CHAPITRE VIII
lorsqu^il dit qu^on ne se base sur rien pour donner au Faucheux le titre de relieur. Or, à la date du 6 septembre r537, Claude Chapuis, bibliothécaire du roi, paye
Fig. ç6. — Marque de Guyot Marchand, imprimeur relieur. C'est lui qui donna la Danse macabre, de 1+85.
i3o livres losous à Roffet, « pour avoir rabillé, relié et doré plusieurs livres de la librairie (du roi) en la forme et manière d'ung evangelier, ja relié et doré par icelluy le Faucheux, escript de lettres d'or et
autres ». Ainsi donc, il appert de cette mention que non seulement Roffet reliait, mais aussi que le roi avait des modèles auxquels il tenait et qu'il faisait copier dans certains cas ^.
Les trouvailles de Grolier ne laissèrent point aux libraires-relieurs le temps de chômer. On détruisait alors des milliers de livres pour faire et constituer les cartons nécessaires aux plats. De là vient que de nos jours on rencontre, en dépeçant ceux duxvr siècle, tant de choses curieuses et imprévues : les jeux de cartes introuvables, les incunables disparus; et, pour ne citer qu'un exemple, nous indiquerons les 20 feuillets de la Perspective de Viator, autrefois rencontrés dans une reliure de cet ouvrage aux Estampes de la Bibliothèque nationale. Sur la couverture de carton ainsi formée, on mettait indifféremment les basanes de mouton, les parchemins, les veaux unis, les maroquins ou peaux de chèvres. On cousait sur nerfs ou à plat, suivant les goûts du client, on dorait la tranche, c'est-à-dire la partie coupée des cahiers reliés, on la gaufrait au fer, et on y poussait des dessins souvent aussi habiles -que ceux des plats. Dans les grands in-folio, on employait encore les ais de bois, plus solides, et on
I, Au nom de Roffet il conviendrait peut-être d'ajouter Philippe Lenoir et Guyot Marchant. Ce dernier, imprimeur-libraire, ajoutait souvent à sa marque les saints Crépin et Crépinien, qui pourraient bien être là comme patrons des corroyeurs ou préparateurs du cuir des reliures. Roffet, lui, faisait venir des livres de loin, les liait et les vendait ainsi habillés. On lui attribue le travail d'un Saint Marc imprimé à Haguenau en i52i, in-8", et relié pour François I*'', aujourd'hui conservé à la Bibliothèque nationale et exposé sous le n" 379.
Fig. 98. — Reliure pour Henri II, avec l'H et les croissants.
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semait les clous en relief à l'exte'rieur, pour éviter les frottements. Mais on ne doublait pas le revers du plat, on le couvrait de papier; les doublures en cuir sont de toute rareté, et nous ne citerons guère, au xvf siècle, que les Lettres de Catherine de Sienne, imprimées chez Aide en i55o, aujourd'hui exposées à la Bibliothèque nationale sous le n" 6o3, ou l'on puisse voir des revers en maroquin.
Le règne de Henri II grandit encore l'importance des reliures; c'était le temps ou Grolier collectionnait, ou les artisans habiles affluaient de toutes parts. Geoffroy Tory avait donné les meilleurs modèles de lettres et d'entrelacs. La reine Catherine tenait de ses parents le goût des décorations d'or et '^e couleur, et iavorisait des artistes qui lui rappelaient la cour de Florence. Et puis la favorite, la duchesse de Valentinois, Diane de Poitiers, rivalisait avec la fille des marchands florentins pour le luxe et la dépense. Henri II, dans la décoration de ses châteaux et de ses livres, avait introduit des emblèmes équivoques dont la signification pouvait alors prêter au doute, mais qu'on a reconnus depuis être bien ceux de la maîtresse et non ceux de la reine légitime. \\ entrelaçait deux D renversés et les traversait par un H, en la forme qu'on voit sur la bordure ci-contre. A la rigueur on eût pu ne voir là que deux C adossés ; mais comme on les trouvait sur toutes les reliures où les armes de Diane s'étalaient seules sur les plats, il n'y avait aucun doute à avoir, et la reine Catherine doutait moins que personne.
Cette pariicularité se rencontre surtout dans le Salviamis de la bibliothèque de Poitiers; avec le blason
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Fig. 97- — Reliure po
ar Henri II. (Bibliothèque Mazarine.)
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des Brczé uni à celui des Saint-Valiier, qui étaient les armes de veuve de la duchesse, le relieur a mis les arcs, les croissants et autres symboles de la déesse Diane, et il a mis aussi le monogramme à TH et au double D.
Le roi n'épargnait point ces figures dans les volumes qu'il gardait pour ses librairies particulières. Voici, par exemple, les Pandectes, conserve^es aujourd'hui à la bibliothèque Mazarine, où la médaille du cordon de Saint-Michel est entourée d'un arc symbolique, et où les quatre coins du plat sont frappés des trois croissants liés. D'ailleurs, pour spéciaux et personnels que fussent ces livres aux armes de France, ils ne laissaient pas que de venir assez souvent grossir la collection de la châtelaine d'Anet. Le roi dépouillait pour elle la bibliothèque du Louvre et lui donnait, entre autres choses introuvables, la Bible Ystoriaiis de Guyart Desmoulins, manuscrit ayant appartenu au roi Jean, son ancêtre. A la mort de Diane, toutes ces merveilles restèrent dans son château; mais la vente s'en fit, près de deux cents ans après , au décès de la princesse de Condé, dernière propriétaire d'Anet. On vit alors ce que la passion du roi avait fait pour la maîtresse, et combien la Bibliothèque avait perdu de trésors inestimables. Heureusement, la plupart de ces livres revinrent aux dépôts publics à la mort des collectionneurs qui les avaient achetés en 1724, et, entre autres, après les décès du duc de la Vallière, de Lancelot et de Cangé.
la reine Catherine avait eu aussi ses m.odèles spéciaux, avec un chiffre jdentique au double D dont nous