IM LI UY9R HT8TIQVK
ète§ demandé, mon paayre monsieur Beoker , s'il est possible à une fille de dix-sept ans de savoir un des mille secrets que les savans ch^chent , le nez en terre, au lieu de lever les yeux vers le ciel? Si je vous disais comment et par où la Plante communique à l'Animal, vous oommenoeriexàdouterdevos doutes. Yousavei comploté de ra'interroger , avouez-le ?
— Oui, chère Séraphita, répondit Wilfrid : mais ce désir n'esUil pas naturel a des hommes?
— - Encore plus à la femme , dit-elle en posant la main sur les cheveux de Minna par un geste caressant,
La jeune fille leva les yeux et parut vouloir se fondre en lui.
— La parole est le bien de tous , reprit gravement l'être mystérieux. Malheur à qui garderait le silence au milieu du désert en croyant n'être entendu de personne ! tout parle et tout écoute ici-bas , la Parole ment les mondes. Je souhaite, monsieur Becker, ne rien dire en vain. Je connais les dilBBicultés qui vous occupent le plus : ne serait-ce pas un miracle que d'embrasser tout d'abord le passé de votre c(hisoienee? Eh bieni le miracle Ta s'accomplir. Ecoutes-moi. Vous ne vous êtes jamais avoué
SfiKAfHITA. 157
TO0 doute» dan» toute leur étendue. Moi «eule, inébranlable dans ma foi , je puis vous les dire, et TOUS effrayer de Tous-mèuie. Vous êtes du Q6té le plus obscur du doute, vous ne oroyeK pas en Dieu , et toute chose ici-bas devient secondaire pour qui s'attaque au principe des choses.
Abandonnons las dise ussionsoreusées sansf ruit pardefaussesphilosophies. Les générations spiritualistes n'ont pas fait moinsde vains efforts pour nier la Matière, que n'en ont tenté les générations matérialistes pour nier l'Esprit. Pourquoi ces débats? L'hojQome n'offirait-il pas à l'un et à l'autre système des preuves irrécusables ? ne se renoontre-t-il pas en lui des choses matérielles et des choses spirituelles ? Un fou seul peut se refuser à voir, dans le corps humain , un fragment de matière; en le décomposant, vos sciences naturelles y trouvent peu de différence entre ses principes et ceux des autres animaux. L'idéct^ qne produit en l'homme la comparaison de planeurs objets, ne semble non plus à personne être dans le domaine de la Matière. Ici je ne me prononce pas , il s'agit de vos doutes et non de mes certitudes. A vous , comme à la plupart des penseurs , les rapports que vous aves la faculté de découvrir entre les choses dont vos sensa-»
158 LE LIVRI MYSTIQUE.
tîoQSTOiis attestent la réalité, ne semblent point devoir être matérielles. L'anirers Naturel se termine donc en l'homme par l'univers Surnaturel des similitudes ou des différences qu'il aperçoit entre les innombrables formes de la Nature, relations si multipliées qu'elles paraissent infinies -, car si jusqu'à présent nul n'a pu dénombrer les seules créations terrestres , quel homme pourrait en énumérer les rapports ? La fraction que vous en connaissez n*est--elle pas à leur somme totale , comme un nombre est à l'infini? Ici vous tombez déjà dans la perception de l'infini , qui, certes, vous fait concevoir un monde purement spirituel. Ainsi l'homme présente une preuve sulBBisante de ces deux modes , la Matière et l'Esprit. En lui vient aboutir un visible univers fini , en lui commence un univers invisible et infini^ deux mondes qui ne se connaissent pas : les cailloux du Fiord ont-ils l'intelligence de leurs combinaisons , ont-ils la conscience des couleurs qu'ils présentent aux yeux de l'homme, entendent-ils la musique des flots qui les caressent? Franchissons^ sans le sonder , l'aby me que nous offre l'union d'un univers Matériel et d'un univers Spirituel, une création visible, pondérable, tangible, terminée par une création intangible, invisible.
impondérable i toates deux complélemeDt diasemWables , s^arées par le néant , réunies par des rapports incontestables, rassemblées dans i an être qui tient et de Ton et de l'autre ! Con- ! fondons en un seul ces deux mondes inconciliables pour vos philosophies , et conciliés par le fait. Quelque abstraite que l'homme la suppose^ la relation qui lie deux choses entre elles comporte une empreinte* Où ? sur quoi? Noua n'en sommes pas à rechercher le point de subtilisation auquel peut arriver la Matière; si telle était la question , je ne vois pas pourquoi celui qui a cousu sous des rapports physiques les astres à d'incommensurables distances pour s'en faire un voile , n'aurait pu créer des substances pensantes , ni pourquoi vous lui interdiriez la faculté de donner un corps à la pensée ?
Donc votre invisible univers moral et votre Ttsible univers physique constituent une seule et même Matière; nous ne séparerons point les propriétés et les corps ^ ni les rapports et les ob-> jets. Tout ce qui existe , ce qui nous presse et nous accable au-dessus, au-dessous de nous, devant nous , en nous ; ce que nos yeux et nos esprits aperçoivent , toutes ces choses nommées et innommées composeront , afin d'adapter le problème de la Création à la mesure de votre
160 U LITU vrniQvi.
Logique y un bloc de matière fini; autrement, «'il était infini , Dieu n'en serait pins le maître.
loi , selon tous , cher pasteur, de quelque fa~ çon que l'on veuille mêler un Dieu infini à ce bloc de matière fini , Dieu ne saurait exister avec les attributs dont l'homme l'investit : en le demandant aux faits, il est nul ; en le demandant au raisonnement, il sera nul encore; spirituellement et matériellement il devient impossible. Écoutons le Verbe de la Raison humaine pressée dans ses dernières conséquences.
En mettant Dieu face à face avec ce Grand Tout, il n'est entre eux que deux états possibles. La Matière et Dieu sont contemporains, ou Dieu préexistait seul à la Matière. Eu supposant la raison qui éclaire les races humaines depuis qu'elles vivent, amassée dans une seule tête, cette tête gigantesque ne saurait inventa une troisième façon d'être, à moins de supprimer Matière et Dieu. Que les philosophies humaines entassent des montagnes de mots et d'idées, que les religions accumulent des images et des croyances , des révélations et des mystères y il faut en venir à ce terrible dilemme , et choisir entre les deux propositions dont il se compose. Mais vous n'avez pas a opter, l'une et l'aatre conduit la raison humaine au Doute.
SteâffHlTA. Kl
Le problème étant ainsi posé, qu'importent l'Esprit et la Matière? qu'importe la marche des mondes dans on sens ou dans un autre , du moment où l'être qui les mène est conTaincu d'ab* surdité? A quoi bon cherchersi l'homme s'avance vers le ciel ou s'il en reyient , si la création s'é* lève Ters l'Esprit ou descend vers la Matière, dès que les mondes interrogés ne donnent aucune réponse ? Que signifient les théogonies et leurs armées? que signifient les théologies et leurs dogmes, du moment où , quelque soit le choix de l'homme entre les deux faces du problème , son Dieu n'est plus ?
Parcourons la première , supposons Dieu eon* temporain de la matière. Est-ce être Dieu que de subir l'action ou la coexistence d'une sub* stanoe étrangère à la sienne? Dans ce système, Dieu ne dcTient-il pas un agent secondaire obligé d'organiser la Matière ? Qui l'a contraint? Entre sa grossière compagne et lui , qui fut l'arbitre? Qui donc a payé le salaire des Six journées à ce Grand-Artiste? S'il était rencontré quelque force déterminante qui ne fût ni Dieu ni la Matière; en voyant Dieu, tenu de fabriquer la machine des mondes , il serait aussi ridicule de l'appeler Dieu que de nommer citoyen de Rome l'esclave qui tournait une meule.
162 LE L1VU KTSnQOB.
D'aillean, il se présente unie difficulté tout aussi peu soluble pour cette raison suprême , qu'elle l'est pour Dien. Reporter le problème plus haut^ n'est-ce pas agir comme les Indiens^ qui placent le monde sur une tortue , la tortue sur un éléphant ^ et qui ne peuvent dire sur quoi reposent les pieds de leur éléphant. Cette Volonté suprême , jaillie du combat de la Matière et de Dieu , ce Dieu plus que Dieu , peut-il être demeuré pendant une éternité sans vouloir ce qu'il a voulu , en admettant que TÉternité puisse se scinder en deux temps? N'importe où soit Dieu , son intelligence intuitive ne péritelle point , s'il n'a pas connu sa pensée postérieure? Qui donc aurait raison entre ces deux Éternités? sera-ce l'Éternité incréée ou l'Éternité créée ? S'il a voulu de tout temps le monde tel qu'il est , cette nouvelle nécessité , d'ailleurs en harmonie avec l'idée d'une souveraine intelligence , implique la co-étemité de la Matière. Que la matière soit co-éternelle par une volonté divine nécessairement semblable à elle-même en tout temps ; ou que la Matière soit virtuellement co-étemelle , la puissance de Dieu devant être absolue, périt avec son Libre Arbitre^ car il se trouverait toujours en lui-même une raison déterminante qui l'aurait dominé. Est^e être
8ÉIAPHITA. 163
Dieu que de ne pas plas pouvoir se séparer de sa création dans une postérieure que dans une antérieure éternité? Cette face du problème est donc insoluble dans sa cause. Examinons-la dans ses effets.
Si Dieu ^ forcé d'avoir créé le monde de toute éternité ^ semble inexplicable y il l'est tout autant de sa perpétuelle cohésion avec son œuvre. Dieu contraint de vivre éternellement uni à sa création est tout autant ravalé que dans sa première condition d'ouvrier. Concevez-vous un Dieu qui ne peut pas plus être indépendant que dépendant de son œuvre? Peut-il la détruire sans se récuser lui-même? Examinez^ choisisses! Qu'il la détruise un jour^ qu'il ne la détruise jamais , l'un ou l'autre terme est fatal aux attributs sans lesquels il ne saurait exister. Le monde est^il un essai , une forme périssable dont la destruction aura lieu? Dieu ne seraitil pas inconséquent et impuissant? Inconééquent : ne devait-il pas voir le résultat avant l'expérience y et pourquoi tarde»t-il à briser ce qu'il brisera ? Impuissant : devait-il créer un monde imparfait? Si la création imparfaite dément les facultés que l'homme attribue à Dieu^ retournons alors la question : supposons la création parfaite. L'idée est en harmonie avec celle
164 LB LIYRS KTftTI^VB.
d'un Dieu souTerainement intdligent qui n'a dû 86 tromper en rien; mais alors pourquoi la dégfradation ? pourquoi la régénération? Puis le monde parfait est nécessairement indestructible, ses formes ne doivent point périr; le monde n'avance ni ne recule donc jamais , il roule donc dans une étemelle circonférence d'où il ne sortira point? Imparfait, le monde admet une marche^ un progrès; mais parfait , il serait stationnaire. S'il est impossijble d'admettre un Dieu progressif, ne sachant pas de toute éternité le résultat de sa création , Dieu stationnaire eiiste-t*il? n'est-ce pas le triomphe de la Matière? n'est*ce pas la plus grande de toutes les négations ? Dans la première hypothèse Dieu périt par faiblesse^ dans la seconde il périt par la puissance de son inertie.
Ainsi , dans la conception comme dans l'exécution des mondes , pour tout esprit de bonne foi y supposer la matière contemporaine de Dieu , n'est-ce pas vouloir nier Dieu? Forcées de choisir pour gouverner les nations entre les deux faces de ce problème y des générations entières de grands penseurs ont opté pour celleci ; de là ^ le dogme des deax principes qui de l'Asie a passé en Europe sous la forme de Satan combattant le Père éternel. Mais cette formule
StRAniITA. 169
religieuse et les innombrables divinisations sociales qni en dérirent, ne sont-elles pas des crimes de lèze-majesté divine? De quel autre nom appeler la croyance qui donne à Dieu pour rival une personnification du mal se débattant éternellement sous lese£Forts de son omnipotente intelligence , sans aucun triomphe possible ? Votre statique dit que deux Forces ainsi placées s'annulent réciproquement.
Vous vous retournez vers la deuxième face du problème ? Dieu préexistait seul , unique.
Ne reproduisons pas les argumentations précédentes qui reviennent dans toute leur force relativement à la scission de rÉternité en deux temps , le temps incréé , le temps créé. Laissons également les questions soulevées par la marche ou l'immobilité des mondes , contentons-nous des difficultés inhérentes à ce second thème.
Si Dieu préexistait seul , le monde est émané de lui, la Matière fut alors tirée de son essence. Donc , plus de Matière ! toutes les formes sont des voiles sous lesquels se cache l'Esprit Divin, alors le Monde est Éternel , mais alors le Monde est Dieu ! Cette proposition n'est-elle pas encore plus fatale que la précédente aux attributs donnés à Dieu par la raison humaine ? Sortie du sein de Dieu , toujours unie à lui , l'état actuel de la
106 LK LIVU KTSTIQUt.
Matière ett-il explicable? Gomment croire que le Tout-Paissant^ sonverainementbon dans son essence et dans ses facultés , ait engendré des choses qui lui sont dissemblables; qu'il ne soit pas en tout et partout semblable à lui-même? Se trouvait-il donc en lui des parties mauvaises desquelles il se serait un jour débarrassé? conjecture moins o£Fensante et ridicule que terrible^ en ce qu'elle ramène en lui ces deux principes que la thèse précédente prouve être inadmissibles! Dieu doit être UN , il ne peut se scinder sans renoncer à la plus importante de ses couditions divines. Il est donc impossible d'admettre une fraction de Dieu qui ne soit pas Dieu ? Cette hypothèse parut tellement criminelle à rÉglise romaine , qu'elle a fait un article de foi de l'omniprésence dans les moindres parcelles de l'Eucharistie. Cbmment alors supposer une intelligence omnipotente qui ne triomphe pas? Comment l'adjoindre , sans des effets immédiats, à une nature qui cherche, combine^ refait , meurt et renaît ; qui s'agite encore plus quand elle crée que quand tout est en fusion; qui souffre , gémit , ignore , dégénère , fait le mal, se trompe, s'abolit, disparait, recommence? Gomment justifier la méconnaissance presque générale du principe divin ? Pourquoi
StKAPHITA. 1«7
la mort ? pourquoi le génie du mal , ce roi de la terre y a-t-il été enfaoté par un Dieu souverainement bon dans son essence et dans ses facultés , qui n'a rien dû produire que de conforme a lui-même? Mais si de cette conséquence implacable qui TOUS conduit tout d*abord à l'absurde, nous passons aux détails , quelle fin pouTons-> nous assigner au monde? Si tout est Dieu, tout est réciproquement effet et cause ; ou plutôt il n'existe ni cause ni effet : tout est UN comme Dieu y et tous n'apercevez ni point de départ ni point d'arrivée. La fin réelle serait-elle une rotation de la matière qui va se subtilisant? £n quelque sens qu'il se fasse, ne serait-ce pas un jeu d'enfant que le mécanisme de cette matière sortie de Dieu , retournant à Dieu ? Pourquoi se ferait-il grossier ? Sous quelle forme Dieu est-il le plus Dieu ? Qui a raison de la Matière ou de l'Esprit, quand aucun des deux modes ne saurait avoir tort? Qui peut reconnaître Dieu dans cette étemelle Industrie par laquelle il se partagerait lui-même en deux Natures, dont l'une ne sait rien , dont l'autre sait tout ? Goncevex- Tous Dieu s'amusant de lui-même , sous forme d'homme ? riant de ses propres efforts , mourant vendredi pour renaître dimanche, et coh-
tinoant cette plaisanterie dans les siècles des
aièolet en eo sacliant de toate éternité la fin ? ne se disant rien a lui Créature, de ce qu'il fait, loi Créateur ? Le IMeu de la précédente hypothèse f ce Dieu si nui par la puissance de son inertie , semble plus possible , s'il fallait ehoi* sir dans l'impossible, que ce Dieu si stupidement rieur qui se fusille lui-même quand deux portions de l'humanité sont en présence , les armes à la main.
Quelque comique que soit cette suprême ex^ fMression de la seconde faoe du problème , elle fut adoptée par la moitié du ^nre humain chet les nations qui se sont créé de riantes mythologies. Ces amoureuses nations étaient conséquentes -, chei elles tout était Dieu , même la fienr et ses lâchetés , même le Grime et sea bacchanales. £n acceptant le panthéisme , la religion de quelques grands génies humains , qin sait de quel côté se trouve alors la raison ? £st-elleohez le sauvage, libre dans le désert, -vêtu dans sa nudité, sublime et toujours juste dans ses actes quels qu'ils soient , entendant le soleil, causant avec la mer? Est-elle «dm l'homme civilisé qui ne doit ses plus grandes jouissances qu'à des mensonges , qui tord et presse la nature poiur se mettre un fusil aor l'épaule, quia usé son intelligence pour aran-
SÉKAMITA. IM
œr l'henre de sa mort et se créer des maladies dans loos ses plaisirs ? Quand le râteau de la peste ou de la guerre , quand le génie des déserts a passé sur un coin du globe en y e£Façant tout , qui a eu raison du sauvage de Nubie ou du patricien de Thèbes ? Vos doutes descendent de haut en bas , ils embrassent tout , la fin comme les moyens. Si le monde pbysique semble inex- ^icable^ le monde moral prouve donc encore plus contre Dieu. Ou est alors le progrès ? Si tout va se perfectionnant , pourquoi mouronsnous enfans? pourquoi les nations au moins ne se perpétuent-elles pas? Le monde issu de Dieu, contenu en Dieu , est-il stationiiaire ? Yiyona* nous une fois ? vivrons-nous toujours ? Si nous vivons une fois y pressés par la marche du Grand* Tout dont il ne nous a pas été donné connaissance^ agissons à notre guise! Si nous sommes étemels, laissons faire! La créature peut-elle èlre coupable d'exister au moment des transi* tiens? Si elle pèche à l'heure d'une grande transformation , en sera-t-elle punie après en avoir été la victime ? Que devient la bonté di* vine en ne nous mettant pas immédiatement dans les régions heureuses, s*il en existe ? Que devient la prescience de Dieu , s'il ignore le résultat des épreuves auxquelles il nous soumet 7
170 Ll LIVU HTSTIQUI.
Qu'est cette alternative présentée à rhomme par toutes les religions d'aller bonillir dans one chaudière éterneUe, ou de se promener en robe blanche, une palme à la main, la tôte ceinte d'une auréole? Se peut-il que cette in* vention païenne soit le dernier mot d'un Diea? juel esprit généreux ne trouye d'ailleurs indigne de l'homme et de Dieu la vertu par calcul que suppose une éternité de plaisirs offerte par toutes les religions à qui remplit, pendant^ quelques heures d'existence , certaines conditions bizarres et souvent contre nature? N'est-il pas ridicule de donner des sens impétueux à l'homme, et de lui en, interdire la satisfaction? D'ailleurs , à quoi bon ces maigres objections quand le Bien et le Mal sont également annulés. Le Mal existe-t-il ? Si la substance dans toutes ses formes est Dieu , le Mal est Dieu. La faculté de raisonner aussi bien que la faculté de sentir étant donnée à l'homme pour en user, rien n'est plus pardonnable que de chercher un sens aux douleurs humaines, et d'interroger Ta venir; or si ces raisonnemens droits et rigoureux amè? nent à conclure ainsi, quelle confusion I Ce monde n'a nulle fixité, rien n'avance et rien ne s'arrête; tout change et rien ne se détruit ; tout revient après s'être séparé: car si votre
StKAPHITA. 171
esprit ne tous démontre pas rigoureusement une fin 9 il est également impossible de démontrer l'anéantissement de la moindre parcelle de Ma* tière : elle peut se transformer^ mais non s'anéantir. Si la force ayeagle donne gain de cause à l'athée , la force intelligente est inexplicable, car émanée de Dieu, doit-elle rencontrer le moindre obstacle ? son triomphe ne doit-il pas être immédiat? Où est Dieu? Si les vivans ne l'aperçoivent pas, les morts le trouveront-ils ? Ëcroulez-vous , idolâtries et religions ! Tombez , trop faibles clefs de toutes les Toutes sociales qui n'avez retardé ni la chute, ni la iqort , ni l'oubli de toutes les nations passées, quelque fortement qu'elles se soient fondées ! Tombez, morales et justices ! nos crimes sont purement relatifs, ce sont des effets divins dont l'homme ignore les causes ! Tout est Dieu. Ou nous sommes Dieu , ou Dieu n'est pas !
Enfant d'un siècle dont chaque année a mis sur ton front les glaces de ses incrédulités ; vieillard ! voici le résumé de tes sciences et de tes longues réflexions. Cher monsieur Becker , TOUS avez posé la tête sur l'oreiller du doute en y trouvant la plus commode de toutes les solutions, agissant ainsi comme la majorité du genre humain qui se dit : -* Ne pensons plus à
171 U LIVftB HTmQUI.
ee problème y du moment où Dieu ne nous a pas fait la g^râce de nous ootroyerune démon* stration algébrique ponr le résoudre^ tandis qn'i] nous en a tant accordé pour aller sûrement de la terre aux astres. Ne sont-K;e pas tob pensées intimes ? Les aî-je éludées ? Ne les ai-je pas mu contraire nettement accusées ? Soit le dogme des deux principes , antagonisme où Dieu périt par cela même que tout-puissant il s'amuse à combattre; soit Tabsorde panthéisme où tout étant Dieu, Dieu n'est plus ; ces deux sources d'où découlent les religions au triomphe desquelles s'est employée la Terre, sont également pernicieuses. Voici jetée entre nous la hache à double tranchant avec laquelle tous coupez la tète à ce vieillard blanc intronisé par vous sur de» nuées peintes ? Maintenant ^ à moi la hache !
M. Becker et Wilfrid regardèrent la jeune fille arec une sorte d'effroi.
— Croire, reprit Séraphlta de sa Toix de Femme car l'Homme venait de parler , <^oire est un don ! Croire , c'est sentir. Pour croire en Dieu^ilfaut sentir Dieu. Ce sens est une propriété lentement acquise par l'être , comme s'acquièrent les étonnans pouvoirs que vous admires da ns les grands hommes^ches les guerriers,
8tK&PnTA. 17S
les artistes et les savans , ohez cenx qui sayent y ehei ceux qui produisent, chez ceux qui agis-r sent, La pensée , faisceau des rapports que tous aperoeyez entre les choses , est une langue in-> tellectuelle qui s'apprend , n'est -ce pas ? la Croyance , faisceau des yérités célestes , est également une langue , mais aussi supérieure à la pensée , que la pensée est supérieure à l'in^ stinct. Cette langue s'apprend. Le Croyant ré^ pond par un seul cri , par un seul geste -, la Foi lui met aux mains une épée flamboyante ayec laquelle il tranche et éclaire tout. Le Voyant ne redescend pas du ciel, il le contemple et se tait. D est unecréaturequi croit et yoit, qui sait et peut, qui aime et prie , qui attend. Résignée , aspirant an royaume de la lumière , elle n'a ni le dédain du Croyant , ni le silence du Voyant ; elle écoute et répond ; pour elle , le doute des siècles téné-* lirenx n'est pas une arme meurtrière^ mais un fil conducteur; elle accepte le combat sous toutes les formes, elle plie sa langue a tous les langages; elle ne s'emporte pas, elle plaint; elle ne condamne et ne tue personne , elle sauye et console ; elle n'a pas racerbité de l'agresseur, mais la douceur et la ténuité de la lumière qui pénètre, échauffe^ éclaire tout ; à ses yeux, le Boute n'est ni une impiété , ni un blasphème ,
174 U UYU HTSfiQVB.
ni on crime j mais uae transition d'où l'homme retourne sur ses pas dans les Ténèbres on s'a- Tance vers la Lumière. Ainsi donc , cher pastenr, raisonnons? Vous ne croyez pas en Diea: pourquoi? Dieu, selon vous, est incompréhensible, inexplicable. D'accord. Je ne vous dirai pas que comprendre Dieu tout entier, ce serait être Dieu; je ne vous dirai pas injurieusement que vous niez ce qui vous semble inexplicable , afin de me donner le droit d'affirmer ce qui me parait croyable. Il est pour vous un fait évident qui se trouve en vous-même. En vous la matière aboutit a l'intelligence. £t vous penses que l'intelligence humaine aboutirait aux ténèbres , au doute , au néant I Si Dieu vous semble incompréhensible , inexplicable , avouez au moins que vous voyez, en toute chose purement physique , un conséquent et sublime ouvrier ? Pourquoi sa logique s'arréterait-elle à l'homme , sa création la plus achevée ? Si cette question n'est pas convainquante, elle exige au moins quelques méditations. Si vous nies Dieu , heureusement afin d'établir vos doutes , vous reconnaissez des faits à double tranchant qui tuent tout aussi bien vos raisonnemens que vos raisonnemens tuent Dieu, llious avons également admis que la Matière et l'Esprit
StRAraiTA. 175
étaient deux créations qni ne se comprenaient point l'une l'autre , que le monde spirituel se eomposait de rapports infinis auxquels donnait lieu le monde matériel fini ; que si nul sur la terre n'avait pu s'identifier par la puissance de son esprit arec l'ensemble des créations terrestres , à plus forte raison nul ne pouvait s'élever à la connaissance des rapports que l'esprit aperçoit entre ces créations. Ainsi déjà BOUS pourrions en finir d'un seul coup y en vous déniant la faculté de comprendre Dieu^ comme TOUS déniez aux cailloux du Fiord la faculté de se compter et de se voir. Savez-vous s'ils ne aient pas l'homme , eux f quoique l'homme les prenne pour s'en bâtir sa maison ? Il est un fait qui vous écrase , l'infini ; si vous le sentez en Tous^ confment n'en admettez-vous pas les conséquences? le fini peut-il avoir une entière connaissance de l'infini? Si vous ne pouvez embrasser les rapports qui^ de votre aveu^ sont infinis ; comment embrasseriez-voos la fin éloignée dans laquelle ils se résument ? L'ordre dont TOUS exigez la révélation étant infini , votre raison bornée l'entendra-t-elle? £t ne demandez pas pourquoi l'homme ne comprend point ce qu'il peut percevoir , car il perçoit également ce qu'il ne comprend pas. Si je vous démontre que
17« LB LIYU KTMriQVB.
TOtre esprit ignore tont ce qui se tronre à sa portée, m'aoeorderes-Toas qu'il lui soit impossible de concoToir ce qui la dépasse ? Alors n'anrai-je pas raison de tous dire : « — L'un des termes sous lesquels Dieu périt au tribunal de votre raison doit être vrai , l'autre est faux ; la création existant , tous sentez la nécessité d'une fin ^ cette fin ne doit-elle pas être belle? or si la matière se termine en l'homme par l'intelligence, pourquoi ne tous contenteries-Tons pas de saToir que la fin de l'intelligence humaine est la lumière des sphères supérieures auxquelles est réserrée l'intuition Dieu qui tous semble être un problème insoluble? ATant d'employer sa force à mesurer Dieu , l'homme ne de- Trait*il pas être plus instruit sur lui-même qu'il ne l'est ? ATant de menacer les étoiles qui l'éolairenty aTant d'attaquer les certitudes élevées, ne derrait-il pas établir les certitudes qui le touchent ? »
Hais aux raisonnemens du Doute , je dois des négations. Maintenant donc , je tous demande s'il est ici-bas quelque chose d'assex éTident par soi-même à quoi je puisse ajouter foi? En on moment , je Tais tous prouTcr que tous croyes fermement a des choses qui agissent et ne sont pas des êtres , qui engendrent la pensée et ne
SitÂPHlTA. 17t
sont pas des esprits^ à des abstractions rivantes que l'entendement ne saisit sous aucune forme y qui ne sont nulle part , mais que tous trouyes partout , qui sont sans nom possible et que tous BTes nommées ; qui , semblables au Dieu de cbair que TOUS tous figurez y périssent sous l'inexplieable , l'incompréhensible et l'absurde. Et je TOUS demanderai comment^ adoptant ces choses^ TOUS réserres tos doutes pour Dieu.
Vous croyez au Nombre ? base sur laquelle TOUS asseyez L'édifice de sciences que tous appelez exactes. Sans le Nombre , plus de matbé^ matiques. Eh bien ! quel être mystérieux , à qui serait accordé la faculté de viTre toujours^ pourrait achever de prononcer , et dans quel langage assez prompt dirait-il le Nombre qui contiendrait les nombres infinis dont Totre pensée TOUS démontre l'existence? Demandez*le au plus beau des génies humains , il serait cent ans assis au bord d'une table , la tête entre ses mains, que TOUS répondrait-il ? Vous ne savez ni où le nombre commence , ni où il s'arrête, ni quand il finira ; ici tous l'appelez le temps, là tous l'appelez l'espace ; rien n'existe que par lui , sans loi tout serait une seule et même substance, lui aeul difiérencie et qualifie. Le Nombre esta Totre Esprit ce qu'il est a la Matière , un agent iucom-
17» U UTIX ■T0fIQ1IX.
préhensiUe. En fèrex-Toas un IKea ? est-ce un être? eftt-ce un souffle émané de Dieu pour or- H^niser la Matière où rien n'obtient sa forme cpie par la DÎTisibilité qui est un effet du Nombre ? Les plus petites eomrae les plus immenses créations ne se distinguent-elles pas entre elles par leurs quantités ^ leurs qualités , leurs dimensions^ leurs forces, tous attributs enfantés par le Nombre ? L'infini des Nombres est un fait prouvé pour rotre Esprit y dont la Matière ne peut se donner aueune preuTO à elle-même. Le mathématicien vous dira que le Nombre existe et ne se démontre pas. Dieu , cber pasteur , est un nombre doué de mouvement , qui se sent et ne se démontre pas y tous dira le eroyant. Comme l'Unité , il commence les nombres avec lesquels il n'a rien de commun ; car l'existence du Nombre dépend de l'Unité qui , sans être un Nombre^ les engendre tous. Dieu^ cber pasteur y est une. magnifique Unité qui n'a rien de commun avec ses créations , et qui néanmoins les engendre ! Vous seul sur la terre comprenes le Nombre, cette première marche du péristyle qui mène à Dieu , et sur laquelle déjà trébuche votre raison. Hé quoi! vous ne pouvez ni mesurer la première abstraction que Dieu vous a livrée, ni la saisir, et vous soumettes à votre
SftAAPHlTA. 179
mesure les fins de Diea l Que serait donc , si je TOUS plongeais dans les abymes du MouTement , celte force qui organise le Nombre? Ainsiquaud je TOUS dirais que l'univers n'est que Nombre el MouTcment , vous yoyez que déjà nous parlerions un langage différent. Je comprends l'un et l'autre , et tous ne les comprenez pas^ Que serait-ce si j'ajoutais que le Mouyement et le Nombre sont engendrés par la Parole? ce mot ^ la raison suprême des Yoyans et des Prophètes qui jadis entendirent ce souffle de Dieu sous lequel tomba saint PauL ^ tous tous en moquez , vous hommes dont cependant toutes les œuTres visibles , dont les sociétés , les monumens , les actes, les passions procèdent de votre faible parole^ et qui sans le langage ressembleriez au cousin germain du nègre , à l'homme des bois. Vous croyez donc fermement au Nombre et au Mouvement, forcée! résultat inexplicables, incompréhensibles, à l'existence desquels je puis appliquer le dilemme qui tous dispensait naguère de croire en Dieu. Voua, si puissant raisonneur, ne me dispenserez- vous point de vous démontrer la similitude de l'Infini? Dieu seul est infini , certes il ne peut y avoir deux infinis. Si , pour se servir des mots humains , quelque
chose démontrée ici-bas vous semble infinie ,
1M Lft LIVBB ATtriQllS.
wftt oertaia d'y eutreroir une des faooB de Diea. PounuiTOos. Yout tous êtes appropné ,f wie place dans cet infini » toi» l'avex acoommode à votre taille en créant , ai toatefois toos poaTca créer quelqae chose , raritfannétiqae, base sur laquelle repose tont , même vos 80(»é* tés. De même qne le Nombre^ la seule chose à laquelle ont cru vos soi-disant athées , organise les créations physiques , de même Tarilhmétique, emploi du Nombre^ organise le monde moral. Cette numération deyrait être absoloe comme tout oe qui est vrai en soi , mais elle est parement relative ; elle n'existe pas absolument, vous ne pouvex donner aucune preuve de sa réalité. D'abord si cette NumÀ*ation est habile à chiffirer les substances organisées, elle est impuissante rdativemcnt aux forces organisantes, les unes étant finies et les autres infinies. Puis , si la nature est semblable à elle-même dans les forces organisantes ou dans ses principes , elle ne l'est jamais dans ses efiets. Ainsi vous ne rencontres nulle part dans la nature deux objets identiques. Dans l'Ordre Naturel , deux et deux ne peuvent donc jamais faire quatre, car il faudrait assembler des uailés exactement parmlles, et vous sarez qu'il est impossible de troovei- deux feuilles semblables
ttBAPHITA. Itl
lar un même arbre y ni deux sujets semblables dans la môme espèce d'arbre. Cet axiome de TOtre numération y faux dans la Nature visible, est également faux dans l'unirers invisible de vos abstractions^ où la même variété a lieu dans vos idées, qui sont les cbosesdu monde visible, mais étendues par leurs rapports. Ainsi, les différences sont encore plus tranobées là que pat^ tout ailleurs. En effet , tout y étant relatif au tempérament, à la force, aux mœurs, aux kabi-* tades des individus qui ne se ressemblent jamais entre eux , les moindres objets y représentent des «entimens. Assurément, si l'bomme a pu créer des unités , n'est-ce pas en donnant un poids et un titre égal a des morceaux d'or? Hé bien , vous pouvez ajouter le ducat du pauvre au ducat du riche, et dire au trésor publie que ce sont deux quantités égales ; mais aux yeux du penseur, l'un est certes moralement plus considérable que l'autre : l'un représente un mois de bonluMiT, l'antre représente le plus éphémère caprice. Deux et deux ne font donc quatre que par exception , rarement. La frao*' tion n'existe pas non plus dans la nature. Il ar^ rive , et vous en avex des preuves, que le oen-* tième d'une substance soit plus fort que ce que TOUS appelleriez l'entier. Si k ffudion n'exisle
162 Ut LIY9E HTSTIQIIK.
|ia8 dans TÛrdre Naturel, elle existe encore bieo moins dans l'Ordre Moral , où les idées et les sentunens peuvent être yariés comme les espèces de rOrdre Végétal , mais sont toujours entiers. La théorie des fractions est donc une insigne complaisance de votre esprit ; et le Nombre est donc une puissance dont vous ne maniez qu'une faible partie , dont tous ignorez la portée. Vous tous êtes constniit une chaumière dans l'espace infini des nombres , tous l'aTcz ornée d'hiéroglyphes saTamment rangés et peints , et tous aTcz crié : — Tout est là«
Du nombre pur, passons au nombre incorporé.
Votre géométrie établit q[ue la ligne droite est le chemin le plus court d'un point a un autre, mais Totre astronomie tous démontre que Dieu n'a procédé que par des courbes. Voici donc , dans la même science, deux vérités également prouTées j l'une par le témoignage de Tos sens agrandis du télescope, l'autre par le témoignage de Totre esprit -y mais dont l'une contredit iautre : l'homme sujet à erreur afiBurme l'une, et l'ouvrier des mondes que vous n'avez encore pris nulle part en faute, la dément. Qui prononcera donc entre la géométrie rectiligne et la géométrie curTiligne? entre la
StRAFHITA. 183
théorie de la droite et la théorie de la courbe? Si daus son œuvre^ le laystérieux artiste qui sait arrÎTer iniraculeusemeat rite à ses fins n'emploie point la ligne droite , Thonime lui-même nepeut jamais y compter: le boulet^ que l'homme yeut diriger en droite ligne , marche par la courbe, et quand vous voulez sûrement atteindre un point dans l'espace, tous- ordonnez à la bombe de suiyre sa cruelle parabole. Aucun de tos sarans n'a tiré cette simple induction : que la Courbe est la loi des mondes matériels , et la Droite celle des mondes spirituels ^ l'une est la théorie des créations finies , l'autre est la théorie de l'infini. L'homme, ayant senl ici-bas la connaissance de l'infini , peut seul connaître la ligne droite;, lui seul a le sentiment de la verticalité placé dans un organe spécial . L'attachement pour les créations de la courbe ne serait-il ]^s chez certains hommes^ l'indice d'une impureté de leur nature, encore mariée aux substances matérielles qui nous engendrent; et l'amour des grands esprits pour la ligne droite, n'accuserait-il pas en eux un pressentiment du Ciel ? Entre ces deux lignes est un abyme, comme entre le fini et Tinfini, comme entre la matière et l'esprit, qntre l'homme et l'idée , entre le mouTement et l'olb-
184 Vt LI?U KTmQUl.
jet mu , entre la créature et Dieu. Demandes à Famour diTÎn ses ailes , et vous franchirei cet abyme! au delà , commence la Rérélatiou du Verbe. Nulle part les cboses que tous nommes matérielles ne sont sans profondeur; les lig^nes sont les terminaisons de solidités qui compor^^ tent une force d'action que tous supprimes dans Tos théorèmes, ce qui les rend faux par rapport aux corps pris dans leur entier ; de là , cette constante destruction de tons les monumens humains que yous armes, à TOtre insu^ de propriétés agissantes. La nature n'a que des corps 9 votre science n'en combine que les ap-^ parenoes ; aussi, la nature donne-t-elle à chaque pas , des démentis à toutes tos lois. Trouvea-en une seule qui ne soit désapprouvée par un fait. Les lois de votre statique sont souffletées par mille accidens de la physique, car un fluide ren* verse les plus pesantes Montagnes, et vous prouve ainsi que les substances les plus lourdes peuvent être soulevées par des substances ira* pondérables. Vos lois sur le son et sur la lumière sont annulées par les paroles que vous entendes en vous-même pendant le sommeil et par les tbrrens du soleil électrique dont parfois les rayons vous accablent. Vous ne saves pas pins comment la lumière se fait intelligence en vous,
StlAPaiTA. 185
que TOUS ne connaissez le procédé simple et naturel qui la change en rubis ^ en saphir , en opale y en çmeraude au cou d'un oiseau des Indes, tandis qu'elle reste grise et brune sur celui du même oiseau vivant sous le ciel nua« geuz de TËurope, ni comment elle reste blanche au sein de la nature polaire. Vous ne pouTCH pas décider si la couleur est une faculté dont les corps sont doués, on si elle est un e£Fet pro-« dnît par l'affusion de la lumière. Vous admettes l'amertume de la mer, sans avoir vàrifié si la mer est salée dans toute sa profondeur. Vous avec reconnu l'existence de plusieurs substances qui traversent ce que vous croyez être le vide; snbstanoes qui ne sont saisissables sous aucune des formes affectées par la matière, et se mettent en harmonie avec elle malgré tous les obstacles. Cela étant, vous croyez aux résultats obtenus par la chimie qui ne sait encore aucun moyen d^évaluer les changemens opérés par le flux ou par le reflux de ces substances qui s'en vont et qui viennent à travers vos cristaux et vos maehiiies sur les filons insaisissables de la chaleur ou de la lumière, conduites, exportées par les aiBnitésdn métalou du silex vitrifié. Vous n'ob* tonez que des substances mortes d'où vous aves chassé la force inconnue qni s'oppose a ce qu»