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CHAPITRE IV

de Médicis, il n’y avait pas que les auteurs de méchant aloi qui fussent dans le cas de se faire pendre; on pendait tout aussi bien le libraire imprimant le pamphlet ou le livre d’un auteur réputé hétérodoxe, et il devenait assez difficile de se guider sûrement parmi les prohibitions. On fit donc par quantités énormes les ouvrages à frontons décorés de colonnades, ornés de saints à mitres et portant un titre ronflant de bonne orthodoxie. Le mysticisme un peu gros, venu de l’ofcine de Plantin, forma le fond le plus solide de tout marchand respectable.

Aussi bien sous Henri IV et la minorité de Louis XIII, deux illustrateurs français s’inspirèrent-ils de l’école anversoise pour les ornements du livre. Thomas de Leu, vraisemblablement originaire de la Flandre, allié au vieux peintre parisien nommé Antoine Caron, et graveur de portraits célèbres, fournissait des planches en creux pour les Images de plate peinture des deux Philostrates , sophistes grecs ( Paris, Claude Cramoisy, 1609, in-fol.); et Léonard Gaultier, son confrère, collaborait au livre avec Jaspar Isaac et d’autres artistes.

C’est surtout Léonard Gaultier qui contribua à répandre en France la mode plantinienne, et son talent un peu froid, mais assez personnel, fit pour cet art plus que nul ne pouvait faire alors. Gaultier était, lui aussi, un graveur de portraits, précieux et recherché à la façon des Wiérix ou de Thomas de Leu. Mais, à la demande des éditeurs et des libraires, il avait composé d’autres planches ; des figures historiques d’abord, où il représentait la famille royale et les seigneurs, pour l’éditeur

Leclerc, dans une manière naïve et sincère d’assez bon aspect. Il inventa de même ces images pieuses où l'on exaltait un miracle, où Ton représentait les cérémonies d’un jubilé et toutes choses de dévotion. Mais son plus grand succès fut dans la composition des frontispices d’ouvrages de théologie ou de piété imprimés à peu près par tous les libraires. Léonard Gaultier avait façon à lui de comprendre ces pilastres et ces colonnes d’ordre grec, sur lesquelles il campait fièrement des conciles entiers de cardinaux ou d’évêques, témoin l’en-tête de la Bibliotheca veterum jpatrum dans lequel il a entassé près de quarante figures. Il mariait aussi avec une certaine habileté le profane au sacré, plaçant, au milieu de saintes idéales, de belles dames pécheresses de son temps avec collerettes empesées et bijoux tombant sur les poitrines nues. L’ouvrage d’André Valladier, aumônier du Roi, intitulé Métanéalogie sacrée, chez Pierre Chevallier, en 1609, était précisément orné d’un titre dans ce genre très spécial, où Gaultier ne trouva guère de rivaux, et où il conservait dans le détail des ornements de toilette la précision des maîtres flamands.

Il travailla l’un des premiers pour Sébastien Cramoisy, imprimeur-éditeur, qui avait établi sa boutique dans la rue Saint-Jacques, aux Cigognes. Nous aurons occasion de parler plus tard de ce dernier, à propos de l’Imprimerie royale dont il fut le premier directeur ; nous retenons pour l’instant ceci, c’est que Léonard Gaultier lui gravait, en 1611, le frontispice de Y Aigle francois, recueil de sermons de Thomas Giroult; l’éditeur en fit une sorte de passe-partout, car la même

Fig. 62. — Titre de la Métanéalogie, gravé par Léonard Gaultier.

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planche lui servit à nouveau, en 1618, pour les Sermons de Raymond de Hézèque.

Outre les publications de Sébastien Cramoisy et de Chevallier, Léonard Gaultier ornait celles de Nicolas Buon, demeurant au mont Saint- Hilaire ; de Nicolas du Fossé, établi rue Saint-Jacques, au Vase d'or ; de Charles Châtelain, rue Jacob; de François Huby, d la Bible d’or; de Denys Langlois; de Thomas Biaise, à Saint Thomas, pour lequel il grava en grand in-folio le frontispice de Y Histoire universelle de Jacques de Charron, avec portrait de Louis XIII et figures. Il travaillait aussi aux livres de Denys de la Noue, à ceux de la veuve Buon, en 1 63 5 ; de Charles Morel, imprimeur du Roi, en 1 636 ; de Paul Frellon, à Lyon, héritier d’un nom et d’une marque célèbres, pour lequel il grava le titre des Hiéroglyphiques de J. de Montlyart, en i6i5.

Avec une pareille profusion d’œuvres émanant d’un seul artiste, sans compter celles que produisaient en grande quantité des hommes plus modestes, la gravure sur bois était morte. Tout au plus se risquait-on encore à mettre dans un titre une marque typographique en relief, et le plus ordinairement cette marque n’était même pas suffisante et montrait trop le dédain oü le goût tenait alors la figure en saillie. Ainsi va la mode, insouciante des règles les plus élémentaires de l’art. Mettre dans un titre gravé en creux des lettres en relief, ou orner un texte imprimé de gravures en taille-douce, c’est une hérésie de principe qu’on a consacrée au xviii* siècle à force d’habileté et de talent. Mais au commencement du xvii0 , en dépit de Léonard Gaullier, ou de Thomas de Leu, ces titres surchargés de-

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