CHAPITRE IX. iii
fondé un dépôt en 1419, comme il en avait créé un à Avignon. A DôIe, où professa le célèbre Juste Lipse, il y avait un lieu de lecture, ouvert aux élèves de l'Université, et renfermant une quantité de manuscrits.
A la fin du xviii" siècle, le nombre des bibliothèques s^est accru dans une large proportion; les.amateurs fantaisistes ont fait leur apparition. On ne recherche plus seulement le Livre pour ce qu'il renferme, mais aussi pour son habit extérieur. Seuls les grands dépôts ouverts à tout le monde demeurent éclectiques et se fournissent de tout un peu. Outre la Bibliothèque du roi, on comptait seulement à Paris un grand nombre d'autres collections que la tourmente révolutionnaire allait bouleverser et souvent détruire. Celle de Saint-Germain des Prés devait venir se fondre dans les dépôts de la nation, sauf pour ses imprimés, qui furent incendiés en 1794. La Bibliothèque de Sainte-Geneviève resta elle-même. Fondée en 1625, elle avait bénéficié de donations célèbres, entre autres celles des cardinaux de Bérulle et de La Rochefoucauld. L'Arsenal, créé par le marquis de Paulmy, s'enrichissait successivement d'acquisitions importantes, parmi lesquelles celle des livres du duc de La Vallière, à la veille de la Terreur. Ces collections ont subsisté jusqu'à nous, avec la Bibliothèque du roi, la Mazarine, la Sorbonne. Aujourd'hui , outre ceux-là, les dépôts ouverts au public sont ceux du Muséum, de l'Ecole des beaux-arts, de la Ville, de l'Institut, du Louvre, des Facultés des lettres, de droit et de médecine, des Arts et Métiers, etc.
La province n'est point restée en arrière du mou-
vement. Plusieurs de nos grandes villes renferment un nombre considérable de livres facilement communiqués. Citons, parmi les plus riches, les bibliothèques de Bordeaux, de Rouen, allant à près de 1 5o,ooo pièces ; Troyes, Besançon, 100,000, etc. Peu de centres importants ont aujourd'hui moins de 20,000 volumes. Ces fonds ont été ordinairement composés avec ceux des établissements religieux du département fermés à la Révolution, comme les archives départementales ont été constituées, pour une grande part, de leurs actes de propriété.
A notre époque, les bibliothèques publiques s'augmentent par le dépôt légal, les dons de TEtat, les legs des particuliers et les acquisitions. Le dépôt légal regarde exclusivement, à peu de chose près, la Bibliothèque nationale, et découle des mesures prises par Henri II en i556. Chaque imprimeur français est aujourd'hui tenu au dépôt d'un certain nombre d'exemplaires des ouvrages qu'il compose, et ces volumes viennent grossir le nombre des livres de la rue de Richelieu. A 3o,ooo pièces par année, il est facile de prévoir l'époque assez rapprochée où les locaux deviendront insuffisants, quelques mesures qu'on prenne.
A l'étranger, l'Allemagne, berceau de Timprimerie, n'a point été privilégiée dans le principe. Il y avait toutefois, au xvii^ siècle, dans une petite ville du duché de Brunswick, à Wolfenbûttel, une curieuse collection de livres, dans un bâtiment à part, dont le graveur Merlan nous a conservé la physionomie. Elle renferma jusqu'à 200,000 volumes, nombre énorme pour le temps. Elle était ainsi distribuée : les salles , assez