‹ Le livre: Historique--fabrication--achat--classement--usage et entretienChapitre 8 sur 156 · Cf. notre tome III, p. 488, notes · texte numérisé non relu

Cf. notre tome III, p. 488, notes

de ces petits livres, commode pour la poche, no convient guère à une bibliothèque, et leur papier aussi bien que leur exécution typographique laissent parfois beaucoup à désirer.

Les Allemands, eux, sont, à cet égard, mieux partagés que nous*. Us possèdent une excellente collec-

i. Je ne saurais trop protester cependant contre celte mode ou monomanie, si répandue en France, aujourd'hui plus (pie jamais, de toujours nous dénigrer nous-mêmes et nous engouer de l'étranger. Rien ne réussit mieux en France que ce qui n*est pas français : on Va dit souvent et depuis longtemps : « Les Français ont toujours eu cela de bon (entre autres mauvaises grâces) de prester plus volontiers audience et faveur aux estrangers qu'aux leurs propres. - (Bouaventure DES Periers, Nouvelles Récréations, Nouvelle 88, p. 222; Paris, Delaliays. 1858.) « Estimer ce qui se fait chez nous î Eh! où en serait-on, sil fallait louer ses compatriotes? lis seraient trop glorieux, et nous trop humiliés. Non, non ; il ne faut pas donner cet avantage-là à ceux avec qui nous vivons tous les jours, et qu'on peut rencontrer partout. Louons les étrangers, à la bonne heure î Us ne sont pas là pour devenir vains.... On ne saurait croire le plaisir ({u'uii Français sent à dédaigner les meilleurs ouvrages iiatioiianx, et à leur préférer des fariboles venues de loin. ' (Marivaux, rindigent Philosophe, ap. Emile Gossot, Marivaux nioraN^^te, pp. 245-246; Paris, Didier, 1881.) « Chose remarquable ! disait M. Chauvelin (ministre en 1754), ce sont les Franrnis eux-mêmes qui avaient propagé cette opinion défavorable. Les Français se livrent volontiers aux étrangers, et même plus volontiers qu'à leurs compatriotes; ils font à l'étourdie les honneurs d'eux-mêmes, « de sorte que ce goût frondeur, " qui domine principalement dans la bonne compagnie, ayant « porté nos Français à dire mille maux de la faiblesse de la • nation... », en un mot de V abaissement de la France, il n'était pas extraordinaire que les étrangers eussent rapporté dans leur pays ces impressions.... » (Sainte-Beuve, C<ui séries du lundi, t. XIV, p. 257.) * Nous nous chargeons volon-

lion à 120 pfennig (0 fr. 25) le volume, YUniversal- Bibliothe/t, de Philippe Rcclam, éditée à Leipzig, qui compte actuellement près de 5000 volumes (mai 1906 : 4790), comprend les plus célèbres écrivains de tous les temps et de toutes les nations, et

tiers (en France) d'être nos propres mépriseurs.... Le mot de Philibert Delorme, qui s'en plaignait amèrement en son temps, est juste encore : « Le naturel du Français, disait-il, « est de priser beaucoup plus les artisans et artifices des « nations étranges [étrangères] que ceux de sa patrie, bien « qu'ils soient très ingénieux et excellents. »• (Sainte-Beuve, Xouvcau.c Lundis, t. VII, p. 185.) « En France, on aime assez i{\ic les idées, comme les vins, nous reviennent de Tétranger. Un petit voyage d'outre-mer ou d'outre-Rhin ne fait pas mal pour mettre en vogue. C'est ainsi depuis longtemps dans les plus petites comme dans les grandes choses : Dufrcny, avant Wathcly, avait déjà tenté le genre des jardins dits anglais, qu'on a repris ensuite de l'Angleterre, tout comme Beaufort ou Pouilly nous est revenu par Niebuhr, comme le rationalisme de Richard Simon nous revient par Strauss. » (Sainte-Beuve, Portraits contemporains, t. III, pp. 447-448.) L'original et si curieux romancier anglais II. G. Wells, dont les œuvres nous ont été en quelque sorte révélées par les habiles traducteurs Ilenry-D. Davray et B. Kozakicwicz, trace le parallèle suivant entre la librairie anglaise et la librairie française : « Il existe, dans le monde, une prédis[)OPition, que partagent les Français eux-mêmes, à dénigrer grossièrement ce qui est français et à douter de la durabilité des entreprises françaises; et cela vient, semblc-t-il, de ces deux faits : que les Français, en 1870, furent vaincus par les Allemands, et qu'ils ne possèdent pas les vertus prolili(iues des lapins et des nègres. [Nous venons de voir que cette prédisposition dénigrante a des origines bien antérieures à 1870.J Mais ce sont là des considérations qui n'alîectent que fort peu l'expansion de la langue française.... Le nombre des livres publiés en fiançais dépasse celui des livres i)ubliés en anglais, et un ouvrage français est ac-

ces volumes, de même formai que ceux de notre petite Bibliothèque nationale^ sont bien mieux imprimés et sur bien meilleur papier.

Une autre collection allemande, Bibliothek der Gesamt'Literatur (Bibliothèque de la littérature universelle), a été fondée postérieurement à VUniversal-

cueilli par un public intelligent et critique ; — or, c'est une des choses qu'apprécie le plus l'écrivain. ... Il suffit de contempler une librairie parisienne, en se souvenant d'une librairie anglaise, pour se rendre compte que le français occupe une position exceptionnelle; les rangs serrés des volumes à couverture jaune embrassent tous les domaines de la pen sée et de la curiosité humaines, sans aucune interdiction ni limites.... Je me rappelle avec quel étonncment je découvris, chez un libraire de Tavehue de TOpéra, trois exemplaires d'une traduction des Principes de psychologie, ce merveilleux ouvrage du professeur William James, — trois exemplaires d'un livre que je n'ai jamais vu, en Angleterre, ailleurs que sur les rayons de ma bibliothèque, et je suis pourtant un explorateur attentif des vitrines de libraires.... Et les livres français, tous d'un aspect et d'un format si agréables, coûtent si bon marché î Ils sont vraiment destinés à des gens qui achètent pour lire. Pensez ensuite à la boutique du libraire anglais, avec son étalage criard, aux couvertures gaufrées et dorées, ses romans horriblement imprimés et encore plus horriblement illustrés, la diversité inutile et exaspérante des formats et de l'épaisseur des volumes. Le livre anglais produit l'effet d'un objet vendu par un marchand de bric-à-brac, sincèrement navré que la chose soit un livre, et qui a fait de son miçux pour remédier à ce défaut. Et tout le contenu de la boutique se compose de romans tout battants neufs, ou de voyages illustrés, ou encore d'éditions dorées des classiques, fabriquées pour être vendues à vil prix, comme cadeaux. Au contraîre; la boutique du hbraire français exhale un parfum de vie intellectuelle contemporaine. Actuellement déjà ces différences sont à l'avantage du français, et, à l'avenir, la balance

LE LIVRE. — T. IV. 7j

3i LE LIVRE.

Bibliothek, par Téditeur Otto Hendel, à Halle-sur- Saale. Elle se compose présentement d'environ 2000 volumes, dont chacun coûte 25 pfennig (0 fr. 55), et qui sont consacrés aux chefs-d'œuvre de la littérature allemande et à des traductions des chefsd'œuvre étrangers.

Je mentionnerai encore la célèbre collection Tauchnilz, exclusivement réservée aux auteurs anglais, américains et allemands. Cette collection, éditée à Leipzig, comprend, à l'heure qu'il est, environ 4000 volumes, à 2 francs l'un.

Puisque la librairie « courante » actuelle ne peut nous fournir exactement et complètement ce que

penchera de plus en plus en sa faveur et contre l'anglais. Le français a aussi la supériorité sur l'allemand. Malgré le nombre plus important de livres publiés en Allemagne [nous verrons, dans notre tome V, Appendice, Additions et Corrections, que, d'après un rapport de M. IL Le Soudier, ce point est contesté, et que le nombre des livres publiés annuellement en Allemagne est de beaucoup exagéré], il est douteux que le lecteur allemand ait devant lui un festin aussi varié et aussi complet que le lecteur français. Il existe une masse de romans allemands probablement aussi dénués d'intérêt pour un étranger que l'est le roman populaire anglais ou américain. Comparé au français, l'allemand est une langue peu mélodieuse, difficilement maniable, et affligée d'un alphabet hideux et confus, que l'Allemand est trop patriote pour abandonner. » Etc. (IL G. Wells, Anticipations ^ pp. 271-273, trad. Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz; Paris, Mercure de France, lî»04.)

nous voulons, essayons de la librairie c d'occasion » ; à défaut de livres récemment parus et « à Tétat de neuf », voyons parmi les ouvrages édités jadis et échoués chez les bouquinistes.

Là, en eflfet, nous avons chance de rencontrer ce que nous cherchons : des volumes de format convenable, bien imprimés, de prix modi({ue; nous pouvons espérer surtout, comme nous l'avons précédemment expliqué*, que ces volumes seront tirés sur papier meilleur que celui de nos malheureux livres populaires d'aujourd'hui. En outre, prcs([ue toujours, nous trouverons ces ouvrages reliés ou cartonnés, puisque la coutume de vendre les livres brochés est relativement récente et ne remonte guère au delà du xix*^ siècle*. Nous avons donc tout avantage à diriger nos recherches du côlé de ce qu'on nomme en librairie « l'occasion ».

Gomme il ne s'agit pas ici d'éditions princeps ni de livres rares, mais de volumes tout simples , « communs », propres et maniables, il est inutile de dresser une liste de nos éditions préférées : ces volumes abondent, et cette liste serait forcément très incomplète, forcément interminable"*.

1. Voir supra, t. III, chap. i, pp. 18-19. En ce tcnips-là, c'est-à-dire antérieurement à la seconde moitié du XIX' siècle, on ne savait en quelque sorte pas faire de mauvais papier.

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