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CHAPITRE IX

Delessert faisait une campagne en faveur d'un monument circulaire, et son idée devait être reprise de nos jours par M. Martin Nadaud.

En dépit de ces intentions, la surface occupée par la Bibliothèque est restée la même depuis Louis XV. Les agrandissements, les aménagements se sont faits d'année en année, sur le même lieu, sans beaucoup de constructions nouvelles. Mais combien les trésors ne se sont-ils point augmentés à cette heure? Si les imprimés représentaient à la Révolution un peu plus de 3oo,ooo exemplaires, ils dépassent 2 millions aujourd'hui. Les estampes vont à 2,5oo,ooo pièces, les médailles à 100,000; quant aux manuscrits, leur nombre est de beaucoup supérieur à 90,000!

Si nous avons ainsi conduit l'histoire sommaire de notre grand établissement national jusqu'à nos jours, c'est qu'il importait de ne point mêler cette notice à d'autres renseignements. Nous allons maintenant revenir en arrière et reprendre au xvii'^ siècle notre récit interrompu.

Au temps précis où Henri IV amenait de Fontainebleau à Paris le noyau de volumes qui allait avoir une destinée aussi brillante, la passion des livres s'était singulièrement répandue en France. Nous avons déjà parlé de Mazarin; avant lui, le cardinal de Richelieu avait eu dessein d'ouvrir au public sa collection particulière, et, dans son testament, il en manifestait l'intention bien arrêtée. Il allait plus loin dans ses volontés dernières ; il prescrivait de balayer et d'épousseter chaque jour le précieux dépôt, et de l'augmenter pour mille livres tournois par an au moins. Les grands sei-

gneurs ou les Parlementaires ne restaient point en arrière. Au dire du P. Louis Jacob, Bassompierre avait en 1744 plus de 4,000 volumes dans son cabinet; le président Se'guier et le président Mole chacun un nombre considérable. Jérôme Bignon, alors maître de la librairie du roi, collectionnait également pour son compte; de même Henri du Bouchet de Bournonville qui allait jusqu'à 6,000 pièces diverses. Il faut citer aussi Duchesne, historiographe du roi, Halle dont on chantait en vers latins les livres rares et anciens, Achille de Harlay, M. de Ilesme, M, de Longueil, seigneur de Maisons, sans compter les couvents, dont les plus célèbres étaient ceux de Saint-Germain des Prés, de Sainte-Geneviève, des Minimes, des Oratoriens, etc. Au dire de Sauvai, qui énumère plusieurs dépôts fameux, il y avait au xvir siècle plus de livres dans les mille ou douze cents bibliothèques particulières de Paris que nulle part au monde; d'après ses calculs, le nombre en montait à 1,700,000, chiffre énorme, que la Bibliothèque nationale dépasse à elle seule aujourd'hui.

En province, peu de dépôts publics. Les communautés, les savants, réunissent les ouvrages qui leur sont nécessaires; les jésuites en possèdent de très précieux, dans le milieu du siècle. Le P. Jacob énumère par Je menu chacune des maisons ayant des livres; elles sont nombreuses et des plus riches qui soient. A ces collections, il faut ajouter celles des Universités. A Orléans, pCiT exemple, on a ouvert une bibliothèque pour la nation allemande où les étudiants de ce pays peuvent travailler à leur aise, sous la surveillance de deux bibliothécaires. Le cardinal de Saluces y avait, lui aussi.

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