‹ Le livreChapitre 9 sur 15 · I.e cardinal tenait à la main un |p*os bouquet de · texte numérisé non relu

I.e cardinal tenait à la main un |p*os bouquet de

ment cueilli pour Sa Si i;;in iirie. Vu paj;e enrubané faisait scintiller sur les cordes d'or, à touches d'ivoire , une exquise chansonnette, et tout ce beau monde allait, prenant l'air du matin, et disant toutes les nouvelles delà nuit passée. Celles, monseigneur se croyait bien seul avec ses dames favorites, qui portaient les plus beaux noms de Rome, et pas une qui ne se crut vraiment à l'abri des indiscrets. Les

1 Alleiini* ill .ipliniK' riljlKlI.HN NI. Il Ulflti-, f.lllllimlk MI.LI llIlt

amii-arum numéro cl oiniiuiu >iip:ini' 1i..ijmn] injn.'-.M- ':-i.

CINQUIÈME JOIÏRNÈE. i«f

valets mêmes s'étaient . loijfin'-s. Les gardes veillaient hors des murailles. La table du déjeuner se dressait par enchaiilenieut sur les bords dit lae, entourés it'ot'imgers , le cygne accourant dans l'eau profonde, et réclamant sa pitance. An soleil levant brillaient les vases d'or el d'argent sculptés par les petits-fils de Cellini; le linge était couvert de fleurs brodées par la main des fées; le vin d'Aï pétillait dans le uiislal; tirs cariatides légères portaient Sur leurs

fumées. Enchantement!

Or, jugez de l'épouvante et de la colère de ce prince de l'Eglise, au milieu de ecs beautés, de ces merveilles, quand il découvrit l'humble artiste, qui déjà copiait la vision, comme il avait copié tout le reste! Les princes de l'Église ne veulent pas qu'on les dérange, et celui-là, le propre neveu du Pape , était facile à irriter. Le malheureux! disait-il; il mourra dans les cachots du cbâteau Saint-Ange. En ce moment l'artiste, à genoux, faisait de la Pampiuée une image si ressemblante, avec tant de bonne grâce il l'offrit au cardinal, que celui-ci : — ftelève-toi, dit-il, mange et bois avec nous; tu t'échapperas, la-bas, par une porte dérobée. El si jamais tu racontes la vision

do ce malin — .le dirai, monseigneur, reprit

l'artiste, que j'ai lait un beau rêve!

Il n'en dit pas davantage, et poursuivit avec plus d'ardeur que jamais la publication de ses .liiliijuilra romaines. Le livre achevé, il v représenta sur le frontispice un gazon sous lequel se caelie un serpent. S. ïi. le cardinal Barberini eu accepta la dédicace et la paya en médailles d'or.

— Vous auriez bien fait, reprit SàINT-Gei.AIs , qui était un tantinet pédant, puisque vous citiez les Contes de Boccace , de donner son vrai titre an livre : Décamêron tyip*), les dix jours, les dix notivrllun; il n'y en a pas davantage, et les antres sont ajoutées. Le Ilneiure de Florence (1535, in-.piai-lo) représente un beau livre, ingénieux, charmant. On pourrai! aussi posséder la belle petite édition ornée du privilège <le Henri II, roi de France, et grand ami de ces galanteries. Cette édition est dédiée, à bon droit : A tresliaute et très-illustre princesse Marguerite de France, soeur unique du Roy, royne de Navarre, duchesse d'Alençon... n

Elle valait bien mademoiselle Pampinée, et chaulait de plus belles chansons dans ses beaux jours.

Lïutcod hi Ci

M. IIëKNARD. — .le voudrais, puisqu'il fait le plus beau temps du monde, que nous fussions un peu noins tristes. On ne peut pas trujoors s flf itryer sur la misère des écrivains et des artistes. Le petit drame enchante qui se passe au milieu des jardins Barberini nous a fait plaisir à ions, justement parée que tout m bien qui finit bien. Ces histoires d'autrefois, je les aime assez... les histoires

d'aujourd'hui me conviennent davantage. N«

mais, que je sache, un martyr de M. Feuillet de Couches? Il a été cependant volé bien souvent. Comme il feuilletait, par bonheur, un beau matin, sou admirable lu l'nnttiiiw, il trouva qu'il lui manquait sis belles im.i^ s, signées d'un nom populaire et charmant. Jugez de sa surprise ! Il interroge en vain ses souvenirs... Le voilà donc tout chagrin, menant une vie amére, et triste à mourir. Au bout de six mois de ees tortures, i! apprend que les dessins qu'il pleurait sont effrontément encadrés, et

docorent la chambre de son voleur. Quelle nuit il a passer! rjur: [le projets dans sa tête indignée! Il se leva de très-bonne heure, et sitôt que s'ouvrit la | i-oi-t !■ île son détenteur, il entre. Il trouve un homme endormi, du sommeil de l'innocence. Il voit ses dessins encadrés, et, sans mol dire, il les décroche et puis s'en va, trop heureux que le portier n'ait

— Votre histoire, reprit ALHEItT SONCE-CltEUX,

\. I,c 18- décembre 1G72 les miter ci larron ont vennxi de nuict à ma maison et ont dcsrobbé environl cent pies (pièces) de fromage et plus, et aussi bien deux tltiit.rtiiiiiws de fort beaux livres aveeo, de belles liistnirrrs et bon nombre de belle* images; ils ont crocheté la serrure de noslre cave, et les voisins réveillés par oc bruit inaccoutumé les ont entendus porter depuis 12 heure jusqu'à 2 heure du matin et ont crié uu luron, nul tant ifuc nous pnchms. Que Dieu nous garde de plus i;rand perdre. Ainsi soit-il. Amen. »

Il regrettait un peu plus ses fromages que ses livres. C'était un aussi bon ménager que madame lii duchesse de Beirv. Nous parlons d'hier. Ma-

SIXIÈME JOUHJSÉE. [M dame avait mis en gage, pour tri>s— peu d'argenl, chez le Lombard, des livres remplis de belles histoires avec de Mies- images : les Heures ,le Henri II et de Catherine de Mèdicis; — Les exercices de pénitence d'Anne d'Autriche, — un

peintures île Jean Llonet. A l'heure où le Mont -.île piété réclama son argent, Mi'dume envoya ses livres aux commissaires priseurs île Puris! Le livre d'Heures du roi Henri II s'est vendu soixante mille francs, au milieu île l'émoi ion universelle. H s'y trouve une oraison <|ui n'a pas souvent servi : Oraison iln mil in, if ne doit faire un •/>■'< il ror i/oneermint son pays. Ce livre précieux contenait cinquante-sept portraits des membres de !a maison de France : Louise de Savoie, Henri II, r'rançois I", Marie Statut, Charles IX, Philippe II, roi d'Espagne, et sa femme Klisabeth de France', Elisabeth de la Paix. Quand on possède un pareil livre, ou ne le met pas en (;age; et' quand, il est en !ja;;e, on le

Les livres qui accompagnaient celui-là étaient tous de grande valeur. Le Lime de Chnee de Gaston Phiehus, pavé' cinq mille francs par M. de Qninsonnaz, — \' Alain Cbarlier, — In Fie et In Passion de NolreSeiijiieur , — les Heures latines.

IW LE LIVBE.

adjugées ii M. Cape, le grand artiste relieur. De beaux prix! de belles œuvres! Les princes, quels qu'ils soient, sont laits pour les acheter, non pas pour les vendre.

— .Te me rappelle aussi, reprit M. Gkohgk, un grand ami de M. Feuillet de Conciles, cet autographe de saint Paul en posl -script uni : Je vous salue, ici, tic ma propre main, moi, Paul, C'est là

tloMnui; on dit ijne ee précieux cabinet mus est ouvert paternellement. Dites-nous ipielques-uues de ses plus grandes raretés.

GKOHGK. — - Choisir dans ees miracles serait difficile : autographes de ITgvpte, autographes eliinois, japonais, mexicains. Vous savez, monsieur, mieux que moi, (jtu: les artistes du Céleste Kiupire commencent les colonnes par le haut et. les dirigent de droite à gauche; les .Japonais en sens inverse, en commençant aussi parle liant; les Mexicains, de bas en haut. L'écriture cunéiforme pcrsépolitaine est tracée de gauche à droite. Au commencement les Grecs écrivaient , comme le font aujourd'hui les Arabes et les Turcs, de droite à gauche. Ils pral if [lièrent ensuite, par une sorte de transition, une disposition particulière des caractères.

consistant a fairi

: sillonner et serpenter 1

es lignes eu

sigzag sans s'in

terrompre , et l'on fini;

.sait par le

coté opposé à ci

M par lequel on avait

commencé.

Cette écriture s

.'appelait bonstrophédo.

i , de deux

abandonna ce j

;enre d'écriture six cet

ils ou cinq

horizontalement

l'ait aujourd'hui

chi'/ tous 1rs Occidruia

De ces Èjypt,

•chs, le temps n'a pas ri

seule lettre d'an

tour. En revanche, l'Ë

ffypte nous

a transmis bien

des lettres funèbres, .

:elle-ci en-

Ire aulres, déposée au musée i'i;V|>tii'ii du I. ouvre : u Sempnmonlhès à Pamonlhès, mon frère, salut. « Je t'ai envoyé le corps de Seugris, ma mère, . embaumé , avec une étiquette au cou , par Tha- « lès, fils d'Iérax, dans un bateau qui lui appar- - tient. Le port est payé en entier. Il y a le signe " des obsèques : c'est une mousseline à liséré rose. ■ Son nom est écrit sur son ventre. Je souhaite, « mon frère, que vous vous portiez bien. L'an III, « le II detholh. -

Si j'avais le choix dans les auiojji-ajilii's de l'antiquité, la Grèce aurait mes préférences. Elle était féconde en beaux esprits, en belles personnes, la grâce et l'ornement de la cité de Minerve,

Ifllt l,E LIVRE.

nuiant qu'en faiseurs et eu liseuses d'autographes.

Ali! les douces passions, le loisir, les esclaves chargés de Ions les emplois île la vie domestique, et tant de fetes, d'élégances, de causeries, de Mies amoiirs, voilà bien des moiifs à s'écrire, au jour le jour, «es petits billets que chacun garde. Au temps de l'ériclès seulement, comptez donc que de belles liseuses : Aspasie et Sapho, Myrtis et Corinne, ltliodope et Phryné, sans oublier la reine des élégances, Lais! Les amateurs donneraient beaucoup puni' posséder dans leur collection quelques lignes de ces mains charmantes. Le temps a dévoie ces doux murmures de l'antiquité athénienne. Il n'a guère plus respecté l'écriture des Romains, limitées du monde. Hélas! de tant de lettres écrites par Cicéron, qui donc trouverait un vestige? Et pointant, il était entouré d'esclaves lettrés; il avait pour son fournisseur Titus l'omponius AtticuS, son ami, qui vendait bel et bien, a tout venant, des livres et des gladiateurs.

M. Feuillet de Couches a très-bien parlé de ces lettres de Cieéron, et ce passage vaut la peine qu'on le rapporte :

u A Dieu ne plaise, dit-il, que je veuille l'aire le savant ; rien ne me conviendrait moins. Mais je ne saurais m'abstenir, pour mou sujet même, d'in-

SIXIÈME JOURNEE. 153 sisler sur cette correspondance de Cicéron , où l'on est en ])leïnes archives historiques : révélations éloquentes et simples du plus éloquent des Ilomains. Idolâtre de la {[loire des lettres, il n'était pas homme à préférer la gloire du bien dire à l'honneur du bien laire. Cmmuc Soerato et Dcmostlioiies, i! mourut par amour pour les lois de son pays. Esprit universel et fécond, même dans la familiarité de ses lettres, il parle de philosophie avec la même liberté que sous les ombrages de Tusculum, près de la statue de' Platon. Sa correspondante exhale le parfum littéraire de l'Atliquc et fait revivre, avec l'autorité de l'histoire, les intérêts, les luttes, lis pilules, les périls fie ertti' terrible t'pnque Imite red'iiiissaiili- des noms île .Murins i-t île Svlla. tl'élail l'heure où Pompée reculait les bornes de l'empire; où Verres cl Catilina tombèrent sous l'éloquence; où Catou se donna la mort; où les tribuns abdiquèrent entre les mains du grand César; où César, s'étayant du mensonge de l'égalité sociale, confisqua la liberté; où le lâche Octave devint le dieu A u (511s te. "

Cependant les anciens possédaient leurs curieux d'autographes : la reine Atossa, la femme de Xer\és, cataloguait un recueil d'autographes. Apel- Mcon de Téos, péripatéticien plus bibliophile que

|il]i!i!si>|}|]i' , ,111 (lire de Strabon, homme riche qui vivait au commencement du premier siècle aviml notre ère , se glorifiait des manuscrits d'Aristote cl

Dans sa lettre à Macer, sur la manière de travailler de Pline l'Ancien, Pline le Jeune raconte que son oncle aurait pu vendre quatre cent mille

Licinitis, ses nombreux registres nnlojp'aplir.s , composés de morceaux choisis. Ils n'étaient pas alors aussi nombreux qu'ils le furent à sa mort.

Parmi les anciens, curieux de lettres .lufo^t-nphes et de manuscrits, n'omettons pas le fameux sophiste Libanius d'Antiochc. Il vient d'apprendre qu'on se dispose à vendre dans Athènes une Iliade el une Odyssée d'une « prodigieuse antiquité ». Vite il pri sse un ami pour qu'il les lui achète. L'acquisition faite, il envoie en remerciment une belle Iliade, moins vieille il est vrai, mais très-correcte. Il apprend ensuite qu'on a mis en vente un exemplaire de l'Odvssée ijiii sumtilu riiiile.tiijuirtthi il'Hiimère; il en commande l'achat à son ami Philollu'ns. Mais un jour il s oublie et le prête, on ne le lui rend pas : il faut voir comme cet ardent curieux

SIXIÈME JOUIINËE. 15".

se lâche. Quelles navrantes douleurs! quelles plaintes éloquentes!

l'.n l ui I ; , 1 j I . L » . mi'tto llfi |. Il l.ll

justice aux Chinois. Du plus lettré au moins letlré, ils ont le respect absolu du papier écrit , iln papier

et l'impi ession sont d'institution divine, — ils ne se

objet de si fil il lu l'i ■ ; elle serl ans plus vils usages, el voici trenie-eiuq iiiilliuiis d hommes qui n'ont pour emploi (pie île salir on déchirer la feuille imprimée. Haine ù l'écriture! honte à l'impression! Nous les chargeons de timbres de toulcs couleurs, de loiieulations de tonte espèce. Kn Chine, an contraire, un feuillet empreint d'une noble éeriture est un présent inappréciable ; tin mot de la main impériale est une gloire. Après avoir signé leur traité de commerce avec notre ambassadeur, M. de Lajp'enée, les né^oeinieoi's chinois offrirent au\ secrétaires de l'ambassade une pièce de vers, et, de leur cillé, pour ne pas être eu reste avec tant de courtoisie , messieurs les quasi-poètes de notre ambassade composèrent pour messieurs les Chinois no dithyrambe qui n'a pas dit laisser au Céleste Km-

[lire line grande idée de notre talent poétique. Ils ne sont cependant pas trop mauvais, ces vers français... pour des vers d'ambassadeur :

.Ni? boviiim |km miliu'it, rluT Hun ri , malgré l'c-pai i? ,

Du voir ilnni nos rlvlli natiom Uns Laltul*, d« vertus, du lavoir, de la p-àcr,

— D'où il suit, messieurs, reprit QuiNTll.lEN,

i'u traversait! huis les jours la place Vriidrtme pour se rendre an ministère de la justice où il est employé, ramasse nue collection (le plus de cent espèces de mousses, de lichens, fleurette* et petites llei lies (pli vivaient sur les mûri du polissaient entre li's pavés; et quelle fête il se faisait d'en publier le catalogue sous ce titre, qui aurait semblé un peu singulier en botanique : l-'Iore île tu /ilncc t'eitilùme. Celui-là remplit son vaste lirtlcl d'une collection

d'œufs de tous les ovipares ■! unie connu. Cet

autre recueille les tlrdiriin-s et les prefuces , et l'on

conviendra qu'il a bieD do la boute; son voisin, [itus humble encore, se contente lie collectionner des i>r</i/wtus. Tel s'occupe à réunir dos timbresposte, et tel autre des feuillets do papier timbré : complaintes, canes de visite, menus de dîners, billets de mariage el billets d'enterrement, autant.

à'affiches Ae 18i8 seulement... Il y a là-dedans dos noms d'hommes devenus tout-puissants. Oh! que

mêmes si l'on réimprimait leurs affiches!

Parlons aussi (pfur mémoire) des collections de pamphlets politiques et antres collections de même acabit. Les collections de têtes de factures et de cartes de marchands, de billets et affiches de fêtes publiques, do théâtre, do concert et de bal, ne sont pas rares. Une série d'affiches du théâtre de Bruxelles, amassée depuis 181 i par M. Martin Itobyns, a été vendue an\ enchères en 1830. Henrv Bcer, frère de l'illustre maestro Meyerheer, avait accumulé des affiches do spectacle et de concert de Berlin. Parmi les brevets d'académies ou de sociétés savantes, parmi les billets d'entrée à des assoeiaiiuns de bienfaisance, de gastronomie ou de chant, parmi les cartes de bal et de comédie do société, de concert et de soupers fins, on compte

à jiliiisir de ch.'u niants objets d'art, l'.n Angleterre , ils étaient composés et ;;ravés par William IIo;;arlh, ou gravés d'après Cipriani par Bartolozzi. Un attire cnll cet ionneur, en 17!)3, quand les tombeaux Uc nos rois, qui devaient se croire à l'abri do ecs fureurs an fond des caveaux île Saint-Denis, devinrent le jouet d'une populace abominable, s'était composé un ossuaire vraiment royal (te nombreuses dépouilles d'ossements, de couronnes, de sceptres, de quenouilles royales, de suaires, de lambeaux et de linccuils des Valois, des Bourbons.

Celui-ci possède encore la tëfe du terrible cardinal de Richelieu ; volontiers il l'eut rendue à la famille du cardinal, mais celle illustre famille ne s'en est pas inquioléc. Enfin , il y a si* mois scidelemeni, avec assez peu de cérémonie et de irès-

l«n;;s discours, la tête du cardinal fui restituée à son tombent. Mais, telle est l'ignorance dont nous nous bonorons aujourd'hui, que pas un de ces orateurs ne s'est souvenu de celle admirable et terrible épitaphe du cardinal de Itichelicu...

Ici, maître Villon prenant la parole : — On n'eu finirait pas, dil-il, avec toutes les fantaisies des collectionneurs. Polir eux, du sublime au grotesque il n'y a qu'un pas. I.cs voyageurs de tonte nation visitaient, dans une des villes de la Hcl;;iqui\

SIXIEME JOURNEE. 159 une collection innombrable de boulons, remontant à peu près à une centaine d'années. I,i> curieux qui l'avait formée l'avait exposée en 1845 , au profit des pauvres, dans les bâtiments (le l'iïuivcrsilé de Catul. C'était beaucoup plue piquant et varié qu'on ne le suppose. En effet, au dernier siècle, la fantaisie îles polits-mailies et îles élégants avait poussé jusqu'à une extravagance si étrange le luxe des boutons, que tes chronique nrs du temps uni sorti leur férule. Non content de les porter de la

eu marcassite, en vernis de Martin , en bijoux précieux et même en diamant, comme dans sa jeunesse le grand Frédéric en portail sur tout son habillement, comme le comte d'.Artois portait un habit brodé de pierreries, les petits-mai 1res se servaient du miniaturiste et de l'éinailleur; telle garniture montait à des prix fabuleux.

C'étaient les portraits de bcaulés célèbres, ou les dou/,e Césars, ou des statues antiques, ou les métamorphoses des dieux. Silôl que le (joui se fut porté vers ce détail de toilette, on vit un prince idiot se faire des boutons d'autant de petites montres, sans en devenir plus exact à ses rendez- vous. I.e précieux peintre équivoque Klingste! se mit de la partie, cl fit des boutons à double détente.

KHI LE LIVHB.

On vit même un impudent se présenter au Palais- Itoyal et faire baisser les yeux les plus hardis... sur ses douions décolletés se voyaient les coules Je Grécourt et les impuretés de l'Aiétin.

Tout est possible, et c'est à nous de choisir, -le reste fidèle au livre. — Et vous (ailes bien, reprit S.\i«t-Gei.*is. Le livre est le vrai maître. Le véril.ddc paradis esl un antre obscur, dans la rue des Bons-Enfants, voisine du Palais-Royal .

Une caverne est inoins sombre, et les prisons se pourraient vanter d'une porte plus agréable. On' respire, eu ce lieu des mille et une délices, une agréable odeur de vieux suint, de vieux oing et de vieilles tanneries. Une demi-doti/aiue de ebandelles éclairent à peine ce théâtre ouvert aux plus violents délires qui aient jamais possédé les âmes intelli- 5 e„tc„. Là, plu, qu'.utonr du !„,,„ „M, „ fameux tapis vert qui est chaque année un texte inépuisable a lant Je violentes déclamations, l'or eoole à lonp Bot,, san, arrêt et s.n, compte, en éenanne de quelque, feuillets nothique,. Ue sept

champ dos îles batailles sans oontmlit pins formidables que louies les batailles de l'Iliade et de I i jiéiile. Ce sont îles triomphes, ries débutes et des surprises à l'infini!

S IX! EUE JOUI1NKK. mi

Que de batailles célèbres, à commencer seulement par le comte do Iiabcdoyère, à finir par le bravo des braves M. Brunei, en cette même salir Svivesti'e, an jourd'lini remplacée, 6 misère! par les tristes splendeurs de l'hôtel des enmmissahos-priseiirs. l'oiidanl tout un mois, la vente I.abédoyère a poussé dans la salle Sylvestre Grecs et Troyens, et |>our vous donner une idée appro-

acquéreur ajoulc un bordereau de !t,!>!)5 l'rani pour les trois eeiils dessins originaux de eetr même Bible. Ajoutez la somme indispensable l'habillement de ees donne beaux et vastes i

.(ii-ij '- , )• •■ Il m.'-- ,

à la somme de sept mille francs pour cette Bible unique de Marillier.

Le Nouveau Testament de M. Didot, en cinq volumes in-quarto, provenant de la vente Ite- Douard, où il avait été vendu 1,(540 francs; ce beau livre, enrichi de cent douze dessins originaux

m LE LIVNR.

île Morcau le jeune , csi ii il j 1 1 j ■ nu prix de I ,ÎHXI l'r. à M. Capé, relieur de monseigneur le duc d'Aumalc. — A 050 francs le savant M. Brimct emporte en sa splendide eollcrlion V Histoire du Vieux et du Nouveau Testament, appartenait à

M. de Bure et <|ue Dusscuil a reliée. Au prix de 4,000 francs, le Brwhrium romaaum, qui s'était

Le Buffbn de L'Imprimerie royale, avec toi

Les viii l; t-ciiir| dessins de Morcan pour la Fontaine, 1,020 francs; et ce qui t'ait honneur à noire école des illustrateur.? modernes, les douze cliarmnnles sépias du regrettable Tony .loliannot, coihsacrées aux mêmes OEuvres de la Fontaine, ont atteint à la somme ronde : 1,000 francs.

Du même Tony .lohannol , rjuatre dessins pour le roman de Fieldiny, ÔG0 francs. — Les dessins de Marillici hors de prix : les dessins du l'oyinje iwiiijinuirn, 519 francs. — Les cent vingt dessins du

SIXIÈME .IOURNEE. 10.1 même artiste pour les Coules des fées, 815 francs. — Les soixante-seize dessins- pour les oeuvres de l'abbé Prévost, 1,105 francs. Tout cela était rare, exquis, et venait de la vente Reoouard.

Les grands ouvrages il fignres, les Vinleties t les très-grands papiers eu général, ne se sont pas vendus à des prix aussi exagérés que ces aimables petites choses ; ainsi les trois toincs grand in-folio de la Galerie des peintres flamands, de Lebruo, exemplaire unique, ont à peine atteint le prix de 760 francs. — Le Boiteau, avec les figures de Bernard Picard en très-grand papier, n'a été vendu que 500 francs. Ce livre était pourtant l'honneur des beaux livres, et celui de la vente Labédoyère. C'était I exemplaire île Mae Oarlhy ; à cette vente illustre, il s'était payé 2,1!>5 francs.

C'est à peu près aujourd'hui le prix d'un beau l'mliettiis île l'rnnrois .Juste ou d'Ktiemic Dolct, (jui,

Qui le croirait? le grand lim ace de Pierre Didut, eu papier vélin broché, 1,150 francs! — Les figures de Maiillier pour le Dorât..., IÎ0U franc s. 11 est vrai (pie le tyxie est déchiré. — Les Contes de la fontaine, édition des fermiers généraux (17(i2), très-bel exemplaire, mais avec les écussons modernes de M. de Coislin sur les plats, ~W> francs.

Qui le croirait. ï qui le croirait? la Jénisnlrm liillturih-, traduction de le Brun, avec les vin;;! dessins (>i'i;;ii).-|iix de llarbii-r, francs! — Mais une des plus tories extravagances ci les plus dignes d'envie, c'est le Dapknis et Chioè, du Régent (1718), en condition charmante, il est vrai, et dans une reliure exceptionnelle de Pasdcloup, Coûtant 1,21(1 francs à M. Salomon Rothschild contre un )iilili<i|>liile trop ardent, M. Dch-csne, lequel, comme fiche de consolation, s'est donné pour \'M\ i'raiics un exemplaire eu rr.liurr Dinilmir du Perrault de 1781, sur papier de Hollande 1 . 11 y a des gens heureux à bon marché.

folie, au fameux numéro 1024 : Us Mille et une Nuits, six' volumes relies en maroquin par Bauzonnet, et adjugés au prix archif'ou de 1,200 fr.! Je le ni lis , pareil ijne v eut iilisurile.. , et parce que

Mais lorsque enfin, après tant de péripéties, tant de palpitations de tous ces cœurs de bibliophiles voués à l'hypertrophie, est arrivé le solennel numéro 1023, je voudrais être un homme éloquent autant que Uerrycr, un poète comme Lamartine on Théophile Gautier, un prosateur de la force de M. Villcmaiu, pour décrire ici l'intérêt, la enrio-

lardes, vingt-si\ feuillets en cadrés d'or.

Ce curieux livre appartint ;iu surintendant l'oui|iiet, dont il porte les armes et l'écureuil. Il :iv;iil

été vendu à Paris, on 1825 , 2,900 francs par les héritiers du prince Gatîtzin; il était relié par le Gascon, c'est assez dire. Hli bien, je me souviendrai jusqu'il mou dernier jour de l'heure éclatante entra Imites où l'Adonis fut apporté sur la table des ventes par un de nos plus savanls bibliophiles . (|Hi le tenait dans ses deux mains, tremblantes d'une indicible émotion. Deux acolytes, dij;nes assesseurs d'un pareil grand prêtre, portaient de chaque côté les deux pans de son habit. A l'aspect du fture, l'assemblée entière se leva et battit des mains dans un choc électrique. Il ne fallut (jnère moins de

âmes surexcitées. A la fiu le combat commença. Ce furent d'abord des escarmouches légères, des

ïM LE LIVRE,

combats d'avant-jçarde : à trois mille, à quatre et

cinq mille, à six cl sept mille francs! C'était puni'

appel.- M. de la Jariettc. Il menait de front les trois grandes passions : estampes, livres, i il u t n jilx-s. Il a laissé île li es-herni\ (ivres a la bibliothèque de Nantes, où il avait été receveur général. Sa collection if autographes était eiiiisiili'rahle et très-variée. Abdel-Kader y côtoyait M. de l.amoricierc ; mademoiselle Clairon était près de Collé; Jean -Jacques Itousseau ne dédaignait pas le voisinage de l'abbé Coqucreau. Il y avait mie lettre de madame Courier, la veuve du célèbre helléniste , assassiné sur son propre domaine, — une lettre de Rabelais, pour laquelle nous donnerions volontiers tout le reste. Sur ces précieux Iraj-meuts d'une authenticité certaine , il était presque impossible de ne pas

SIXIÈME JOURNÉE, 101 retrouver en son entier le caractère (1 11 personnage.

On le voit d'un coup (l'œil tel (|u'il i'-toit , nmbitieux, galant liomim: , avare ou désintéressé, mendiant ou superbe. - Avec un mot je le ferais pendre », disait un furieux crïminalislc au service du cardinal de Richelieu. Aujourd'hui 'nous disons : " Avec un mot je te déclare honuëic homme, ou je dis : Tu es nu cuistre » . A la solennité de sa parole, dans le plus simple billet, je reconnais Chateaubriand; à In sobriété de son discours, je reconnais son père, l'habitant solennel du

château de Oninltour;; (7 juin I 7K.") ). l'ntindez-

vons d'ici {Mémoires d'outre-tombe) marcher dans la nuit le seigneur de Combourg? - Cet homme, en fureur contre un sien parent qui a mal tourné, et qui ne se jf«ne pas pour appeler monsieur son

Duval, auteur dramatique, un des écrivains les plus mécontents du dix-neuvième siècle. Au premier mot que je vais lire, je reconnais que la lettre est d'un préfet de l'Empereur ou d'un sujet de Louis XVIII ■ je sais tout de suite si le soldat dont voici l'écriture est un général a la retraite, ou s'il écrit à la lête d'une armée. En temps de guerre, en temps de paix , dans les jours de proscription , aux heures pacifiques, non- seule m eut le style et

larmes : ï.ouise-iNVLnçoiso-Kléonore do Latour, baronne' de Wareos. A son nom son], cl sans ouvrir celte lettre écrite à Cbambéry, dans cette bunible maison <\nr .T. ,1, liousseau a décrite: iiïi mai 1750), nous sommes bien surs (pie relie lettre osl une rêverie, une iuo|iie, une grâce, mie bonté; et justement il s'agit dans celle lettre de madame de Warens recommandant un jeune homme appelé Fabre. Il veut étudier l'art de fondre le fer, et comme madame de Warens, selon son habitude, a l'ait les premiers liais de l'entreprise, elle demande au direrteur de la fonderie une place à sa table pour son protégé Fabre.

Dnleudez-vous cependant ces rires, ces gaietés, ee pélillement de l'esprit? .le le crois bien, voici vin(jl lettres de Voltaire, un demi-dieu. Celle Ibis encore il défend sou argent, il défend sa gloire.

Fréron; malheur à qui l'attaque, et malheur à qui

■ubli- >r t. ml -1. | il. i . . |U il il i V.. Ii., d'il emploie heureusement sa vieillesse h cultiver la terre , à dessécher îles marais ; il se sert avec succès du semoir, de la bêche et du van criblcur; il bâtit une i-jjlise, il est béni de ses turcs et de ses vassaux, qui ne lisent ni Frérou, ni l'alissot, ni l'umpi^ii.'tii; il paye le vingtième trois mois d'avance; il vous dira qu'un homme qui fait lever cinq

■ [il 1 I i I .. ... i ■. lit >j ■ "I I |.lll,

de services à l'État qu'un poêle et même un faiseur lie feuilles. Il ignore comment ou sauvera Poudichéi y, comment on trouvera (le l'argent pour l'an de dettes lïb'l, et il est aussi embarrasse de trouver des bras pour cultiver la terre dans son pays de Gcx que M. Bcrrycr, le ministre de la marine , à trouver des flottes. « .le plains tendrement ma chère pairie, mois ma chère pairie a fait tant de sottises, que je lève les yeux au Ciel quand tout le monde levé les épaules. »

Quel charme à retrouver ton les ces choses, et comme ce Voltaire vous console de la prose du marquis de Ximeucs, des vers du marquis de Vil— lette, le T ibtttle français! cl des jetés-battus de M. Vestris.

i7ii i.e Livne.

Plus loin, l'académicien, M. Aigoan, poète lyrique de" l'Académie française, demande à l'empereur Napoléon une pince de référendaire, tpti n'est pus incompatible anec celle d'nide des cérémonies. Ce d'Ai{;ret'cnille, un parasite, un digne commensal de Cambacérès, parle de mangeai Ile à Crimod de la Reynière, rédacteur du Journal des thuriuunds. JVAIemberl se fâche contre Jean-.lacques Rousseau, et celle fois il n'a pas tout a fait tort : « Encore un coup de allier pour la philosophie, k l'ai! pa;;o inloi rssante et rouverte de l'écriture de Madame la Dauphine. Dans un mo-

sa main une romance sur la mort du comte Louis de In Rochejaquelein , et des couplets do M. de l.aurentio, un dos plus termes soutiens et dos plus (■(instants di> la eau se mya liste. Tins loin Sophie Arnoult, mendiante, implore de son Parartvt (Uéloïse Arnold! ! } I aumône d'un Nuancier rpi'olle a cou nu dans ses jours de triomphe et de fortune. Elle était bien insolente, au temps jadis; clic était tout à lait la ei;;aIo ipli cl imite au milieu du blé qui pousse, et qui chaule à tout venant; maintenant elle se lamente et supplie :

Que de misère

s ! que d'abandon ! Toutes les lettres

de mademoiselle

• Clairon, étant vieille, sont écrites

MIT cette note

douloureuse . Un autre héros des

fêtes passées , i

in esprit, une flamme, Beaumar-

chais, pauvre,

exité, perdu do délies, dénoncé,

raconte a sou a.

ni Rémond qu'il porte depuis huit

iinjjote, et (c'est pire) depuis huit

jours la même e

henuse! Chose étrange, inattendue

(ilyenalmtd,

ins ces lettres), le général Bcrtou ,

le conspirateur

de Saumnr, fusillé à Poitiers en

1822 pour avoir

proclamé l'Empire et l'Empereur,

demandait nu ci

imtc de Damas, en 1814, l'insigne

iU- rltriittliw iln Lis, el In permission île le /mi Irr! Près de celui-là, M. de Bourrienne, secrétaire intime de l'Empereur, et plus tard minisire de Louis XVIII, demande la place d'ambassadeur en Portugal. Le général de Guigne remercie l'Académie royale de Savoie, qui a bien voulu eu faire un académicien. François de Bonpard, contre-amiral, se débat contre le dilemme tjuc voici : Le gouvernement, pour prix de ses actions d'éclat, bit a décerné une arme d'honneur, mais le préfet du Gard lui défend de la porter!

— .ie lisais , il n'y a pas longtemps , reprit M. Denis, en homme exact et qui compte avec soimême, les prix d'adjudication de celle vente la

.(ariette. Ils contiennent (mit nu enseignement. I.e va-et-vient do l'estime publique se trouve tout entier dans ces prix, qui ne sont pas île juire fantaisie : — Le pape Pie VII qui se plaint doucement des violences dont on l'accable, à 225 francs.

— [,a signature de Molière sur un acte notarié, 950 francs. — I.e Molière de M. de Trémont, au bas d'une pa|;c où il s'agissait de comédie , n'a été vendu que 450 francs. — L'Empereur à Marie- Louise, une lettre écrite en 1820, et qui n'a pas été remise à son adresse, 1,200 francs! — l.c Rabelais, 510 francs. — Le Racine, 490 francs.

— Une signature de Richelieu au roi Louis XIII, pour le remercier du chapeau de cardinal, 750lraiirs.

— Que voulez-vnusï Robespierre à Saint-Just, 2,">0 francs. — Quelques lignes île niailenioiselle Knliispieiï-c ait bas d'un polirait de son frère, 1 12 francs! ! — Et ce pauvre Sansou , l'exécuteur

I I' ■■■■ ■•■phi- l .pu n- • .*»!

vendu que 10 francs!

Voulez-vous nnc preuve authentique du nouveau prix des ,ml '.graphes? Voici : une h-ltre dn l'ère Jean Sul'frcn, confesseur de la Reine, racontant comment la Reine et le Roi se sont réconciliés , s'était vendue 4 francs à la vente de M. l'abbé Lacoste, curé de Saint-Laurent; à ladite vente la Jarriette, elle a

SIXIÈME JOURNÉE, 173 trouvé acquéreur à 140 franes, dix francs do plus qu'une charmante éjiilre .adressée au Roi par madame de Poinpadour. Une petite lettre, un simple billet de la Heine a madame la princesse de Lamballe, avec un bonjour de M. le Dauphin..., 700 francs. A la bonne heure! on n'est pas hnpu-

Massillon, 185 francs. — Mazarin, ÏH2 francs. — Une perle, une grêce, une aimable merveille, une des plus jolies fables de la Fontaine : la Jeune Veuve, adjugée à 300 francs! Inédite, son libraire ne lui en eut pas donné ce prix-là.

Plusieurs lettres gâtantes des maîtresses de M. le

Réjjcnt : madame de Parabère aux yeux grenadins, madame d'Argentan, surnommée le petit Corbeau brun. Ça jasait, ce monde-là, comme des pies borgnes. Beaucoup de grâce et peu de vertu , beaucoup d'esprit et peu d'orthographe.

Saint-Gel aïs. — On vous disait tout à l'heure l'empressement des amateurs à se rendre au milieu de la caverne où se sont vendus si longtemps les plus beaux livres; je voudrais maintenant vous

m t. lî M VUE.

donner une idée approchante de la furie el de l'empressement dos amateurs, aussitôt qu'un nouveau catalogue annonce à ces furieux : tus Crut histoires de Traye; ta Danse aux aveugles ; le Coqtdllart; le Villon} le Théophile; la Chronique du petit Jehan de Saintvé, ou le Pantagruel de 1552; ou encore les Crut Xotiveltrs nouvelles, publiées par Antoine Yérard , libraire sur le pont Notre-Dame en i486. A la seule annonce de ces merveilles, soudain la joie et la (erreur rempliront île 1reslionnes malsons que je pourrais dire : les femmes épouvantées de cette brèche à l'humble fortune du

et plus nos amateurs font'feu , comme ondit, des quatre pieds.

sait, jusqu'au joui 1 où quelque banquier iulellii;cnt ouvrira un crédit aux amateurs de livres, pour leur venir en aide aux moments difficiles, et ceci, pour le dire eu passant, serail une spéculation trèssilrc et sans aucune chance de perte on de procès. Donc... ait comptant, c'est écrit.... On ne saura jamais toutes les peines que eonlieni pour la race honnête et pauvre des bibliophiles, ce mot critique : /lu comptant!

[,e poète, attiré par les grâces du mois d'avril naissant, siti'it que la vente approche : — Or ça , se (lit-il, finissons mon livre, achevons mon draine, si nous voulons acheter quelque chose à Techcner! " Ni; médecin, pour la même cause, se liàrc de j;ni:riisou malade ; l'avocat cesse euun de demander la remise de sa cause ; il plaide , il plaide à merveille , non pas pour l'argent qu'il attend de son client,

France , qu'il voudrait achdtT. (Joe de vieux 1 que de souhaits! de politesses et de prévenances! I.e

a huit jours ia i'cle de son bon onde, et il lui porte un compliment en vers! Il y a des maris qui permettent à leur femme de lever deux robes chez le marchand , îi condition qu'il leur sera permis d'acheter It's Mm/es de Pierre Griiujore, ou le» l-'.iiiblrmr.s il ttiittiitr, gravés par Albert Fiamcut. Plus d'un petit capitaliste accourt à la Bourse eu toute bâte, affirmant qu'il a entendu dire que le Crédit mobilier était en hausse, et il vend... dix mobilier*, lin autre, assez. tualhcoreuN de faire un barbarisme, achète eu secret liiujimiae Lyon, dans l'espoir que ces cinquante Lyon le mèneront au Cicéron d' .1 msterdum île I(iti5. C'est une furie au camp des amateurs de livres; ou ne dort plus, on

mange ù peine, enfin les têtes 1rs plus ficres se; courbent devant M. le eomtuissnii'e-|iriseiir.

Ile tiré dans son antre , et mystérieux comme un îles sphinx cli' Sébaslopol , Ircs-étonnés de se voir à la porte des Tuileries, le libraire Potier dresse en triste secret la liste de ses achats. M. Lahitte , une des gloires du uuai Voltaire, autrefois professeur de rhétorique et libraire aujinird'bni, se promet de suivre ii In ]iiste Ksohvle, Euripide et Sophocle; sou voisin France est un arnaleur des livres de la Piévolulion ■ maître Aulirv sr [[lisse en tapinois dans

dans son entonnoir. Au grand galop de ses chevaux accourt le fils de Crésus. Crésus lui-même, en vieille houppelande pleine de poches pareilles a des gouffres, entrera tout à l'heure et s'assiéra à sa place accoutumée! Allant et venant , semblable au limier qui tient sa proie, admire/., s'il vous plaît, ce jeune homme à l'air martial; c'est Apollon bouquiniste Il a fait (In quai Voltaire son I.nci elile, cl du pont Neuf son portique d'Octavic. Il est redoutable aux plus féroces acheteurs; il est redouté des plus habiles; il a trouvé... des trouvailles oui oui désespéré M. Haibicr, Y<ili : tlni/iliiln, et qui auraient fait honneur à Méua;;e, a M. Hnet, évoque d'Avranches, à M. Conrart, au Père LeloDg.

SIXIÈME JOUBNÉE.

N'oublions pas le lion quœvenx r/uem dev ce terrible Pierre llesehamps. N'oublions pt deux furets du formai in-quarto qui s'avanct droite, a gauche, et font semblant do ne p irdet (mort d(

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i:t guenons de la nniivr.ll i: ih ris imi tlit-riitrlwziciUM, pour une lettre de la main de madame de Sévigné, pour une page inédite de Voltaire.

Justement, dans ces premiers huit jours du mois de -Marie, au même eal.ilogue... 1*1 regrets éternels! le priseur sans pitié devait livrer au l'eu... des enchères une page de Bossue t, une signature de Jean Calvin le brûleur, une ligne de Charles IX l' égorgeai-!... Il y avait aussi du Fénelon, du François

de Snlcs, du l.a It i ici u- 1 rj ui ;i cil d, du Louis XIV, enfin dru\ lettres en latin de Philippe Mélanehthon, dont Bossue! avait fait un si doux portrait dans son Histoire des Variations. — Surtout, cl voilà ce qui attirait nos deux camarades, le susdit catalogue (ô songe ! ) annonçait une lettre inédite de Napoléon Bonaparte, général en chef de l'année d'Italie, 21 ventôse an IV de la République une et indivisible.

Pièce curieuse signée : Salut et respect, BUONA- PAliTK , adressée au citoyen l.ctnunieur, prrsidvut du Directoire exécutif. «J'avais chargé le citoyen Barras d'instruire le Directoire cïécutif de mon mariage avec la citoyenne Tascher Bcauharnais ; la confiance que m'a montrée le Directoire dans toutes les circonstances me fait un devoir de l'instruire de tontes mes actions ; c'est un nouveau lien qui m'attache à la patrie, c'est un ga^e de plus de ma ferme résolution de ne trouver de salut que dans la République. »

Certes, cette lettre convenait fort an susdit Cliaravav, '|ui l ent ajoutée à soixante lettres d'amour, et de l'amour le plus brûlant, adressées par le général Bonaparte, nous avons presque dit le sonslieutenant Bonaparte, à la dame de ses pensées. Cela brille, et l'on pourrait écrire au premier fc ni Ile t

SIXIÈME JOtlllNÉE. 17!»

de celte correspondance incendiaire l'épigraphe des lettres de Mirabeau à Sophie : Vénus tout

Et plus 'l'hcureavancait , plus le jour de la vente était proche, et plus arrivaient les commandes de toutes les parties de l'Europe. Il en venait du British Muséum et de la place Royale; il en venait de Guernesey et de Stockholm , .le Bruxelles et de Rome ; il en venait, qui l'eût dit? de la Sicile et de Naplcs. Philadelphie et New-York en voulaient leur part; l'AHem^ne i éel.'miail la sienne!

H se leva enfin, et surtout il se coucha, ce dernier soleil, qui tenait ces coeurs émus, toutes ces âmes attentives! A huit ln'iires frappantes, après un diner fait en toute hâte , vous eussiez vu toute cette foule à la porte de la salle .Sylvestre! O quelle épouvante! hélas! quel étonuement ! O dieux et déesses, quelle misère! I,a porte était fermée, et, par la fenêtre entrouverte, celle foule enfiévrée a pu voir... qu'elle ne voyait rien ! C'en était fait; semblables à un vol de canards avertis par un oiseleur maladroit, ces beaux livres catalogués, proclamés, annoncés, tant promis, avaient pris leur vol pour ne plus revenir! Ces poètes charmants , ces historiens des vieux âges, ces romanciers des belles époques, ces philosophes, ces courtisans,

chaînées Jt: peintures, ces missels chaulés eii images, (.'os lut ires sur lesquelles tant Je mains puissantes et charmantes avaient laissé leur cinpreinle et la trace cie leur ]ieusée, tout cela élait parti. Dans l'intervalle, un plus riebe, un plus habile, un plus heureux était venu qui avait emporté (nu comptant de cent quinze mille francs), en grand triomphe, Ions ces miracles.

F,l vous voye* d'iei les douleurs, vous entende/, les tris, les plaintes, les intimes frémisse m eut s , le triste retour de nous tous dans nos maisons privées de cette espérance. Déjà (dérision! ee sont là de tes coups, Fortune!) nos livres avaient fait place aux nouveaux vernis; nous avions déblayé l'pivcanliou ridicule!) certain pt'iit coin de certaine tablette , où le volume attendu devait briller tout, à sou aise. Hélas! vain espoir! chacun s'en revint la tôle basse, eu songeant, celui-ci à sa montre d'or qu'il a mise en (;a;;e, celui-là aux deux

SIXIÈME JOCItSÉE. [SI plais d'argent qu'il s'est volés à lui-même, el ce Irnisiéme, an petit cheval qu'il a refusé à son fils unique! Ah! malheureux! malheureux ! malheureux !

Son, jamais pareille déception n'avait frappé Ifs bibliophiles, les bibliolàtres et les biblkiphob.es, depuis le jour oii la ville de Itouen, qui n'eu avait que l'aire, achelait à M. I.ehcr, ]iour eenl mille francs ,

M. Coquebert de Moulue! donnait à sa ville natale trente beaux volumes qui représentaient cent trente

le roi de Bavière donnait trois cent cinquante mille francs de la bibliothèque de. M. Quatrcmcic. Et que disons-nous? Xoiis sommes encore tout couverts des crêpes de la bibliothèque de M. Sigonjpie, qui parlait naguère 'nuisulalioii glorieuse d'un grand exil!) pour s'ajouter aux livres incomparables d'un rare et charmant connaisseur.

A ces mois , M. i.K Président Dk Vebseuh. : En voilà bien assez pour un jour, messieurs, la séance est levée et les prés ont assez bu.

A la septième séance, il advint que, par hasard , M. de la Costiue eut les honneurs de la présidence. Elle appartenait, comme tous les pouvoirs

lions, à noire insu peut-être, la forme du dialogue, si chère au maître Aristotc et cunlinm-e parCicéronï Je viens d'achever, écrit-il à Lentulus, trois livres des Orateurs , à la façon d'Jristote', et j'imagine (jue nous ne saurions suivre un plus ma^iiifujui: sentier. Quelle définition plus admirable de fa parfaite amitié : confirmée, par la ressiwililiincc des miritrsï Comme il jugeait (l'un mol les plus jji-aiitls liommcs! et qui de nous, sinon les historiens de profession , parlant de César, n'a cité cette belle parole de l'orateur romain s'adressaut eu peisomie à Jules César :

Niliil h.ihi-1 niv im'luna Iim iii:i)Iih [[tl.in ni |nn«ii ! nie ii.ilnra tua iiii'liui quant al relit conierwe quun plntimot.

Toutefois, prenons garde a ne pas nous égarer

I ïrui tibroa Sun* (11- <):.ih.i i' r;i!iHL- . more Ari&loleleo.

sur les traces de ce grand homme. Il s'écartait souvent de ce qu'il voulait dire et ne concluait pas volontiers. Dans ses dialogues De la nature des iltcii.x, il rapporte une dispute entre Balbns, philosophe stoïcien, 1 épicurien Velleius, et l'académicien Cotta. Chacun défend de son mieux son senti im' ni sur la doctrine de la Providi n< e : le stoiriiru la démontre, l'i-pie'urii'ii la réduit à néiiiit, pendant que l'académicien, plein d'irrésolution, va de l'un à l'autre et ne conclut pas.

Eu un mol, revenons à notre proposition : que pour quclque's joies très-rares que rencontre en sou chemin l'écrivain, la plupart du-remps il ne voit que ruine et misère. Le plus léger malentendu peut tout perdre, un mol malsonnant vous rend à jamais ridicule. Que de science et de vertus, de complaisances aussi, nous exigeons du plus simple bibliothécaire! (I est vrai que c'est un si grand litre! Anaslase lv lUblîntlirrnire! autant vaudrait : saint Anaslase. Anlonin le Bibliothécaire! autant vaudrait : le martyre Anlonin , puisque l'Église ne canonise pas les martyrs. Un jour que le bibliothécaire Anlonin était introduit dans la chambre du Pape, où l'on comptait une grosse somme : — Vous voyez, mon fils, lui dit le Souverain Pontife, que l'Église n'est plus dans le siècle où elle

disait : .le n'ai ni or ni argent. — C'est vrai , Trcs- Saint Père, mais elle ne peut plus dire à l'aveugle : Prends et lis! Au boiteux : Marelie et lève-toi!

— En revanche, il n'y a rien de plus sot et de plus dangereux, reprit M. Langet.iëîi, qu'un bibliotbécaire ignorant. Il y en avait un à Metz, qui recevant la visite d'un savant polonais, très-bon latiniste, lui répondit : Monsieur, pardonnez-moi, je ne sais pas un mot d'allemand. Ce même homme était convaincu que Séneque était un docteur en droit canon, pour son traité De bein/iiiis, qu'il traduisait ainsi : Traité îles héni'-fin-.C II croyait que la Morée était le pays des Mores; un jour même il chercha sur la carte : la démocratie et l'aristocratie, entre la Dalmatie et la Croatie. Rappeleavoiis aussi cet autre amateur qui prenait Ambro pour un voleur. Ambro voulait dire un peuple, à savoir, les Ambrons, dans les Gaules. Il était le cousin germain de ce bon religieux cpii baptisait les enfants : In nomine piitrin, filin et n/iiritiii mnctii, ce qui mit en doute, un instant, les docteurs de la bonté d'un pareil baptême.

le MTiVnyii.' pour de I hébreu ; il eonlund Orii/rm; le philosophe stoïcien, avec Oriijrnc le mutilé;

Mnmliiiiius de Naples avec le diacre Mnrediiniiis.

— Et que diriez-vous de Cbarlemafjnc , reprit Saist-Gki.ais? Celui-là, certes, était un »ran<l prince. 11 a cependant placé la ville de Constanlinopledans la Bithypie, oubliant qu'elle est dans la Thrace. Ainsi, saint Basile a fait descendre le Danube des Pyrénées. Saint Épipnane a mis L'embouchure tlu Ganjje au détroit de Gibraltar. Sandoval, l'historien de Charlos-Ouint, a pris Clioi'on , ville de la Moree , pour Cbéronée , ville de la Béolie. Et Virgile, en quatre vers dont voici le dernier :

sale', ville de Thessalie , était voisine des champs de Pliilïppes, dans la Macédoine, et qu'ainsi la plaine célèbre lui tombèrent les derniers Romains, Bru tus et Cassius, était voisine de l'barsale, célèbre par la défaite de Pompée et la victoire de César.

Doutez-vous ijui' l'Einin ni- mi; pi.ilr en trei» jour>... disait liacine en son Milhriilalc. — Oui, j'en doute! s'écriait le jjraud Coudé , sans s'occuper s'il troublait la représentation de Mithtïiintc.

— El ipie dites-vous , monsieur le Professeur, de la traduction d'un moderne, à propos de César?

.i César a remporté cinquante victoires » : hissinislrti jiiiuiri iiiœlinliis ; notre homme a traduit [iar : il a combattu deux fois de la main gauche, en vrai manchot! Or presque tous les historiens Je Jules César ont copié tel aimahle contre-sens. Il fallait dire : « Kn qu.-iiviiilr- i-umkiis il n'a perdu que deux batailles. - Sinistra manu preettari veut dire, en effet : perdre la bataille.

— Alors, s'il est vrai qu'il en soit ainsi, et qu'un célèbre académicien d'aiiU'ct'ois :iit pris les Cit/titulaites de Charlemagnc pour les lois d'une I-'.;;lise dont Charlema|jne était l'évéqne, de quel droit reprocher à l'auteur de l'Ane mort son fameux cardinal des mers? comme si la langouste et le homard étaient vêtus de pourpre au milieu de l'Océan !

Ainsi criait VlTRUVE; et de rire.

— Au fait, répliqua noire ami le PROFESSEUR DE RHÉTORIQUE , ou trouverait dans Cicéron lui-même, et presque à la même paj>e, dans le livre III De nffic.iia: te Sèmit romain <jui n'a jamais séparé l'utilité de la majesté, l'éritahtement , mieux vaudrait se fier à l'honneur des éenmeurs de mer, qu'à la lionne foi du Sénat '.

SEPTIÈME JOURNÉE. 1B7 — Vous Hvez oublié, monsieur, reprit le bon Disais, parmi tous ces bibliothécaires , uu brave homme bien malheureux.

que celle d'un certain Laurent Béger, bibliothécaire fie l'électeur palatin en 107!). Cet électeur palai in , fatigué d aimer ij-op limijLenips suu épouse légitime, la l.i ml; pave de Hesse, et se sentant (rës-épris île la baronne de Degenf'eld , une fille d'honneur, se mit à consulter dans tous les livres de sa bibliothèque les passades des auteurs sacrés et profanes qui semblaient autoriser le divorce, ou tout au in (lins la pluralité des femmes, il l'ut longtemps li ce Innail. ii l'allail i-f n'i cluri- dans le l'iailtittis tiitvtilluum, les Actu Sanetaruiu, les vingt tomes des Conciltis, ht grande Hibliotlu'ijn.: de.& l'ircs, les oeuvres de Tnslul, \nttib(îothecu unixiimi jHndificin du Jiocnberli, et tous e.es piliers des grandes bibliothèques. Enfin, le prince amoureux ayant achevé ce travail de ijéant, confia ses notes à son cligne bibliothécaire Laurent Itérer, avec ordre et prière d'en l'aire un Traite de la polygamie. .Aussitôt Laurent Ilégcr se mit à l'œuvre, et son livre étant achevé, comme il n'osait pas le signer de sou nom , il se cacha sous le manteau de Dttphnteus Areiiurius. Doue voici comme il s'y prit : il supposa qu'il

s'appelait Iîc(;cr, du mol twgen, qui sijjuilie eu allemand un arc L'are étant donné, il en fit mcuariits, comme il fit de son petit nom Lauréat , Daphnœus (Sitjsfi) , un laurier. Mais ijui diable eût été chercher sous ee laurier, sous eet arc, en latin allemand, le pauvre Laurent Bégerî

Mais aussi quelle mouche le piquait de situer, même en énigme, un livre si dangereux? En effet, sitôt que le livre est publié et relié eu vélin, des mains mystérieuses l'adressent aux principales librairies de l'Europe, et comme on le donnait pour rien, et que d'ailleurs il était bien fait, le Traité de la polygamie eut bientôt trouvé des lecteurs. Il en trouva surtout dans les Églises protestantes; llussuH en a parlé; dans sa célèbre et tres-f'luipicntc Histoire des variations. Mieux encore : le landgrave de liesse, aussitôt qu'il comprit que le livre avait des sectateurs, franchit le pas, et se faisant protestant, fit entrer par un divorce sa maîtresse dans son lit. Pense/ donc au scandale ! Aiiniéiiie instant, les, femmes et les filles crient haro contre l'auteur du Tr/iitè di'hi jii)lyijiiiiiic. Lu vain le landgrave eut voulu défendre son complice. Laurent ISé|;er s'enfuit à ltomc, où il fut reçu par les Itomaines à coups d'étrivicres. De Home il revint eu Allemagne, espérant que la tempête était passée; il v trouva la

SEPTIÈME JOURSÉE. U) grave ayant appris que Daphnams Arcuarius avait

coups. — Au moins, se disait le pauvre tomme, la

u<>in<l[< bnd*;i.it'- '-I i ,i..--ni-il j.ii» -i-

moi Le landgrave et sa femme répondirent ipir

s'il restait vingt-quatre heures dans leurs lïtats ils le feraient pendre. Accablé do misère, il mourut sur le grand chemin. Les princes d' Allemagne h'ieiit brûler son livre par la main du bourreau. Le l'ailcment de Paris le condamna au l'eu. A ces causes, on en Ht une seconde édition sons ce titre inattendu : les Triomphes île ta polygamie, l'otyijamia tritimpliatrix. La pnlyijamie est un cas yeminhU- , disait Molière en songeant à ce malheureux triomphateur.

— Ces farces misérables, reprit Al. tient Soxge- Ciiëux, que font les puissances de la terre aux écrivains de bonne foi, m'ont toujours semblé' de grossières inepties. Après que le célèbre Bodiu eut démontré dans son livre, De ta République, l'excellence de la loi salique, et que la royauté d'uue femme est chose contraire à l'honneur des couronnes, Ëlisabeth, reine d'Angleterre, appela Bodiu à sa cour. On u allait pas vite ;ï Londres, eu ce temps-là; l'Océan grondait, l'hiver sévissait de

m r.E i.ivue.

toutes parts. liodîn attendit si\ semaines , dans nni; mauvaise auberge, le bon plaisir de la reine. A la fin, il obtint son audience. Il arrive, il se prosterne, on le relève, et in reine, avec un soufflet de sa maiu osseuse : ■ — ■ Apprtnwz , dit-elle, maître Badin, qae vous n'êtes qu'un badin. Il s'en revint comme il était venu; mais, depuis ce temps-là , il

•I ' |Tilll l I | >■■■ ■■■■ Élu |i| il . ■ É É | - ■ -I- - f -

mais la prière de Thomas Howard, duc de Norfolk : au lieu de dire dans l'Oraison dominicale : Que votre règne arrive, il disait : votre république. Le mot rai lui efit écorché la bouche, et le roi fit tomber sa tète.

PrKïiïiK m: CmiMT, demandant la parole :

— Il me semble, dit-il, que voilà l'heure ou jamais de conclure, à la façon non pas de Cicéron, mais d'Aristote, qui était un plus grand logicien. Donc, il y avait dans Paris, en 1662, an plus beau moment du règne el de l'inauguration de Versailles naissant, quand les hommes et les femmes célébraient à l'envi les adultères de Louis XIV, un beau jeune homme appelé Claude le Petit, bien fait de sa personne, écrivant de jolis vers, et menant, au jour le jour, une heureuse vie entre le jeu et l'amour. 11 était le fils d'un tailleur, et même il était connu de Poqttclin le père, qui l'aimait parce

qu'il était jeune et gai. Malheureusement le jeune homme rut une dispute, et bel et bien (un son adversaire d'un coup d'épée. Vu gentilhomme n'eût pas mieux fait. Il prit la fuite, et de Itomc à Madrid il mena ia vie errante, abandonné à lotîtes les liassions. Quand il erut son affaire apaisée, ilrevinl dans Paris, se réconcilia avec son père, et malheureusement reprit la plume, employant dans ses nouveaux discours tout ec qu'il avait apprisdans ses voyage» : le rire à propos de tout, le mépris des choses saintes, la satire des hommes, e( le conseil aux gouverne me nts qui n'eu demandent pas.

Le danger était grand, l'abime élait proche; on n'a jamais aimé les faiseurs de satires et de ,li.i.,.-u. >i > .iiii i . ipi, >■ f v ii à l'ivpr- ? dé|icns. Cependant, de la ville à la eotir, circulaient des cantiques dignes de Ilussv et de ses eom-

bien apparentés, ducs et pairs, ou fils de maréchaux de France, n'avaient guère ù redouter que la Bastille et le m écoulent émeut du roi; mais un simple rime tir, fils d'artisan, s'il est pris, il est perdu. Claude le Petit se croyait si bien caché, que rien ne le troublait dans ses chansons.

Mais le jour de la Fête-Dieu , voici que passe en grand appareil , sous un dais de mille louis d'or, la

|,fi>. i',M..n .J. I . ,-liv V<ilil-I, .mi djn, iid (|UJr-

lier plein <ie ferveur. I.c vent chassa par une fenêtre entrouverte, nu cincpiième étujje, sous les

toits, un brouillon (les chansons ipic recherchait M. le lieutenant criminel. Un prêtre irrité ramassa ee triste feuillet, et désignant du doigt la fenêtre, il remit au commissaire ce papier accusateur. La justice était prompte. Elle frappe à la porte mal fermée; elle enire, elle s'empare à la fois du poète et de ses chansons. Hélas ! voilà Claude le l'etit clans les prisons du Châtelet! Ces prisons du Chiïlelet ont laissé nu souvenir abominable. Klle.s étaient la plus

horrible peine après la moti : titra mortem.

Au bout d'un mois de ce supplice, le Petit, dil-

prineipaledc Notre-Dame de Paris. Après l'amende Itinturittilf , il était mené à la place de Grève, « où il aurait le poing droit coupé, puis attaché à un poteau et brillé vil avec soit poème, et les cendres jetées au vent ». Le libraire étant battu et fustigé, nu, de verges, et banni de la ville. Signé : DE MESMES, et plus bas : DU TtLLET.

— Cet horrible hasard .jui livra Claude le Petit

;iu Imclier (c'esl maintenant Vir.i.o\ i|ui parle i s

[j j j < ■ lli: à la même époque, rt. dénoncé par un accident toul semblable, un malheureux homme appelé Simcm Morin, C'était un illuminé, quoique bas-Normand, qui possédait une trcs-bclle écriture, et se fil écrivain public dans le charnier des Innocents. Là, il vivait de peu do chose et de rêverie. Il de-

vinf amoureux de .Icanne Hou;

une aimable et vaillante femm

e. 11 eu

sut des eu-

fants, et ce petit monde était as

Morin s'avisa d'écrire un livre

Mari», comme ou disait : Ir.i

ile Pàscal.

Les Pensées de Morin causé

dale-etle lieutenant de polie

3 envoya

prendre le

nouveau saint Paul , prêchant

ane reliffi

à son profit. Morin prit la fuit<

■ •> tcm r s

, et disparut

avec sa famille dans l'Ile Non-

en quelque

à le cher*

cher. Deux ans après, parmi

soir d'Iliv

er, le corn-

miss;iiio Picard, revenant de

! ami où il

avait soupé, accompagné de

son cl en

: et de son

laquais, rencontre un petit garçon, les cheveux bouclés, et tenant de sa main bleuie par le froid un bout de chandelle allumée, ami de s'éclairer dans la rue. Hélas! la chandelle, en j;uise de lanterne , était entourée de la première feuille du livre

i!P4 LE LIVRE, excommunié, et l'on pouvait lire distinctement sur ec triste fallut : Pensées de Maria. Il n'eu fallut pas davantage au commissaire pour suivre à la pistece malheureux. Le garçon, interrogé, répondit rpi il , inil . ii . II. | li t.l ,|. M , j.iq f. ( .K I ai Jil

envoyé pour chercher un pain à crédit; mais il revenait les mains vides. — Eli bien , dit le commissaire, allons, vous souperez ce soir. Ils arrivent dans le taudis du bonhomme. — Ami, lui dit le comimssiiii'e, ne: craignez rien, j'ai lu vos Pensées. , et je les sais par ccenr. Mais si vous ave/, iptelepie exemplaire à me céder, j'y mettrai le prix.

Toute l'édition, imprimée chez Claude Merlot , au coin de la Uucherie, à l'enseigne des Vieilles É(mu<w, était cachée au fond d'une cave. En vain Morin et sa femme et les deux enfants veulent se défendre. On le jette à la Bastille, on lui fait sou

l enormité des crimes dont ledit Morin et ses r.am- /ilii-d sont chargés, furent condamnés par M. le premier président, de Laiiioignon (hélas!; : Morin à l'amende honorable, eu chemise, la corde au cou, et britlé vif avec son livre : Pensées de Morin : ensemble ses écrits et Sun procès, et les cendres

SEPTIÈME JODHMÉE. lB. r .

jetées aux vents. Quatre sectateurs dudit Morin, conduits et attachés à la chaîne pour servir le roi ù perpétuité comme forçats dans ses galères.

Mais voilà ce qui est plus horrible. La jeune et vaillante épouse de Mario, la bouquetiérea :i beau rire, ■ conduite au lieu d'exécution, battue de verges par l'exécuteur de la haute justice, Détrie d'un fer chaud marqué de deux fleurs de lis, et bannie à perpétuité avec Claude Morin son fils. » Avant d'aller ;'i l'échal'aud, le malheureux fut conduit dans la chambre de la question, dépouillé, torturé, interrogé. Au milieu des flammes il criait : Jésus, Maria! Mon Dieu! faites-moi miséricorde! Je vous demande pardon !

Qui de nous cependant, trouvant dans une vente un exemplaire des Pensées de Morin, refuserait de lui donner l'hospitalité de sa maison?

— Quant à moi, dit Beusamd, qui ne parlait guère, je puis vous dire une histoire authentique de la façon dont les livres étaient traités, même avant toute condamnation. M. le chancelier Séguier (et pourtant celui-là aimait les livres, témoin tous ceux qu'il a laissés) vit un jour entrer dans sa maison M. S ci pion Dupleix , historiographe de France, un écrivain qui certes n'était pas le dernier venu. — M. Dupleix pin I ail sous sou bras deux (;ros

manuscrits sur les liberté* de l'Église gallicane, [jiii représentaient quinze ans (le; sa vie cl de son labeur. II avait aussi dans sa poche nn (.'allier moindre intitulé : Libertés de la tangue franciùsc dans ta pureté du style, ou Observation* sur les remarques de M. de J'augelas. Donc , noire homme est introduit chez M. le chancelier, et demande un privilège, es fins d'imprimer ou Caire imprimer ses Libertés de la langue française et ses Libertés de l'Eglise gallicane. Eu même temps il déposait sur le bureau de Monseigneur ces entants de son loisir.

a Monsieur , reprit le chancelier, voulant vous traiter favorablement, je ne vous ferai pas attendre. « Et sonnant ses deux hoquetons, il leur donna ses ordres à l'oreille. Ceux-ci emportent toutes les Libertés du bonhomme, et M. le

chancelier l'interroge avec bonhomie sur les inficlé-

lili'i de sou Histoire

de l'raoee, que M. le maréchal

de Bassompierrc a s

i cruellement relevées dans ses

Mémoires. Au bout

d'un instant, M. Dupleix se

défendant de son m

ieux, soudain, du milieu de la

cour de la chancelle

rie, s i levé une épaisse fumée,

et M. le chancelier,

il un visaj;e calme et souriant :

» Monsieur Dupli

réméré icz-moi et fclicitcz-

vous. Voilà tous VO!

: rêves en fumée. "

Çiutcod bi G

A ces mots il sortit, content de son crime... M. Dupleix, atteiré, descendit l'escalier du maître des lois. Les hoquetons l'attendaient dans la cour et lui demandèrent : la bonne main.

Que dites-vous de ce nouveau supplice? 11 me semble que si j'avais à choisir, mieux vaudrait la passion de Morin que les mépris de Scipion Dupleix.

— Quant a moi, reprit M. DE Veiikeuil, je ne voudrais ni de la hontr; ni du supplice. Et pourtant, rien n'est impossible ;ï ces bourreaux de la pensée humaine. On a vu des traités de paix déchirés en lambeaux par des populaces furieuses. Ces Libertés de l'Église gallicane livrées à ce misérable bûcher sans que le magistrat eu ait lu une seule page, nie rappellent le supplice infligé par le pape Pic II à la Pragmatique sanction, qui contenait en germe toutes les libertés de l'Eglise {[alliera. Après la mort du roi Charles VII, il plut au roi Louis XI , son successeur, de rendre au Siège apostolique l'empire absolu sur l'Église ; alors le Pape, a celte nouvelle inespérée, ordonna que la Pragmatique sanction fitt traînée et fouettée à travers la Ville éternelle. Ainsi Xerxès avait fait fouetter l'Hellespont.

— Avant de nous séparer, dit le président, je

— C'est facile à dire, s'écria GEOHCL, le nouveau venu: les Méditations poétiques !

— Et savez-voùs, demanda M. île VerneuU de sa voix claire et qui tirait sur le dédaigneux, le pins vilain titre qu'un livre puisse porter? J'en sais un; mais je vous dounc huit jours pour répondre a ma question.

Sur quoi chacun rentra dans son lojjis, les uns par le pont Neuf, les autres par le quai Voltaire, où M. Potier lient sa librairie; celui-ci, par la rue de l' Arbre-Sec ; cet attire enfin par l'atelier de Ifguzonnct.

Justement, le célèbre relieur mettait la dernière main à ce bel exemplaire du Roman tic (a Rose, écrit sur vélin d',i;;nean (M77), orné de quarantequatre miniatures eu grisaille. Hélas! ce fut la dernière œuvre du grand artiste remplacé par son jjendre E'YanIz, Itauzuimcl pouvait dire :\ son tour :

Iri fini»! le llnman Ae la llojri-.

Rien rit lempi que je ne repus.!!

— Savez-vous, disait re jour-là ViTHUVE à

renier 1rs fils de Luther des crimes et des violences dont nous accusons les callioliquesî lis se vident, les uns les autres, pour la méelianceté. Ce fameux Luther, qui parlait si bien, qui a défini la conlessioii : la biiiirherie tir.* unies il « dépassé dans l'injure et la violence les plus terribles blaspliéinaleiirs. Le Pape est sorti dit derrière du diable', une belle injure que Voltaire lui emprunte à propos de l'Yeron. Le Pape, est l'Antéchrist, le. destructeur du christianisme, le ravisseur des. âmes, le plus grand de tous les maifuereanx. Il faudrait mettre, au gibet les cardinaux , la langue attacheeù leur chapeau. Le roi Henri Vlll est une pourriture. Anes, pourceaux, chiens, idolâtres. Turcs, autant de noms pour les ru ni 1 mis de Luther; ii'rotjnes , furieux, ennu/cs, lie'tes, taureaux, pourceaux, voilà les catholiques, et les catholiques répondaient dan» le même style.

ïl)[) LE LIVRE.

Partout la violence et la mauvaise l'ai. Des deux côtés, chacun faisait son cantique :

Voici ce que chantent les écrivains catholiques :

Indigne d'honneur, licilntiir iulilm-.

Pu III l'en» de racr du ciirlinn.

Calvin est encore plus roéchaut. Il était sobre, actif, vigilant , et jaloux fie son anlorité à ce |ioint qu'il eut mis le feu aux quatre coins (le la ville pour se défaire d'un rival. Ainsi, quand ces grands hommes voulaient être injurieux, ce n était pas le mérite et le talent qui leur manquaient. On parle encore aujourd'hui , avec une juste horreur, du supplice d'É tienne Dolet; mais le supplice de Michel Servet, assassiné par Calvin, est un crime abominable. Il n'y avait rien tle plus charitable et de plus doux que le docteur Michel Servet. Ti'cssavant, il savait le latin, le r>rec et l'hébreu, la |ihiloM>|>liii' cl la tliéolojjie scohisiique . Il avait fait un livre contre la Trinité, que tous les libraires refusèrent d'imprimer, et s'était relire à Vienne, en

HUITIÈME JOUHNIiE. Î01 D.iupliiiié , où il ex en; ait la médecine , avec grand ju-ulit [joui- les pauvres [f(.'iis. Cependant, Calvin le survoiiliiit du fond de son ll;;lisfr de (Genève, et le faisait dénoncer comme hérélique an grand vicaire de l'archevêque de Vienne, qui lui commanda de se rendre au château du Roussillon. Le procès élanl instruit par-devant l'inquisiteur, Calvin fournit les preuves que l'on cherchait. Et lorsque enfin le malheureux Servet, forcé de fuir la ville cie Vienne où chacun l'honorait, se rendit à Genève, il trouva dans Calvin un ennemi implacable et caché.

Le procès fui livs-liiii;;, plein d'injures du croie de

Calvin, Michel Servet restant dans la réserve cl le

respect devant le jiiijir <tr tx'itïvi:. Il fut condamné pour crime d'hérésie, eu ces ternies :

- Condamnons Michel Servet au pilori et brûlé tout vif avec son livre. « Ainsi fut fait. Savea-VOUS rien de plus eruel dans toutes les vengeances des catholiques? Non pas, certes; laissons à chacun son crime et son bûcher. Ces violences avaient pénétré dans les âmes les pins agrestes. Malgré son sauf- conduit signe de l'empereur .Sigismoiid , Jean Huss, dont le plus grand péehé, disait-il, était d'avoir perdu sou temps ;'i jouer aux échecs , fut brûlé par le concile de Constance.. Il était lié au sommet d'un hùcher de vingt coudées.

bonne vieille, courbée sous Je poids des années. Elle portait dans sod tablier un petit fagot de sar-

Hamme à la flamme envahissante du hacher.

les yeux au ciel. Il en dil plus, d'un seul mot, 1 1 in- ces diseurs d'injures que nous relevions ton! à l'heure, et sans doute le j>rand ISossuet se rappelait cotte helle parole i|iinnil il disait , à propos des anabaptistes cl des soiinirns : Plus le droit est ccrt'iiii, plus In tnmlrration est nécessaire.

— Toujours esl-il , reprit QuiNTILlEN, (pie ce filt un i;rand malheur quand les écrivains héritèrent des injures que se sont dites si loti|;lemps les protestants et les catholiques. Fitretière, dans un dialogue où Despréaux joue un rôle incroyable, est appelé lièlitre, murnutl , fourbe , fripon , laquais, banqueroutier, traître, saltimbanque et voleur.

Ile ces injures, les mielirs littéraires mil été gâtées pour longtemps, sinon pour toujours. Iletireusoinenl, en dépit de ces excès, il s'est toujours trouvé parmi nous des écrivains bien élevés. Tout d'abord il faut vivre, et le savoir-vivre est une des conditions du bel esprit. Que d'exemples d'atticisme et d'urbanité ont clé donnés à nos ancêtres

deux l'ison ont élé les instituteurs du leur temps; l'hôtel <lc Rambouillet, madame de Sévigné, madame de MûDtespati, Louis XIV, ont appris à TÎvre à tous leshounétcs gens du grand siècle.

Enfin quel plus admirable et plus charmant, maître en l'art de vivre et de se tenir à sa plate, à la première. Voltaire ! Il tnaniail l'injure à faire peur; mais sitôt qu'il rentrait dans la lionne compagnie, il n'y avait rien de plus rare et de mieux élevé. Avoz-vous lu, dans les œuvres de d'Alemhert, un excellent Traite sur la société des gens de lettres et des grands? C'est une œuvre magistrale; rarement In prudence d'un philosophe et la modération d'un écrivain ont parlé un plus terme et plus heureux langage. Il voyait avec peine, M. d'Alembert, les habitudes nouvelles qui poussaient les écrivains du dix-huitième sieele dans les salons des puissants, des rielies, des oisifs, et il finit par en dire hautement toute sa pensée. Il faut, disuj|-il à ses confrères ébahis, nous rappeler que nous tenons à la bourgeoisie, et nous méfier également des grands seigneurs qui lions dédaignent et des artisans qui ne sauraient nous comprendre.

îlli LE LIVRE.

Il nous faut, disait-il encore, aimer la solitude et redouter le tourbillon du monde ; employons

ios éludes et le eette très-

notre repos à rechercher 1 Y ■minime partie du public qui

stime j u fl e

ut (et

time et le respect de vos confi

>-uil;t votre pri

et de

fotre esprit; la

issez-les Taire, un peu plus tût, u

npeu

dus tard, il» v

uns rendront lionne justice. ■>

Il dit aussi

excellemment : u En Fait de

répn-

talions, eu fait de maladies, c'est toujours l'impatience qui nous perd! - lit , disait le Cai-lha||itti>is î> son général, « les dieux n'ont pas donné à un seul tous les talents! >• M. d'Alemberi disait aussi : * Ne vous £ez pas au hasard, mais fiez-vous a votre mérite; il v a bien des [jens célèbres par basard... célébrité d'un jour. » Un beau livre à faire serait intitulé : Di; la cltarlntanerie des Minuits et " des Ijens de lettres! « Surtout « ne confonde/ pas la réputation que donne le bei esprit avec la considération que donne une grande fortune! Il ne faut pas être envieux de la fortune, il ne faut pas être sou flatteur. Le vrai talcut se diminue

HUITIÈME JOURNÉE. fflir, et se perd lorsqu'il prodigue ses hommages à des gens qui croient l'honorer en lui accordant un regard; lionte à qui se jelte anv genoux de l'Iiomme qui devrait être à ses pieds ! " Il citait aussi cette belle parole de Diderot, parlant du premier ministre, M, le duc de Clioiscid : <■ Il voudrait bien se familiariser avec moi, disait Diderot, mais je le

la géométrie I Ce n'est point à la cour de Charles II que Newton a trouvé la gravitation universelle; le Père Malebranche vivait dans la retraite, et pourtant son livre est le modèle du style des philosophes! » D'Aiembert, en terminant celle éloquente mercuriale, en vient à parler de l'aimable familiarité qui peut s'établir entre le poète et le grand seigneur. Horace et Mécène étaient deux amis, maisjamais Horace n'eut songé à écrire quelqu'une de ces épîtres dedicatoires qui sont la lionte et imiiti»ieme»t tics lettres. Prenez garde a ceci : — les petits esprits n'aiment guère que

«IHi LE LIVRE.

les esprits qui leur ressemblent ; Corneille est né-

j;lijji' pour .Scudéri, Unisrobert l'emportait sur la

Fontaine; on a vu Pradou préféré à Racine

Heureusement le publie a bientôt fait justice. de l'admiration des sots.

M. d'Alcmbert dit encore à ses confrères : « Méfiez-vous de la satire ; il n'y a rien île plus honteux que ces inaulleurs île profession liout l'art consiste à injurier la renommée et la gloire! » — u Dans les pays malheureux où la presse est esclave, écrit M. d'Alembert, la licence d'insulter les yens de lettres n'est qu'une preuve du plaisir qu'on prend à les voir insultes, lit pourquoi donc serait-il plus permis d'outrager l'écrivain <pii honore sa nation, que de rendre ridicule un homme d'Etat qui avilit l;i sienne? » 11 n'y a rien qui soit plus ;uliiiir;il>lr que ce passage de l'Essai s»r les gens de lettres. Quant à la conclusion du philosophe, elle est digne de [ont le reste : « Liberté, in'rilt et fxutvretr, voilà trois mots de jjraud profit que les jjens de lettres de-

verains celui de postérité! « Le souverain bien, disait Descaries à la princesse Elisabeth , c'est la conscience d'une certaine perfection à laquelle nous tendrons toujours! »

Voilà le débat ; tout le reste est puéril ; la belh:

HUITIÈME JOURNÉE. iu; a traire, après la plus charmante déelaniatimi , quand vous nous aurez prouvé qu'une femme prudente y (luit regarder à deux fois avant d'épouser un poète! " On ne sait jamais ce qu'on a! Ça songe à son poème ! » Comme si le notaire ne songeait pas à son Hufait notaire, le marchand à sa marchandise, et l'avare à sou argent !

Le Iuu|i, même en sou sommeil, rive de bergers et de bergeries; le cerf s'enfuit haletant, poursuivi par le chasseur; la meute horrible aboie eu dormant. — Souffrez quo je vous arrête un instant, reprit M, DE LA CONTRIE, afin de vous rappeler une

contemporains feraient hien de profiter. Dans un voyage à Fontainebleau, du temps de madame de Montespau, le Moi disait après sou dîner : « Duc de Urammont, savez-vous que mademoiselle île Simiane, l'une des filles de Madame, soit vraiment morteï — Oui, Sire. — En ètes-vous bien Sûr? — .le l'ai vu descendre avant-hier dans les caveaux de Saint-Sulpice. — Alors, reprit le iloi remaniant de coté et d'autre, il m'est permis peutêtre de convenir que c était la moins jolie fille que j'aie vue en toute ma vie. »... Au scrupule du Roi, madame de Montespau, madame la duchesse cl

madame la princesse de Conti, M. du Maine et M. le comte de Toulouse, convinrent à voix basse que .Sa Majesté peut-être avait raison.

— Si vous m'en croyez, monsieur, reprit Bkhn wm, pour l' honneur des lettres et des lettrés, nous loitt-lierons légèrement à In dédicace. Kllc fut pres- <[ii<: aussi dangereuse pour le poète que pour sou Mécène. Bien des hontes sont rcnfei'mées dans ces épilres vénales, et hien des réflexions. .Scarron, un (;r:iinl faiseur de dédicaces, se plaignait déjà (pie ce fut, de son temps, une profession perdue :

dedirare*, <pii demandent a (jtii ne leur doit rien ,

„„i quelque cire* de pu» rade qu'uu exploit : et je ne trouve pas étrange cjne le Mecenas ne prenne pas tant de plaisir à se voir issu d'Hector, on de Sarprdon, qu'il a de regret à l'argent qu'il a donné a M. l'Auleur pour s'habiller comme les autres hommes. »>

Érasme, homme heureux s'il en lui, et qui n'avait besoin de personne, ayant dédié l'un de ses livres à un ovêque, et l'ayant déposé' bien relié entre les mains de monseigneur, celui-ci fit estimer

HUITIEME JOOHSÉt.

à l'instant même la reliure, et In paya sur-lechamp. Érasme en avait encore la routeur à la joue. Il en.nl deux vers latins en guise de conseil à ses amis les écrivains :

lïnn.Uriiioril jiijipin.rfuji \ruv lin luni' r-î-t pdik 1 . I.e feu île la proie et de« ver»

Ne hit plus bouillir la marmite.

Un de ces hume-vent, nomme Lascrre (un des noms châtiés par ])espréaux), ayant dédié je ne sais quel poème à je ne sais quel seigneur, le seigneur lomha eu syncope , tant il fut surpris de celte politesse. On recherche encore aujourd'hui un livre de Jean de Berticr, baron de Montrabe et premier président du parlement de Toulouse. 11 avait écrit line t-pître dédicatoire à l'adresse du cardinal de Richelieu, mais Richelieu étant mort dans l'intervalle, il en fil une aulre dans laquelle il tramai) Richelieu dans les fanges, et portait le Jlazarin jusqu'aux nues. L'exemplaire avec la double iléilicacc existe; il appartenait ii Charles Nodier, qui s'en amusait souvent. Ces choses-là sont tristes et rappellent beaucoup trop le terrible axiome : Magisler artis largiter venter.

En fait de dédicaces, on a conservé celle-ci : A trùs-liatit, très-exadttmt et très-puissant princt-

SiO LE LIVRE.

Louis le Grand Dîeudonné, par la grâce de Dieu, i'èsitr toujours auguste, empereur des Gaules, roi très-chrétien de France, d'Australie, d'Arles et de Navarre, jils aii\é de l'Eglise, Dauphin du f'iennois. Il n'oubliait pas les titres de prince, duc, marquis, comte, landgrave, vicomte, baron, sei-

tth t- souverain, seigneur protecteur, mais, chose assez risible , après avoir désigné pai' tant de titres pompeux ce roi dout le nom seul disait tant de clioses, le faiseur de dédicace ne croyait pas qu'il Tût nécessaire de se nommer et signait A. 1). tout simplement.

Le discours de M. Bcrnart fut interrompu par le bruit d'un carrosse qui s'arrêtait à la porte du petit jardin, et nous vîmes entrer le chevalier Printemps, M. GEORGE. 11 était plus leste et plus rianl

beaux habits un paquet de bouquins poudreux : — Essayez clone cette fois de me (jronder! s'ccriail M. George ; j'apporte ici des trouvailles (elles que pas un de vous, messieurs, ne peut se vanter d'en avoir trouvé davantage en v'mtf. ans. Alors il nous raconta que passant par hasard dans ce labyrinthe étroit de ruelles qui circulent encore aujourd'hui sur les hauteurs de la rue SaintJacques, il avait découvert dans le coin d'une allée, à coté d'une

HUITIÈME JOURHÉR. 211 vieille sei'iii{;ui', In Ijililidthfque d'une dévoie, moi'Ii'

en odeur de sainteté. Cette bibliothèque, il l'avait

a- \fi'< --n M— , .1 1 tiini--- 1- j ■ il...-.

quelles inestimables : La buutùjue de l'apothicaire spirituel. - — Knrensnirs? fumants itt- pensées mystiques. — Le brise-tête du dragon infernal. — Le

couvre-sein féminin, pur un clitimiiuc it<: Cambray

(Douai, 1051). — Les tapisseries économiques tissues du fil de la sagesse. - Le sucre spirituel. -

l.efaiseenu de myrrhe. (Angers , 1525). — Le Pcnsez-y bien. -,- La pieuse alouette et le pntm/tytte chrétien. —- La chaîne d'or des vrais croyants. — Les sept tfninpcltes pour éveiller les pêcheurs, et beaucoup d'autres dont les titres étaient arrachés. Mémo il avait trouvé (ces jeunes |;eus sont heureux!) un très-beau cahier d'une tres-bclle écriture, tout rempli de cantiques spirituels. Alors le voilà qui se met à chanter (il a la voix de Delsarte , mais il chante un peu moins bien) :

Unis ilisdulo» le mémo tmr Eurent le bonheur de le voir.

Alléluia.

Toattriiln et tout abattu, 11> <on «Mutent en Eramaii»,

Cl «I eau non gaina loin <tt la.

Allduia.

.li^siis, d'un port mytférieiw,

Incognito les aborda.

Allelnia. (

— Assez! assez! cria l'auditoire. — Ne vous ;;cnc7, pas, reprit le jeune homme, on pourrait vous en chanter jusqu'à demain. Un dernier couplet, cependant... — Non, non, rien de plus! Et voilà comme on le fit taire , au moment où il chantait :

Mes i i'nli'6 noiiI i-n ;nlis , A Fondé |ierdn je Ws ai mis Entra le» mains de Jésus-Christ.

,le me tais, dit-il, par respect pour mon eotl- Irère le inemhrc associé du Caveau. Puis, ayant recueilli ses précieux bouquins, il disparut.

— Est-il heureux! le bel âge! reprit Ai.beut Husck - Creux avec uu m-aud soupir d'envie.

Kcoutcz maintenant, si vous le permeJtez, les pages qui' j Yei ivais avant-hier à propos d'Auguste, empereur, et d'un méchant ïaiseur d épigrammes, le [inote Arelnas, célébré par Ciexrou.Ccci s'appellera, s'il vous plait, /(.■ Lit iln /nwlt: Archias.

HUITIÈME JOUR NEF- Mil

.1 Quand passait dans une rue et dans les carrefours de la Ville éternelle la litière silencieuse de l'empereur Auguste, c'était un grand événement. Les plus puissants, les plus petits, se demandaient avec une certaine inquiétude : Où va le maître? Et si la litière était vide, ils s inquiétaient encore : O Jupiter! quelle maison est menacée?

de quelque citoyen nouvellement marié, dont la jeune épouse avait fait envie ;ï l'empereur! A peine le licteur déclarait ce qu'il venait chercher en ce lieu misérable, soudain s'ouvraient toutes les portes, et la dame au lonj; voile était emportée a travers la ville, émue et silencieuse, au palais impérial. — Là s'arrêtait toute imprudente curiosité. Pas une observation, pas une plainte. Nécessairement il faut obéir au propriétaire absolu de la vie et de la mort, de la fortune et de l'honneur des cent viuj't millions d'hommes qui peuplaient le monde romain. Tel était l'empereur Auguste, avant-coureur de ces I listes Césars qui devaient être la boule et l'épouvante des terres , des océans, des îles, des légions, du Capitule, en un mot du l|enre humain . Il avait commencé par éire tin bourreau, il finit par être un habile tyran, qui marchait à son but par tous les sentiers.

Le vrai nom d'Octave -Auguste est mystère!

.Jeune homme, il avait été le protégé do Cicéron, <pi'il devait livrer aux égorgeurs; il avait connu Brutus et Cassius, ces grandes âmes, l'IIarmodius et l'Aristogitnn (le la république romaine. Il avait arraché le monde à Lépidc, â Marc Antoine, a Sexins i'ompée; il avait vaincu, c'est-àdire trompé Cléopatre elle-même, cl Cléopatre

■■■ li • I II' MIIM ■!■

Enfin, à la bataille d'Aclimn, comme à l'Iiarsale et comme à Philippes, dans ce vaste conflit des ondes, des orales, des hommes, des vaisseaux, l'Orient et l'Occident s'étaient heurtés dans une immense confusion (le peuples, de rois, d'auxiliaires.

Actium! I.à tout s'arrête et recommence. Il n'y a plus qu'un homme, Auguste! et tout le reste est abattu. Vingt années de (pierres civiles avaient fait aux Itomaios eetle immense servitude. Alors, avec l'ordre et l'obéissance, apparurent les premiers poètes : Horace, Virgile, Ovide. Ils mirent à profit la paix générale, et trouvèrent bientôt l'adoption des beaux esprits, fatigués du bruit des baliiilles, épouvantés de tout, le sang répandu. Ces lâches et grands poètes, élevés par Mécène, entreprirent la louange et l'immortalité du chef île l'empire. Ils proclamèrent la grandeur, la ma-

HUITIÈME JOURNÉE. 315 jesté, ilisons tout, la divinité d'Auguste, supprimant d'un trait de plume les débauches et les crimes de leur protégé.

Ce nouveau dieu , <|ni devait tenir une place immense à travers les siècles, et dont le reflet funeste, au milieu des beaux mensonges de Vlùwiilc et des Géorgiques, sans oublier, hélas! lu dithyrambe impérissable d'Horace , a jeté le plus vif éclat sur le règne d'Auguste. Auguste a sauvé Home, il est

romains venaient d'achever la conquête universelle au fond de l'Europe et jusque dans l'extrême Orient , c'est-à-dire au moment suprême de la grandeur romaine. Il a réduit ee grand peuple au pire esclavage, à savoir : Tibère, Caligula, Néron et ses iucouvdnients ilomestir/ues, car c'est ainsi que, de nos jours, un magistrat quelque peu historien expliquait Xéron faisant égorger sa propre mère.

Auguste a sauvé Rome en brisant la discipline des armées, en faisant de chaque général un compétiteur à l'empire. [I pouvait sauver la république à moins de frais; il lui suffisait d'accepter le tiibunat populaire, ou tout au plus la dictature d'un instant, et Rome était sauvée.

Qu'il eût rétabli l'autique sénat, tout rempli des plus beaux noms de l'Italie et des plus salu-

taircs traditions des gouvernements d'autrefois, pour longtemps la ville éternelle gardait ses libel les passées et toutes les espérances de l'avenir. Montesquieu (je sais bien qu il n'est plus a la mode, ri qu'il devient aussi malséant de citer Montesquieu que de citer Tacite) appelait Auguste un tyran rusé, qui conduisit 1rs Romains ii la servitude. Il expliquait très-bien que, juslement parce qu'il n'avait pas l'âme de .Iules César, il n'inquiéta personne. A travers les louanges de Montesquieu, on peut voir comme un immense mépris partagé entre le maître et ses sujets.

Mais quelle excuse! les vers des poètes, l'encens des flatteurs, la Rome de marbre et d'or remplaçant la ville de briques; tant de palais, de monuments, do temples, de bains, de portiques : le Panthéon d' Agrippa, le théâtre de Marceline, la basilique de César, cinq forums, inutiles à la discussion, fermés à la liberté, et partout et toujours des eaux plates, des eaux jaillissantes, des statues, des aqueducs, un murmure, une fraîcheur, un délassement dans la cité rajeunie.

11 y avait aussi l'ancien champ de Mare, le rendez-vous de la jeunesse romaine, qui chaque jour fortifiait son corps dans ces flots, dans ces sables, à la lutte, au pugilat...

HUITIÈME JOURNÉE. Ï17 Auguste h fuit du champ de Mars les champs MlysOfiis. Il a remplacé l'eau froide et rude par l'eau tiède et parfumée. Il a planté des arbres, afin <|iu' leur doux ombrage invitât la jeunesse aux disputes oisives. Loin de nous les Fabius, les Caton et les Scipion; les grands hommes d'autrefois seraient Irop facilement les censeurs de l'heure présente. Aujourd'hui, ce qu'il faut à la Rome impériale, ce sont des jeunes gens bien vêtus, versés dans les mystères de IVf d'aimer, sachant par cœur les élégies de Tibulle et les amours de Properce. Ils savent aussi tout leur Catulle, dont ils ont efface la haine pour Jules César. Peu de nouvelles lointaines devaient occuper l'attention publique ; il suffisait de savoir qu'Auguste allait bien. Seue se liabet imperatnr. La jeunesse romaine obéissait à l'exemple, aux conseils de Mécène, simple gentilhomme qui se vantait de ses ancêtres , tes mis d'Etrurie.

Agrippa, Mécène, étaient, après Auguste, les maîtres de Rome. Agrippa, un soldat, un capitaine, aussi modeste que dévoué, se cachant dans sa propre victoire, et laissant à son maître l'honneur des batailles que lui seul. Agrippa, avait gagnées. — Il fut chargé îles embellissements de tti ville et de sa défense. Édile et préfet de police, rien de plus. Il fit de Rome une ville obéissante et

ires-policée. Agrippa seul avait gagné la bataille d'Actium. Quand le grand Corneille met en scène

voir s'il faut garder l'empire on l'abdiquer, Corneille

qu'Auguste, Agrippa voulait l'empire. Il le voulait

crifia sa première épouse, une digne fille de ce riche Altieus, l'ami de Cicéron, pour épouser Mareella, liili' d'Octavic et nièce de l'empereur. Inutile ambition ! vaine espérance ! Agrippa mourut le pre. micr, sous l'œil de Livie, écrasé tout au moins pai' la cruelle et glorieuse servitude qu'il avait subie. .■tnijn>ti itiimiii svroitittm.

Mécène avait gardé pour sa part le ministère de l'opinion publique. Il voulait bien servir, mais il se maintenait dans une servitude élégante et facile. Avant tout, il aimait le repos; son [dus grand travail consiste eu ([in ique obscure ucgiicialion politique; le voyage à Brindes, si bien raconté par Horace, est la plus longue de ses campagnes. Auguste aimait les conseils de Mécène, tant que les conseils de Mécène étaient favorables à son ambition, à son avarice, a sa vengeance. Il se fâchait pour peu que son conseiller le rappelât à la justice, à la prudence, a l'humanité; mais il faut dire, à la louange

HUITIÈME JOURNÉE. îin de Mécène, qu'il avait souvent le courage de ses bons conseils. Un jour que l'empereur condamnait

Mécène lui fit passer ces deux mois sur ses ta-

siége sans mot dire. Toutefois, les flatteurs, race éternelle, abondaient à la cour d'Auguste. On y voyait surtout ces hommes peu méchants, mais très-dangereux à l'honneur des couronnes, ricaneurs de toute chose, et principalement de la vie

Ces agréables el malhonnêtes gens enseignent., n qui s'en laisse approcher, le mépris des lois, le mépris des mœurs, la débauche et l'ambition- ils donneraient toutes les libertés pour un diiior dans le salon d'Apollon. Mécène était de leur avis. Il disail, lui aussi : Prenons ce jour! Ce jour élait une conquête. Un jour encore, et puis un jour; ainsi l'on arrive à la nation effacée et sans danger, la nation qui s'amuse et s'endort. Elle, vit d'aumônes et de spectacles; clic a le pain pour rien et s'enivre à bon marché. Ou lui jette des billets de loterie et de l'argent. Ou bien, pendant six mois, les barbiers annoncent que pour rien ils feront la barbe atout venant. On l'amuse...

Et cependant ne croyez pas que cette honteuse

nation se plaise aux inventions de Térence et île

l'iaute, aux souvenirs d'Arislojihant

• et de Ménan-

drc^. Déjà sous Auguste^ce

«aie s e ses peies. n vain a i

■erlc "italien" N erve i a lenue

rcdouhle en jeux de mots et plaisai

sel , avec toutes sortes de surprises c

la verve italienne est impuissante aut

ant que l'espril

athénien. Celte étrange comédie,

où toule pil-

lées, semblait

fado à ces spcctatcui-s blasés par

les bonheurs

du cu-qnc, les luttes corps a corps

de chevaux. Les bêtes féroces, les

combattants,

de la plus vile espèce, voilà la fête i

nommé l'vlade, apostrophant Aug

„,.„ c» pl„i„

théâtre:

- Il «est pas inutile, seigneur, à to

peuple romain s'occupe de l'yladc. « 1

Aujpiste avait accompli toute sa des

lime. Il avait

le dégoût de l'empire et la fatigue d<

■ la mim. Il .a

ilemmiihiil quelles seraient, après lui, les destinée* du momie. Il restait seul avec Livie, ses plus chers enfants disparaissaient sons un mal sans nom. 11 ne disait plus comme autrefois : Rome et moi ! Il ne croyait plus à Borne, à son génie, aux lois qu'il avait faites. Il était comme une âme en peine, allant

HUITIÈME JOURNÉE. lil d'une île à l'autre, en ce golfe enchanté de Naples oisive et charmante. Ni l'empressement des peuples ni les cantiques des poêles ne pouvaient calmer les agitations du maître. A chaque instant, il apprenait

Par longue habitude, il avait fait sa maison de la maison de Mécène. 11 s'y trouvait plus à l'aise qu'en son propre logis. Il n'y avait rien de plus magnifique et de plus beau que ces jardins. Là régnait

préme. Elle rit, elle pleure, elle chante, elle se hirlir, Au;;iisti' cl Méeimc mil voulu, maïs en vain, corriger la rebelle. Enfin, telle qu'elle était, elle plaisait. Auguste, à son retour de Naplcs, trouva Mécène étendu sur un banc de gazon , que recouvrait une laine empourprée. Une soif ardente dévorait ce vieux corps épuisé par toutes les débauches de l'esprit et des sens. La mort le tenait dans sa main de fer, mais il ne voulait pas mourir.

A peine il se leva de son siège pour baiser la main du César. — Que les dieux soient loués, si vous nous revenez bien portant! Vous avez donc revu, monseigneur, l'île de Rhodes, Corintlie entre ses deux mers, Thèbes chère à Baccbus, Delphes aimée d'Apollon? Quant à moi, je mourrai sans revoir le vallon de Tempé, ou les pampres de Lucre-

ÎÎ2 LE LIVRE,

tilc. Hélas! il y a plus de trois ans que le sommeil n'a visité ma couche. Heureux ceux-là, disent les poètes, qui meurent aux sons enchanteurs de la flûte athénienne. O malheur! Il n'y a pas de chansons, il n'y a j>as de concerts <jni désormais me puissent endormir.

— Mécène, répondit Auguste, honte a qui se plaint à plus malheureux que soi. Si tu ne dors pas, ta es malade; et moi, si je veille, j'ai des remords. Il comprenait, parlant ainsi, la trahison de Livie. Il voyait en ce moment toute sa perte. Ah! voilà donc de quelle main était mort le jeune Marcellns ! Voilà d'où venait la persécution d'Octavie! Ainsi,

cachées, Agrippa le fidèle. Il était le gendre et l'héritier d'Auguste. Il gênait Livie. Il meurt, et .lulie à son loin', la fameuse Julie, honte et désespoir du rëjjnc, se sent exposée au* sourde* menée» de Livie, On avait caché jusqu'à cette heure avec i;raiid soin li s déportemenU de Jnlie à son père, et voici tout à coup ce malheureux non-seulement averti, mais tout à fait convaincu du déshonneur de sa maison. — Oui, disait-il en secouant Mécène, insensible à tant de misères, elle a jeté la fanjjc au bandeau impérial ; elle appartient à tous les chevaliers de Rome. Hier encore, 6 quelle

HUITIÈME JOURNÉE. m

lionte! par une nuit claire, on l'a vue qui s'abandonnait aux transporta du dernier descendant de Caïus Gracclius ; les roslres iudijjiiés n'ont pu rien comprendre à cette double profanation, Cependant je la châtie, et le sénat est averti par moi. Ma fille Julie est chassée; Agrippa Poslhumtis, mon pelil-fils, est déporté. J'ai cassé l'adoption qui lui donnait l'empire. I.icius et Caïus César me restent, lis sonl bien frêles, ci j'ai soixante-seize ans!

Or cet homme, chargé de crimes et d'ambition, se prit à pleurer en songeant à ses petits-fils. — Voilà d'où me vient mon insomnie, dit-il à Mécène en prenant congé de son triste confident.

Sur l'entrefaite était mort le poète Archias, un de ees faibles esprits qui disparaissent comme autant de feux follets. Il avait été célèbre mi instant , après l'admirable plaidoyer jiro Arcltiti poêla, l'une des belles teuvres de l'orateur romain. Dans ces pages vraiment éloquentes, a propos d'un poète persécuté, Cicéron écrivait le plus bel éloge et le plus touchant qui ait jamais été prononcé en l'honneur du livre et de l'écrivain. Rome entière applaudit à cette admirable plaidoirie, et le poète fut maintenu dans ses droits de citoyen romain. Mais quoi! le premier bruit était passé; d'autres événements étaient venus; aux heures les plus

iïi LE L1VBE.

sombres de la république, au milieu des guerres eiviles, dans In dispute entre Pompée el César, entre Clcopâtre et le jeune Octave , Rome avait oublié le poète Airhias. Arcliias avait eu son jour, ce jour qui ue revient pas deux fois pour les poètes.

A l'établissement de l'empire avait brillé, d'une flamme inspirée, une poésie éclatante de génie et de nouveauté, livrant à l'oubli les poêles passés de mode. Or les poètes nouveaux qui remplaçaient le pauvre Arcliias s'appelaient Virgile, Horace et Properce, et Tibulle, cl tout le siècle naissant, le second des trois grands siècles, entre Pétioles et Louis XIV. Peu de jours avant Auguste, avant Mécène, et peu de jours après la mort d'Horace, expira, dans la solitude et le silence, inconnu même de ses voisins, le poète Archias. Il mourut en vrai poète sans emploi, et le propriétaire de sa maison fit saisir ce pauvre rien qui était tout le bien de son humble locataire. La vente en fut confiée à un certain Viittéius Menas, ipii pouvait passer, lui aussi, pouf une moquerie de la fortune.

Un célèbre avocat romain, Philippe, esprit ferme et généreux (Philippe était le nom du deuxième Ditpin, - le premier de nos avocats, disait maître Chaix-d'Kst-Aiige, ornement du barreau de Paris, d'abord parce qu'il s'appelle Dupiu, et ensuite

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Il U1TIÈ1I E JOURNÉE. SES

trait en son logis un jour d'été, sur les doux heures, en convenant à part soi que déjà l'âge avait bien allongé la dista ne c du Forum aux Carénés, il remarqua dans la boutique d'un barbier un homme frais rasé qui se faisait tranquillement les ongles avec un petit couteau : — Démétrius, dit-il à

toyen? Démétrius va, revient et répond :

il a nom Vultéius Menas, cricur public et vendeur de vieux mobiliers; fortune assez mince et bonne renommée; il travaille, il se repose; il gagne, il dépense; il vit en brave homme avec des gens de sa sorte; il ne bait pas le spectacle, et quand sa tâche est faite, il n'est pas le dernier à se promener au champ de Mars! Sur quoi maître Philippe, un peu jaloux de ce bonheur facile, invile à dîner le bonhomme. Au bout de huit jours, quand ils sont bien l'amili;irisés l'un avec l'autre, il l'emmène à la campagne; un mois après il lui fait acheter un petit domaine. An bout de l'année, il arrivait que le pauvre Menas, maigre et fonrbu , renonçait au bonheur des cliamps, et revenait à son commerce d'autrefois.

La vente du pauvre Arehias fut le premier la-

m LE LIVRE.

Iieur <lc Menas, redevenu lie m'en sèment crieur public. Il s'était déjà fort dés habitué du spectacle intime de certaines misères ; il avait fait sa maison de la maison de l'avocat l'hilippc, et quand il lui fallut collationner les manteaux troués, les toges décousues, les sandales usées sur tous les pavés du pauvre diable mie Cicéron avait appelé son ami, Menas se sentit pris d'une immense tristesse.

Hélas ! disait-il, j'ai vu naguère, chez mon ami Philippe, 1,1 fortune avec les honneurs de l'éloquence, et j'ai pensé mourir d'ennui! Je vois aujourd'hui la misère et les hontes de la poésie, et je ne sais pas si je gagnerai ma journée! Il se mi. cependant à débiter à la canaille romaine un tas de petits rogatons que le mort avait laissés : une coupe ébréchéc au temps d'Lvandre, un exemplaire incomplet des J'itsctilttiirs de Cicéron, un cahier contenant le quatrième livre de Virgile, un autre où se lisaient l'Art d'aimer d'Ovide et ses Amours. Venaient ensuite quelques curiosités douteuses que le défunt avait reçues eu échange de ses épitbalames et de ses cantiques à la louange de l'empereur. Quelques lettres se vendirent qui portaient le cachet de Torquatus, de Uullatius, de Viuius Asina. Vint enfin le morceau principal de la vente... un lit dont les «angles étaient à demi brisées :

Lrituo-j b, Ce

HUITIÈME JOCRNÉE. 2iT

Quelle misère! le chevet tombait de vétusté, le matélas était d'une laine informe et dure autant qu'un bloc de marbre; les couvertures attestaient un long usage ; une peau de chèvre était jetée à l'abandon sur ce grabat poétique... C'était la peau du chevreau que traînait le pasteur Mélibée H qu'il abandonna sur une roche aride. Ab! que c'était triste à voir! On n'eût pas couché un esclave sur ces planches douloureuses... Alions, se disait le commissaire-priseur, qui veut ce joli meuble pour deux oboles? Ce serait une obole de trop, pensait-il. Cependant, pour deux oboles , il trouva sou acheteur. Il allait crier : Adjugé! quand une voix dans la foule : Il y a marchand à cent écus! Menas, effrayé, s'imagina qu'il était le jouet d'un mauvais plaisant; mais cet adjudicataire imprévu avait l'air le plus sérieux du monde. A cent écus ! reprit Ménas. A deux cents écus ! s'écriait un second acheteur. Bref, ce lit misérable, ou plutôt cette honte et ce haillon, monta, d'enchère en enchère, à mille écus. Les spectateurs et Ménas lui-même s'imaginèrent qu'un trésor était caché sous ces loques. A mille écus! disait le crieur.

Au même instant passèrent dans le carrefour deux litières fort modestes ; mais dans la première on pouvait entrevoir et reconnaître, à son profil

allongé et pâli parles veilles, l'empereur Auguste. Dans la seconde litière se tenait Mécène, haletant sous lu fièvre. Cependant les deux litières se rapprochèrent, et la lonle s énirla par respect.

— Eli quoi! seigneur, disait Mécène à l'empereur, c'est donc vous qui me ta O grands dieux ! quel souci peut a de ce lit misérable? — Mêlas! réi

idai

d'oubli et de sommeil, j'ai pensé que je les .trouverais sur le chevet de ce mal heureux plein de misère, qui dormait tout nu sur cette couche immonde, et c'est pourquoi j'ai voulu l'acheter.

— Seigneur, répondit Mécène, il ne faudrait pas faire en plein carrefour ces tristes révélations de la toute-puissance. Et d'ailleurs vous êtes absous par la gloire de votre règne. Mais moi qui vous ai suivi dans cette voie et qui applaudissais à vos moindres caprices; moi, votre ministre et conseiller

d'État, le complice et le flatteur de vos plus inau- \ aises journées, moi aussi le sommeil m'abandonne. II n'y a plus que des nuits funestes dans ces nuits qui sont les dernières; vous avez des regrets, di's remords; c'est pourquoi je voulais acheter, pour y dormir une heure, le lit du pauvre Archias !

Quand ils se furent ainsi parlé, le maître et le courtisan, leurs deux litières disparurent au détour

é|;orj;er dix mille citoyens romains. Or, le hou Menas, qui ne comprenait pas grand'chose à cel incident, se mit à crier : A mille écus le lit d* Archias! La foule, à ce cri, répondit par un rire homérique; enfin ce débris, porté si haut, redescendit à deux oboles; cependant l'amateur aux deux oboles avait eu le temps de rougir de son achat, et ces loques restèrent au compte du crieur public. -

L'applaudissement accueillit cette histoire un peu longue; ainsi la huitième journée finit moins joyeusement qu'elle n'avait commencé.

M. Jacques. — Le président nous demandait l'autre jour quel était le plus vilain titre de livre qui nous soit passé sous les yeux. 11 y eu a, certes, de bien lâches et de bii'ii .ilirmiinaliU-s , niais jimir

avoir p are o uni s. Telle n'étail point là, sans doute, la question de M. le président. S'il n'a voulu qu'un titre idiot, j'ai son affaire : un assez gros tome intitulé : De cancro et médications cancri. A mnins (juc vous ne préfériez un des livres de M. de Thou : Probtemnta de crépita venins.

— \. ..im-.iii. . r. iirii •» ilvr * >f I 11*» , q ni

pas reliante-, le jdouton, beaucoup de livres médiocres contre un petit nombre de livres choisis, je suis tout à fait de l'avis de Bayle et de M. Arnaulii. Ils disaient que dans toute espèce de livres , si mauvais qu'ils lusseni . ils avaient appris quelque cliose.

— Us disaient eela, reprit LanGELIER, d'après Pline le Jeune : Nutlus est liber tant malus, qui non ex nliijiin parte prosit.

— C'est bien dit, reprit le vieux professeur

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