CHAPITRE V
nous aurons occasion d'en nommer quelques-uns parmi les plus misérables.
Au contraire d'eux, les libraires sont devenus de gros personnages. Nous avons vu dans un chapitre précédent
F'g- '/}• — Vipnette pour Daphnis et Chloê par Cochin, pour l'édition de Coustelicr.
Cramoisy ou Vitré, pour ne nommer que ceux-là, parvenus aux plus grands honneurs, ce dernier même peint par Philippe de Champagne avec tant d'autres seigneurs de la cour. Dans le xviii" siècle, ce sontBrunet, Ballard, Mariette, Vincent, Chardon, Grégoire, Dupuis, J.-B. Coignard, François Didot, J.-F. Moreau, Josse, Jombert, Debure, Prault, rien que pour le temps rapproché
aco LE LIVRE.
de Watteau, de Boucher et de Cars dont nous parlions tout à rheure; et ces divers éditeurs ont pignon sur rue, boutique fournie, et ateliers de typographie des mieux outillés. Sauvegardés de leurs propres négligences par les règlements royaux sur le fait d'imprimerie, ils composent avec d'admirables caractères, sur du papier de premier ordre, des ouvrages impérissables; et, conséquence habituelle de leur haute situation, ils payent assez mal les artistes chargés de leurs travaux.
Il serait long et fastidieux d'entrer dans de grands détails à propos d'eux; leurs progrès se firent petit à petit, et ils arrivèrent bientôt à marier merveilleusement la gravure en taille-douce au texte imprimé, si merveilleusement même qu'on en vient, en comparant leurs œuvres aux bois du xvi* siècle, à se demander laquelle des deux manières l'emporte en élégance et en bon goût.
L'un des ancêtres de cette pléiade de vignettistes fut Gochin le fils, qui avait gravé la planche des Moineaux dans les fables d'Houdart illustrées par Gillot. Gochin, en dépit de sa passion pour l'allégorie et de son goût très marqué pour l'affectation, donna, on peui le dire, avec le dessinateur graveur Saint-Aubin, uneimpulsion énorme à l'art d'orner les livres. Dès le début de sa carrière, il travailla pour les éditeurs, composant des frontispices, des lettres ornées, des fleurons, ou reportant sur cuivre les dessins des autres. Physionomie singulière d'artiste d'ailleurs, instruit, bien élevé, épicurien et dépensier, ami des grands seigneurs et protégé par M""" de Pompadour dont il promenait le jeune frère Abel Poisson en Italie, Gochin faisait tout, était prêt à