LB LIVRE MYSTIQOB. T. II
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raonier lea coalenrs , grouper les personnages ; acteurs imaginaires pour les hommes^ réels pour ceux qui commencent à pénétrer clans le Monde Spirituel. Sur les gradins de ce Golisée, M. Becker essayait les grises légions du Doute, ses sombres idées f ses yicieuses formules de dispute ; il Y convoyait les di£Férens mondes philosophiques et religieux qui se combattent , et qui tous apparaissent sous la forme d'un système décharné comme le temps configuré par l'homme, ce vieillard qui , d'une main lève la faux , et dans l'autre emporte un gr^e univers , l'univers humain. Wilfrid y conviait ses premières illusions et ses dernières espérances ; i] y faisait siéger la destinée humaine et ses combats , la religion et ses dominations victorieuses. Minna y voyait confosément le ciel par une échappée, l'amour lui relevait un rideau brodé d'images mystérieuses, et les sons harmonieux qui arrivaient à ses oreilles redoublaient sa curiosité. Pour eux , cette soirée était donc ce que le souper fut pour les trois pèlerins dans Ëmmaûs, ce que fut une vision pour Dante , une inspiration pour Homère; pour eux, les trois formes du monde révélées , des voiles déchirés, des incertitudes dissipées, des ténèbres éclaircies. L'Humanité dans tous ces modes et attendant la lu-
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mière; ne pouvait pas être mieux représentée que par cette jeune fille^ par cet homme et par ces deux vieillards y dont l'un était assez savant pour douter^ dont l'antre était assez ignorant pour croire. Jamais aucune scène ne fut ni plus simple en apparence^ ni plus vaste en réalité.
Quand ils entrèrent , conduits par le vieux David ^ ils trouvèrent Séraphita debout devant la table sur laquelle étaient servies différentes ehoses dont se compose un thé^ collation qui supplée dans le Nord aux joies du vin réservées pour les pays méridionaux. Certes ^ rien n'annonçait en elle , ou en lui^ cet être qui avait l'étrange pouvoir d'apparaître sous deux formes distinctes , rien donc ne trahissait les différentes puissances dont elle disposait. Vulgairement occupée du bien-être de ses trois hôtes, Séraphita recommandait à David de mettre du bois dans le poêle.
— Bonjour, mes voisins, dit-elle. — Mon cher monsieur Becker, vous avez bien fait de venir, TOUS me voyez vivante pour la dernière fois peut-être. Cet hiver m'a tuée. — Asseyez-vous donc, monsieur? dit-elle àWilfrid. — Et toi, Hinna j mets-toi là , dit-il en lui montrant un fauteuil près de lui. Tu as apporté ta tapisserie k la main , en as-tu trouvé le point? le dessin
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en est fort joli. Pour qui est-ce? pour ton père ou pour monsieur ? dit-elle en se tournant rers Wilfrid. Ne lui laisserons-nous point avant son départ un souvenir des filles de la Norwége ?
— Vous avez donc souffert encore hier ? dit Wilfrid.
— Ce n'est rien , dit-elle , cette souffrance me plait , elle est nécessaire pour sortir de la vie.
— La mort ne vous effraie donc point ? dit en souriant M. Becker qui ne la croyait pas malade.
— Non y cher pasteur. Il est deux manières de mourir : aux uns , la mort est une victoire ; aux autres 9 elle est une défaite.
— Vous croyez avoir vaincu ? dit Minna.
— Je ne sais^ répondit-elle^ peut-être ne sera-ce qu'un pas de plus.
La splendeur lactée de son front s'altéra , ses yeux se voilèrent sous ses paupières lentement déroulées } ce simple mouvement fit les trois curieux émus et immobiles ; M. Becker fut le plus hardi.
— Chère fille ^ dit-il ^ vous êtes la candeur même ; mais vous êtes aussi d'une bonté divine ; je désirerais de vous, ce soir, autre chose que les friandises de votre thé. S'il faut en croire
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certaines personnes , yoas saTez des i^oses extraordinaires; mais s'il en est ainsi; ne serait-il pas charitable à Tons de dissiper quelques-uns de nos doutes ?
— Ah ! reprit-elle en souriant ^ je marche sur les nuées ; je suis au mieux avec les gouffres dn Fiord y la mer est une monture à laquelle j'ai mis un frein y je sais où croit la fleur qui chante, où rayonne la lumière qui parle ^ où brillent et yivent les couleurs qui embaument ^ j'ai l'anneau de Salomon^ je suis une fée , je jette mes ordres au vent qui les exécute en esclaye soumis ; je rois les trésors en terre , je suis la yierge au-devant de laquelle yolent les perles, et...
^- Et nous allons sans danger sur le Falberg ? dit Minna qui l'interrompit.
— £t toi aussi ! répondit l'être en lançant a la jeune fille un regard lumineux qui la remplit de trouble. — Si je n'avais pas la faculté de lire à travers vos fronts le désir qui vous amène^ serais-je ce que vous croyez que je suis ? ditelle en les enveloppant tous trois de son regard envahisseur; à la grande satisfaction de David; qui se frotta les mains en s'en allant. — Ah ! reprit-elle après une pause, vous êtes yenus animés tons d'une curiosité d'enfant. Vous vous