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CHAPITRE V

sans influence sur le xviii^ siècle entier, par la manière terrible dont il bouscula les fortunes, éveilla les appe'tits, lit sortir du néant des ambitions retenues. Claude Gillot le dessinateur avait été une des premières victimes du banquier écossais; il perdit sa fortune dans Tagio ; mais qui pourrait dire ce que son ambition d'artiste avait rêvé au milieu de tous ces bouleversements ? Une chose certaine, c'est que Watteau, son élève, rompit très net avec le xvii^ siècle.

Il y eut le graveur Laurent Cars tout à point trouvé pour multiplier les compositions de Boucher et donner le ton. Il fit ainsi, d'après le peintre des bergers et des nymphes, les illustrations de Molière, des plus agréables qui soient par la tournure et l'entrain. Cars, toutefois, en gravant certains travaux de Lemoyne , n'avait point délaissé complètement Tancienne école, de telle sorte qu'il apparaît au commencement du xvin« siècle comme partagé entre deux manières également possibles pour lui.

Le travail de ces gravures se conduisait alors presque exclusivement à l'eau-forte, en faisant mordre par l'acide une planche de cuivre, enduite d'un vernis, laquelle on avait dessiné au moyen d'une pointe. Ce procédé, toujours employé auparavant pour les esquisses, servait même pour finir les vignettes qui jusque-là avaient été terminées au burin. La souplesse du travail était plus grande et l'artiste restait plus luimême qu'il ne pouvait l'être avec l'instrument aux tailles raidies des graveurs du xvir siècle.

Les formats du Livre n'étaient point tous venus encore à l'in-8'' ou à l'in-12. Les Œuvres de Molière,

imprimées chez Prault en 1734, en six volumes in-4°, sous la direction de Marc-Antoine Joly, donnaient Tidée d'un travail énorme, mais point de pièces de théâtre. Adiré vrai, ces dimensions un peu exagérées laissaient aux artistes une place meilleure pour Tillustration ; plus tard, quand les petits formats triompheront, on serrera texte et gravures, au point de ne les pas toujours conserver clairs et lisibles pour tous les yeux; mais rin-4° n"'était pas gracieux, il était presqu'un non-sens avec les mièvreries, les bergerades déjà pressenties; il devait disparaître comme format courant dans les publications à images.

La classe des artisans du Livre ne saurait se comparer, au xviii'^ siècle, à celle des imprimeurs et des éditeurs. Dans le principe, nous Tavons vu, les tailleurs d'images et les imprimeurs étaient souvent les mêmes gens, préparant leurs caractères ou leurs bois et les mettant ensuite sous la presse. Les grandes officines avaient bien vite changé tout cela, et chaque travail par ticulier avait eu son ouvrier spécial. La typographie avait ses fondeurs de caractères, ses compositeurs, ses metteurs en train, ses encreurs, ses teneurs de barreau pour la frappe. Au xviir siècle, cela s'est compliqué des dessinateurs, des graveurs, des imprimeurs en taille-douce, et ces métiers différents s'occupaient du Livre, en manipulaient les feuilles à leur tour. Au milieu de tout ce monde les dessinateurs et les graveurs, pour estimée que fût leur collaboration, n'étaient point les plus honorés. Souvent leur intérieur se ressentait de leur vie d'artistes habiles , prompts à dépenser l'argent gagné durant la semaine, et dans la suite

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