) Cependant, en 1761, l'Académie parut revenir à

Certes, il n'y a que des éloges à décerner à la

collection des Grands Ecrivains de la France, entreprise, vers i860, par la maison Hachelle, sons la direction de Térudit Adolphe Régnier. Mme de Sévigné, Malherbe, La Bruyère, La Rochefoucauld, Corneille, Racine, La Fontaine, Molière, le cardinal de Retz* figurent dans celte collection, entièrement terminés. Pascal et Saint-Simon sont en cours de publication. Par le contrôle et la pureté de leur texte, le soin et la science apportés à leurs nombreuses notes et à leurs volumineux lexiques, aussi bien que par le choix de leur papier et leurs qualités typographiques, ces éditions se recommandent entre toutes, méritent d'être citées en première lij^no. C'est l'honneur de la librairie moderne et un véritable monument élevé à la gloire dos Ici 1res françaises. Mais ce sont des éditions savantes, do gros volumes in-8, cotés 7 fr. 50, et qui sont, pnr conséquent, en dehors et au-dessus de nos dosidcMala.

Une aulre collection, éditée par la mémo librairie et commencée jadis par Timprimorie Laliiiro, les (Kuvres des principaux écrivain>< français (HT) voce projet et vouloir le mettre à exécution : « elle décidait de faire une collection annotée des grands auteurs du xvir sit'cle; les académiciens devaient se partager entre eux le travail... «.(Georges Avenel, Avertissement pour les Connuentaires sur Corneille : \oltau\e, Œuvres romplèles^, t. IV, p. 571.)

1. Pour les Œuvres du cardinal de Relz, la taj)lc al[)liabétique et analytique des matières et la notice biographi(|ue ne sont pas encore publiées.

lûmes in- h», aujourd'hui à \ fr. 25), œuvres la plupari complètes, répondrait à nos vœux, si elle nélait imprimée en caractères trop fins, et, conséquence de son bas prix, sur papier de qualité inférieure. Les anciens volumes, parus anlérieuremeni à 1862, et dont certains contenaient plus de pages que ceux d'aujourd'hui, ont été tirés sur papier meilleur : il est vrai qu'ils se vendaient presque le double, 2 francs. Selon une remarque plus d'une fois faite, et qu'on ne saurait trop répéter, les éditeurs ne sont pas seuls coupables du mauvais état présent de la librairie ; la faute en est surtout au public, qui exige avant tout et en dépit de tout du « bon marché* ». On lui en fournit, hélas!

Les quelques « classiques » publiés par Louandre dans le catalogue Charpentier* (volumes in-18 jésus, marqués 7) fr. 50 et vendus couramment à l'état de neuf 1 fr. 75) nous conviendraient assez, ainsi que les C fie fs-cV œuvre de la lUtéralitre française de Firmin-Didot (environ 1 50 volumes in-i 8 jésus à 5 francs,

L « Une bonne et consciencieuse fabrication est incompatible avec ce qu'on appelle aujourd'hui le bon march«>, » etc. (Crapelet, Robert Estienne et le roi François ./*•", p. 2i, notes.) Sur cette question du bon marché des livres et de leur mauvaise fabrication, voir notre tome III, pp. 195 et suivantes.

2. Charles Louandre a qualifié ses éditions [Montaigne, Corneille, Racine, Molière, Pascal, etc.) d' « éditions variorina », abrcvialif de cuin notis variorum scriptorum, « avec des notes de plusieurs commentateurs »: cf. Littré, o/). cit. y art. Variorum,

vendus de même 1 fr. 75 ou 1 fr. 50), ou encore la Collection des meilleurs ouvrages français et étrangers^ anciens et modernes^ ('^ditée par Garnier (environ 280 volumes, même format, môme prix) ; mais ces collections sont incomplètes d'abord, — ainsi Voltaire et Rousseau n y figurent que très partiellement; — en outre, les derniers tirages, c'est-àdire ceux qu'on trouve actuellement en librairie, sont généralement inférieurs aux anciens , aux tirages de i850 ou 1860, qui étaient faits sur meilleur papier et avec des clichés non fatigués*. Quant à la Bibliothèque française de Didot, qui donne en forts volumes in-8 jésus à deux colonnes (54 volumes) les œuvres complètes, soigneusement revues et annotées, de la plupart de nos auteurs célèbres, elle est, par son format, et plus encore que la collection des Grands Écrivains d'Hachette, en dehors de notre programme.

La Nouvelle Bibliothèque classique , fondée par Jouaust en 4876, et qui se compose d'une soixantaine de volumes (in-i6 elzevierien, à 5 francs), marque certainement un grand progrès sur les précédentes collections à bon marché. Le texte en est plus correct; les notices et les notes (celles-ci placées à la fin des volumes) sont mieux rédigées, le papier prin-

1. J'ai entendu plus d'une fois exprimer le vœu que des tirages de ces modestes éditions soient elTectués, — à condition que les clichés se trouvent en parfait état, — sur beau et bon papier, sur hollande, par exemple.

cipalemonl est de beaucoup supérieur, Timpression est aussi plus nette et plus soignée; mais cette impression est faite en elzevier, et certains lecteurs n'aiment pas ce type de caractères et préfèrent le romain. D'autres aiment mieux avoir les notes et traductions de texte au bas des pages, près du texte même, ce qui, en effet, est plus commode dans bien des cas, pour Montaigne, par exemple, dont chaque paii^e^chacjue phrase est émaillée d'une citation latine. (Juoi qu'il en soit, c'est Jouaust, — qui fut un éditeur de l'ancienne mode, lettré, érudit, laborieux, oxtrc^moment soucieux de son œuvre, et passionné pour elle*, — qui se rapproche le plus de notre

1. Dainnse Jouaust (1834-1893) « était de la famille des grands éditeurs, hommes de goût et véritablement hommes do lettres par le soin qu'ils prennent de faire valoir les œuvres qu'ils publient, et de les présenter aux amateurs sous le séduisant aspect qu'assurent un papier de choix, des types élégants et bien lisibles, une correction impeccable, illustrées de gravures finement en harmonie avec le texte, et d'autant i)lus précieuses qu'elles sont moins encombranles. Son nom sera cité dans Thistoire de son art h la suite des maîtres qui en ont fait la gloire à travers les âges. » (G. Bkiiardi, V Indépendance belge, dans Uttùmi, 7wtes et r/ironi(/HeSyp.9', Paris, imprimerie D. Jouaust, 1891 ; in-18, 78 pp.) — «« Pendant trente ans il (Jouaust) a fait la joie des lettrés; il leur a donné de fins joyaux, que les amateurs du siècle i)rochain se disjîuteroiit avec passion.... » (Adolphe BnissoN, les Annales politiques et littéraires, ibid., pp. 14- 15.) — « Il (Jouaust) a été un lettré et un artiste avant d'être un commerçant. Il avait recueilli et il a su continuer parmi nous les traditions des Elzevier et des Plantin Moretus.... » (J, CoRNKLY, le Matin, ibid., p. 18.)

idéal. Malheureusement il n'a pas eu le temps de réunir dans sa Nouvelle Bihliotltèque classique lous les chefs-d'œuvre dignes d'y entrer, et des noms illustres, Pascal, Mme de Sévigné, Buffon, Saint- Simon, etc., n'y figurent pas *.

Je citerai encore la Bibliothèque elzévirienne, fondée par Jannet,et la Nouvelle Collection Jannel-Picard^, consacrées surtout à nos anciens écrivains.

Tout récemment la maison Flammarion a entrepris une collection : Les Meilleurs Auteurs clas}iique.< français et étrangers^ volumes de même format que ceux des collections Charpentier, Didot et Garnier, dont il vient d'être question, très soigneusement revus comme texte, et non moins soigneusement imprimés, cotés seulement au prix de fr. î)»'), au lieu de 1 fr. 75. Une vingtaine de chefs-d'œuvre (Homère, Dante, Rabelais, Corneille, La Fontaine, Boileau, La Bruyère, Fénelon, Beaumarchais, etc.) ont déjà paru, et font on ne peut mieux augurer de la suite.

Il est juste enfin de ne pas oublier, dans cette sommaire énumération, la petite Bibliolhèfjue nationale, collection des meilleurs auteurs anciens et yno- (àernes^ créée en i8G5, et destinée, comme le dit son sous-titre, «t à faire pénétrer au sein des plus mo-

1. Celte Irèri intéressante collection est continuée par l'éditeur Ernest Flammarion, qui y a dernièrement ajouté les Cunfesaiona de J.-J. Rousseau et Paul et Hn/inie.

2. Sur la collection Jannet-Picard, voir supra, t. III, p. 5.

desles foyers les œuvres les plus remarquables de toutes les littératures, les œuvres constituant le Trésor littéraire de Tllumanité ». t ... Une nation qui aurait franchement adopté cette Bibliothèque comme sienne serait à la fois lettrée et solide, » a écrit Sainte-Beuve, en remerciant les ouvriers typographes, fondateurs de la Bibliothèque nationale^ qui lui avaient envoyé la collection complète de leurs publications*. Ces petits volumes in-16 à couverture bleue, cotés à fr. 25 pièce, comparables à Tancieniie collection stéréotype entreprise en 1799 par Pierre Didot*, ont rendu et rendent journellement à nombre d'écoliers, d'étudiants et de modestes et fervents lecteurs d'inappréciables services. Malheureusement, bien que comptant plus de quarante années d'existence, la petite Bibliothèque nationale ne comprend encore que le maigre chiffre de 7)44 volumes. O^i^ii'^il^^ d'œuvres françaises importantes et qui rentreraient d'elles-mêmes dans le cadre de cette libérale et démocratique collection, le Diction' naim philosophique et V Essai sur les mœurs, par exemple, V Esprit des lois, etc., n'ont pu y prendre place : on les a jugées trop étendues, et il paraît que les ouvrages dépassant quatre ou cinq volumes se vendent bien moins que les autres. Puis, le format

1. Sainte-Beuve, Nouvelle Correspondance, p. ''HO, \eiire du. :, juillet 1SG7.

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