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CHAPITRE II

part, et généralement toutes les ressources de la typographie. Les essais faits à Venise et à Naples, entre 1473 et 1476, pouvaient autoriser l'entreprise ; il s''entendit avec Philippe Pigouchet, et tous deux réunis purent

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Fig. 25. — Marque de Philippe Pigouchet, imprimeur et graveur en bois français du xv* siècle.

mettre en vente, le 17 avril 1488, les Heures à l'usage de Rome, avec ornements variés et figures in-8°.

L'opération ayant réussi au delà des espérances, grâce à la combinaison des motifs d'encadrements entre eux, motifs qu'on pouvait tourner et retourner en tous sens pour obtenir la variété la plus grande, Simon Vostre se remit au travail et commanda de nouvelles

figurines destinées à augmenter le nombre de ses décors. On pense généralement avec Passavant à une gravure en relief sur métal pour ces figures, d^abord parce que le trait en est très fin, le fond pointillé et les bords sans éraflures. Le bois n'eût pas résisté à ce tirage, forcé ; les reliefs se fussent écrasés, les bords eussent été frottés et malmenés. Dans toutes les éditions successives, la fatigue et Pusure ne se remarquant point trop, on est bien forcé d'admettre une matière plus dure que n'étaient le poirier ou le buis des planches ordinaires. Avec ses besoins, Simon Vostre inventa de nouvelles séries d'ornements. Ce furent d'abord les histoires de saints, les figures de la Bible, des charges mêmes contre les gens d'Eglise à la manière des vieux sculpteurs qui croyaient rendre le péché plus affreux en rhabillant en moine :

Honorés sont saiges et sots, Augustins, carmes et bigots

dit la légende. Puis ce furent la danse des morts, les sybilles, en alliant le profane au sacré, les métiers mêmes, toute une sarabande de petits personnages montant aux marges dans les bordures, nichés dans les feuilles d'acanthe, hommes contournés, animaux fantastiques et saints pieusement en prière. Tout le moyen âge revit dans ces oeuvres charmantes et gaies, à la tournure si française, au bon sens si pénétrant et à la tolérance si parfaite.

Le Livre s'élève, avec Simon Vostre et Philippe Pigouchet, au point culminant de l'ornementation. Ici, le dessin et la gravure se valent et se soutiennent. Il

CHaPITKE 1 I. 87

n'est pas Jusqiraux fonds pointillés des montants qui

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•la*îm*dïc.

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Fig. 2(3. — Encadrement à quatre planches indépendantes des Heures

à l'usaige de Rome par Pigouchet,

pour Simon Vosire, en 1488. Figurines de la Danse macabre.

ne caressent doucement les yeux. Et quel artiste était

ce dessinateur inconnu, ce peintre aux conceptions hardies, dont Tœuvre est entière dans ces petits riens !

Pourtant les grandes figures de pleine page n'ont point toujours une originalité propre ni la touche française des bordures. Ainsi celle de la passion du Christ reproduite par nous est, trait pour trait, inspire'e de PAllemand Martin Schongauer. Etaient-ce là des clichés dont le trafic se faisait déjà entre la France et l'Allemagne, ou bien la copie d'un dessinateur français? Ce serait difficile à dire. Toutefois le fait n'est pas commun à toutes les Heures données par le grand libraire parisien. La Mort de la Vierge, dont nous mettons ci-contre la reproduction, en est une preuve évidente; elle fait partie de celles de 1488 et est bien une œuvre française.

De cette association artistique, Philippe Pigouchet et Simon Vostre, naquit, on peut le dire. Part de l'illustration du Livre en France. Dix-huit années de collaboration entre eux, de collaboration soutenue et vraisemblablement sans nuages ! En 1488, date des commencements de Vostre, il habite rue Neuve-Notre-Dame, à l'enseigne de Saint-Jean l'Evangéiiste, et en i520 il y sera encore, ayant publié plus de cent trois éditions <X''Heures à Pusage de toutes les villes.

A cô:é de Simon Vostre, un autre éditeur allait donner une singulière impulsion au Livre, grâce à une énergie extrême, un goût sûr et des artistes de premier ordre. Antoine Vérard, le plus illustre des vieux libraires français, était à la fois calligraphe, imprimeur, enlumineur et marchand. Né dans la seconde moitié du xv« siècle, et venu à Paris où il s'établit sur

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Fig. 27. — Planche imitée du Portement de Croix de Martin Schongauer et tirée des Heures de Simon Vostre.

go LE LIVRE.

le pont Notre-Dame, qui était alors bordé de chaque

Fig. 2B. — La Mort de la Vierge, planclie tirée des Heures de Simon Vostre, imprimées en 1^88. L'ornement est indépendant.

côté de boutiques, Antoine Vérard commença, vers 1485, ses impressions de luxe par un Décaméron

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de Boccace , traduction française de Laurent de Premierfait. Comme le remarque M. Renouvier , dans la notice quMl a consacrée à Vérard, ses livres au début ne furent point excellents; les planches en étaient le plus souvent maladroites, et probablement même empruntées ou achetées à d^autres. En somme, cette situation s'explique très bien chez un commençant dont les ressources modestes ne permettaient point encore les entreprises trop auda-

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Fig. 29. — Encadrement des Graïuics Heures d'Antoine Vérard. Paris, 1498?

cieuses. Au reste, les figures servaient, dans la plu-

part des cas, à faire des miniatures; elles étaient plutôt un canevas, un trait d'esquisse, que la vignette définitive.

Antoine Vérard prit la coutume de tirer un certain nombre d'exemplaires de luxe de chaque livre publié chez lui, soit sur vélin, soit sur papier, dans lesquels des peintres autorisés mettaient des miniatures et des ornements. Il n'est point sans curiosité aujourd'hui de rechercher ce que pouvait coûter à un grand seigneur de la cour de Charles VIII quelqu'un de ces tirages spéciaux, dans le détail même de son impression, et il se trouve tout à point un document autrefois publié dans une revue de province par M. Senemaud^, pour nous répondre et pour ainsi dire nous faire pénétrer dans l'officine d'un grand libraire français du xv® siècle. Si l'on en croit ce document, Vérard ne dédaignait pas de se mettre en route lui-même, afin de porter ses œuvres à domicile lorsque le personnage auquel il les destinait était de conséquence.

C'est un compte de Charles de Valois-Angoulême, père de François I*''. Charles habitait alors Cognac, et il avait demandé à Antoine Vérard de lui tirer à part, sur parchemin, le roman de Tristan, le livre de la Consolation de Boèce, Y Ordinaire du chrétien et les Heures en français ; il commandait des enluminures pour les planches, et des reliures. Dans son détail de frais, Antoine Vérard n'omet rien : il compte le parchemin à 3 sous 4 deniers la feuille; les images peintes et enluminées i écu les grandes, et 5 sols les petites.

I. Senemaud, Notice insérée dans le Bulletin de la Société archéologique de la Charente. Année i8bg, 2* semestre, p. 91.

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