LES NUÉES DU SANCTUAIRE
Il est des spectacles auxquels coopèrent tontes les matérielles magnificences dont l'homme dispose. Des nations d'esclayes et de plongeurs ont été chercher dans le sable des mers ^ aux entrailles des rochers , ces perles et ces diamahs qui parent les spectateurs. Transmises d'héritage en héritage , ces splendeurs ont brillé sur tons les fronts couronnés^ et feraient la plus fidèle des histoires humaines si elles avaient la parole : ne connaissent-elles pas les douleurs et les joies des grands comme celles des petits? elles ont été partout ; elles ont été portées avec orgueil dans les fêtes ^ portées avec désespoir chez l'usurier^ emportées dans le sang et le pil-
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lage , transportées dans les chefs-d'œuvre enfantés par l'art pour les garder ; excepté la perle de Gléopâtre, aucune d'elles ne s'est perdue. Les Grands , les Heureux sont là réunis et voient couronner un roi dont la parure est le produit de l'industrie des hommes^ mais qui dans sa gloire est vêtu d'une pourpre moins parfaite que ne l'est celle d'une simple fleur des champs. Ces fêtes splendides de lumière , enceintes de musique où la parole de l'Homme essaie à tonner; tous ces triomphes de sa main , une pensée, un sentiment les écrase : l'Esprit peut rassembler autour de l'homme et dans l'homme de plus vives Kunières , loi f »ire entendre de plus mélodieuses harmonies , asseoir sur les nuées de brillantes constellations qu'il interroge. Le Cœur peut plus encore I L'homme peut se trouver faee à face avec une seule créature , et trouver dans un seul mot, dans un seul regard, ua faix si lourd à porter, d'un éclat si luminett3i, d'un son si pénétrant, qu'il succombe et s'agenouille. Les plus réelles magni&cences ne sont pas dans les choses , elles sont en nous-mêmes. Pour le savant, un secret de science n'esi-il pas un monde entier de merveilles ? Les trompettes de la Force , les brillans de la Richesse , la musique dé la Joie , un immense concours d'hommes ac-
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compagne-t-il sa fête? Non , il va dans quelque réduit obscur où souvent un homme pâle et souffrant lui dit un seul mot à l'oreille. Ce mot^ comme une torche jetée dans un souterrain , lui éclaire les Sciences. Toutes les idées humaines , habillées des plus attrayantes formes qu'ait inventées le Mystère, entouraient un aveugle assis dans la fange au bord d'un chemin. Les trois mondes , le Naturel , le Spirituel et le Divin ^ avec toutes leurs sphères , se découvraient à un pauvre proscrit florentin ; il marchait accompagné des Heureux et des Souffirans, de ceux qui priaient et de ceux qui criaient , des anges et des damnés. Quand l'envoyé de Dieu , qui savait et pouvait tout, apparut à trois de ses disciples; ce fut un soir, à la table commune de la plus pauvre des auberges ; en ce moment la lumière éclata , brisa les Formes Matérielles , éclaira les Facultés Spirituelles, ils le virent dans sa gloire, et la Terre ne tenait déjà plus à leurs pieds que comme une sandale qui s'en détachait.
M. Becker, Wilfrid et Minna se sentaient agités de crainte en allant chez l'être extraordinaire qu'ils s'étaient proposé d'interroger. Pour chacun d'eux le château suédois agrandi comportait un spectacle gigantesque, semblable à ceux dont les poètes savent disposer les masses , har-