CHAPITRE IV
meurent lourdement à l’entrée du livre, offusquant les yeux de leur tache trop noire, et faisant regretter sans conteste les admirables frontispices sur bois du siècle précédent.
C’est à proprement dire là tout l’ornement à l’avènement de Louis XIII et durant son règne. Léonard Gaultier composa bien de petites vignettes pour une édition d’Homère, seulement elles sont des plus médiocres et des moins entendues. Le frontispice! Telle était la ressource des burins inoccupés, et il faut dire combien d’autres suivirent cette voie. Il y eut Jean Picart qui fit un en-tête avec architecture et personnages pour 1 ''Histoire de la maison de Chdtillon-sur-Marne, au compte de Sébastien Cramoisy. Artiste froid et dur, il fut le rival de Gaultier et l’un des plus occupés parmi les graveurs en vignettes de Paris. A côté venait Jaspar Isaac, praticien médiocre, mais qui sut donner des titres assez habilement dessinés, entre autres celui de la continuation des Annales de Baronius, pour l’éditeur Denis de la Noue. Puis Claude Mellan, dont le talent habile et primesautier ne dédaignait pas ces œuvres secondaires où son burin se jouait comme à plaisir. Il faut dire cependant que sa touche hardie s’accommodait mal des espaces réduits, et qu’il n’y trouvait pas le champ nécessaire à son invention. Nous citerons son portrait de Louis XIV, en tête du Code Louis XIV ; le titre de la Perfection du chrestien , où se voyait le cardinal Richelieu (chez A. Vitré, 1647, in-fol.) ; celui de Y Instruction du Dauphin , pour Cramoisy, en 1640; celui des Œuvres de saint Bernard pour l’imprimerie royale, et enfin le meilleur peut-être, celui des Poésies
du pape Urbain VIII, dont nous donnons ici une copie b
Lyon ne demeura point trop en arrière dans le mouvement, mais combien changé de sa grande réputation du xvie siècle ! J. de Fornazeris gravait les frontispices de Jnste-Lipse, chez Horace Cardon, en i6i3. Pierre Favre et Audran l’imitèrent. C. Audran donnait à Claude Landry la Theologia naturalis de Théophile Raynaud, et Picquet, le libraire, lui demandait le titre des Annales minorum de 1628. Partout le même goût se modèle sur les œuvres de la capitale; Rouen, Reims, Sens, pour ne nommer que les principaux centres, jusqu’à Venes, petite ville du Tarn, où Guillaume de Nautonnier publie en t6o3 son curieux livre de la M écorné trie, au frontispice encadré dans des vues de villes, avec portrait du roi Henri à cheval.
Et, si nous passons en Allemagne, nous trouvons Mayence avec de médiocres gravures de première page suivant la formule et le procédé admis alors. Le titre du Droit civil d’Aymar Vailius, celui des Œuvres de saint Bonaventure, en 1609, pour le libraire Antoine Hiérat, et enfin celui du Viridarium virtutum, traité au burin assez habilement, publié en 1610. Quedechemin parcouru depuis Gutenberg, Fust et Schoiffher! Il y a encore un Yves Schoiffher à Mayence, mais le nom seul subsiste, plus rien d’autre n’est resté des vieux imprimeurs de l’autre siècle.
Il en est de même à Bamberg, à Cologne, à Nurem-
1. La Bibliothèque nationale (Estampes K b. 123) garde un curieux recueil provenant de Marolles, où sont conservés quelques-uns des types de gravures de l’imprimerie royale, tous de la main de Mellan. Le dessin original du titre des poésies d’Urbain VIII y est conservé (fol. 21).