‹ Le livreChapitre 7 sur 15 · VI · texte numérisé non relu

VI

les autels renversés, dans les trônes croulants, ces glorieux vestiges du passé. C'est être ingrat que de les méconnaître, injuste mie de les accuser.

— Tout beau, tout beau, mon cher camarade!

s'écria notre ami JACQUES, il ne faut pas (pie Cicéron vous monte à la tête, et ne nous .fâchons pas pour ces antiipiiles dont le secret n'échappe â personne. Quant â moi, je reviens à mon dire. Après Verres, saveï-vous un plus terrible anticpiaire, un curieux plus funeste (pie le cardinal de Mazariu? .le puis vous montrer, je ne dis pas vous prêter, un tres-boau (unie in-ipiarlo de quatre cents pages, dédié par leur illustre président à MM. les membres de la Soi-îdh- l'Iiilohililon. Vous savez, le nom royal de ce grand amateur et collectionneur des

pins beaux livres; voua savez qu'il est liabile, également, à tenir la plume, à perler l'épée. 11 réunit dans sa personne tous 1rs earaeléres du grand cala loi-lime mobilière du 1-ariliiial Ma/.ariu, destiné à jeter un grand jour sur les dilapidations, les vols, les ianlaisirs conteuses auxquelles pouvait s'abandonner impunémeiil un premier ministre en plein exercice de la royauté absolue.

Il n'y a rien de plus superbe <pie le présent catalogue, cominrneé le li septembre de l'an de ;u'àco 1653, à l'heure où l'astre éclatant de l.onis XIV

resplendissait de mille feux, .lamais entassement plus considérable des pins belles obèses n'avait signalé le goilt et la dépense d'un simple mortel. Séjan lui-même avait moins pressuré son peuple, et le surintendant Foucquct, qui ne savait pas jusqu'où donc il pouvait monter, n'eût pas rêvé un pareil garde-meuble. On rencontre à chaque pas de ees contes des Mille et une Nuits, des œuvres impossibles et des merveilles inestimables : ornements de vermeil doré, jaspe vert d'Orient, jaspe d'agate cl lapis oriental.

On ne disait pas: ta rli/ificlli-, on disait: la gloire deM. le Cardinal : Christs d'or, t ■ e ■ [ i ( 1 1 1 j a ï i ■ r- s tti; c-rislal de Venise, vasrs d'agate, chandeliers d'argent, de Paris, soleils de cristal de roche, sirènes chargées de fleurs, coïfrrls , porcelaines, ambre jaune, béniliers, bouteilles ornées d'arabesques de corail, cassettes en écaille de tortue où l'on voit Tancrède et Clorindc, Annick et Renaud ; caves d cbène, lasses d'argent, écritoires de la Chine! 11 possédait l'horloge en diamants de la Heine mère ; il communiait dans un calice nus armes de la lieine mère; une sonnette d'argent ornée de dauphins et d'oiseaux ; un grand vase de vermeil doré, ciselé', sur lequel était représenté le roi Louis XIII entrant dans la

lii,.*h'*l|. , un. .;i ,ié.J. 1 1. \.r il. y ,:mi

cent trente-quatre marcs d'argent.

Il possédai! cinquante vases d'argent ciselés, (pie dis-jo! il en avait deux cents, les uns enchâssés de médailles d'or, les autres seines de coquilles. Vingt coupes, vingt drageoirs, vingt cassolettes. Des salières sur des pieds de harpie, sur un dragon, ou portées par des grenouilles d'or! Il avait quatorze candélabres d'argent, quatre douzaines d'assiettes d'argent, douze chandeliers, douze flambeaux, six fontaines d'argent, trente flacons sur une table carrée d'argent blanc.

DEUXIÈME JOURNÉE. SB Ses chenets, d'argent ; ses écussons, d'argent; verrous d'argent , torchères d'argent. Son luth .'■tait enfermé dans une toile d'argent; réchauds, boîte à poudre, bassins, plats grands et moyens, soucoupes, <r<ilx>[i.'l$, tourtières, etc., etc., d'argent. Ah! que d'argent! Notez bien que ni ses diamants, ni ses perles, pas plus nue ses terres, châteaux, domaines, abbayes, cvêchés, palais, maisons, ne sont consignés dans le présent catalogue! Il ne contient que le mobilier de M. le Cardinal.

Ses tapisseries valaient le double de tout cet argent; on en ferait tout un musée, et la description de ces riches tentures ne contient pas moins de cinquante pages. Les tapisseries qui venaient du maréchal d'Ancre (assassiné et dépouillé), étaient prisées à cent mille francs. La tapisserie intitulée Vutcaitt, donze mille livres; le Paris, vingt mille livres ; les Actes des apôtres, qui avaient appartenu au juif Lopez, soixante mille livres; les Cinq Sens, huit mille livres. Les tapisseries des Flandres et de Bruxelles ne manquent pas à cette riche collection, non plus que le velours de Milan, .le note, en passant, une tapisserie de Bruxelles sur les dessius d'Albert Durer; une tapisserie d'Angleterre, d'après le Titien. On aurait le vertige à les voir, chamarrées sur les coutures, de passements d'or

Milan, avec les armes de Son Excellence.

On ne suit pas le nombre des portières, des bordures , des traversins de taffetas blanc. Xotez que dans la guerre civile et durant le court exil du Mazariu, quantité de belles tapisseries, appartenant «11 Mazarin, avaient élè vendues à l'encan. Il les avait rachetées après la paix des Pyrénées, sou chef-d'reuvrc ; il en avait mendié au roi il Es|>;ij;ih\ Aillant de tapisseries, autant de lapis :

rose ou violet, à fond d'or et d'argent; tapis de Cbiilc eu velours cramoisi, bordés de fleurs; tapis de Turquie et tapis de Bruxelles et de la Savonnerie. Étoffes de tout {jenre : en brocart de Florence, en velours de Gènes ou île Milan, en damas de Lucqnes, en gaze de la Cbiuc. Tout cela par deux cents el trois cents aunes, s'il vous plaît.

La description d'un seul des lits de Sou Imminence est toute une affaire, et M. de Balzac luimême v perdrait son latin : le lit, les pentes, les rideaux, les bonnes grâces, les soubassements, le fond du (il, la courte-pointe; le bois de lit couvert de laines d'argent, le dais de velours en broderies, et ses quatre cordons, ses trois rideaux. Il n'a pas moins d'une douzaine de ces lits si complets, si précieux, avec leurs chaises, leurs fauteuils, leurs cou-

DEUXIÈME JOURNÉE. fil yeiïuresd\\ii;deteiTe, leurs prie-l)icii,h'iirs eai reaiix de velours : lits en in tlicnm: au ]iririlcmps, en de la Chine pour I Y-té ! Kt [es lits de repos, 1rs chaises à dossiers ! Ou verra dans ce recueil in extenso comment était meublée la chambre de Son Émincnce an Louvre, et sa garde-robe et son antichambre.

Un gros cahier suffit à peine à contenir le détail du linge de monseigneur : aubes, ehasuhlrs (l'un double taffetas, éloles, cni-poiau*, parements

et de velours, manteair\, genouillères, robes de ebambre, baudriers, justaucorps, oreillers de sen- !eur, cordons d'or et do suie . fourrures on martre zibeline, en loutre de Terre-Neuve; dentelles, et, tout de suite après, les miroirs : miroirs de Venise, cabinets d ébènc; tables : albâtre, lapis, jaspe, cornaline, héliotrope, calcédoine, marbres de Gènes, pierres de parangon. Le grenier, le 'jnletns et l'en- Ire-sol, la raisiné et le tjartlc-»itin</er avaient leurs magnificences. Les chambres des gentilshommes et officiers sont peu garnies, il est vrai, car ces grands seigneurs étaient rudes au pauvre monde, à commencer par Louis XIV.

Le Roi était le seul qui fût bien logé dans sou palais de Versailles, où il avait la prétention d'abriter toute sa famille et tonte sa cour.

Vous ne trouvère/, pas la bibliothèque en tout ce catalogue; elle existe, elle s'appelle aujourd'hui la llibliothèque Mazariuc; elle est administrée, à la façon des anciens maîtres, par le plus modeste et le plus délicat des bibliophiles , M. de Sacy, un admirable écrivain.

Voici, en revanche, l'inventaire îles tableaux du cardinal de Mazarin; c'est tout un Louvre. En sa qualité d'italien, il aimait 1rs tableaux et s'y connaissait; en sa qualité Je ministre omnipotent, il en amassait qui ne lui coûtait-ut jpiire. Les plus jjraads noms delà peinture ancienne el moderne ri latent dans cette fjalerie. On y voit le Guide à coté du Domhiiquin; l'Albanc à coté de rJrcmjliel de Velours; le Bassan, Lucas de Le y de, Paul Véronèse et Poussin, Léonard de Vinci, Van Dyek, Parmesan, Pierre de Cortone, le Bronsino, Daniel de Volterre, Ttntoret, les trois Carrncbe, Rubeus, André del Sarto, Kapbael et Pérujjiu sou maître, le Giierclim , et, poui- tout dire en un mot, tout ce qu'il y a de plus rare et de plus exquis dans

la gloire et la fortune d'une grande cité. Tel était ce musée intime, dont les fragments parent notre Louvre, et dont le reste a couru tous les hasards des révolutions et des caprices d'amateurs.

Une de ces merveilles appartenait au* Barberini ; Ma/.ariu, ijui la voulait, la fit demander par la reine Anne d'Autriche an cardinal Antonio. Rome, en ce temps-là déjà, se courbait sdiis la main de la France; elle n'osa pas refuser le Sposutîzio à la Reine, et Mazarin s'en empara le même jour. Ces Épousailles de saillit' CiitlwrÎHL', du Corrége, ont posé leur tabernacle cil plein Louvre, heureusement.

Mazarin possédait aussi la Fêtius du Titien, sur une peau île tigre, et peu s'en fallut que l'indigne héritier du cardinal, ce misérable duc de Mazarin, le plus ridicule bâtard de la fortune et du hasard, ne mit en pièces la Vénus! Les plus belles toiles du cabinet de Cliarles I" appartenaient au cardinal; le Saint Michel, de Raphaël, était à lui. Ses marbres valaient ses tableaux ; les dieux anciens, les héros d'autrefois : Hercule et Cèrès, Orphée, Apollon, Mercure, Atiiluiilu ! Dur. image adorable de Ibppéc au sortir du bain, sous un linge mouillé qui laisse entrevoir ce que la daine ne songe pas à cacher; !'. Iilmas, le l'aune, et la Muse, et la Gràrr, acriiiiipiigïiaieiil dignement ces belles peintures.

Mazarin était ce qui s'appelle un curieux; l'introduction ajoutée ù son inventaire, écrite avec un goût parfait par S. A. R. le due d'Aumale, esl remplie des plus fins détails.

A vingt aus, le Mazariu étaii déjà un brocanteur,

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fait, avant d'être lui puissant cardinal, plus d'une trouvaille heureuse; dans ses fréquents voyages, ce grand politique oubliait rarement de visiter les meilleurs peintres, d'interroger les plus habiles architectes. Il avait toute confiance (il n'en clail pas prodigue) dans l'habileté de M. Jabaeh, le plus habile connaisseur de son temps. Lorsqu'au mois de décembre 1(151 la tète du cardinal fut mise à prix, il ne s'en inquiéta guère, il no s'inquiétait que de ses livres et de ses tableaux qu'on allait, vendre, et qu'il avait confiés à un jeune commis, nommé .lean-Ilap liste Colbert. l'A quand

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nd'peine, et s'arrétant devant chaque nui les meilleurs, il disait avec un

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■ Il faut quitter tout cela, tout cela!

bers tableaux que j'ai tant aimés et qui

DEUXIÈME JOUItNÉE. tir, En même temps il regardait son Tilii'ii, sou CuriVjjc, et cet incomparable Dcfitije d'Antoine tlarrache; il lrnr disait adieu d'un regard plein de larmes.

Justice du ciel! voilà du moins un brigand ipii est entré dans le j>ui'i;atoii , e avant d entrer dans le tombeau : Lit peine tin )iurtjiiltiîru lit plut t/imitlt'

Chose étrange! il regrettait beaucoup plus ses tableaux que ses livres. Les tableaux se sont disperses dans les Musées, mais, Dieu soit loué! les

ont été préservés de la dispersion. La /fiWi'.if/ièi/ue Mmiirine.' atteste encore aujourd'hui le zèle et le bon sens, l'ardeur studieuse et. le bon gout de son

fondateur.

I BiMiothrœ a /unitaire Manrùaa.

M. de la Comme. — Nous avons mal parle du

cœur toute la semaine, et je «lois vous dire, en commençant, qu'au moins fallait-il rendi t- à l'habile

chanter le menu peuple et les faiseurs de chansons : II- c /tfi nient, //■. rlitiHli'ii).. . ils payeront ! disiil-il. il possédait le recueil complet des Nnzurintides, el dans ses jours (le fâcheuse liittiietii', il s en lais.'iil eliiiulcr quelques-unes par la hclle Hui leuse Maneini, r 1 11 i riait comme nue folle. Il se plaisait surfont aux chansons 1rs plus salées, dont les litres lie peuvent |;iirrr s'écrire tout au lonj; : le Testament amphibotogii/ue... la Bouteille enssèe... la. Lettre de lu sitjnora Foulakina... l' lin/'ii'cation contra l'engin..., et, qui le croirait? In Custode de la

Un chansonnier n'aurait pas eu si hou parti du cardinal de Richelieu. Mazarin, pourvu que tout au moins il ne lui en coulât rien, trouvait toujours un prétexte ù pardonner : un seigneur se juslitiail par

tic bonnes raisons d'une entreprise que If t.isi-JiiKiI lui imputait faite sur sa personne; il lui ilit :

trouver une couleur. .Te mi: souviens d'avoir oui ou pivdieateur qui faisait l'apologie de Judas, eu représentant qu'il était intendant des finances et maître d'hôtel de Jésus-Christ ; de sorte que , voyant qu'il niaui|Liait de fonds pour taire subsister la compagnie des Apôtres, il pensa ipio les.Tuifs souhaitaient avec passion de prendre son Maître, el que s'il le leur livrait el le trahissait, ce serait un bon parti pour avoir de l'argent ; d'autant plus qui] croyait que sou Maître aurait le pouvoir de se tirer de leurs mains, puisqu'il s'était déjà tiré de plus méchants pas que celui-là, et que cependant il ferait subsister la compagnie... i

Il faisait souvent ce conte-là pour consoler les traîtres et les faux amis. C'est pourquoi nous devons ménager le cardinal de ftla/.arin.

— Dieu ait son àme! reprit Saint-Gelais; quant

on pourrait faire un choix bien rare. Laissez dire.! est une devise heureuse. U n'y a rien de plus beau et de plus charmant que la parole. Elle est semblable il ce nouvcau-ué dont pLirlail !e plus éloquent

défenseur de la li!

oublié Chateaubi

rions tout fiers cl tout charmés. Alors dume M.\ll— i;i:kiutk récita celte pa|;e exquise à la tuuaiijjc îles potte. et des écrirai»:

. Voici, disait-elle, un couveau-né qu'une nourrice porte dans ses bras. Qu'a-t-il dit qui donne tant de joie à ce vénérable vieillard, à cet liotimie fait, fi cette jeune épouse? Deux ou trois syllabes à demi formées, que pas un n'a comprises, et voilà des êtres raisonnables transportés d'allégresse, depuis l'aïeul , qui sait lotîtes les choses de la vie, jusqu'à

la mère qui les ignore encore Qui doue a mis

celte puissance dans le verbe de l'homme? Pourquoi le son d'une voix humaine vous remne-t-il impérieusement? Ce qui vous subjugue est un mystère qui tient à des causes plus relevées qu'à l'intérêt qu'on peut prendre à l'âffe île cet enfant ; quelque chose vous dit que ces paroles inarticulées sont les bégsyemcnts d'une pensée immortelle. ■

Al.BEHT. — Hélas! plus ces va[]isscmcnls du monde intelligent sont entourés de joie et de pitié, plus nous nous rappelons de quelle haine imphi-

TROISIEME JOURNÉE. i>!l cable en tous Ifîs temps fut entouré ce merveilleux produit du génie et do la volonté des hommes qu'on appelle : un livre. Il n'y il pas de serpent, de bëte fauve ou de ministre odieux qui ait été traqué, per- <n nié , mallraiié :i utanl que lit plus simple cl la plus innocente des brochures. Condamnation, abolition, expurgation! les puissances d'ici-bas u'ont que ecs mots a la bouche. Ouvrez les prisons, allume/ les bûchers; au feu le livre! au feu l'auteur! Ils ont brûlé les Lettres d'Hàldise et d'Meilard! Jean- Jacques Rousseau les a ressuscitées. Ils ont brûlé, par arrêt du parlement de Paris, Y Histoire u/iiversetle cl' Agrippa il' A ubirpié , l'aïeul de madame

ans fa;;ols , des arguments ans armements » , disait

d'Aubigné en tête de son livre intitulé : les Misères.

Ils ont brûlé, t'était justice, le Dirtimiutiire his!u~. riijiii: et rritii/iw de Pierre lîuyle, ettle ces cendres toiles encore, le doute est sorti sous le nom de Voltaire. Ils ont livré vingt fois la sainte llilile à la main du bourreau; ils ont déchiré des huiles ..h ■ I | lu- i ■n i | •--(■! 1 1 ■ .1 ll- iu. M i.'Ul détruit des testes approuvés de la Sorbonnc. Ils ont anéanti la Cite du Soleil, écrite par Campanelia. Campanella, vingt-sept ans de prison et sept fois la torture! ;

Cherchez partout, dans les meilleures maison* des plus grands citoyens, vous ne trouvez que des livres brûlés : lu Sagesse, de Charon,le Cjmlialum mundi de Bonavenlure Despériers. Où donc allez-vous, cruels, courbés sous ce fardeau? — Nous allons, répondent- ils , porter au pied de l'escalier de justice iouie l'Encyclopédie, avec les planches de trente-trois volumes. Nous y porterons demain V Esprit 'les lois et le Téltmaque de Féuelon. Haine impie, implacable! ils n'onl pas mémo épargné les livres les plus inno-

Ils ont condamné ce pauvre Hclvétius, tout autant que ce triste baron d'Holbach. Il» ont brûlé les petits livres du Père Joseph Jouvency! Certes, Il fallait avoir du bois à perdre. Ils ont supprimé l'Étage de Fénehn, par M. de la Harpe. Ils ont logé Lenglet Dufresnoy à la Bastille! Un homme avait fait une collection des livres brûlés.... ils ont brûlé l'homme et son livre. Or ne pensez pas, mes amis, que la mode en soit nouvelle; au contraire, elle est de toute antiquité. C'est un plaisir que les puissants d'ici-bas se donnaient déjà six cents ans avant Jésus -Christ, comme on peut le voir an premier chapitre du premier livre des Machabcos : Ils ont déchiré le livre de la loi ,

TROISIÈME JOUnSÊE. 71 et ils en ont jeté les feuillets dans les flammes. « El lilrros tei/is riimlm.iswiint '</'"', ."'/Weiifes cnv.

Dans les premiers temps île Home, la sibylle offrit aux Romains sis tomes mystérieux qui renfermaient toute leur histoire à venir., mais ees insensés hissèrent limier 1rs quatre premiers lûmes, et n'achetèrent i|iie les derniers. Et quand chaque année, au 13 septembre, le grand prêtre enfonçait dans la muraille du temple un clou qui leur scrvait à conserver la mémoire des époques fameuses (/«t» fl e« cto..«m), cl.aqne fois que le grand prêtre

cruellement les prophéties de la sibylle.

De quelle haine étaient poussés les incendiaires de la bibliothèque d'Alexandrie? Elle était la merveille du monde ; elle avait été fondée par un roi grand ami des belles-lettres, im roi d'Athènes. En ce rendez-vous de tous les livres connus, arrivaient de tontes parts les savants, les philosophes, les docteurs; tout d'abord ils demandaient \'Anligoiif de Sophocle, la Pliitht: d'Euripide, et le l'ramëthée d'Eschyle. Et lorsque eufin Alexandrie étant prise par le plus fameux des brigands qui aient épouvanté le monde, Omar, Omar commanda de brûler tout ce qui n'était pas le Coran Tendant six mois les bains d'Alexandrie furent

Tï LE LIVRE.

l'Imuflos au feu ilos quali'tf cent mille volumes

épargnés par Cléopatrc.

Sajnt-Gelais. — C'est pourquoi moi, qui nuis assez indifférent en matière de religion, j'ai pris en jjramle liainc Omnr et Mahomet son maître; leur fameux Coran n'est guère tpi'imc ri -union de toutes sui tes de plagiats. J'ai connu des gens (pii s'iiempaient de ces livres orientaux; ers {[ens-h'i n'ont pas de mémoire ; ils ont oublié tous les feuillets brilles et déchirés par ces barbares. On retrouve

traitaient si mal les orateurs, les historiens, ils

s'agenouillaient devant ce -lnitiqitiîï qu'ils ;i j >[i i ■ i.ni <■ n 1 le Unit par excellence. Non, non, je ne dirai pas eoiiiuie Scaligcr dans sou épilre à Casaulion : Tonte In liltn-iititri' nrnbi' est vtntteiiHe dans le Coran. -S'il eu esl ainsi, tant pis pour la littérature aralie. Au demeurant, mon cher .Songe-Creux , que d'ineendii-s vous oubliez dans votre martyrologe! Il y avait, au milieu du treizième siècle, un certain docteur de Sorbonne appelé Guillaiimc de Saint- Amour. Il a fait plus de cent volumes, et tous ces volumes ont été- brisés, condamnés.

TROISIÈME JOUtt.NÊE. ::i Il est l'auteur du traité (les mendiants qui se portent bien : I)t- vuliidt mi-ndit'iinti' . Et vous ne voyez pas le bon motif de brûler un pareil livre/... Il a fait pousser des cris de paon à tous les moines de l'Europe. — Saint- Amour, tlisaient-ils , leur' coupait l'herbe sous le pied lorsqu'il enseignait qu'un Irommc en bonne santé n'a pas le droit de tendre une inniii lainéanle ;\\\x passants; fit voilà

■ ■ | ■ ■ i i' lui 1 ' ■ I 1- ■■ l ■■

comme exécrable et scélérat : ttinqnnm iniijuuui, sceteslum et exeernbilem. Il n'a fallu rien moins pour apaiser la sédition des moines, que l'autorité du roi Louis XI. Saint Aujjustin lui-même, il n'a pas manqué de délateurs. Il avait, disent les uns, beaucoup moins d'érudition que de bel esprit ; il ne savait pas les anciens, il méprisait le (;rco. Il avait , disent les autres, beaucoup plus de sublimité que de solidité. C'est seulement, lorsqu'on arrive à son fameux livre la Cité de Dieu que vous n'entendez plus que des louantes; t'est alors seulement que l'on reconnaît l'admirable rhéloricicti. Jamais un, plus que lui, n a défendu la religion chrétienne contre les blasphèmes des payens l'accusanl dasaccîmement de la ville deltomecn l'an de grâce lit). Telle était l'opinion rie Cliai lemajpie ; il savait par cœur le livre de tu Citi 1 de Dieu.

N'oublions pas que /.i Citt ! tin Dieu fut li' premier livre sorti de l;i main des premiers impriuieurs- Certes, votre liste fst longue, mais la mienne l'est beaucoup pins. Qui vous eût dit qu'Érasme était un

suspect? que sa traduction du .Voiieerc" Tvslmiicnt, imprimée clans Anvers avec: la permission des supérieurs, fut à la fois autorisée et défendue, et (ju'oii l'appelle encore aujourd'hui lu l'crsion permise d'un auteur condamne? Le rire d'Érasme a fait beaucoup plus de mal, disait un grand docteur, à la cour de Rome, que toutes les fureurs de Lutber. Que disons-nous? ils ont brûlé Savonarolc. Aristote! à ce nom seul surissent les difficultés les plus grondes. Au temps de Pompée, Aristote avait dis-

Sylla, victorieux d Athènes, lit transporte]' dans Rome les écrits d' Aristote. A dater de cette heure, il eut de vrais disciples; il devint presque une croyance, et chacune do ses paroles trouva désormais un commentateur. Comme ils ont traite- Lucrèce et son maître Apicurc! Ils appelaient le poème de lu Nature un jeu d'esprit. Enfin, chacun les croyant à bout de condamnation, ils condamnaient en bloc tous les livres dont la condamnation s'était perdue.

TROISIÈME JOURNÉE. 7."i Ils ont traite comme ua livre de théologie hi fameuse ode, la honte et l'orgueil de Piron!

ALBERT SoSGE-CnErrx. — C'est une bonne histciire. Un jour (jue lioyer, le Théatin, représentait à Louis XV que l'on ne pouvait pas ouvrir l'Académie à Piron, le roi, qui riait parfois : — Monsieur

eette ode, mais je ne l'ai pas lue; ayez clone la honte de me la réciter. Et le futur évéque de Mirepoix la récita mot à mot : académiquement, disait.

BEliNAtlO (LlKETTES DES PtHXCES). Mes amis,

Marier, lorsqu'un beau jour elle se mil à pleurer Pindare. Hélas! l'hulare est mon , disiiii-cllc eu sanglotant; si bien que sa servante, à son tour, pleitrait Pindare. Eu second lieu, ne soyons pas injustes; si le livre a vraiment des ennemis furieux, convenons aussi qu'il a rencontré d'admirables défenseurs. Sénèque a très-bien dit : » Ne nous inquiétons pas du nombre: des livres, inquiétons-nous de leurs enseignements. » Peu lire et beaucoup ajjpren'dre ; le changement de livre n'est qu'un plaisir. I, 'empereur Alexandre Scvcrc composait ainsi sa bibliothèque : Horace cl Virgile, Platon et Cicéron. I.e doux Mélanchthon se contentait des traités

d'Arislote, île Pline l' Ancien, do Plolémée et de Plutarque :

En avoir bi'aticmi», e\:il hi-fiPiuii- ; En (Huilier |irti, c'est iigcne.

La profession d'écrivain, t'est Dieu liii-niéiin: r|iii l'a faite, lorsqu'il gravai! les douze commandements sur les t;ibles île la loi. Les Juifs dans leur Temple renfermaient uniquement les livres de Moïse, îles rois et des prophètes. La llible est lonl un momie, et vraiment ec serait trop de larmes à répandre s'il nous fallait pleurer sur les œuvres d'Orphée ou de Liuus, sou fils :

Qui fl»tic l'w.ir Hir t'»lilme de» t™|i».

Certes, nous ne serions | j ris fâc hés de retrouver dans l'ile de Guide, où Vénus était adorée, une suite de doux poëtnrs sur des autels de marbre et d'or, et pourtant j'aurais ;;iaud peur (pie la trop grande quantité d"éhi;ïcs .'lu relises finit à la longue par nous rassasier. Dans la fameuse bibliothèque du Vatican, mieux encore dans la Bibliothèque royale à Paris, on nous donnerait deux cents volumes à choisir, nous serions plus que contents. — Déjà du temps de Martial se reneon Iraient

TROISIÈME JOURNÉE. 71 ces infatigables collectionneurs, fjiii finissaient touj'inrs par démasquer leurs livres :

Si c'est Trvj'liijn b\> jni^si'ile, C'^t maître Anliplirnn qui to lit.

Ou si vous aimez mieux cette autre épifjranime d'Ausoite à sou voisin Pliilomns :

Vitruve. — Quant à moi, je ne regrette pas tant les livres du temple de (inide que le temple même, et j'ai vainement cherche la bibliothèque de Charli:mnj;iie au beau milieu de l'Île Harbe, à Lyon. L'île est située à deux lieues de la ville où tant de rlii'ti'iii's soutenaient 1 Iunuicur tic la lan;;uc latine I.e Hot doux et eliarmant de la Saône invite à ia lecture autant qu'au repos , mais la bibliothèque a disparu peu de temps après Louis le Débonnaire. Alors la pierre contre les livres recommença de plus belle. Tantôt c'est le connétable de Bourbon , un traître , qui passe sur le corps du chevalier Hayard pour aller brûler Home et la bibliothèque Vaticane, que Baronius comparait nu/île! i/ui prend nittiffiireiiunral les bon* poissons, les mauvais et les pires.

;s le livre.

Tantôt les calvinistes c! les luthériens qui brûlent les livres des monastères ; tantôt les catholiques i|iti brillent la Bible et les catéchismes do Calvin. Padone a perdu ses livres, Ferrarea perdu les siens. Charles- Ouinl a volé les manuscrifs du due de .Maritime. Où sont (es écrits des Pères de l'Oratoire, des Augiislins, des Jésuites, de la reine de Suéde et du cardinal Altieri? Les Espagnols uni pillé la bibliothèque cle Cordonc, honneur des Maures. Tant de hibliotlië- (jnes dans la ville d'Amsterdam, dans la ville d'Ancrées, hébraïques, ohaldaïques. . . ombre et fumée!

A Stockholm appartenait l'original du Coran, que nous maudissions tout à l'heure, .le ernis bien que, de toutes les collections du monde civilisé, les bibliothèques de France ont été les plus malheureuses. Il y en avait une à l'archevêché de Rouen toute resplendissante des merveilles du seizième

siècle elle a dis.] m ni il ans les ; (lierres de religion .

Il y en avait une à Caen chez les Cordelicrs, une autre au monastère de .Suinl-l'ranrois-la-Baumrlte. Aix, Tuurunii, Toulouse, autant de grandes collections disparues. On'a-l-on fait des livres du grand Condé, de ses manuscrits grecs cl latins, rassemblés par son père ? Qu'a-I-On fait de la collection du cardinal de Bouillon? On a vendu aux enchères les

livres île M. de Cutbert, les livres ilu président de Lamoijpion, de MM. de Thon, les ancêtres île ce fameux Jacques-Auguste de Thon, s'appelait Verax. Ils avaient aussi des merveilles, tes grands magistrats : M. ic procureur général de ilarlay, M. l'avocat général Talon, M. de Camboul de Coisliu, l'vêijiie. d'Orléans, De nos jours, le dernier des Coislin s'est ruiné glorieusement à aclieter îles merveilles inestimables. An temps de Louis XIV, ou célébrait déjà la bibliothèque de M. Huet, abbé d'Atmay , précepteur de Monseigneur le

M. Huet était une bibliothèque vivante : c'est le mot d'Eusèbe en parlant de son ami Pamphile. Nous n'en finirions pas si nous voulions tout dire. Il y avait aussi, parmi les grands bibliophiles, M. Justel, M. Dupuïs, M. Fonnentin, chanoine d'Orléans, M. Girand de Lyon, M. Charpentier, M. d'Hérouval, M. de Cosne, avocat au parlement, M. Malcbranchc, conseiller au parlement et le digne frère de l'illustre auteur de la Recherche île ta vérité. M. de Ville vin, grand collectionneur d'estampes; M. de Salo , grand chercheur de pamphlets. M. de Boucherat et M. de Caumartin, conseillers d'État; M. de Lauluay excellait à trouver les livres fugitifs...; à peine imprimés, le vent les

emporte. A la Sorbouuc :i | i tcnuictii les livres du cardinal de Richelieu; à Sainte-Geneviève In superbe collection du terrible chancelier Si'jfiiier. 11 en reste encore, en dépit des voleurs. Mais les livres du collège de Navarre et les livres de Snint- Vietor, une fondation de l'rimeois l", et les livres du collège de Clermont. . . disparus ! Qu'est devenue , on l'ignore, la liible dont se servaient le cardinal de Lorraine et Théodore de Bèze au colloque de l'oissy? la bible de la reine Blanche, mère, de snint Louis/ L'abbaye de Saint-Denis a perdu à la lois les habitants de sa biblioihèijuc et les hotes de

collection sacrée qui eût été sauvée par miracle des fureurs sanglantes de I7!lii! Et n'oublie/ pas ipie dix-huit ans après celle indigne profanation, le peuple éclairé de Paris s'en allait au château de Xeuilly, dans la maison d'un coi, disons mieux, d'un père de famille , pour s'enivrer du vin de ses eaves, et pour couvrir des plus indiques profana-

TIlOlfîIKME jocnMËi-;. SI lions les plus mîijjiiîHijiK^ exemplaires do Voltaire et lie Diderot.

[cl, Justikieh un Vekieuil, découvrant sou visage sévère et tout couvert de hante : — ■ Il n'y a rien de plus juste, en effet, disait-il, que de s'indigner de tes profanations, pourvu qu'elles nous soient lin lion motif de redoubler de reconnaissance et de respect pour les instituteurs du genre humain. En vain la flamme et le fer, l'eau, l'oubli, le ver qui ronge, et les hommes qui déchirent, s'acharnent à ces merveilles de l'esprit, les brigands et les insensés ne sauraient nous en distraire.

A tout seigneur tout honneur. Commençons par nous incliner devant le véritable inventeur de l'imprimerie, llans ou Jean Gutenberjf, né à Maycuec en 1400, mort à Maycnce eu 1468. Il était de noble famille, vous diront ses enthousiastes, et nous dirons, nous, qu'il était de race divine. Autant de villes se son! dispiilé l'honneur de lui avoir donné le jour, que s'il avait éu' l'auii-iir de l'Iliade et de l'Odyssée. 11 eut pour son assorié Jean Fusl, rapil aliste ingénieux, qui, pour sou argent, a partagé l'honneur de la découverte. Un de ses ouvriers s'appelait Pierre Sehœffor, citoyen de Maycnce. La reconnaissance des peuples lui a donné sa part dans l'exercice d'un art qui a rendu

célèbres tous les honnêtes gens dignes de toucher aux choses île l'imprimerie. Enfin, plus d'un philosophe a l'ait de Gutenbcrg un faiseur de; miracles, un docteur Faust, un sorcier pour tout dire, quand il était tout simplement un enchanteur. 11 est vrai ([ ue l'imprimerie était devenue un art indispensable. On la pressentait dans le monde intelligent, comme on a pressenti plus lard l'électricité et la vapeur. Le roi qui régnait alors sur la France en mal d'enfant, s'appelait le roi Louis XI; il était monté sur le trône le 22 juillet 1461, et son premier soin fut d'encourager les trois premiers typographes français : Ulric Gering, Martin Crantz et Michael Fribnrgcr. Ainsi, trois imprimeurs a Maycnce et trois imprimeurs a Paris, imprimant le grand livre, et remplaçant à tout jamais la xylographie, e'esl-à-dire les livres gravés sur bois, en attendant l'invention des caractères mobiles. De ces livres xytographiques il ne faut pas trop médire; ils ont été les premiers inspirateurs de Gutenberg. Ils ont répandu dans le peuple, ignorant de toute chose, un certain goût de curiosité et de lecture. Ils ont été pour ainsi dire le berceau de l'imprimerie, et quand nous vous parlons dans noire argot des livres incunables, là, voyons, ne rougissez pas, vous faites semblant île nous comprendre.

mencement de l'imprimerie. — Encore aujourd'hui, certains bibliophiles ne se croiraient pas au grand complet s'ils ne possédaient en xylographie un exemplaire do VJn moriendi, ou tout au moins quelqu'un des feuillets de ce livre introuvable, avec

l'image du démon : Tentitcio dyaboli Quant à

moi.il me suffit d'avoir feuilleté VJrs morïcndi ou ' le Spéculum humants salvalionis, de M. Yémeniz. .le ne tiens guère à posséder ces images informes, ces caractères joints ensemble comme s'ils étaient écrits à In main par un copiste inintelligent; ces grandes lettres mal ornées, ces pages d'inégale grandeur, imprimées séparément, et qu'il est impossible de plier avec quelque élégance. Ces premiers essais n'intéressent guère, aussitôt que le chef-d'œuvre a vu le jour. Ln curiosité toute seule ne dure pas. Voilà comment la veille encore deux manœuvres s'essayaient à mettre au jour le Pater noster et le De jiriifiiiulis. On nous en donnerait

l'aclicter au poids de l'or, nous aimons trop les vrais exemplaires sortis des belles presses de l'imprimerie

QunmLIEN. — Je vous arrête à ces mots : les beaux jours de l'imprimerie! Mlle n'a jamais en de

taient d'invention diabolique, et sitôt qu'elle Tut née, à l'instant même un arsenal de lois mit obstacle aux progrès, à la fortune, à la liberté du livre. Il fut

les athées, jiar les rois, par les républiques , par tous les envieux, par tous tes fanatiques, par tous

Ils avaient, dans ce temps-là, une expression terrible. Aussitôt qu'un livre proclamait quelque liiiriiii'Sbf , i"i If Ummiasiiit du rtivmime des e.\ i .1tences : a Je t'interdis l'eau et le feu » , disait la loi romaine. An contraire, l'eau et le leu menaçaient le livre suspect. Ce suppliée a commencé à l'époque indiquée par vous-même, vers la lin de l'an de [;râce iijS. Même, qui le croirait? la Hible merveilleuse de Huns Giileiiher;' et de Jean Fiist, qui devait i encontre!- autant d'acheteurs que d'admirateurs, et qui se payerait aujourd'hui au poids de l'or, fut, commercialement parlant, une très-mauvaise affaire. En vain c'était un chef-d'œuvre, imprimé par d'excellents ouvriers, sur un papier à tète de taureau, commandé par Jean Fust —

Toi qu'on imprime, ami, ne sois pu une bùte, PrijiiiJo (jarde au Laui eai! , prcnil» |;:irik' à il Icle !

Les acheteurs manquaient à ers merveilles! Les

TII01SIKME JOUtl.NLE. 85 uns pensèrent d'abord qu'ils achetaient un manuscrit lui prix de soixante écus; les anlres, iivnnt reconnu que le traviiil île la main élail absent, crièrent à la

-■< ■ II. . i. .|.. .,, I il ,i. ni .lu |.

lis imaginèrent que le diable avait, inventé ce nouveau moyen de falsifier les saintes Écritures, et dénoncèrent Gutenberg et Jean Fust à hndigna-

ruinés de corps et de biens, prirent la fuite. Ils savaient que plus l'accusation est absurde, et moins il faut l'attendre. Ils parlaient donc ruinés et déshonorés, condamnés, pour la plus glorieuse invention (pli ait jamais honoré et jjlorilié le |;enre liumain!

Triste présage ! Malheureux imprimeurs! I.e temps arrive où vous serez truqués comme autant de bêtes fauves. J'entends grincer les instruments de torture; je vois s'allumer la flamme des bûchers! Vos femmes et vos enfants mêmes partageront l'injuste persécution, l'oint de relâche et point de pitié! En présence de tant de misères, je ne comprends pas que nous ne soyons pas effrayés, les uns et les autres, de tous les supplices qu'un seul de nos rayons peut contenir.

Kn ce moment, M. i.f. Président de Vebheuii. reprit la parole. On ['écoulait volontiers, parce qu'il parlait souvent, et puis parce qu'il avait ton-

Kfl LIî LIVRE,

jours i'i dire mu: chose nouvelle. - — Il n plus vrai, dit-il , que votre histoire de i d'empoisonnements et de suppliées, .le puis vous en donner moi-même un tùmoî|;tKi;;o i m'ensable.

Je possède, ornement de ma bibliothèque, au milieu des plus charmants livres qui soient au monde, un livre abominable, ultrcu.\. Rien qu'a le toucher, la main tremble; à l'ouvrir, on a le verii„«, ,rt, >> .eus 1« rcpr.te lon B t™ P ., le «an,,

mon toit modeste, .

tent, des orateurs

danl la nuit, sur mes tablettes odorantes, parmi les rhel's-d'ieuvrc des du .Seuil, des Dcn'ioie, des liauzonnet et des l'asdéloup, ces papes pleines de sanj;, de malédiclious, de lamentations. Le meurtre est le eommeueement, le milieu et la fin de ce livre épouvantable. Il est pourtant de noble origine. Il fut composé par un bourreau de Rome, sous le

TROISIÈME JOURNÉE. S7 |nMitilii:nt du Si\lo-(tuint, grand ami, comme on

l'ont dessinées sur I Ychafaud par .fean Guorra ]o

(iiimiiiiii vieillit Crciiimw), lesquelles images iii- . rent gravées sur des tables de fer par Antoine Tempesta le Florenlin, compatriote de Boceace! En trois cent trente-six tableaux, pas un île moins, ces deux artistes, dignes il "habiter h's amphithéà- 1res, les grèves el les charniers, ont représenté l;i plupart des suppliées usités chez les Groes, chez les Romains, chez nous, dans le monde entier.

Heureusement (voilà un adverbe inattendu), ces artistes de Sixte-Quint ont oublié, dans leur nomenclature abominable, le peuple le plus ingénieux dans l'art de tourmenter ses propres misérables, les habitants du Céleste Empire, s'il faut les appeler par leur nom : des experts qui font durer huit jours une agonie. On dirait que sans cesse et sans tin ils entendent retentir à leur oreille implacable la parole de ce dijme empereur à l'exécuteur île ses hautes fantaisies : Frappe-le île fiienn i/u'il se

A peine avez-vous fermé ce livre funeste , qu'il

son^e. Ah! f affreux spectacle! Au milieu d'une

KW LE LIVRE.

f;reve immense, H;;iin.v-voiisdcs échelles, des roues, des poteaux, des chaînes, des carcans, des chaudières. A chaque bout de corde un homme; à chaque roue un homme; des hommes an sommet des bûchers; dans les chaudières, ou jelte des enfants. On coupe la main il celui-ci; à cet autre, on tranche les quatre membres ; des chevaux sauvages

heureux qui blasphèment. Entendez-vous cependant rufjir les libres cl les lions de l'amphithéâtre? Ils s'élancent, ils mordent, ils dévorent. Chaque |;cùlc a son tourment à part : le chevalet, l'extension, toutes les questions, toutes les tortures. f,cs expositions infamantes, les piloris, le fouet, la marque et le boulet... bagatelles. Du haut des rochers, des hommes sont précipités dans des rouleaux de fer.

TH0I3IÉMH JODQKÉE. Mil

Dans les flancs du taureau de Phalaris, eutendez-

vohs beugler ces cvni^jiii-iiti-uisi' Descendez au fond des abîmes ; voyez ces condamnés an travail souterrain ! Le vainqueur traine à son cliar le vaincu dans la poussière. A la queue d'un cheval sauvage est

■ I I. mu., nu I- Fn>|-|" ' li »|'|- i '

luise/ le manche ries hallebardes sur la piaule des pieds, sur le dus des mari vrs ; versez du pion i II fondu

encore. Attachez au canon tes soldais pris dans la bataille; incendiez la ville entière; arraogez-voua

de façon que rien n'eu reste, et malheur aux

uuiiicits! c'est le cri de noire aïeul Brenuus qui retentit de siècle eu siècle. Et malheur au pauvre, au faible, à l'ilote, au courageux qui crache sa

bu,,... .'■ t ;■' iln l)i lli m iiq.i' » . ' j.. ii-IjiiI

fàelié, mais cr'tte gravure d'Antoine 'l'empesta le l'iuienlin démontre ans plus incrédules que les français n'ont pas ru l'honneur d'inventer la guillotine. Eu revanche, ils ont trouvé la manière de s'en servir. Elle est notre ù force d'usage, et celle usurpation a fini par compter parmi les inventions françaises, avec la garantie du gouvernement.

BO LF. LIVRE.

Même on raconte que le roi Louis XVI avait ajouté an plagiai du lion docteur Guilloliu un certain perfectionnement qui rendait le coup plus rapide et plus sur.

Mais rassurez- vous, mes frères; si nous n'avons pas inventé la guillotine, nous avons ajoute quelque chose à l'eslrapade i t perfectionne le cachot. Un

vous étouffer sous les parfums et sous les fleurs. Un prince anglais demanda qu'on le noyât dans un tonneau de Malvoisie. I.e poison des Borgia fut

le Luelier de Savouarole une des gloires de l'Io-

laclté Machiavel. Venise est resiée fameuse par ses ptfiiiihs , son carnaval, ses coin l isaucs , le pont des Soupirs et son canal Orfano, ■ — Un grand vizir ht un jour éveulrer douze jouîtes pages de quinze à seize ans pour cinq ou si\ figues que l'un de ces enfants avait dévorées, — Sur la page que voici, nous pouvons admirer douze espèces de décollation ; dans ee cachot sont enfermes, garrottes, enchantes, lorl lires de la façon la plus ingénieuse, uue douzaine de pauvres hères, el pas une de ces tortures qui ressemble à l'autre.

TROISIÈME JOUHNKE. 01 Ils ont même oublié le collier de 1er qui se trouve encore dans la tour de Londres et qui pèse au moins cent livres. On le fixait |>ar un cadenas an cou du prisonnier; étendu sur la terre nue, il appelait la mort, qui souvent se faisait attendre. Ilfilons-nous : voici, là-bas, des (;cus que l'on assomme à coups de marteau; d'autres à qui l'on eoupe le nez, les mamelles, les oreilles, en attendant

le coup de hache. Sur I cchafaud dressé dans la cour de White Hall, au niveau de l'appartement royal, le roi Charles I" tend la tête à ce bourreau masqué, une des énigmes de l'histoire d'Angleterre. Au château de Fotbcringav , dont à peine ou retrouverait la trace, sous ces voûtes sombres, nue reine en |;raud babil l'ait sa prière dernière, et déjà le bourreau s'apprête à traneber ce cou charmant. Dans un mortier de six pieds de haut on pile un homme, comme on pilerait une dro|;uc, secuHflum nrlcm. ■ — Inventeur îles caffes (le 1er, à roi Louis XI! que vous seriez, humilié de ces quatre ou cinq douzaines de cu;;esplus terribles celle-ci que celle-là! Garde à vous, infortunés! voici les éléphants, le tî(;re, le bon et les chiens, toutes les bêtes dévorantes. — Aux pieds d'un squelette à l'arbre attaché, s'ouvre une fosse pleine de serpents, et dans celle fosse on précipite un

Dl LE LIVRE,

malheureux esclave. Eu ces draines affreux lu cri su mêle au silence, cl In prière à la malédiction. Celui-ci attcsle eu vain le ciel inexorable, et celui-là voue aux furies les juges nui l'ont condamné. Il y avait un code pénal de Charles-Quint ijui s'appelait .V/:«ii-s/s Cnrolina; il frappait les crimes de sortilège et de fausse monnaie....

Arrêtons- nous; la force nous manque. Ou ne voit que la faim, le désespoir, les greffiers lisant les sentences. La nécessité plane au-dessus de Ions ces maux. — Cet bomme attaché sur son banc de douleur, les chèvre:, lui viennent lécher la plante des pieds; cet autre est éeorelié tout vif, et celui qui le dépouille de sa peau fumante tient encore entre ses dents le couteau de 1 ecorchement. Le boucher n'a pas d'autre sourire. Hélas! mon Dieu, ces piliers, ces tours, ces fontaines,

tant de supplices, sans compter les choses inexplicables. Ou scie un bomme entre deux planches; un autre est mis à la broche et tourne à la façon d'une vicliuiille. I cri je cherche en vain les deux filles de Séjan, deux enfants violées par le bourreau avant d'être étouffées, la loi romaine défendait! le supplice d'une vierge.. .

Une de ces images, terrible entre toutes, est

TROISIÈME JOUMKÈE. 93 restée en blanc. On dirait d'un prix de torture propose aux bourreaux de l'avenir.

Notez cependant que notre exemplaire appartenait à l'un do ces misérables petits I yrans de l'Italie ; et la dédicace, .)/«.«: en inrte, appelle ce prince clément ii-lrtm-itti.ïxiiitiis'), tic pour le bonhi'iir e! la

savoir si cri aimable priticc a (in- quelque profit de ce rare et ebarmant présent.

Une fois dans le meurtre, il est difficile d'en

imposer sa llible à l'Angleterre, Henri VIII a fait mourir soixante et douze mille de ses sujets sur l'erbaïantl. Les Anglais iluneul avoir quelques-uns de ces livres consacrés a ces affreux spectacles. Et qu'on vienne nous dire, après cela, avec le philosophe Arislciiete : les praires galants et les l'ois amoureux sont ordinairement humains, doux, charitables, indulgents pour leurs peuples; ils pardonnent plus facilement que les autres mortels, surtout lorsqu'ils sont beureux dans leurs amours, et favorisés des dames qu'ils honorent de leurs faveurs.

Chose ù remarquer : cet effroyable entassement de supplices appartient surtout aux philosophes qui déraillent 1 équilibre des nations, aux chrétiens: qui

renversent l'autel des faux [lieux, aux politiques cl oui. les projets oui fait pâlir les tvrans, aux satiriques loyaux et justes ennemis de la femme impudiipie. Les Juifs et les protestants ont eriielleuienl servi a l'expérience de ces bourreaux; les livres et les imprimeurs n'ont pas pu lasser les flajjellaleuis, les incendiaires, les qncsi imiuuires. D'autres ont été mis à mort pour sortilèges. Quelques malheureuses, pour avilir vendu et débité des libelles diflamaioircs (12 juin 1647), ont été pendues et élr.'in^lecs à une potence croisée. La mère assistait forcément au supplice, et quand elle avait entendu le dernier râle de sa fille, elle était flagellée par la main du bourreau. Voilà ce qu'il en coûtait pour loucher à la chose imprimée. On pendait même le relieur, soumis deux fois a la question. Avec l'argent de ces supplices, on cul soulagé tant de misérables ! Et quand tout était payé , le bourreau réclamait vîti'jt-doiiï sous /joue « .s i/iiiilf. Le suppliée de Jean Cbatel a duré de onze heures du matin h sept heures du soir; il a coûté trois mille livres. Son pere et sa mère, bâillonnés et attachés sous l'éclialaïul, recevaient le saiij] du misérable. Vin(;tdeux châteaux lorts étaient remplis des victimes de l'imprimerie. A la liastille, on enfermait tous les livres suspects.

Hélas! que de chaînes, de fosses, de fossés, de cabanons!

— Monsieur le; président, reprit Maithe HEnK.ilil), on pourrait, avec votre permission, vous montrer des images aussi tristes que les vôtres : les Misère* de In guerre, par Callot, un de ces livres nui ne devraient pas (initier la table de travail des princes amis de la justice. On pourrait vous montrer le terrible et laineux recueil de deux cent viii;;l-ciiii] planches gravées à l'eau-forte, représentant les sié-;;es, batailles, massacres, etc., des guerres civiles de France cl des Pays-Bas à la fin du seizième siècle, .le feuilletais naguère une réunion san-

viii!}t-('i[]<| filaiii'lics i-epivsentaul les guerres, massacres et troubles advenus en France pendant les {[ni'iTi'S de religion, gravées par l'errissiu et

Tortorel... Le bien-aimé.

S avez- vous ce que rc présentai ont ecs tristes images : la Mort de Henri il, t Entreprise d' Antimite découverte, l'Execution il' .Indivise, le Massucre fait à Caltors, le Massacre de Vassy, la Prinse de l'aleuce en Daupliinè, le Massacre fait à Tours, la Prinse de Montbrison, la Dcfiilv <lc Sttint-lltllr.i, en l,mii/in:iliii\ lu iliiluille île Dreux, dans tous ses détails; O'léuiis ussièi/é, le Duc de

Cuise li testé à muet, tu Paix faite en l'Isle-nuX- Buufs, près Orléans; l'Exécution de Palliai, le Massacre fait à Nîmes, ta Rencontre des deux armées à Caijmic, tu l'ilte de Chartres assiégée-, ÏOrdtnuiiince des deux armées entre Cognac et Châtra h neuf, ta Ik-naïutre des deux mutées à la Hoche, en Limosin; l"Ordonnance des deux ar-

ma* eut été condamné à mort, le jeune roi le livrait ou bourreau, A la mémo heure, une marquise de la place Itoyalc était condamnée comme empoisonneuse et ses cendres jetées nu vent; tontes les dames de la Cour assistant à celte petite féle, un seul homme ayant pitié de la m al 11 cure use. Il traça son portrait dans cette robe couleur de soufre faite pour être brûlée. Et tant ces bruits de poison rem plissai en! la ville et la cour, qu'il fallut

TROISIÈME JOUnSÉE. 07 établir ];t chambre ardi. nie ihtus ces mêmes salmis tic l'Arsenal où, tic nos jours, le bon Nodier cachait ses livres. Les pins |;i;mils noms lurent compromis (huis ces recherches île ht chambre dus poisons. Le comte tic Clennont, la duchesse de Bouillon, la duchesse tic l'nli^iiac cL M. le maréchal de I.uxcmbtmi'j; furent enfermés a hi Dastille. On prononçait lotit bas les noms rie madame de Vivonue et de madame de Montespao. Qui le croirait! l'auteur

Voisin, qui le dénonçait, le voulait châtier sans doute d'avoir mal parlé de sa terrible aïeule, la fameuse Locuste :

Peu de temps après expirait dans des tordues sans nom mademoiselle de Foutantes, fleur d'un jour. Ouvrez les annales de ce siècle où tout chante et rit à la surface, où les plus grands poètes mêlent leurs vois charmantes à l'illustre écho de la chaire chrétienne, où Bossuet n'est pas loin de Corneille,

nu iloiti'ilali et MusmIIiiii sntit les rompa;;ïtii[]s île

liatiue, et vous trouverez, sinon la trace accusatrice, au moins le soupçon du poison : Madame se meurt! Madame est morte'.

Versailles murmurait : « Le poison! - en désignant l'empoisonneur. Voilà de quoi troubler bien des prospérités.

Une autre question pleine de ténèbres et de malheurs irréparables, ce fut la question des protestants, la destruction des livres protestants et la révocation de l'édit de Nantes, une suite ioiplacable de la Saint-Barlhélemy. Celte révocation fut arrêtée à dnlcr du jour où le jeune roi put contempler, dans l'histoire de son aïeul Henri IV le huguenot, par quelle suite infinie de résistances, de guerres

de l'Kvangile et du glaive, qui nous était venue du fond de l'Allemagne avec son collège obligé' de révoltes, de meurtres, d'incendies et de représailles. Si les crimes de la Saint- Barthélémy pesaient d'une façon épouvantable sur l'honneur du trône de France, il fallait certainement, pour un roi absolu, faire entrer en ligne de compte le cri de rrjiuliiujiiv! prononcé tout haut par les huguenots armés, le poignard de Jacques Clément et le poignard de Havaillac.

Contemples! les malheurs de cette nation occupée pendant un siècle à s'égorger de ses propres mains pour des questions religieuses, pendant que l'es-

prit fiançais, impatient d'arriver à l'Éloquence, à hi poé.sie, aux chcls-d'œuvie, I * i>i'ilî ■■ Eii[->r consécration des grands siècles, s'arrête en son premier

■ «.i.-I p. 'III |- If.' part Ml" ■' iLlD» ■ '.'">

haines, dans ces ténèbres. Sori;;c/. ;iussi à cet accident si nouveau dans le royaume, un peuple catholique envahi soudain par des doctrines venues de l'autre coté du Rhin, ou tombées comme l'avalanche du haut des montagnes de I Helvétie. A chaque instant, à tomes les evtn'milés tir. h r'rnnce, des assemblées étranges et sans nom jusqu'à ce jour : synodes, consistoires, prêches; lutin riens, calvinistes, disciples de Zwingle, enfants de Mélanclitlion.

Quand les armes sont au repos, un bruit à ne pas s'entendre; quand les torches s'éteignent, un incendie à tout brûler. Dans ces luttes de la parole écrite ou déclamée, c'est à qui ira plus loin dans la violence : Agrippa d'Aubigné et le président de Thon, Érasme et Théodore île llé/e, Jean de la Place aussi bien qu'Arnaud de Monlbrnn; les professeurs de Genève et les ministres de France, Mélanclitlion et Guillaume du Itellay, le sieur de la Noue et Daniel Chaumier; les synodes de Gap, de Castres, de Saint-Maixent, et les maîtres du colloque de l'oissy; Gharenton , l'Université, les princes chrétiens et les landgraves, la conférence

ili; Fontainebleau et la diète île Worms; l'entreprise cl' Amboisc ; îe massacre de Vnssy et les lui les théologiques eu Provence, à Lyon, en Dauphiné, partout. Ajoute/ les petits étals provinciaux et les états généraux d'Orléans, la république hollandaise et le royaume d'An;;lelci re, l'électeur de Saxe el l'Empereur.

piumect répondent aux maîtres d'éeolc; les familles sont divisées comme les royaumes; la Gaule et l'Italie envahies par des catéchismes venus des

Jogies 'sérieuses les coûtes profanes, les comédies

lieu de ers disputes leur- iiiliïjjiies d'amour et leurs éventails, les t1iéolo;;inis leurs syllogismes el leurs bâtons. Hors des villes soulevées, les boulines des campagnes se révoltent contre leurs Seigneurs; hi chaumière incendie le rhàti-aii; le temple renverse l'église, l'église renverse le temple ù son tour. Entendez-vous ces cent mille voix ipii s'élèvent impélueuses el sans frein, proclamant la messe une comédie, le purgatoire un trafic, l'hostie un morceau de pain, l'.'uli.ralidu une ii li .lalrie, le l'ape lulAtlte-

TROISIÈME JOURNÉE. lOf cltrist, les cardinaux el les évêqucs autant de prê- Ircs de Baal, les r«?li(jiotix autant tlu saulcreltcs sorties du puits de l'abîme? Or toutes ces choses se disaient au peuple, non plus dans la langue . ..... iiciM- i ><ll< <. » iK ■ ' l'Iaiii ». mil* • ir

langue vulgaire cl i n il rail le, dans l'ai ;;ot cjui se parle

petit mal li eureu*, répondit le président, qui l'adorait, pour nous réciter les vers de Voltaire à la louante de Gutcnlicr;;.... lit le jeune liommc aux pieds légers récita ces vers charmants :

Se |.lai|;niNit quelqueliii* île l'invi'lltrnr ulile

Qui fondit en métal un al|.liabcl mobile,

L'arrange» SOU» la presse et sut uililtijplÏLT

T.iut i L e que nr.iii- i^[nil [n-itl Ir.inviji.'tlii- an

- Cet art, clisail llnyir. a Ij'.wblr 1™ famillet;

Il a trou raffiné les Rarcons et le. fillei. .

Je le vchs i mais aussi quels biens n'i-l-il pas hit»?

Avant qu'un Alleumm! ti.mv;,! lïnq.rùnoric, Dans quel ibiaqiir affreux IjarboIsH nia pallie!

Ici, nous posons le grand débat <[ui revient toujours : de l'ami du livre on de celui qui s'en inquiète assez, peu, quel est le sage'/ A quoi bon, disent les sajios, ru lasser chez, soi tant de livres inutiles? Le roi Louis XI, qui les aimait et les redoutait fort, se moquait de ces ignorants qui n'avaient jamais as-.cz d'histoires, de poèmes et de théologie, comparant les fanatiques du livre à ces malheureux bossus.... « Chacun voit leur bosse, ils sont seuls à ne pas s'en apercevoir! » Séuèque , un grand ami des livres, n'a jias ménagé ie mstre qui en fait une parure : Mm* «I (rr~ ! Apulée .ppelait ces curieux qui portent la main à toute chose : euriosulos. Cicéron disait en les montrant du doigt : Imllitimes librimtm. Dieu sait eependaul s'il en était féru ! Il support ail impatiemment h-s vaniteux qui lui taisaient concurrence et l'emportaient sur lui à force . d'argent. Voltaire a très-bien dit dans sou Temple du tioât:

Ue vieux minmcriU rermoulua,

QUATRIÈME JOURNÉE. \M Laissons-les se moquer de la douce manie; ils n'en auront pas l'rlrennc, et nous nous maintiendrons dans nos respects légitimes. Cicéron luimême a défini le bonheur de la vie humaine : une bibliothèque au milieu d'un jardin. .Si Iwrlttm i itm bibliollieca Imlits, niltit décrit '.

Encore une fois, l'homme illettré n'a pas d'entrailles. Il se moque agréablement de tant d'argent dépensé pnur l'unique plaisir il'i li'e un peu meilleur à la fin de si-s jours, (lomnir il rirait de n'i Anglais

d'Horace, et qui pouvait en changer chaque juur !

Horace sur de grands lés en satin, el il voulut être enseveli dans ce beau linceul.

Elle remonte à Polyerate de Samos, l'homme à l'ttniwttti ; même y suis persuadé 1 que le bonheur qui lui manquait, c'était l'exemplaire d'Homère qu'Alexandre le Grand tenait enfermé dans la cassette de Darius.

Qui voudrait avoir une idée approchante de la perleetiiin d'un honnête homme en ferait un bibliothécaire; un .Tulius Hvgimis, conservateur delà Palatine; un Guillaume Itudé, bibliothécaire de

' Ciïéron, Ad ftmll., Kb. IX, qui). *.

10'. IiE LITKE.

François I". Connut! il allait voir le roi, son maître, à Madrid, et lui porter les consolations faites pour les grandes âmes, il visita, la bibliothèque de. C.linrles-Quint, et trouvant nue le bibliothécaire était le plus ignorant de tous les hommes : - Sire, dit-il, vous pouvez lui confier le trésor de Voire Majesté, si vraiment il ne touche filière plus à votre areenl qu'il n'a touché à vos livres. » François I",

, pa

li les

Sophocle et d'Euripide, et le fameux cantique d'Eseliyle appelé Prmui-tiià:. Ç.\\c/. nous, Dieu soit loué! le livre a reiienutré des adorateurs. Cliarles le Sa|;e a donné l'exemple de ees miracles amoncelés, ï.es fir.iudrs abhaves de la refile de Saint- Itenoit, r,îteau\ et C.lairvaux, ont entretenu le feu sacré. Avant Charles V, saint Louis, Philippe le llel et ses trois (ils avaient enfermé dans la tour du

QUATRIÈME J0.UI1HÉE. 105 Louvre une quantité suffisante de m a mise ri Is. Louis XI et Charles VH , et les deux princes de la maison d'Orléans, Charles et .L'an, comte d'Angoulème, son frère, prisonniers des Anglais pendant viii.'(!-ciiKj ans, rapportèrent de leur exil rct amour

lui idiijiiiirs mi j;rand honneur parmi les lettrés de tenir de près ou de loin a la Bibliothèque royale. On a vu M. de Colhert lui-même, et le surintendant Foucquct avant Colhert, se glorifier d ;<.| î j i a t l l~— nir aux Livres du Roi. Certes, nous ne sommes pas de grands admirateurs -l'Auguste, empereur; Oc-

u uns devons reconnaître qu'il a fondé sur le mont Palatin, voisine du temple d'Apollon, une bibliothèque publique, agrandie par ec Trajan conseillé par Pline le JeUDe. Ainsi naquit , pour l'ornement du monde, la bibliothèque du Vatican.

Qui parle ainsi? le sage Abel LiHCEUEIt, Mais soudain I energumèiie Ai.bebt Songe-Ci ieux prenant la parole : — Honneur, dit-il, aux inventeurs de I imprimerie, el plaeons-lrs au rang des dieux. Vous parlez de misères? Est-il des lioinmes plus à plaindre que ees premiers inventeurs? Gutcnberg est ruiné par son premier livre; Jean Fust, son compagnon, esf oblige de s'enfuir loin de sa maison

(CIG I.E LI VHEj

dévastée pur les huissiers. Henri Estienne, ee grand Nomme, entoure de ses enfants ruinés par lui, celui-ci en prison, celui-là fugitif, meurt à l'Iiûpital, après avoir accompli des chefs-d'œuvre. Hraves jji'iis ! Us avaient eu, sans le savoir, le courage des héros. Ils se disaient que l'imprimerie s Mit rf iO< , ••■ (fii ili -IpIi^iiI <»\ idiiuMJ' -- I-'.;iImii-«

coude, à la renaissance des lettres, el rencontrant, ensevelis sons une ombre odieuse, ces historiens, ces poètes, ees Pères de l'Église, et toute la Bible, et le Nouveau Testament, ils s'écriaient dans leur enthousiasme et leur naïveté : - Gloire au livre éternel ! il est la lumière du cœur, le miroir de l'esprit, le maître des vertus, la couronne de la prudence, le compagnon du chemin de la vie. Il est fliole assidu de la maison, la g ncrisuii du malade;

m, i . r iV r pl. ii. .1- I. .1.1 .... | .1- .i.l ......

mille fleurs, une grâce, un souvenir, un conseil. Il nous apprend à bien user de la lionne fortune; il

est une foi-ce, il est un rempart Sccimdtv ittattc-

riitor, opes admujet, jar.titram prnputsal. - Cicéron avait dit cela tout aussi bien, mais nos premiers imprimeurs tenaient à le dire a leur façon. I,a résurrection inattendue, éclatante, de ces morts illustres : Homère, Hésiode, Alcée, Anacrcon, Pindare et

QUATRIÈME JOURNÉE. LUI Callimaque, Isocrate et Démosthène, Hérodote et Thucydide, et bientôt Hippocrate et Galion, tels étaient les héros de leurs cantiques. Après les Grecs, ils s'inclinèrent devant les Romains : Kunius, Plante, Térence, et Lucrèce, et Virgile, Horace et Juvénal, Tite-Live et Tacite, un vendeur. Telle fut la première tâche de ces grands imprimeurs. Ils savaient la double langue, ils expliquaient dans

n'étonne, ouvriers que rien n'arrête, ils'' allaient de mystère en mystère et de chef-d'œuvre en chef-d'œuvre, infatigables. Ils remontaient aussi loin que le déluge : De scriplis cl bibtiolhech

Leur rêve était de retrouver les ouvrages perdus de Salluste, de Polybe, de Tacite et de Tite-Live. Quel dieu, disaient-ils, nous rendra les chefsd'œuvre oubliés d'Aristophane et de Mcuaiidre '! L u seul de leurs ouvriers produisait plus en un seul jour qu'un scribe n'eut pu faire eu toute l'année : Iiiipriuiil illc die, quantum non sriibiliir anrio.

Aussi bien , il n'est pas un bibliophile à peu près digne de ce nom qui ne les reconnaisse à leur marque : L'Âbet est le signe de Langelier. — L'Abraham, de Pacartl. — L'.iiijli-, des Bélier,

do Blade, Boville, Tharné, Velpius. — L'Amitié, de Guillaume Julien. — L'Ancre, de Christophe Itaphelinge. — L'Ancre entortillée et mort/ne tfun dauphin, des Manuce, ot de Pierre Aubert. —L'Ange gardien, de Menant. — L'Arbre vert, deRiclier, — L'Arlon, d'Oporiu, île Brylin- (fcr, de Louis Leroy, de Chouet, de l'omet. — L'Arrosoir, de Rigault. — Le Basilic et les quatre cléments, de Roffoy.— Le Bêcheur ou le jardinier, de Maire. — Le Bellérophon, de I'erricr. — Le Berger, de Dose et de Colomicn. — Lu lionne foi, des Billaines. — Le Caducée, des Wechèl. — Le Cavalier, de Pierre Chevalier. — Le Cordon au soleil, de Drouart. — Le Chêne vert, de Nicolas Clicslieau. — Le Cheval marin, de Jean Gymnique. — Les Cigognes, de Nivelle et de Cramoisy. — La l'itndfltf, île HTfniuin . — l.e Sainl-t'ltmde, d'Ambroise de Laporte. — Le Coij, de Gallus. — Le Cieur, de Ilurë. — Les deux Colombes, de Jacques QueMiel. — Le Compas, de Plaulin, des Muret, de Iteller, d'Adrien Perrier, de Soubran. — Le Corbeau, de Gcor;;es Rabb. ■ — La Couronne de fleurons, de Ilousselet , de J.-ieqm's Ciespin. — Le Cyi/ne, de Blanchcr. — L'Enclume et le marteau, de Henri Pétri. — La Fleur de lys, de Cardon et d'Anissoa. — Le Griffon, des Gryphe, ou d'Antoine

Lirj'iizod by Ci:

Hierat. — Lu Janus, de Jean Jannon. — Le ira blanc, de Gilles Beys. — Le Mercure arrêté, de David Doucncr. — L'Olivier, des Eslienne. — Le Ibt russe, de Geoffroy Tory. — La Rose dans nu cœur, de Gilles Corrozet.

Rieu qu'avec les marques charmantes des éditions clzcvirienncs ou ferait un chapilrc intéressant. Voici (es Sept flèrhes, dr I,ouis Elzcvicr : Voncordia res parvœ crescunt. — L'Orme snp/iorlmil an cep de vii/nr, d'Isanc Klzevicr : Xon soins. — La Minerve et l'olivier, de Daniel : Ne ex Ira oleris. Viennent ensuite les llennms , les culs-de-lampe, el tn Sirène, et ta Méduse, et la Minerve, les fleurs en losnn;;es et les palmes émisées. C'est notre instinct, c'est notre amour. Xous nous enivrons de la suave odeur de ees testes charmants. Fi des jp'ns livres! Nous ne voulons plus que du petit format qui m.'ii'ene aver nous. In 'in-/iil<i, einn iilieiin. Vnilà la devise heureuse : un petit livre, un petit coin.

Hélas! ne vous étonnez point s'ils sont hors de pri\ ces miracles de l'imprimerie. Avant d'arriver jiis(|ii':i nous, ils oui franchi tant de périls, ils oui le ne ont ré lant d'obstacles : les maisons malsaines . les cabiliels situés au rez-de-chaussée; un lieu trop froid, un lieu trop chaud, et la pluie, et I incendie, et l'insecte rondeur de livres : teigne, aulhrènr,

vriUette. lîn seul de ces dévorants a percé, en droite ligne, vingt-sept volumes in-folio, et ne s" est arrêté qu'à la dernière page. Il faut aussi redouter la poussière, les rats, les punaises, les enfants, les petits chais, 1rs grosses mains suintantes : tus sntes mains a" ' Hermngènes, , disait Horace.

Enfin, nous avons, ennemis des livres et des lettres, les imbéciles et les brigands qui se tiennent autour des trônes, en chantant la chanson :

Cependant, inclinons-nous avec reconnaissance et respect devant les honnêtes gens qui nous ont enseigne la passion du livre. Ils s'appelaient des noms les plus glorieux et les plus honorés de notre histoire : d'Aguesseaii, Bachelier, duc d'Aiimont, duc de Belle-Isle, abbé Barthélémy, Bossuet, l'abbé de Bourbon, duc de Chiudues , Courtenvaux , Desmarquels, cardinal Dubois, maréchal d'Estrées, Fagon, Denis Guyou, seigneur de Sardiéres (colleclion du château d'Anet), Falconnet, Girardot, de Préfoad, baron d'Holbach, comte d'Hoym, Lainoignon de Malesherbes, Lesagc, Léonard, Mariette, Miridxrau, l'untcliartrain, de l'onl-de-Vesle, Randon de Boissct, duc de Saint- Aigna», comte

QUATRIÈME JOURNÉE. 111 île Toulouse, les quatre Turgot, le duc de la Vallière (un catalogue en douze volumes).

— N'oubliez pas, mou ami, reprit le bon JaCutes, c'est souvent leur seule récompense, ces amateurs plus nouveaux et déjà vaincus ; ceux qui ont remplacé les Saint-Cyran , les Fillicul, Chardin, et les Larcher. N'oublions pas nos devanciers : Clavier, Tcrsan de Camproic, Morel-Vindo, Cba- I cii ion , Barbier, Marie-.! ose ph do Cliénier, d'Ourches, Bozérian, de Courtois, de Pixérécourt, de Bure, I.abédoyérc, prinec d'Essling, le baron Daeier, Boulard, Bruyèrcs-Chalabre, Jérôme Bignon, M. Daunou, MM. Audinet, do Crozet, de la Roche-Aymou, Aimé Martin, Victor de Saint- Mauris , le marquis du Roure , Armand Berlin, regrettable à jamais; Leroux de Lincy, Benouard, Girand, M, Parison. lin tout fait pour les autres, et rien pour lui-même, disait de M. Parison le eélebre amateur M. Cousin, qui Lii^iii ses li vr-i-s précieux à la Sorbonne; madame la duchesse de Montebello , Boissonade , de Monmerqué, Cigongne, ses livres achetés en bloc par Mgr le duc d'Aumalc , un vrai roi ; Léopold Double , antiquaire incomparable et bibliophile impatient; Viollet le Duc , bibliophile Jacob , tn'-s-savant et laborieux ; Claret de Fleurieu , Letroune.

Enfin, pour terminer dignement celte maison à la louange do la tioii/mrcille , du la perle et du pâlit-texte, du cicéro gros œil cl du petitromain, ajoutons ces |;rands noms, les plus céièbres et les plus constants parmi les bibliiipliili's modernes : SI. Cosle , Dclasi/.e, Lober, ïémeni/, et leur maître a tous par l'action , par la parole et la science , Ambruise Fiemin Didot. C'esl pour eux surtout ipie Iravaillaiont ees faiseurs de miracles : les Aide, Junte, Gryphe, Houille, Estienne, Vascosan, Tnrnèbe, Dolet, Plan tin.

Messieurs, reprit le Champion DES DAMES, laissez-moi, pour bien finir, vous raconter une amusante fantaisie :

Un savant du quinzième siècle ayant ;'< parler de la naissante imprimerie, en fit nue espèce d'ampbibie an bord du IUiin allemand. 11 nous repré-

■it d'une pâte abominable,

blem

enl de toutes les charpies, .

i usés dans tous les Iiopita

présc

ntée au monstre, il l'avale

, et, quand il a

on lui fait boire un grand v

erre d'un liquide

tisonné composé de noix de j

;alie et de fumée.

repu, le requin digère une

suite incroyable

QUATRIÈME JOURNÉE. 111 de paravIo\es, de inrnsotij;i's, d'inl'jmjes, de biographies, S.i ; ; n i ■ n I < : est effrayante et ne s'ouvre pas comme celle des autres animaux féroces : vous le voyez régulièrement avancer et retirer sa mâchoire inférieure garnie ou plutôt pavée de toute sorte de dents de métal ; ea grince et ça mord. Cet

animal est insatiable, il parle à plaisii

■ toutes les

langues, la langue des morts et celle i

les vivants;

il est tour à tour bouffon , sérieux , triste

parfois sublime. Enfant des bords du K

hitl, il SCSI

faufilé dans le Tibre et sur les bords de

la Tamise,

infectant de ses produits les eaux de lii

Seine. Ou

l'a vu dans les flots du Tage doré , et

maintenant

on le voit partout ; chacun tremble à so:

Haï, craint, envié, «ouvenl plui mïiériblc

Qui- ("il* li'- iiiiilliriiraii i\ur s"n poiiv.iir sicimIiIi-.

Ainsi parlait ce déclamateiir dont le nom se retrouverait peut-être au milieu de cette fameuse thèse intitulée : - De la vie et des destinées de Iules César Vanini, mort, lui aussi, sur l'échafaud. — i Et que Dieu vous préserve, ajoutait le déclamateur, de ces curiosités pleines d'ambre et de ees nouveautés dangereuses! Prenez garde à l'abîme... et prenez garde au bûcher!

— Messieurs et mes amis (c'csl le savant Vl- TfiiiVR qui parle ainsi), peut-être savoz-vous ijiio jisuis né à I)ciiii-jjes il y aura tantôt cinquante ans , et que de très-bonne heure j'ai regardé Geoffroy Tory (du Bcrry) comme un des plus habiles artistes français. Écrivain , graveur, dessinateur, peintre , il excellait dans tous les arts. TI avait étudié, de bonne heure, en Italie , à la suite de Charles VIII, île Louis XII; enfant de la Renaissance, il avait salué l'art antique à l'aurore de la Renaissance, et l'art gothique à son apogée. En 1518, il avait été reçu libraire à l'enseigne du l'ont eusse, et tout de suite il réforma les caractères gothiques par le caractère romain. Il a gravé les beaux italiques de Simon de Colincs et de Robert Estiennc. On lui

maincs, hébraïques, grecques, latines, eadeauh, de forme, bastardes, tourneurcs, persiennes, arabiques, aphrieaines, turques, lart ariennes, chai-

(laïques, (joKV's , autrement dites impériales, et balistiques, pliantastiqucs, «topiques, et voluntaircs. En faisant fin il son total reneie, Tory offre au lecteur, avec Imites tes susdictes diverses sortes de lettres, îles lettres qui sont fleuries, c'est-à-dire, environnées de fleurs et feuillus antiques, pour en user à faire lettres d'or ou de couleurs en beaux livres tant eseripts à la main que fiiicts en 1111/11 essiim. Autant d'inventions de maître Geoffroy Tory. A ce compte, il fut bien vite adopté parla reine Marguerite, qui lui confiait ses plus beaux livres, contente de ses poésies ornées par re (grand artiste. Il a laisse, entre autres chclsdœttvre.le Triomphe d'Apollon et des Muses, qu'il faut placeraa premier rang des lu-Iles rhoscs •pie les plus ;;runds seigneurs inlénibiient a la gloire de leur maison- Il y avait dans la bibliothèque du prince de l.i{;nc un de ces livrets in-douze,

é^crit au folïo verso ces vers qui méritent d'être ■conservés :

cnnilcije ïiiiliiMii irilnsi-tiraltï i'l Ciili'iiI'Kiii'ii

DepuU, as chérir nii'|iri'. Aime lit RcmuMibniirc, Succédant à cca biens, cul ce livre 1:11 partage.

Tir qui Ml quatre «xun *prt» le |»i unirent, llonl un miTi' cul un r|nn[i r[n'r!l^ mii.- iraii^|i"jla : t,es train en nu faveur leur unrl mr ilrhii.n i citl.

Or. iiiiiinlciinnl j'iirdiinn.' cl cmmti.iiiil*: à mon Hlx

De le |>uari]cr loigneiu, comi me œuvre trèi- digne,

El ijii'à mm ii.CTC.8enn toujour» clc père en fil., Ce livre soit au chef Je ma miiton de Ligne.

Luwmi prince de Lion, tfiOB.

— G'esl-à-dire que l'eau vous on vient à la bouche et la démangeaison à la main droite, s' écria Ql-intiuen. Certes, je crois être un honnête homme; eli bien, si par malheur je possédais l'anneau qui rend invisible (ô dieux et déesses! éloignez de moi ce talisman!), ïl me semble que je commencerais par porter une main coupable sur te Livre dit Concile de Constance, par (luli-iibci'j; (1483); le Katholîcon (1466); le Missaet de Bâtistonne (1518); la belle édition des Offices de Cicèron de 1465. Enfin, puisque vous parlez de livres à images, \'Ars mariendi per figuras EvaiiijclUt'irum, sans oublier te Mystère de ta Passion, imprimé à Parts en l'an de grâce 1539. Voilà d'irrésistibles tentations.

— Oui, mon compère, reprit M. DE Vehmedilj mais ce sont des tentations auxquelles il ne faudrait pas succomber. Les histoires sont pleines de ces

CINQUIÈME JOUn.NËE. It7 misères. Nous avons vu de nos juins un savant incomparable, à l'heure où les passions s'arrêtent, après avoir bien combattu, succomber enfin , eomme vous dites, sous la tentation, et la poliec correctionnelle... Il n'y a rien de plus affreux. Un pape même, un pape! il est vrai qu'il n'était encore que cardinal, a volé des livres chez. M. Ménage, et Ménage (pardonnez-moi ce jeu de mots) ne l'a pas ménagé. Nous nous rappelons tous les désordres récents de la bibliothèque Sainte-Geneviève, et comment un simple vicaire de province laissait un catalogue digne d'un roi. ■ — Autrefois, on ne

peur de livres. Mon frère ainé me racontait ipie

libraire de Paris, dont le premier geste, aussitôt

d'une vente aux enchères, le c o mm issa ire-prise tir a u nom ait le Lomé égaré, puis, frappant de son marteau d'ivoire, il disait : Adjugé à Monsieur un tel.

De son coté le marchand, qui savait la manie et

main la note et le prix de son livre. [1 payait rubis sur l'ongle, sans marohnnder. Ou bien s'il s'agis-

sait d'une vente publique, et que notre homme, arrivant la veille de la vente, emportât deux ou trois, beaux volumes, on l'arrêtait à la porte dp l'h6tel des ventes, et très-poliment on lui demandait si par hasard il n'emportait pas le l'hyitï de l'édition Aldine,ou l'IItimiT F.lzevicr? Lui alors en se tâtant :

» Ma loi! dit-il, vous avez raison, je suis si distrait! i- Et tris- gentiment il rendait suit livre à cpii de droit, sauf à l'acheter le lendemain.

C'était une fête de le voir a;;iï;nul ne s'en fâchait; et cela valait mieux cent t'ois que les assignations et les dénonciations, qui attristent trop souvent ce charmant petit bonheur de tant d'Iiounêtes geus qui n'eu ont pas d'autre.

Quand il fut devenu très-vieux, te brave homme se retira dans sa bibliothèque , dont il faisait les honneurs à quiconque le venait visiter, non pas sans surveiller de ses deux petits yeux gris le visiteur quel qu'il fût, tant il craignait, à son tour, de i cnconlier un enthousiaste un peu trop vif de ses éditions classiques, de ses gothiques français, de ses romans de chevalerie ou de ses My itères, et surtout do ses précieux manuscrits, dignes de la bibliothèque de Saint-Marc de Venise ou de la Mala- I es lia ua de ila venue. Imputent, plié en deux, il vous suivait pas à pas tout le loiij; de ses rayons bien

CINQUIÈME JOURNÉE. il!)

(jarnis; plus il vous honorait comme bibliophile, et plu. il se méfiait de vos passions.

Il n'y a pas longtemps qu'au beau milieu de Parij et volant une Bible polyglotte, lut arrêté un gentilliommc anglais, nommé sir Edouard Fit2-Gerald. Il n'avait pas cinquante ans, il avait toules les npparenees d'un gentilhomme ; messieurs les bouquinistes qui se méfiaient de cet homme, et pour cause, l'avaient appelé l'Anglais, tout simplement. Il avait déjà vole beaucoup de livres sans qu'on le prit sur lofait, lorsqii'enliii celle Itible le dénonra, et il lui liillni compar.-iifre à lu sixième chambre de la police correctionnelle, présidée par un bibliophile appelé M. l,e|;onidec. Alors voilà sir Fitz-Gerald qui plaide sa cause en personne; il appartient à une famille illustre, il a des parents parmi les pairs d'Angleterre, il en a dans la chambre des communes, il est allié aux meilleures bouilles de l'Irlande et de l'Ecosse, et que dis-je'/ il est le neveu du premier ministre! 11 était naguère seciéiiure d'ambassade, lorsqu'il se mit à voler des livres

rente. Il avait été invité à passer la saison dans uu des plus beaux châteaux du Northumberland , où on

l'entourait de prévenances «I if umiliés, lorsqu'il fut surpris , pur sa propre femme, à dérober [es livres

de cette hospilalicre maison. En vain ii prie et supplie, elle Ii- dénouée et le fait mettre à la porte. Il part, il arrive à Paris , repentant mais non pas corrigé ; voilà comment, de chute en chute, il l'ut condamné i-lii 1 / nuns, à la requête lies libraires, à deux

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