‹ Le livreChapitre 11 sur 15 · LE LU · texte numérisé non relu

LE LU

<'icn professeur de Sorboni

ae, qv

î est mort depuis

quelques armées chanceliei

de n

îglise et de l'Uni-

versité de Paris. La répo

use de

■ M. Pirot et des

antres docteurs fut toute ;

lerablt

Jj)e à la mienne.

Ou lui dit' que je lui avoî>

.parlé

vérité , sans rien exagérer

. Il m

balança plus, il

jeta s;i pièce au feu, sans

enir de copie, et

la troupe des comédiens ai

Ceci réglé, et nous somni

s que la Fontaine,

plus lion né te homme que Lulii , aura brftlé sans copie et sans rémission toute sa comédie , il fallut arrêter dans ses moindres détails les pardons qu'il aurait à demander avaut de recevoir le saint viatique, n Le jour fut pris, et je convias avec lui

qu'il ïeroil prier messieurs de l'Académie frauçoise de s'y trouver par députés pour êlre témoins de l'action suprême. La chose fut exécutée le 12 de lévrier iiS'Xi , qui était le premier jeudi de carême , auquel jour l'Église fait lire l'évangile de la Cananéenne. M. le curé de Saint-Rocb me dit la veille qu'il porterait lui-même le saint viatique à cet illustre repentant. «

Eu effet, quoi de plus juste et de plus naturel que M. le curé de Sainl-Itoch vînt apporter luimême en personne k ce fjraïul écrivain trop docile un témoignage de contentement et de respect?

DIXIÈME JOUHNÉE. Mt Une flcjminliun tli- l'Académie avait promis de se trouver près du malade, et certes M. le curé de Saïiit-Iioeh n'eût pas été de trop dans cette réunion dr ijciis d'esprit, de perniiiM* de ijwilil.' et de curieux ; « car le bruit de cette action s'était répandu... » Mais non, M. le curé ne trouva pas <|ue sa présence en ce lieu fut nécessaire , et sur le point de partir, il envoya chercher son vicaire et lui dit ti qu'une affaire importante l'empêchait d'y aller. » Quelle affaire? Il fallait nous la dire, pour L'honneur de M. le curé.

Cependant tout était déjà prêt pour cet acte de foi et d'humilité si peu convenable avec le talent, l'âge et la position de cet esprit qui n'a pas eu son égal dans le ([rand siècle. Le vicaire de Saint-Bocb arriva seul, et posant le saint Sacrement sut' la

l.llll. . il •-. |>lr| U lll .1 I .'T. III m tlj'I. . I' ■ |>l. Î.Ul,

une courte exhortation; mais celui-ci, seuis il. mit'

déc laration dont chaque mot avait été pesé avec son confesseur.

Ce discours s'adressait , non pas au public , mais au jeune confesseur.

« Monsieur, j'ai prié messieurs de l'Académie Françoise, dont j'ai l'honneur d'être un des membres, de se trouver ici par députés, pour être les

témoins de l'action que je vais faire. Il est d'une notoriété qui n'est que trop publique, ipie j'ai eu le malheur de composer un livre de contes infâmes. Jïn le composant, je n'ai pas cru que ce Fût un *»i\ri\QC aussi pernicieux qu'il l'est. On m'a sur cela ouvert les yeux, et je conviens que c'est un livre •thoiniuiditr. Je suis trës-larhé de l'avoir écrit et publié. J'en demande pardon à Dieu, à l'Église, à vous, monsieur, qui êtes son ministre, à vous, messieurs de l'Académie, et à tous ceux qui sont ici présents. .le voudrais que cet ouvrage ne l'ut jamais sorti de ma plume, et qu'il fût en mou pouvoir de le supprimer entièrement.

■> Je promets , en présence de mou Dieu , que je vais avoir l'honneur de recevoir quoique indigne, que je ne contribuerai jamais à son débit ni à son impression, .le renonce actuellement et pour toujours an profit qui devait me revenir d'une nouvelle édition par inoi retouchée, que j'ai malheureusement consenti que l'on fit en Hollande. Si Dieu me rend la sauté, j'espère qu'il me fera fa ,'p'àee de soutenir authcntiquemcnl la protestation publique <ptc je fais aujourd'hui; colin je suis résolu a .passer le reste de mes jours dans les exercices de la pénitence, autant que mes forces corporelles jKinrront me le permettre, et à n'employer le talent

DIXIÈME JOCHNÉE. 373 de la poésie qu'à la composition d'ouvrages de piété, .le vous supplie , messieurs , ajouta-t-il en se tournant du côté des députes de l'Académie, de rendre compte à ces messieurs des choses dont vous venez d'être les témoins. »

Telle fut, mot pour mot, cette affligeante renonciation d'an vrai chef-d'œuvre écrit par l'esprit le plus rare et le plus délicat du dix-septième siècle. Il fut prononcé dans une telle humiliation, que

seul de ces académiciens, de ces seigneurs, ou tout simplement un galant homme, attiré par une curiosité coupable, prenant la parole an milieu de l'j!)itij;[iulit>ii générale cl se jetant au cou du poêle : « Non, non, se fût-il écrié, l'auteur de Joeoutte et de /'Oraison lit: snint Jitlï'-n ne saurait être à ce point repentant sous les yeux de tant de gens qui l'aiment et qui l'admirent! Non, ce n'est pas un crime, ici, chez nous, de parler la plus savante langue que les hommes et les dieux aient jamais parlée! Excommunier ce grand poète, en ce vieil âge où tout s'oublie , il serait cent fois plus juste de nous excommunier nous-mêmes , qui savons par cœur ce livre enchanteur et qui le récitons si volontiers à toutes les tntclligeuces d'alentour! Et qui donc ètes-vous, jeune homme à peine tonsuré,

pour jeler votre impitoyable censure au confrère, à l'ami des plus grands orateurs de noire église? i Hélas! pareil discours n'a pas été prononcé; sans doute plus d'un académicien ressentait au fond de son âme une indignation sincère, ruais pas un n'osa la montrer. Le vicaire, insistant sur cette étrange pénitence, ajouta les plus amères paroles :

u Non, disait-il, par cette satisfaction vous ne réparez pas le mal de votre infime livre! Il vivra tant (pie vivra la langue française, et perpétuera les péchés par lesquels vous ave/ déshonoré et fait déshonorer le Dieu que vous allez recevoir! •>

Dans une aventure moindre , à propos d'Auguste pardonnant a Ciuna, le grand Coudé s'était écrié : « Corneille me gâte le Soyons amis! - Il nous semble à nous que le vicaire a cruellement g&lé , par ses paroles criminelles , toute cette pénitence. A la fin cependant il donna le saint viatique au malade, et s'en fut victorieux.

Nous sommes tons assez chrétiens, li'S uns el les autres , pour savoir que l'homme réconcilié avec un Dieu si terrible éprouve un grand soulagement. C'est l'ordinaire effet d'une communion bien faite et du lourd fardeau que dépose une âme enfin délivrée. — Écoutez la suite de ce récit, et voyez ,

cil si peu d'instants, comment déjà. la Fontaine et son confesseur oublient cette éclatante victoire :

- L'après-midi, sur les quatre heures, M. de la Fontaine m'envoya chercher, et j'y fus en tonte

de juif , et me dit qu'il vuiiluit me faire part d'une agréable nouvelle... Il venoit de recevoir, en effet, la visite intéressante cl glorieuse il'ini gfnliilimmue de monseigneur le due de Bourgogne, pour s'informer de l'élat de sa santé, et lui apporter mm bnurst: de ttinijuaiile (ouïs d'or kii mpèf.cs. » Sur quoi le vicaire, oubliant lui aussi la cérémonie et les paroles impitoyables de tantôt , se met à complimenier la Fontaine de cette aubaine, autant et plus peut-être que de sa conversion. Comment

donc ! c'était bien un gentilhomme, un geutilhommi-

dti duc de Bourgogne, qui apportait au poète, en espèces sonores, cinquante louis de ses menus plaisirs, et celle belle action le jeune prince l'avait faite de lui-même. Ah! la flatterie et l'adorai ion pour tus fi h des dieux ! c'csl un mol de la Bruyère.

On sait que la Fontaine échappa plus lard au curé et au vicaire de Saiut-Itoch , ayant clé s'clablir chez madame d'IIervart, la digne veuve d'un conseiller au parlement de Paris, sur la paroisse de Saint-lins tache. * ,1e viens vous chercher, disait

madame d'Hervart, pour vous mener (lie/, moi! — .l'y allais ■■ , répondit le bonhomme. Il y moumt paisiblement li: Ht avril ](i!>3. « On m'assura qu'il «■toit mort du t chrétiennement, et qu'on avoit trouvé dans uni: de ses armoires plusieurs instruments de

Un poète de ce temps-là écrivit le jour même l'épigramme que voici :

Admirez cependant comme en toutes ces circonstances difficiles le véritable sens de l'Évangile Unir toujours par avoir le dessus dans noir.: relise gallicane ! A peine mort, le plus grand écrivain de l'fïglisc peut-être, et son pins bel esprit, le digne précepteur du seul prince <|ui pouvait sauver la royauté, si la rovnutc eût pu être sauvée, Fénelon, pour tout dire eu un mot, sans nul souci du zèle inlemposlif de M. le curé de Saint-iiocb et de sou vicaire, écrivait de sa main savante et dans la plus belle langue latine ijiic les hommes eussent parlée depuis Phèdre et Cieérou , l'oraison funèbre de Jean (le la Fontaine, et donnait ,\ traduire en français

DIXIÈME JOURNÉE. 577 ce morceau charmant au dernier ami île la Fontaine, à monseigneur II' due de llourgogue :

.. Hélas, il a vécu cet liomme ingénieux, cet autre Ksope, excellant, plus que Phèdre lui-même, aux jeux les plus aimables de l'esprit. U donnait nu ],ïiij;n|;e à tous les animaux de la création, il en iitisoil autant de maîtres de philosophie à l'usage

.."il est mort, le bonhomme!... 0 douleur! nous perdons toutes les joies de l'éloquence légère, le doux rire, les grâces décentes, les doctes Muscs. A celui-là seul, parmi les grands écrivains, la négligence éioit permise. Hélas! quand donc nos hommes île génie rniront-iis l'espi'il îles bêtes de la Fontaine! »

GEOltGE. — C'est pourquoi je vous annonce à la

plaire des Contes de la Fom'aine, „ ,;Jiii on <l es fermiers généraux -, avec la note que voici : Ces ilcux tûmes, reliés par Derame, n'ont jamais été

ouverts !

C'est le cas ou jamais (les deux figures du Cas •le consciente sont sans voile! 1 , de répéter ce que disait ce misérable Yago : Mettez de l'anjent ilans notre bourse, seigneur Rodrigo!

lin onzième journée fui. pleine d'.iiniélé. Husienrs de nos amis les bibliophiles éinieol malades et feuilletaient, pour se distraire, des catalogues, distraction innocenre... et dangereuse. Il semble en ce mo- . ment que l'on va posséder l'Homère tle 1WÏ8, V.lri.ttnpluiiic de 1478, l'édition romaine du Titcl.i\re de 1472. Les romans, les faeéiies , le tliéâtrc et les miniatures contenus dans Ii; nouveau Catalogne vous ont bientôt donné la fièvre. Il y a surtout ces coquins d'Italiens, si plaisants, si charmants, si ;;ais, les amouioiiN les plus innocents du monde. Hélas! i|iie de fois, à la première strette de la jjoutto , un bonhomme de bibliophile <jui croyait se distraire avec le docteur Meso Itarbarus et le pédant Grunius a vu son mal grandirde telle sorte que la goutte arrachait le livre de ses mains

petit nombre, au moment où notre ami LAKGELIEB prenant la parole ;

— Il ne faudrait pas oublier, nous dit-il, que

ONZIÈME JOURNÉE. ÎÏO nous ne sommes pas ici uni mie me lit pour nous incliner devant le Platon d'Henri Estieaiie et la Sagesse de Charron. Si les grands philosophes et les grands poètes méritent nos hommages, n'oublions pas de châtier les brigands de la plume et les empoisonneurs do la parole. Certes, nous sommes heureux de rencontrer ces lonii'S iVnjilciiilissLiiils de génie et de vertu, ou tout au moins ces gaietés si charmantes : Le Thrêsor des récréations, par Bredin le Cocu ; — Propos rustiques (1547) ; — Les Récréations de Dcspéricrs (1561); — Les Sérées de Bouchet(1584}; — L'Eulrapel (1585), — voire le Triomphe de l'abbaye des Cornants (1587); c'est charmant, tout cela. Celui-là me ferait grand plaisir qui nie donnerait les lùreiiies universelles de Taburin. le Recueil des caguets de l'accouchée, avec le facétieux Réuei l-mattn et Roger Bontemps en belle humeur. Tant que vous voudrez je lirai tes Fantaisies de Bruscanthiltril{ome,~\<i-±',)y, le Mayen de parvenir, ou mémo le Recueil foireux et venteux, s'il est relié par lîauzonnct. Mais à Dieu ne plaise c|tic jamais je touche aux obscénités de certains misérables enfouies dans l'enfer des bibliothèques. Cependant nous avons tous entendu parler du fameux marquis de Sade? 0 braves gens! Entrous, si vous l'osez, dans cette mare de sang et

de vices. Il faut un grand courage pour aborder

cette immonde biograpbie. Elle tiendra su place

parmi les plus souillées et les p

us fangeuses. Prê-

nez donc votre courage à deux m

tas. Laissons pour

un iostaal \e»facéties, pour les

crimes sans rémis-

sion. Nous allons regarder de

près cet étrange

pliénouii-ue : un réicui* de un i

■ti c et de sang se

traînant sans boule ci sans ren

ords dans une im-

mense orgie, entassant dans ses

rëvcs victimes sur

% i- inii- , . . i ■ . l.i |->. ri'l <oi « 'ii •!

e-dix ans de cette

lionlcuse fantaisie 1 . Kpouvanli

gens, fléau des insensés, per

(ji'îitil ■ l.i il s I.'i mêiiii' iiiliitiui' la

a lait peur aux bourreaux de

!)3 ; il amusait le

Directoire de ses bouffonnerie

l'effroi de Bonaparte consul.

d'autorité fut de déclarer que

cereux et de l'enfermer à Bicél

e jusqu'à li fin ic

scs jours. Les bagnes ne commissent pas île plus grand poète; on l'adore à Toulon; il écrivit le Ciitik-liismc des prostituées.

Ce monstre en morale appartenait à la plus antique noblesse:. Enfant, il fut plongé dans les eaux claires de la foutaine de Vaucluse! Son arbre généalogique fut planté dans cette cliaste patrie du

ONZIÈME JOURNÉE. 2HI sonnet amoureux e( de l'élégie italienne par les mains de Laurc et de Pétrarque. L'arbre a grandi sous le souffle amoureux de ces dru* modèles de toutes les vertus i;l de loules les jji iH es. l'ourlant

enchanté, si dans le miroir de ces eaux claires vous eussiez enlivm [a l'aer hideuse et burlesque de votre horrible petit-fils?

où tout le dix-septième siècle a passé, illustre seuil Foulé par le vainqueur de Rocroy, et par le yrand Cm ■LU'ille , par Racine et par Bossuet, par tous 1rs viarids hommes du grand siècle, le terrible el fameux marquis de Sade a vu !e jour.

La mère de ce fabuleux monomane était tout

tiinplrflii-iil nli< I il- . Iéi. Il- un. , uni tl • — llcii-

uête feiiuui!, dame d'honneur de madame la princesse de Coudé. Or, comme elle se souvenait du soleil provençal et des parfums de cette heureuse terre oit naquit la langue du Si, la tendre mère envoya son fils sous les orangers eu fleurs. — Va-l'en là-bas, disait-elle, où les oiseaux chantent si bien ! Sois libre et sois heureux ! Puis, quand il fut dans I à;;c où s'arrête l'enfance , où se ni mitre à sou tour l'étude impérieuse, il fut enfermé dans

2HÏ LE LIVRE.

le collège raimic où Voltaire avait puisé sa pi mière et charmante ironie. A quatorze ans, futur marquis était hors de page, et tout son espi déjà! se tournait en rêves funestes. II était fanatique de vices, un eutlnjiisi;islr dr liiiiiliiia;:

timide ! Elle croyait n'épouser qu'un officier de

cavalerie elle ■' [loiTs.iif le marquis de Sade!

C'était l'heure où tout s'écroule, un vrai chaos, mais cette fois le chaos de la fin d'un monde. On n'entendait parler que des livres obscènes qui furent lu dernière occupation du siècle de Voltaire cl de Diderot. Certes, si le marquis de Sade n'avait paK éli 1 plus loin que les faiseurs pulenlcs des plus mauvais livres, nous ne lui ferions pas l'honneur d'un chapitre à part ; nous le laisserions dans le las des immondices, au-dessous (lu l'orlivr tirs Chartreux ou de YErotica biblion. Mais ce misérable ajoutait l'action à la théorie; il donnait un corps à

ses rêves; il mutilait , il assassinai!. Prenez le premier venu de ses livres , si vous l'ose/.! Ce ne

sont que cadavres sanglants , enfants arraches aux liras de leurs mères, jeunes femmes qu'on égorge à la fin de l'orgie, coupes remplies de sang et de

thevalets, ou brise des crimes, on dépouille des

poitrine ; et cela pendant douze on quinze volumes sans fin, et cela à chaque page, à chaque ligne, et toujours! Ou frémit, rien qu'à se rappeler ees

à ouvrir ees pages de l'abomination.

Si par hasard l'auteur est à bout de crimes, il se sourit à lui-même, aussi content que s il venait d'écrire uu conte de la Fontaine. Il a fait pis que cela, peut-être ! Il a fait des images pour son livre ! Il a trouvé des illustrations dignes de sa prose, et de cette double audace est résulté le plus épouvantable monument de la dégradation humaine, devant lequel même la vieille Home, à son moment de décadence et de luxe, à l'heure où les Bomains jetaient leurs eselaves aux poissons de leurs viviers, eût reculé de dégoût et d'effroi!

l'eut-ëlre aurcz-vous la curiosité (l'apprend ripai' quel malheur les œuvres <!n marquis de Sade me sont connues. Mon Dieu! c'est la seule histoire de mon adolescence que j'en voudrais effacer. Nous sortions à peine du collège, à l'heure on l'on ne doute de rien. Le monde appartient S qui le veut prendre. A toi le soleil, à moi les étoiles. .Joyeux et libres, nous étions partis, un mien cousin et moi,

fleuve aux flots verdâlres. Il nous réveillait le matin, il nous endormait le soir. Murmures, enchantements! Le Rhône était pour nous un camarade

lage, suspendu aux flancs d'un rocher calciné, au milieu des vignes el des pêchers, était le domaine, ou pour mieux dire le royaume du lion curé Gabriel , l'oncle du petit Julien. Le preslivléie était

calme. Un verger plein de raisins, un salon plein de livres. Uclas! parmi ces beaux et bons livres, le poison s'était glissé! La vipère était sous les fleurs!

Le neveu du curé, ce petit Julien , émit un enfant naïf, d'un esprit vif mais peu avancé, d'une intelligence vulgaire et prompte. — Son imagination peu éveillée l'avait tenu jusqu'à ses quinze ans dans

ONZIÈME JOURNÉE. 3M5 une parfaite innocence; il était joueur, causeur et curieux. Son oncle lui avait donné une petit.; chambre au bout de la bibliothèque ; allant et venant parmi eus livres de belle apparence, il dien-hail

quelque belle histoire et tantôt ceci, tantôt

cela, il ne trouvait rien à son usage. Hélas! dans

par droiuvrir i jin.-l'juiïs (unies sans forme et sans nom, dont le titre était soigneusement enveloppé

Ce fut cependant celte fatale enveloppe qui décida le choix du pauvre Julien. D'abord il hésita : une voix lui (lisait qu'il allait commettre une arlion mauvaise.... peu à peu il s'enhardit. D'abord il déchira l'enveloppe à l'endroit où le titre était visible, et le titre ne lui dit rien. Mais quoi! la tentation ajoutée à l'obstacle, il déchira tout à fait l'enveloppe que protégeaient quatre épais cachets funèbres. Enfin le pauvre misérable ouvrit ce livre odieux. Il en sortit une immonde odeur de roses mortes , de fange et de charnier. Il eu eut un éblouissement. Reveuu de sa frayeur, il courut s'enfermer dans sa chambre, emportant sous son bras ce chaos de l'enfer.

O mes amis! je vous hisse a penser quelle intime épouvante au moment où ce jeune homme ignorant, timide et fraie, ouvrit les portes de ces abîmes! figurez-vous ce malheureux empoisonne qui pâlit, qui tremble, qui tient d'une main égarée ce long pamphlet contre l'espèce humaine! Comme ce pauvre eccur se soulevait dans sa poitrine! Comme ces cheveux blonds tout bouclés se dri'ssaifut d'i'FI'mi cl retombaient sur ci' fioul pâle et jauni! Quels frissons! quelle épouvante! Hélas! une nuit de cette lecture l'avait vieilli de vingt ans! Je le vois encore arriver au second repas du matin : — Est-ce toi, Julien? O malheur! lejoyeu* Julien de la matinée avait les yeux baissés, la tête en feu, le geste contracté. Dans toute cette longue journée, il n'eut pas un mot pour moi, pas une caresse pour personne. Malheureusement son oncle était sorti des le matin ; il avait porté bien loin , de l'autre coté du Ilhône, le saint viatique à l'un de ses paroissiens qui se mourait, malheureux prêtre qui ne se doutait pas qu'une âme expirait dans sa maison, l'âme de son petit Julien!

Il n'y avait a la maison que la servante, bonne et honnête fille qui ne savait pas lire, et moi, l'enfant de la rhétorique parisienne, qui n'avais lu encore, en fait de vers défendus, que l'ode à Myrrha

ONZIÈME JOORKÉE. 28T daiis notre poète Horace. Personne autre, personne qui put deviner la maladie morale de Julien; si bien que le soir venu, l'enfant, sous le prétexte qu'il était malade, se retira dans sa chambre afin d'achever son atroce lecture. Eh bien, ce jour-là le ciel se couvrit de nuages, le veut se déchaîna, le Rhône hurlait des plaintes sans nom, la corde du bateau qui réunit les deux rives se brisa, et le vieux curé Fut forcé de passer la nuit sur l'autre bord, lui et son Dieu qu'il portait entre ses mains. La tempête dura toute la nuit; toute la nuit Iç vieux fleuve éclatait en lamentations! Le ciel était eu feu; le tonncrt'e fali^ua les l'chos des montagnes : mon malheureux ami n'entendait rien , il lisait d'un oeil hébété le livre des malédiction! !

Au premier rayon du soleil, le Rhône enfin s'apaise, le ciel redevient tout bleu, l'oiseau chante, l'arbre a relevé sa tête l'alignée, le batelier rentre dans son bateau; le digne pasteur revient à son bercail. 11 va d'abord à sa petite église, et, sa prière achevée, il rentre eu son foyer. Moi j'étais sur le seuil de la porte bénie; obéissant à toutes les joies de la matinée , je chantais , je disais bonjour à Catherine, qu'entraînait sa vache au pré communal, ou bien je distribuais le raisin de la vigne, ornement de la maison', aux pi(;eou3 dômes-

tiques, Julien n'était pas encore levé, et j'attendais

Julien.

Le bon curé, en revenant Je l'église, m'embrassa bien fort, et d'un ton joyeux : Quamotla vu/es:' Et moi de lui répondre : Valeo. En même temps il cherchait des yeux son petit .Iulicu tout mignon, tout joli, tout miiu:c,et qu'il aimiiit comme un père aime son fils.

— Où est-il?

— 11 est malade, répondit Catherine; il a fermé sa porte, il dort.

liais Julien ne se réveillait pas. Son oncle, inquiet déjà. irappe à h eliandire de I entant, et l'appelle : pas de réponse. Il brise la porte, il entre : é. douleur! à l'aspect de cette robe noire, à l'aspect de ce prêtre qui lui tend les bras pour l'embrasser, Julien pousse nu cri terrible. Il tremble, il recule,

— Qu'as-lu, Julien? <]u'as-tu, mon enfant? disait le pauvre abbé.

Julien se lève et s' échappe. Je veux l'arrêter, il me regarde et me repousse. La bonne accourt ; il ne veut pas la voir! — Quelque chien l'aura mordu, disait-elle. — Ah! si ce n'était qu'un chien enragé! La plaie, on la brûle.... il est perdu le malheureux que le marquis de Sade a touché!

ONZIÈME JOURNÉE. ÎHfl — Au secours! criait l'enfant. 11 s'enfuit tout nu. I,'é;;lisc était ouverte, il frémit voyan! ]'éf>lisc! Alors In cloche sonna Y Angélus : il tombe évanoui. Une horrible crise agitait ses membres palpitants.

Aussitôt voilà tout le village qui se demande quel remède employer? Sa mère accourt éplorée et malheureuse : il repousse aussi sa mère. Les plus anciens ne pouvaient rien comprendre à ce mal terrible. Il hurlait, il pleurait, il criait : Je suis damné! je suis damné l Un médecin venu de Lyon annonce enfin que l'enfant est épileplique, et, levant l'épaule, il s'en va.

Le. voilà désormais entre l'ombre et le rayon, entre la vie et la mort. Sa jeune raison succombait SOUS le cliOC imprévu des inventions diabolique.-; du terrible marquis. Cette âme simple et naïve n'a pas voulu se persuader qu'un homme à l'image de Dieu pouvait se livrer à ces fictions abominables. Deux nuits de lecture avaient suffi pour éteindre à jamais celte honnête intelligence; il ne voyait plus dans la nature que des monstres. Il allait comme on va dans les songes. Il entendait dans sa tète innocente un bruit de prostitution et d'écliafauds. Un mois après cet événement inexplicable, la servante découvrait ce tome hideux , et le portait à son maitre. Il comprit alors toute cette misère et

20!l LE LIVRE.

combien il était coupable, ayant charge d'âmes, de n'avoir pas anéanti ce dépôt que lui avilit confié un de ses pénitents.

- Mes frères, dit-il à ses paroissiens, priez pour Julien, priez pour moi! le moine poison nous lue ! » Or, depuis ce tcmps-lâ, le brave homme a quitté son église; il a disparu, emmenant le pelit Julien. Ils sont morts, a peu de distance l'un de l'autre. C'est pourquoi j'ai voué au misérable auteur de ce» infamies une de ces bain es vigoureuses qpj nous font regreller qu'un pareil bri;;and ait évite le dernier supplice.

damné déchirant de sa dent impiioyalilc fn'undo son ennemi ; ce damné laisserait ce l'i'àiio alfreux pour le crâne de ce misérable. Il eut déshonoré la langue française, si la langue française pouvait être déshonorée. On a retrouvé naguère dans les papiers d'un hôpital des fous , à la date du 30 janvier 1806, le testament du marquis de Sade. Il

ii n,l J ni . i m il il . »mr<r- n-iil I- I I -, ■ ■!

avait mérités), il tremblait, ce parjure et ce meurtrier qui avait essayé sur ses victimes tous les supplices qu'un Néron pouvait rêver, d'être enterré

tout vivant. Il ne croyait pas à l'enfer il croyait

aux supplices du hasard.

onzième JOunNÉi;. soi Voici In dernière pa;;e de ce codicille hideux : ■ Je défends que mon corps soif ouvert sous quelque prétexte que ce puisse être, .le demande avec la

heures dans la chambre oii je décéderai, placé dans une bière de bois qui ne sera clouée qu'au bout des quarante-huit heures présentes ci-dessus, à l'expiration desquelles ladite bière sera elmiée; pendant

Lenormand, iiian'ljami de bois, lundevard de I lité, n" 101, à Versailles, pour le prier de venir luimême, suivi d'une charrette, chercher mon corps pour être transporté sous sou escorte et dans ladite charrette an bois de ma terre de la Malmaison, commune de Mancé près d'Épernon , où je veux qu'il soit placé, sans aucune espèce de cérémonie, dans dans le premier taillis fourré qui se trouve à droite dans ledit bois, en y entrant du côté de l'ancien château par la grande allée qui le paiïa;;c. La fosse pratiquée dans ce faillis sera ouverte par le fermier de la Malmaison, sous l'inspection de M. Lenor-

plaeé dans ladite fosse; il pourra se faire accompagner dans cette cérémonie, s'il le veut, par ceux de mes parents ou amis qui, sans aucune espèce d'appareil, auront bien voulu me donner cette der-

mère marque d'attachement; la fusse une fois recouverte, il sera semé dessus des glands, afin <|iic par la suite le terrain de ladite fosse se trouvant regarni et le taillis se trouvant fourré comme il l'était auparavant, les trace» de ma tombe disparaissent de dessus la surface de la terre.

> Comme je me FLATTE que ma mémoire s'effacera de l'esprit îles hommes.

., Fait à Charenton-Saint-Maurice , eu état de raison et de sauté, le 30 janvier 18DG-

< i). A. T. Sade', ■

Vainc espérance! il restera jusqu'à la tin des siècles enfoui dans cette impitoyable famosité!

— Messieurs, reprit notre ami Ctioncu (il était pâle <i faire peur), voici ee qui s'appelle une horrible histoire, et s'il y en avait deux semblables dans nos chères réunions, je n'y voudrais pas revenir, dans la crainte, après avoir subi la première histoire, d'être encore à la deuxième. Il faudrait en finir une fuis pour toutes avec ces livres de perdition, et je vous promets que, rentre chez moi, je vais lire avec jjrauil soin quelque viens livre honnête et chrétien, qui m'encourage et me console. Ce n'est pas en vain que, par toutes sortes de pri-

' Gej dernière* yiiIuiiIm iIli marqué <I« S.iUc ti.nl pur

ONZIÈME JOURNÉE. 39.1 valions (ici l'on se prit ;i sourire, et ce fut autant de ;;a;;né sur les histoires du marquis île iSade), je me suis procure le livre 1res salutaire de l'Imitation de Nastrc Seigneur Jhesai rist et parfait eonlennfmcnt de <e itiîfertdik' mande, nomme en lutin de Imitation? l'risti et île rontemtu inundi, et ne

Pierre Corneille de I édition originale (1650), dans

de Haintenon.

Il dit cela avec le juste orgueil d'un jeune homme qui possède un beau livre. Sur quoi M. DE Veh- Heuil : — C'est avec raison, mon jeune confrère,

que vous vous glorifiez de ces deux merveilles

C'est de votre âge. A mon âjje, on est pins sérieux. Vous m'offririez, par exemple, avec vos deux exemplaires de ï Imitation, ce même livre traduit par le sieur de Heuil, c'est-à-dire M. Le Maistre de Sacy lui-même, un charmant lome in-seize, réglé, le frontispice gravé par Bosse, en maroquin noir janséniste, doublé de maroquin rouge, aux armes de Lambert de Thorigny ; vous ajouteriez à ce charmant livre la traduction de l'abbé de Choisy (Paris, Antoine Dezallicr, 1602,

io-lS), et je trouverais au frontispice il» second livre l'image admirable de madame de Main le non , prosternée à l'autel de la chapelle de Versailles (l'image est encore plus rare que le livre); ou bien vous me donneriez, avec la signature de François de IJeauvilliers, due de Sahit-Aignan , avec le charmant portrait, gravé par Desrochers, de madame la duehesse de liour;;o;;ne, à qui ee livre est dédit', jï'rli;iii;;crais volontiers tous ces merveilleux exemplaires pour 1' 'Imitation île JcMis-Clirisl imprimée ]i;u- l'imprimeur d'Kvreux, Hcrissey, un tome in-douze, qui se vend enoon.' aiijourd liui pour

léguer c-et humble livre à ma femme, afin que ma femme à son tour le laissât a sa fille aînée. Et je me croirais plus riche et plus digne d'envie, avec ce livre adorable, que vous tous avec ces merveilles dont vous êtes si fiers : la lîïblc de I.ongepierre , aux insignes de la Toison d'or; le Psautier de la reine Anne d'Autriche; le livre d'Heures de mademoiselle Poncher, la mère de l'évêque de Paris François Poncher, avec ces lettres cabalistiques, Y. P. K. L., c'est-à-dire Isabeau Poncher, i}ità elle ne mis.

Vous voilà bien heureux de posséder la Journée du rhvétir.n qui appartenait à madame île Poinpaduur,

ONZIÈME JOURNEE. sa.-, cl qu'elle n'a pasouvertcune fois dans sa vie ! ou bien les Heures de Henri III, semées de fleurs de lis et de têtes de mort! Vous êtes si fier d'avoir retrouvé à Cambrai le second tome des Lettres do saint Augustin, au chiffre de madame de Cbamillart! .louais tout cela , et, comme il est dit dans la première égloguc :

Son crjuidem in ville», miror magis...

Mais je maintiens que vous serez tout à lait de mon avis, tous ces beaux livres ne valent pas, pour l'exemple et le conseil, l'Imitation -le Jésus-ChrUt au nom de mademoiselle Eruestine Étasse, une simple servante delà ville de Caen. Il était près de minuit; la jeune fille était couchée; elle lisait, pensive et recueillie, à la lueur d'une petite lampe, un chapitre de Y Imitation. Sa pensée et son cœur s'ouvraient doucement à la voix consolante, et dans cette pieuse lecture elle aiferrnissait toutes les vertus île sa jeunesse. Hélas! tout a coup sa porte est enfoncée! Un homme, un meurtrier, un voleur se précipite , et trouvant cette enfant qui Usait, qui priait, on eut dit qu'il était jaloux de sa prière. Alors, quand elle eut compris quel danger la menaçait, elle se défend contre ce misérable, et celuici la tue cil maudissant sa résistance. On a retrouvé plus tard, taché de ce sang virginal, le livre de la

MIS LE LIVHB.

jeune Ernestino, et chacun s'incline, on touchant de ses lèvres cet exemplaire de l' Imila lion de Jésus-Christ. Quoi plus beau, messieurs, île plus rare cl de plus touchant? Kt maintenant, n'étesvous pas de mou avis? Qui de vous refuserait la plus belle place a ce saint livre, et qui voudrait l'échanger même contre un exemplaire de Grolier ou de M. deTliouï

Un murmure approbateur répondit à celle éloquente déclamation de M. de Verneuil. Nous prenons ici le mot déclamation en bonne part.

— Cependant, reprit Ai-Bëiit Sosue-creux après

chants livres qui se seraient par malheur glissés dans sa bibliothèque. On a l'ail certes un trop grand tapage à la vente de M. Noël, ancien conseiller de l'Université, pour quelques fantaisies que le bonhomme avait gardées, et qu'il eût mieux l'ail de jeter à la voirie. II était mort brusquement, sans avoir le lemps de se reconnaître, et le libraire Calliot, qui composa son catalogue, eut la maladresse de ne pas le lire. Alors voilà les dcclamaleurs (les vrais) qui fonl If signe de la croix , et qui damnent M. Noèl de gaieté de ceenr. Quel impie! Encore aujourd'hui le nom de ce brave homme est pro-

ONZIÈME JOURNEE. 207 nonce avec malédiction. Comme je suis l'ennemi de toute injustice, j'ni relevé Je titre de ces livres maudits, et les voici trés-cxieiemetit rapportés : le Système de la nature, par leBaron d'Holbach, le plus emphatique et le plus ennuyeux des écrivains d'autrefois. L'n livre en latin du bonhomme Mcibomins, c|tii n'a fait de mal à personne. Le Cabinet satirique on le paye aujourd'hui, publiquement, au poids de l'or, et les plus difficiles se vantent de le posséder. Le manuscrit d'un imbécile, intitulé l'IletteSitismîe. Il y avait aussi, dans ectte vente abominable, les Espiègleries de Mérard de Satnt-Just, tiré à soixante exemplaires. Pensez donc si c'était dangereux! La Ca/lipédie, ou fart d'avoir de beaux enfants ; on ferait bien mieux de multiplier ce livre-là. Des contes en vers , à l'imitation de la Fontaine, et c'était tout leur crime, Un joli conte intitulé le Galetas, les Poésies libres de

M. Féraud; les Poésies du Collier On les eut

jetées au feu vinjjt ans plus tôt, mais cette fois tous ces mauvais livres furent déposés précieusement à la Bibliothèque royale, avec ta Toilette des dames, les Grâces à confesse. Honni soit oui mat y pense. Autant en emporte le vent, le Cabinet de [Amour, le Conseil de Momns , les Contes gaillards, les Etreintes gaillardes, la Légende joyeuse, et la

3!>K LB L I V Tl E.

Messe ite Guide. 11 y avait aussi le Foyer de l'Opéra, lu Muse en belle humeur, te Souper de Julie, et la Tentation de saint Antoine, autant de poésies senties toutes chaudes des presses de Gaillardopolis. A l'aspect de ces débauches, l'Université, notre mère, s'est voilé la l'ace; et si M. Soél n'eut pris les devants, celait un collectionneur perdu.

Il y avait cependant iVne étincelle par jour; tes Goguettes du vieux temps et le Théâtre burlesque, avec le Papillotage et le Petit Toutou, <jue inon-

i'i ( ;mw, on tout au moins [a COTK G eu eût l'ait justice. I,a cole G est le revenant-bon de MM. les cleres de notaire et de procureur. Dans la cote G ils auraient mis volontiers la licllc eu chemise et les Dîners de M. Guillaume, ils auraient fait leur profit de l'Espion des boulevards et de l'//iîtoire île uitidenioiudle i'riisiiet,- — ■ Il y a, j'en conviens , deux pap's ipii justifieraient, avec un peu de. vijpienr, la fâcheuse renommée de ce ciHalrijpii:, eu y comprenant le Tnu tatus varii de pulkibus...

— Itcstons-cn là , s'il vous plail , reprit le PaiSsl- DENT DE VEHJÏEUIL. Vous avez beau plaider, monsieur Albert, les circonstances atténuantes d'un professeur maladroit , qui ne sait pas «ne sa vie entière est un exemple et que la bibliothèque d'uu

ONZIÈME JOURNÉE. 2fl!> galant homme est semblable à la femme de César, qui ne doit pas être .sou[ii;onii('c. Inévitablement, le jour viendra, le maître jour, où les livres de tel homme aujourd'hui vivant seront appelés en téiiioijjii.ijfc de ses plus secrètes pensées et des fêtes de son esprit.

Respectons-nous nous-mêmes dans le ohoix de nos livres, afin de ne pas être exposés, quand nous serons morts, au reproche de liix-i-tinajje. O le vilain vieillard! diront les jeunes gens; et, dédaigneux, ils s'éloigneront de ce triste cabinet.

Pierre de Cornu. — Me sera-t-il permis, à moi

qui n'ai plus de livres grâce :i madame de Cornu, de me plaire aux gaietés des Bibliothèques imaginaires? Que de fois nous avons souri, les uns et les autres, aux titres charmants des plus beaux livres qui n'ont jamais existé :

tes Simples de Bariole;

Les Contrais de Gattien;

Un Pet en quatre volumes;

La Cornemuse de Platon;

L'Histoire tripartite deCatOn;

La Cosinof/r/ijdiiii d' .lut haiu us Arcna;

Le livre De appetilu 'munis qloriœ, par Pclisson;

Le Descrotoir de tristesse;

Le Put ptmry des affaires de France, traduit d'italien en françois par la Ileync mère ;

L'Art de ne point croire en Dieu, par M. de Bourses;

l.c J'en veux des fillrt de la lier ne mère, en musique, par madame de Saint-Mari in;

L'Oriflamme des jmeelles, par mademoiselle de

la Mirande;

Le Trébuchet des filles de. ta cour, tiré de l'exemplaire de la demoiselle du Tiers, avec les Lamentations amoureuses de Neptune, et le Vatican

GEOHGE. — Les dames ne sont pas oubliées dans ers pelils livres imaginaires , et peul-êlre on fera il

.il.. ..I ..i

de ees desiderata, lin voici quelques-uns dont f'cronl leur profit les secrétaires de madame Mnj;ador et de mademoiselle Thérésa : La manière tic bien faire un fiel,,,, pur Aristote.

Le remis de la Chine, pour le teint de ces dames.

L'Art de mener les maris par te nez, par le marquis de Scolti , dédié à la reine d'Espagne.

Traite des jtdnl.'s et des indulgences plcnières, par la présidente Filloii , dédié- an cardinal Dubois. La Manière de faire tw.x 'lames {les carps de jupe a

ressorts, qui fait aller l'amble ù mie ijorge, te trot aux ttmants, et le galop à leur bourse; île l'invention d'un tailleur de t'Opéra. Petit volume, iiuqmenié d'une petite explication sur l'art de faire des rnlies qu'on peut friper et chiffonner sans qu'il y paraisse.

Topographie du visage des dames, ou l'art d'y placer des mouches régulièrement.

Quiktimen. — N'oublions pas dans ces titres iiu:t;;iiiiih'cs, qui cependant tiennent de si près à l'histoire, une suite de livres mystiques dont on ne saurait nier l'esprit et l' à-propos. Que diriez-vous, par exemple, de quelques jolis petits livrets à l'enseigne de ta frivolité?

votes de ménager leur sauté aux dépens de leur conscience et pour la plus grande gloire de Dieu, par Jean Doucct. A Bénévunt, chez Gaspard Minaudin, rue Vi vienne, :'i la Ilose.

Secret infaillible pour cacher ses défauts et faire montre des vertus qu'on n'a pas cl qu'on n'a pas envicd'acqucrîr, parPerrettedeFourbin. ACrespy, chez la veuve Platrice, rue des HIancs-Mauteaitx, au Masque.

L'Accord du luxe, du jeu, du plaisir et de ta vie mondaine avec, ta plus sublime dévotion, par

Ëtiennc Mélange. A Tournay, chez Franeoise Amphibie, rue des Deux-Portes, au Tournesol.

La Métamorphose des pèlerinages des dévotes eu partie de plaisir, par sueur Thérèse Trottiu. A la Honni' Table, chez la veuve Gaillard, rue Cfaamp- Flcury, au Moulin de Javelle.

L'Art de dire à confesse très-peu de chose en beaucoup de paroles, par Denise l'Entortillée. A Tournus, chez Pancrace Loisir, rue MîcheUe- Comte, au Grand Cercle.

La Grâce spirituelle pour .juinder du premier bond les âmes dévotes par delà le troisième ciel, par le Père Élie de l'Ascension.

Le Secret d'acbalauder un confessionnal et d'y attirer des poulettes i/rasses, par le Père Journal de la Visitation. A Monaco, chez Daniel Blondin, rue des Amadis de Gaule, à la Pierre d'Aimant.

La Boussole des dévotes désorientées, ou Tours d'adresse pour si: disculper aux dépens de la vérité, sans mentir, par Véronique Double. A Mantes, chez la veuve Itadejjonde , rue des Douze-Portes, à l'Éponge.

Cérémonial du grand ordre des dévotes, avec des instructions très-utiles sur les gestes et les tons de voix, et une manière de tourner les yeux, par

Antoinette de Bcaurcgard. A Aire, chez Barbe Grimacière, nie îles Singes, au Compas.

Le Labyrinthe de la dévotion à la mode et te muyea de trouver Dieu oit l'on sait qu'il n'est /mis, par Seholastique Guignard. A Tours, chez Rend Court-en- vain , rue Pirouette, au Merle blanc.

Lu Musette mystique pour égayer tes dévotes utrahiltiin-s ut hypin'fiinlriiifiues , par le l'ère (les Sept Allégresses. A Iiieux, chez la veuve Pantaléon .loilclet, rue delà Harpe, au Violon.

Les Allumettes de la dévotion, par Laurent Gelé. A Ardres, chez Mathieu Dufour, rue Jean Tison, a la Pierre à fusil.

Il y avait aussi, parmi les livres écrits pour les dames en j;éiiéi-al, des satires toutes personnelles , dont le seul titre amenait le rire sur les lèvres les plu,™,o, :

L'Art de faire de l'esprit et d'y mêler celui des autres, par Mlle Arnoux (Sophie Arnould), nie des Deux-Portes , à la Ménagerie.

L'Art de composer sa figure et de rétrécir sa bouche, aux dépens du reste.

Traité d'ostéoloijie, ou le Squelette, des Grâces, par Mlle Guïmard, rue de la Planche, a l'Arbre sec.

Tels étaient les traités les plus considérables de la bibliothèque des dames; mais la bibliothèque des

Iictils-miiilirs (un [lii';iil .111 |(]iii'cl'lii 1 i des pelils crevés) no chômait pas :

I.'Art de dématérialiser tes petits-maîtres allemands, hollandais, russes et chinois.

Les statuts et règlements de l'ordre êlcgunlt'ssime dupnpilhmufjr, perfijlmje, ('(M.s-ii/iirj/njCjCtc., par l'nrbanissime superlieocHntiosissime Zepliiloret, 100 volumes in-folio, formai d'atlas.

Examen de cette question : Si tes femmes doivent encore faire des enfants, par -I. .1. Rousseau, citoyen île Genève.

Truite de l'attaque L f de la défense des ruelles. Comédies :

L'École des petils-mnitres.

La Duperie des peti les-ma i tresses.

Les orgies d'Atuatttonle.

L'art de tromper décemment et d'être dupé avec honneur.

De la propreté des Hybernois.

De la politesse des Suisses et des Flamands.

Du désintéressement des Normands.

De ta subtilité d'esprit des Champenois.

De la bravoure des Parisiens.

De la modération des Bretons.

Les Etrilles des petits-maîtres, édition de Montmartre.

ONZIÈME JO L'USEE. 3<r> Aussitôt que tout fi.it permis (ce sont les époques mitlhemeiises), les Hures imaginaires prirent soudain une libre nllurc, à et; point que les moins prévoyants pressent nient les excès à venir:

]■ Les tours de pusse- /Hisse d'un général il ikux visiiijes, édition superbe couverte en maroquin, dorée sur tranche. Prix.... le bonbeur ilu peuple.

2° f.e Guide-àue îles juges de paix.

3" Le Bilan du due d'Orléans, ou ta A"., de

I)... de unie des liiinifueroutiers ouverte mix prinees.... l'rix : les bain des marchands du Palais- Royal.

A' L'Art d'attraper 880,000 livres en trois minées, brochure intéressante par M..., libraireescroc des quais. Il eu développera les préceptes.

5° L'Esprit de Louis AT/, un quart de feuille... . Prix : gratis. Encore n'est-on pas, f...., sûr du débit.

fi- Les Remords de Marie-Jntoincttc, une demifeuille.... Par la sacrée mille b....! je suis sur que personne n'y croira.

T Traité sur l'Envie et fart de faire fortune,

par Sylvain Bailly. Oh! nom d'un f ! Excellent

ouvrage! Le b s'y connait.,.. Prix.... tout ec

8- /.„ Conversion de Mirabeau l aine, ouvrage rare. Prix : 1 livre 4 sols.

9' Manière adroite défaire bâtir des châteaux aux dépens du public, par 1).... Imprimé à Antouy. Son auteur est banqueroutier de trois millions.

Formidables gaietés du père Duchesne! Elles menaient tout droit àl'éeliafaud.

ViTiiuvE. — Ces choses-là, Dieu merci, ne sont pas de noire ressort. I.a pornographie et la délation représentent, à mes yeux, le même crime. Érasme avait éeril sur l'un de ses traités : jVou amo veri latent seditiosnm : - Ne parlons pas de la sédition, même à propos d'une vérité. ■> Donc, il faut s'en tenir aux honnêtes j;ens qui savent rire. Ainsi l'un des nôtres, M. tëusébe Castagne, a recueilli sous ce titre : Collection de livres introuvables, les Criieh-s de M. Turijot, intendant général à Limoges (17G1-7-Î). Ce brave homme avait fait appliquer sur un panneau destiné à masquer une porte de son cabinet les titres que voici : Traité de la dévotion politique, — Traité du droit de conquête, ouvrage posthume de Cartouche, — Détiens du gouvernement turc.

Traité des ornements de ta poésie •in terne, par M. Eisen.

Grammaire de la langue limousine.

0KZ1ÈME JO0HNÉË. 307

No» venu système sur l'origine des cloches.

Dictionnaire lia caracti-.res à l'usage îles /mi: tes comiques.

Histoire naturelle îles tiatufi-tigres , avec figures.

Traité complet des bâillons.

Conduite des Espagnols dans les Indes, justifiée par le D r Caveyrac.

Histoire naturelle et morale des araignées, avec la description tle leurs amours, par M. le duc de'".

Les Dangers du pain.

Cours complet de munit}', extrait des romans de Crébillon fils.

Cours complet des dixuttvcrtes dus trente et une

M. Agrippai Du digitorum uoininibus et virtu-

Art de compliquer les questions simples, par l'abbé Gagliano.

Du Pouvoir de ta musique, par M. Scdainc.

De l'emploi des images en poésie, par M. Dorât. Le temps , dévoreur de toutes eboses, a respecté

luer aujourd'hui daus la bibliothèque de la préfecture de la Seine un de ces panneaux qui disaient tant de eboses en riant et faisaient justice a tout Je inonde.

Et voila, messieurs, ce qu'on peut appeler Jus plaisanteries fécondes. Nous avuns déjà parlé de l'élevante ci savante myst ific.n ion l)iblio|;ni|diiquc de M. Chalop de Mous lorsqu'il publiait cette brocbure qui a fait tant de dupes et soulevé tant de jjrandes questions de Bruxelles a Paris : Catalogue d'une très-riche mais peu iitimlirciise collection de livres provenant de lu liibliotlièijiie de feu M. le comte. J. X. A. de Forints, dtmt lu renie se fera à Binclte, le lOaoàt 1840, ri orne heure.-, du matin, en C étude et par le ministère de M' Mourlon, no-

live eu l'IiouHeur du propriétaire : Ctmslilultiin du royaume d'Yuetot, du Parallèle des Juifs oui ont crucifié Jésus-Christ leur Messie, et des Français qui ont guillotiné Louis XF1 leur roi.

Il y avait aussi la Fauvette virginale et tes Aventures du capitaine Btainvilte, avec cette' note du t'en comte de Forisas : « Piquantes révélations (vraies ou fausses) sur la hante société de Bruxelles à celte époque, dans le |;etlre des Amusements de Cljovrier, mais plus fort.)

De LA COKTME. — Eh bien , laissons- les rire;

cent. Les livres (le M. Turbot nous annoncent l'esprit libéral qui devait soulever avant 178!>lcs plus |;randes questions de la révoluliim frain/aise. calaldj'iiu du comte de ["misas, compnsé de vo-

qiie la iiif)(|ut>i if ingénieuse il'iiii amali-itr de livres qui veut pousser jusqu'au boni jiar ses exemples la manie et peut-être aussi l'ignorance des collectionneurs. Tout cela est pardonnable; mais silol que l'on rencontre en son chemin quelqu'un (le ces faussaires qui se jouent dans l'ombre, insolemment, de l'honneur des hommes et de la renommée des honnêtes femmes, ceux-là sont tout simplement des brigands, et ce serait bien lait de les traiter tomme des bétes puantes. Parmi ces insidteuis, le plus lâche et le plus malveillant de tous, c'est liuss; -liabutin , traitre à sou roi qu'il adorait à genoux, et, ce qui est pire, traitre à son adorable cousine, madame de Sévijjné, qu'il avait eoufon-

due , o le misérable ! avec les femmes les plus tarées de la cour. Tant que je le pourrai , je poursuivrai de mou mieux cette infâme mémoire. Il est le premier qui ait donné l'exemple de ces biographies infamantes dont notre siècle est déshonoré.

Laissez-moi cependant vous raconter un étrange accident qui m'est arrivé à moi-même en l'an de grâce I8G9.

Je me trouvais , par hasard, à la salle Sylvestre,

de ions, le jeune avocat baron de Rothschild,

priée, j'attendais je ne sais quoi, lorsque je décou-

'■■ ■■ I qin I ■ ■ | 1 1 mi

annonce en ces termes de mépris : On vrmjrit, après In vente, plusieurs lots île livres min enlulni/iirs .' un tout petit tome, en triste condition, mal broché, mal cousu, et recouvert, par charité, d'un papier bleu. Jamais bouquin de plus triste apparence, même dans les protervies que les regratteurs laissent traîner avec les verres cassés ci les vases ébrérhés, et toutes les choses sans nom de la vente après décès! Pourtant, dans cette abjection, ce petit misé-

Page 1