CHAPITRE III
donner ses travaux, Geoffroy Tory fit école, et c'est de son atelier que sortirent les bois destine's au livre de Paul Jove sur les ducs de Milan, paru en i54q, chez Robert Estienne, in-4°. On avait attribué les portraits des ducs insérés dans ce travail à Geoffroy Tory lui-même; mais, comme nous l'avons dit, il était mort en i533, et il n'y a guère apparence qu'il eût, de sa main, gravé ces figures seize ans avant leur publication.
D'ailleurs, notre doute sur la croix de Lorraine, en tant que signature exclu-
Fig. 46. — Lettre Y emblématique tirée du Champjleury de Geoffroy Toiy.
sive de Tory, comme on l'a cru, nous conduit plutôt à penser à la marque collective d'un atelier, lorsqu'on la rencontre sur des pièces très postérieures à la mort du maître *. Mais en dépit de l'absence de monogramme, nous ne manquerons pas de considérer comme de Tory lui-même, pour le dessin et la gravure, l'admirable bois
I. La preuve, c'est que cette marque se trouve sur les gravures de V Entrée du roi à Paris en iS-ig (Paris, Roffet, in-4"). Or on ne peut penser à un travail antérieur de Tory, car c'e'tait là des figures d'une date bien certaine et bien spéciale, étant donnée leur origine.
:jo LE LIVRE.
du Diodore de Sicile, d'Antoine Macault. Holbein, qui composait à peu près au même temps une scène presque semblable, où le roi de France, assis sur un trône, recevait le poison des mains de la Mort, n'a rien fait de mieux.
Dans les proportions exiguës du dessin, tous les personnages ont leur physionomie propre; on reconnaît Duprat, Montmorency et les trois fils du roi. Macault, debout, fait lecture de sa traduction devant un cénacle de seigneurs et surtout de gens de lettres. Cette page admirable, trop inconnue à notre sens, est un des monuments les plus sincères et les plus habiles de la gravure française; elle va de pair avec les meilleures inventions d'Holbein, qui ne Tont jamais dépassée, et elle marque le point culminant de Tillustration du Livre avant les exagérations de Técole de Fontainebleau.
Geoffroy Tory n'en fit point la vente; \t Diodore de Sicile, préparé sans doute deux ou trois ans auparavant, ne parut qu'en i535, en in-4°, à l'enseigne du Pot cassé, sa signature ordinaire.
Nous voici donc, et grâce à lui, entrés de plainpied dans le règne de François I»', qu'on a appelé le Père des lettres, et qui, pour une cause ou une autre, favorisa les arts. Sans doute la décoration des palais royaux, les peintures grandioses l'intéressèrent plus vivement que les vignettes des livres et les efforts des imprimeurs. Mais malgré tout il s'en occupa, lisant beaucoup, se faisant suivre quelquefois de volumes jusque dans ses voyages. D'après un compte des Archives nationales (J. 961, n^ io5), Claude Chappuis, son bibliothécaire, son libraire, comme on disait alors, lui en emballa des caisses entières qu'il em-
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