‹ Le Livre, illustration - la reliureChapitre 122 sur 140 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

parlions plus haut. Seulement, les branches du C dé-

rig- i.'9- — Reliure italienne pour Catherine de Médicis. avec initiales C C.

passaient un peu les branches de TH. Elle faisait par-

a8c LE LIVRE.

fois. semer de K (Katherine) le plat de ses livres: une reliure ayant appartenu à M. Fontaine, libraire, nous montre les armes des Médicis avec le double C au milieu des fleurons. C'est là une œuvre purement italienne.

Des rois et des reines, la mode passa aux grands seigneurs; elle était bien venue d'un simple particulier aux rois et reines. Anne de Montmorency orna sa reliure de la croix et des alérions*.

A rétranger, c'est le comte de Mansfelt; c'est Marc Laurin de Watervliet, qui, lui aussi, offre ses livres à ses amis et les orne de sa devise : Virtus in arduo. Et, au fur et à mesure qu'on avance dans cet art délicat, ce sont les seigneurs de la cour des jeunes Valois, Louis de Sainte-Maure, marquis de Nesle, Henri de Guise, dit le Balafré, qui recherchent les compartiments polychromes, les combinaisons hardies.

Charles IX eut ses emblèmes et ses devises, le double C couronné, la Xégtnàt Pi état e et Justitia. Mais son frère Henri III aima plus que lui encore la décoration des livres. On sait la passion du roi pour les miniatures, qu'il découpait; ce goût des choses dorées,

I. Parmi les amateurs de reliures des xvi% xvn* et xviii* siècles ayant des marques distinctives, il convient de citer Philippe Desportes, le poète, qui mettait deux <ï> enlacés sur ses reliures, ce que fit aussi le surintendant Fouquet au xvii* siècle. Les frères Dupuj' avaient adopté le double A arrangé en étoile. Golbert avait une couleuvre {coliiber pour Colbert!) enroulée; les Gondi, deux masses d'armes; les d'Harcourt, des fasces d'or; les Nicolaï, des levrettes; M"" de Porapadour, trois tours, etc. Fouquet, indépendamment du *, avait un écureuil sur certaines reliures.

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100. — Reliure aux armes de Mansfelt, avec fleurons azurés, de la collection Didot,

il le reporta sur les reliures, pour lesquelles il choisit des motifs spéciaux. Henri III était un amateur de plaisirs macabres; il recherchait les cimetières, les funérailles, les têtes de mort. Ce dernier emblème n'est point de son invention, d'ailleurs; longtemps avant lui, Marot avait adressé une épigramme à une dame à laquelle il envoyait « une teste de mort en devise ", et il expliquait ce présent funèbre :

C'est que l'amour qui noz cueurs faict lyer Jusqu'à la mort sera continuelle, Et si la mort ne faict rien oblier, De mon costé sera perpétuelle.

Quoi qu'il en soit, le roi choisit les squelettes et les larmes du pénitent, pour en agrémenter ses livres. Il y toléra même les diamants, bien qu'il les eût prohibés absolument du vêtement des dames, ou qu'il en eût fixé le nombre au prorata du rang de la personne autorisée. Il y avait en ce prince un mélange singulier de goût, de finesse artistique, à côté d'une manie de fol ou d'halluciné, qui déteignit sur les objets les plus intimes de ses habits ou de ses meubles. Ainsi donc si l'on rencontre, à la fin du xvr siècle, une tête de mort sur les plats ou le dos d'un volume, la reliure est de Henri III.

On connaît les ouvriers de son temps par la mention qu'en font les comptes ; les Eve sont les plus célèbres parmi tous autres. Nicolas Eve fut chargé de relier les statuts du Saint-Esprit, dont le roi gratifiait ses amis. La mention de ce travail se trouve aux manuscrits Clairambault (vol. i23i, fol. gi). On y lit :

Fig. loi. — Reliure du xvi* siècle dite à la Fanfare. Collection Dutuit.

i8+ LE LIVRE.

•i A Nicolas Eve, laveur et relieur des livres et librairie du roy, 47 escus et demi, pour avoir lavé, doré et réglé sur tranche 42 livres des statuts et ordonnances de Tordre, reliez et couverts de maroquin orange du Levant, enrichis d'un côté des armoiries de S. M., pleines dorées, et de Tautre de France et de Pologne, et aux quatre coins des chiffres, et le reste de flames avec leurs fermoirs de ruban orange et bleu*, etc. « Or Fun de ces exemplaires est aujourd'hui exposé à la Bibliothèque nationale, sous le numéro 426.

Louise de Lorraine, femme de Henri III, compta peu dans la vie de son mari ; il dut néanmoins faire décorer un certain nombre d'ouvrages de leurs écussons réunis. Sur la couverture dont nous venons de parler, le chiffre H du roi alterne avec celui de Louise de Lorraine formé de deux >. liés ensemble. Nous citerons une assez belle reliure aux armoiries de la reine seule, et vraisemblablement exécutée après la mort du roi, car les armes y sont entourées d'une cordelière, emblème des veuves.

Les œuvres attribuées à Eve étaient poussées au fer et composées de rinceaux de feuillages et de "compartiments dorés. On a donné de nos jours à ces travaux délicats et légèrement précieux le nom de reliures à \di fanfare. Cette qualification a besoin d'être expliquée et montre bien la manière bizarre dont les amateurs modernes procèdent dans leurs appellations.

Un artiste de la Restauration, nommé Thouvenin. composa un ornement dans le goût des Eve pour un vo-

I. Mention précédemment relevée dans le catalogue des reliures exposées à la Bibliothèque nationale, n" 426 (appendice).

Fis. 102. — Reliure de Le Gascon.

lume imprimé à Chambéry en i6i3, intitulé les Fanfares et courvées abbadesques des Ruule-Bontemps de la haute et basse Cocaigne et dépendances. Le premier mot de ce titre servit aux collectionneurs à baptiser la reliure, et le nom lui en est resté.

Les finesses d'alors préparèrent Pavènement, au xvn^ siècle, des œuvres de Le Gascon, ou tout au moins de Tartiste auquel, de nos Jours, on rapporte les travaux du règne de Louis XIII. Sous Henri IV, la fleur de lis avait occupé en maîtresse la plupart des couvertures de livres royaux, depuis le vélin mou jusqu'aux maroquins du Levant. Les œuvres dans ce genre n^avaient rien de très remarquable. Les premières années de Louis XIII révélèrent un procédé nouveau, inspiré des Eve. Le Gascon broda délicieusement sur les ornements des fan/ares ; abandonnant les feuillages pour conserver les rinceaux, il les enchevêtra entre eux, piqua leurs contours d'un pointillé semblable aux perles, et obtint les combinaisons parfaites dont nous donnons un modèle d'après un livre de M. Dutuit. La mode en était d'ailleurs venue tout à point; la dentelle, rejetée des habits par des édits sévères, se réfugia en effigie sur la couverture des volumes.

On était dur en ce temps-là pour les relieurs; on les contraignait d'habiter l'Université et de n'employer que leurs ouvriers. Or jamais un relieur n'avait doré lui-même ; il se servait pour cela des gaufreurs de cuirs de bottes, plus experts, plus hardis. Au nombre de ces artisans était un certain Pigorreau, que l'édit trouva habitant au milieu des éditeurs et travaillant pour eux. Le voilà contraint d'opter et de rester bottier

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